Vous reprendrez bien un peu de Bernardins ?

Chronique pour A la source sur KTO.TV du 12 avril 2018

 

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Benoît de Menni

Cohérence de vie

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La méditation des vies des saints conduit à un constat terrible pour nos âmes chrétiennes souvent bien endormies : pas de sainteté sans contradiction sur cette terre, sans souffrance, sans persécution, sans la Croix ! Benoît de Menni n’échappe pas à cette constatation. Outre les appels de Dieu dans leur vie, tous ces saints ont à souffrir, car ils recherchent sans relâche une forte, réelle et exigeante cohérence entre leur vie quotidienne et leur Foi en Jésus-Christ.

Ainsi  Benoît de Menni, à 16 ans, préfère quitter la banque où il travaillait pour ne pas participer à des opérations qu’il réprouve. Bien souvent, dans la vie de tant et tant de catholiques français aujourd’hui, c’est ce manque de cohérence qui, non seulement les éloigne de la sainteté, mais plus grave encore, fait d’eux des contre exemples pour leurs concitoyens éloignés de la Foi ! Autre exemple de cohérence dans la vie de Benoît de Menni, sa fidélité et son obéissance au Souverain Pontife, lui qui aimait à répéter : « Ce que dit le Pape vient du Ciel« .

Alors qu’il est tout jeune prêtre, le  Père Général de l’Ordre le prend comme secrétaire, et en 1867, observant ses grandes qualités, il lui demande, en accord avec le Pape, d’aller restaurer l’Ordre hospitalier de saint Jean de Dieu en Espagne. Benoît était jeune, il n’avait que 26 ans, et ne parlait pas du tout l’espagnol, le Pape l’encouragea en lui disant : « Va en Espagne, mon fils, avec la bénédiction du ciel ; va restaurer l’Ordre à son berceau même ». Et Benoît obéit au Pape Pie IX malgré ses préventions. En 1911, le Pape le désigne comme Général de son ordre. Benoît se trouve aussitôt en butte à une contestation organisée contre lui. Il se rend à Rome pour remettre sa démission aux pieds du Saint-Père. Fixant sur lui ses yeux d’une extrême douceur, le Pape lui dit: « Voilà, Père, le moment est venu pour vous de prier et de conseiller… » Et Benoît obéit au Pape Pie X, malgré l’injustice de son sort.

Sachons tirer pour nous-mêmes les fruits de tels exemples, afin d’accepter, avec humilité, les épreuves, les incompréhensions voire même les calomnies, pour Jésus et son Église. Que saint Benoît Menni nous y aide.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, avril 2018

En hommage à Arnaud Beltram

Pourquoi un militaire donne-t-il sa vie ?

article paru sur le site du journal La Vie

Il y a tout juste six ans, le père Christian Venard recevait le dernier souffle de deux soldats tués par Mohammed Merah. Dans un texte écrit pour La Vie, il médite sur le sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chrétien et serviteur de l’État.

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Est-ce parce qu’il était chrétien que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a accepté de sacrifier sa vie, ou parce qu’il était militaire et officier ? Les risques de réduire à son seul engagement catholique l’héroïsme d’Arnaud ont vite été balayés par l’annonce son appartenance à partir de 2008 à la Grande Loge de France – mystère d’une vie chrétienne en marche. Autre risque, non moins réel, celui d’une vision laïciste de son engagement, alors que la vie de foi de notre héros national était évidente – voire rayonnante.

Soldat chrétien ou gendarme républicain ? Chercher à distinguer, c’est participer d’une représentation artificiellement clivée de l’engagement publique, trop fréquente chez certains officiels. « Je suis chrétien, disent-ils, mais cela est du ressort du privé, et dans mes fonctions, je suis capable de prendre des décisions directement contraires à ma foi. » Une des leçons que nous pouvons tirer de l’exemple donné par Arnaud Beltrame, c’est qu’un vrai serviteur chrétien de l’État ne saurait vivre dans cette dualité. Bien au contraire, c’est la cohérence entre l’intime et le publique qui lui confère sa vraie force.

Les « valeurs » qui animent les « sentinelles de la société » sont bien souvent aux antipodes de celles qui meuvent cette même société. L’esprit de sacrifice, inculqué dans les armées dès la formation initiale, se heurte à l’individualisme contemporain. La cohésion du groupe, la force du binôme, la capacité à accepter la souffrance, à se dépasser, à continuer la mission même dans des conditions dégradées… tout cela se heurte au matérialisme ambiant, à l’hédonisme, à l’égoïsme. Enfin, l’idéal même d’une vie consacrée à ce qui la dépasse – le bien commun – est directement contraire à l’horizontalité désespérante d’une laïcité, devenue trop souvent laïcisme ou athéisme militant.

