Dieu mâle ou femelle ?

Quelques propos loin des hystéries féministes ou de la bêtise misogyne…

 

Dieu créateur

Que le masculin assumé par Dieu dans les Écritures, et plus encore en Jésus-Christ, ait porté parfois les hommes d’Église à la misogynie est historiquement évident. Mais telle n’est pas la théologie catholique.

Pour les chrétiens, Dieu n’a évidemment pas de sexe. Il est transcendant, en deçà et par-delà la contingence sexuée qu’Il institue en tant que Créateur. Quand la Bible évoque la création de l’être humain, au livre de la Genèse, elle propose : « Dieu créa l’homme à son image. A son image il le créa. Homme et femme il le créa ». Autant dire que l’image de Dieu en l’homme est dans la bipolarité « masculin-féminin ».

Cependant, quand Il se révèle, Il adapte sa Parole aux mentalités qu’Il approche. Pour que l’être humain puisse le connaître, Dieu utilise ses « catégories ». Dans une société patriarcale, Il est appréhendé comme Père, donateur de la Loi ! Or, il est remarquable, dans un tel contexte, que dès les Écritures hébraïques, Il se présente à la fois comme « mâle » (Père) et comme « femelle » (il a des entrailles de mère : le terme désignant l’utérus — rahamim — sert à décrire sa miséricorde inépuisable, par exemple en Jérémie 31,20.

Certes, pour les chrétiens, le fait majeur de l’Incarnation de Dieu renforce ce côté masculin dans l’économie du salut (c’est-à-dire, non pas Dieu-en-soi, mais Dieu-qui-se-fait-connaître) : Jésus de Nazareth est un homme, indubitablement. Au sommet de la révélation divine, c’est en ce jeune mâle, que Dieu prend corps humain.

Et cependant, jusque dans cette incarnation virile, il se compare à la poule qui protège ses petits sous ses ailes (Matthieu 23,37). Plus encore, il naît d’une femme juive, Marie vénérée dans les Églises comme Mère de Dieu (Theotokos), et le sommet de sa révélation est confié à des femmes, celles qui le suivent jusqu’à la croix et au tombeau, et les premières à le proclamer ressuscité.

Publicités

Marie-Étienne Vayssière o.p.

Une vie dépouillée pour enrichir les autres

 

Résultat de recherche d'images pour "marie étienne vayssière"

Quelques mots du père Serge-Thomas Bonino, dominicain de la province de Toulouse lui aussi, résument toute la vie du Père Vayssière : « L’homme propose, Dieu dispose. Et c’est tant mieux ! Le cœur du jeune frère Étienne Vayssière fourmillait d’excellents projets. Dans la ligne de sa vocation dominicaine, il se voyait déjà en théologien, scrutant les richesses du Mystère de Dieu pour en nourrir la vie des croyants. Ou encore en prédicateur ardent convertissant les foules. Et soudain — il a vingt-quatre ans — tout s’effondre. Maux de tête, fatigue permanente, impuissance. Le verdict tombe : incurable. Il est alors relégué dans des couvents où il végète, s’ennuie, tourne en rond. Il échoue enfin à la grotte de la Sainte-Baume. Enterré vivant. Il ne peut ni prêcher, ni lire, ni même prier… Il n’a plus rien. Ou plutôt, dépouillé qu’il est de l’accessoire, il n’a plus que l’essentiel : l’adhésion de chaque instant à la volonté de Dieu ».

La Providence, par des chemins escarpés et humainement peu compréhensibles, en plaçant le frère Vayssière comme gardien à la Sainte-Baume, le transforme en père spirituel d’une multitude de pèlerins, venus trouver en lui son exquise spontanéité et sa flamme surnaturelle, dominicaine, magdaléenne et mariale. « Il avait conscience que la Sainte-Baume est le centre spirituel de la Provence, un lieu de prière et de bénédiction. Il s’ingéniait à multiplier au maximum pour les âmes les possibilités de bénéficier des grâces de la célèbre grotte de pénitence » (P. Philippon op).

Cette épreuve de dépouillement, tôt venue dans sa vie, son attachement viscéral au Christ, ont fait du père Vayssière un maître spirituel véridique, dont nous pouvons suivre avec fruit les enseignements : « Vivons moins dans une activité impatiente, qui s’agite, que dans une filiale confiance, qui attend le bon plaisir divin, et ne veut vivre en tout que de lui seul. C’était l’attitude de Marie : “Je suis la servante du seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.”  »

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2018

Josémaria Escriva de Balaguer

Embrasons-nous !