Cette dichotomie entre les « valeurs » de la société et celles exigées des serviteurs de l’État, en charge de la sécurité de cette même société, provoque bien souvent, chez ces derniers, de véritables implosions morales – décrochage intérieur, burn-out, états de stress dépassé… C’est une urgence professionnelle pour eux, pour leurs institutions, de retrouver les bases philosophiques, éthiques et métaphysiques du sens de leur action. Sur ce chemin, il est évident, que parmi eux, ceux qui ont la chance d’être porteurs de la foi chrétienne – par héritage ou par recherche personnelle – y sont aidés. En effet, nombre de ces « valeurs » trouvent leur déploiement dans la « morale chrétienne », et la grâce opérante de Dieu en ses sacrements leur est d’un secours précieux.

Mais, en matière civique, l’éthique chrétienne trouve la majeure part de ses sources dans la philosophie grecque, en particulier chez Aristote et Platon. Transmise tout au long du Moyen Âge, cette éthique a irrigué en profondeur notre conscience européenne. On songe en particulier ici au développement de la chevalerie, permettant de christianiser, de civiliser, l’usage de la force au service de ce qui dépasse l’intérêt immédiat, au service du suzerain, dans le respect du faible, de la femme, de l’orphelin, et des droits de Dieu.

Aujourd’hui, retrouver le sens du bien commun, en connaître les fondements philosophique et les exigences dans l’action, est une nécessité vitale pour tous les serviteurs de l’État… et au-delà, dans le cadre de notre lutte contre le terrorisme, pour tous les citoyens. Quelles que soient ses convictions religieuses, philosophiques, politiques – et l’on comprend ici ce que veut dire la neutralité des militaires – le serviteur armé de l’État doit avoir, très tôt dans sa formation, acquis une intime conviction. Celle qui vous anime au moment de la crise : que le sacrifice ultime de sa vie vaut la peine, même si, la société même qu’il défend, a bien du mal à le comprendre. Sur ce chemin ardu, la figure héroïque d’Arnaud Beltrame nous offre un témoignage de plus. Que son sacrifice soit porteur de renouveau et de courage pour notre patrie.

 

 

version en ligne :

http://www.lavie.fr/actualite/billets/pourquoi-un-militaire-donne-t-il-sa-vie-25-03-2018-88950_288.php

 

In memoriam

Père Michel Koch

Un aumônier militaire comme on les aime

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Toute rencontre avec Michel ne pouvait être que source d’étonnements, tant sa personnalité sortait de l’ordinaire. D’autres l’ont beaucoup mieux connu que moi ; mais depuis l’annonce de sa mort, me tient le désir d’écrire quelques mots pour lui rendre hommage. En effet, malgré ses immenses qualités – souvent occultées par un abord rude et dérangeant – sa pudeur et son humilité pastorale ne lui vaudront, sans doute que peu d’hommages officiels de nos institutions communes – Église et Armées. Il fut pourtant un amoureux des deux.

Mon premier contact avec le père Michel Koch, fut d’aller le relever sur position au sud Liban, dans le cadre de la FINUL, en 2001. Un confrère m’avait prévenu : « Ah, tu vas relever Michel ! Bon courage… emporte avec toi quelques litres de Javel pour nettoyer tout. » Je découvris, en effet, que le bon père Michel, était fâché, de longue date, avec Mme Propreté, et je mis plus de quinze jours, à chasser du bungalow de l’aumônerie, les diverses odeurs qui s’y étaient accumulées depuis quatre mois, dont la moins désagréable était celle du cigare qu’il fumait, même au lit !

Au delà de cet aspect, Michel était une « grande gueule », comme on les aime dans les armées – mais à petite dose – et comme on les apprécie peu dans l’Église. Il disait tout haut et avec courage ce qu’il pensait, quitte à devoir parfois reconnaître ses erreurs. C’était un passionné du Christ ; et bien avant le Pape François, pour lui, les périphéries étaient concrètes. C’était d’abord le monde des appelés – puis celui des engagés -, qu’il préférait de loin aux « chafouineries tiédasses » du monde des officiers catholiques ! Il s’intéressa de près aussi au monde des « rave party », de la « techno », et était capable d’en parler avec des férus de ce genre musical.  Dans la même veine, il était proche des motards et a prêché le fameux pèlerinage de la Madone-des-Motards à Porcaro.

Derrière une apparence de soudard, avec sa voix tonitruente comme son rire, et son accent lorrain, Michel lisait beaucoup. De la spiritualité, de la théologie, de l’histoire, du vécu militaire. Son rêve, sur ce dernier point, aurait été d’être aumônier parachutiste. A défaut de pouvoir l’être, il eut toujours une profonde affection pour les paras, et devint même un ami du général Bigeard, qu’il visitait régulièrement. Les cadres d’une de mes compagnies du 3e RPIMa en gardèrent longtemps un souvenir ému, se souvenant du moment où, en manœuvres dans le grand Est, ils furent invités par le Padre Koch, qui leur servit la choucroute, directement à la main, de la soupière à la gamelle ! Cette proximité avec le monde para nous rapprocha, malgré toutes nos différences. Et Michel de s’écrier contre certains – il avait tendance à déformer tous les noms propres – :  « Vesnard (sic), je le connais moi Vesnard, c’est pas un intégriste : il a même lu Vatican II » ! C’est ainsi que, de mon côté, je réussis à convaincre le Père de Pommerol, qui était alors directeur de la délégation française du PMI, d’engager le père Koch, pour animer le chemin de croix des Français à Lourdes. Ce fut une immense joie pour Michel, et un chemin de croix « dépotant », dont beaucoup garderont un vif souvenir.

Alors que j’étais aumônier aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, je reçu pour deux jours la visite de ce cher Michel, qui venait en « repérage » à Porcaro, pour la Madone des Motards. Par précaution (sic) je le logeai au mess militaire, et l’invitai à dîner chez « Norby », un restaurant célèbre auprès des élèves. Pendant que nous y dînions, un groupe de saint-cyriens arrive. Avec politesse, ils viennent me saluer de nombreux « KOCHbonsoir Padre« , se demandant qui pouvait être le semi clochard, avec lequel se trouvait leur aumônier. Je leur enjoints donc de saluer, avec respect, l’aumônier Michel Koch, du camp de Bitche. Ils s’exécutèrent, malgré leur surprise et, de s’entendre répondre ceci : « Ah oui, les saints-cyriens ! Ah oui ! Ca, c’est petite bite ! Petite bite, les saints-cyriens ! A Saint-Cyr tout le monde salue l’aumônier, mais arrivé en régiment y’a plus personne. » Voilà, c’était toute la délicatesse « rentre-dedans » du cher Michel. Nous en avons bien ri après avec les élèves présents, qui ont, je l’espère retenu la leçon, lors de leur arrivée en régiment.

Beaucoup d’anecdotes pourraient encore être racontées sur ce personnage haut en couleur. Aujourd’hui un fond de tristesse m’habite, et m’habitera encore longtemps quand je penserai à lui : il me manquera.  Sa forte personnalité manquera singulièrement au diocèse aux armées. Cher Michel, merci de tout ce que tu nous as apporté dans notre aumônerie militaire. Nous serons nombreux à conserver ton souvenir, dans la prière d’abord, mais aussi en buvant un coup à ta santé et en nous remémorant tes « hauts faits » d’aumônier de terrain.

Tu avais une grande dévotion pour Jean-Paul II, une dévotion profonde à ton saint Patron. Puissent-ils désormais t’accueillir et intercéder pour toi auprès du Seigneur pour que tu trouves le repos du bon serviteur qui n’a pas ménagé sa peine au long du jour dans la vigne du Seigneur… et sur les bas côté de la vigne !

 

Bordeaux, 13 mars 2018

 

Mais dans quel pays vit-on ?

 

Chronique du 1er mars 2018 pour l’émission « A la Source » sur KTO.TV

Guillaume de Saint-Thierry

Amour et vérité se rencontrent

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« Guillaume naquit à Liège vers 1075. De famille noble, doté d’une intelligence vive et d’un amour inné pour l’étude, il fréquenta de célèbres écoles de l’époque, comme celle de sa ville natale et de Reims, en France. Il entra en contact personnel avec Abélard, le maître qui appliquait la philosophie à la théologie, de manière si originale, qu’il suscita de nombreuses perplexités et oppositions » (Benoit XVI).

Au-delà des leçons remarquables de vie spirituelle que Guillaume développe dans ses nombreuses œuvres, au-delà de sa vie monastique passionnée de Dieu, vouée au silence et à la prière, face aux dérives d’Abélard, il n’hésitera pas à entrer en lice.

Pourtant, en 1135, à cinquante ans, il s’était retiré comme simple moine en l’abbaye de Signy, une fondation de Cîteaux dans les Ardennes. L’idéal de cette maison le rapproche de son ami Bernard et lui permet, en le déchargeant de tout souci administratif, de se livrer, comme il écrit, au « fécond repos » de la contemplation. Durant quelques années, il peut vaquer librement aux recherches spirituelles, pour lesquelles il se sent fait. Mais son repos n’a qu’un temps. On parle beaucoup en France de Pierre Abélard, ce grand esprit qui inaugure, en théologie, une méthode assez neuve, vouée à un grand avenir, mais qui n’inspire alors que des craintes assez fondées.

Le sens théologique de Guillaume est heurté par la hardiesse et surtout la logomachie du novateur. Il relève dans ses écrits, puis réfute des propositions erronées ou des abus de langage. Sa Dispute contre Abélard communiquée à saint Bernard, est à l’origine du procès qui aboutit, en 1140, à la condamnation définitive du malheureux professeur. Cet incident nous révèle un Guillaume soucieux d’orthodoxie et nous vaut, de sa part, une vigoureuse apologie de la foi traditionnelle : le Miroir de la foi , l’Énigme de la foi  (traité de la Trinité), un Commentaire sur l’épître aux Romains.

Belle leçon, d’un contemplatif, amoureux de l’Amour, pour nous catholiques, si prompts parfois à nous satisfaire de demies vérités pour ne pas heurter nos amis ou nos relations…

 

Paru dans Parole et Prière, mars 2018