 

Résultat de recherche d'images pour "josemaria escriva"

« Chemin », en un seul mot, le titre de son livre le plus connu, saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, résume toute vraie spiritualité : une route, un passage, une aventure. Trop souvent encore les chrétiens estiment que la vie spirituelle est un « état statique », dans lequel on serait soit du bon côté, soit du mauvais. Il n’en est rien : toute vie spirituelle est une marche vers Dieu, et comme toute marche elle est composée d’équilibres et de déséquilibres, de consolations et de désolations, de grâces et de péchés. « Tu as l’obligation de sanctifier. — Toi aussi. Qui pense que c’est une tâche exclusivement réservée aux prêtres et aux religieux ? Le Seigneur a dit à tous, sans exception : « Soyez parfaits, comme mon Père céleste est parfait » s’exclame José Maria !

Trop souvent, les chrétiens pensent aussi que la vie spirituelle serait réservée aux consacrés, prêtres, religieux et religieuses. Or c’est un des traits marquant de la doctrine spirituelle de saint José Maria, que d’avoir insister dès les débuts sur l’universalité de ce que le Concile Vatican II, bien plus tard, appellera la « vocation universelle à la sainteté ». Il fut, en ce domaine, un précurseur, et, durant le Concile Vatican II, il se réjouit des avancées en ce domaine. Dans une lettre du 25 mai 1962, lorsque les organisateurs du concile décident de traiter de la sainteté et de l’apostolat des laïcs, il écrit aux membres de l’Opus Dei : « Si vous pouviez voir à quel point je me réjouis que le Concile en vienne à s’occuper de ces sujets qui remplissent notre vie depuis 1928 ».

José Maria souligne l’importance de la sainteté dans l’humble quotidien du chrétien, quel que soit son état de vie : « Je vous assure, mes enfants, que lorsqu’un chrétien accomplit avec amour les actions quotidiennes les moins transcendantes, ce qu’il fait déborde de transcendance divine. Voilà pourquoi je vous ai dit, répété et ressassé inlassablement, que la vocation chrétienne consiste à convertir en alexandrins la prose de chaque jour. Sur la ligne de l’horizon, mes enfants, le ciel et le terre semblent se rejoindre. Mais non, là où ils s’unissent, en réalité, c’est dans vos cœurs, lorsque vous vivez saintement la vie ordinaire ». Quel programme pour chacun de nous, si nous avions seulement le courage de nous y mettre, dès aujourd’hui ! Alors, nous pourrons, observer sa recommandation : « Embrase tous les chemins de la terre au feu du Christ que tu portes dans ton cœur « 

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juin 2018

Ambroise-Marie Carré op

Fidélité

 

Résultat de recherche d'images pour "ambroise marie carré"

Même si  les frères dominicains nous ont habitués, de longue date, au prestige intellectuel de leur ordre, ce n’est pas rien, pour eux, de compter deux de leurs frères parmi les membres de l’Académie française, Lacordaire le plus connu, et le père Ambroise-marie Carré, le plus récent.

Un des aspects les plus frappants de cette riche personnalité, au travers de tant et tant d’activités, souvent menées de front, est sa fidélité. Fidélité dans les amitiés, fidélité à sa Patrie (il fut grand résistant au cours du deuxième conflit mondial), fidélité à sa vocation, fidélité à son Ordre et enfin fidélité à l’Église.

A ce sujet, l’académicien René Girard, qui lui succéda sous la Coupole, écrivit dans son éloge ces lignes révélatrices :  « Pendant les années troubles, le père Carré ne fit guère parler de lui, que par ses sermons et ses livres édifiants. Cette discrétion était si rare à l’époque, qu’elle attira sur lui l’attention des catholiques lucides, inquiets pour l’avenir de leur Église. Avec le temps, la blancheur de sa robe devient emblématique de tout ce que le chaos post-conciliaire dilapidait : le sens du péché, l’engagement sans retour, l’amour du dogme catholique, le mépris des polémiques vaines. Pour s’assurer que ces vertus n’étaient pas mortes, les fidèles se tournaient volontiers vers ce bloc immaculé de marbre blanc, comme les Hébreux vers le serpent d’airain« .

Puissions-nous, à l’image du Père Carré, dans une période non moins troublée de la vie de notre Église, vivre en vérité et avec intelligence,  cette fidélité à l’Église et à notre Foi.