SS. Pierre & Paul – Le sacerdoce

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Première messe de l’abbé Gaël de Breuvand
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Solennité des SS. Pierre & Paul
« Je n’ai pas d’or ni d’argent, mais ce que j’ai je te le donne. » Frères et sœurs, à la suite de Pierre, c’est ce que chaque prêtre rencontré durant votre vie, peut vous redire. Le prêtre diocésain est pauvre. Je ne parle pas ici de la pauvreté financière – laissons cela à nos chers amis religieux qui en font un vœu -, il est surtout pauvre en son humanité, porteur d’un trésor inestimable dans un vase d’argile. Pauvre de ses faiblesses, pauvre de son péché, pauvre de cette croix intérieure : l’inadéquation réelle entre son état d’homme pécheur et sa vocation de « pontifex »,de pont entre Dieu et les hommes.
« Mais ce que j’ai, je te le donne ». Ce don du prêtre, c’est avant tout sa propre vie. Une vie donnée, joyeusement, pour Dieu ; une vie donnée pour ses frères les hommes. Une pauvre vie humaine, transcendée par le don de Dieu dans le sacerdoce : « Au Nom de Jésus Christ le Nazaréen ». Pas en mon nom, pas en celui de telle ou telle personnalité – intellectuelle, politique, sociale – du moment. « Au nom de Jésus Christ », ce Nom devant lequel plient genoux le ciel et les enfers. « Lève-toi et marche ». Oui, par l’invocation de ce seul Nom, ancrée dans le don total de la vie en Dieu, que l’Auteur de la Vie te redonne la vie, que Celui qui est le Chemin te rende le goût de la marche, que la Vérité te libère.
Cher Gaël, frères et sœurs, en contemplant aujourd’hui Pierre et Paul dans leur gloire, nous ne devons jamais oublier d’où ils vinrent. Saint Paul lui-même n’a pas craint de le rappeler : « Je menais une persécution effrénée contre l’Église de Dieu et je cherchais à la détruire ». Pas moins. Quant à Pierre, trahissant son Seigneur en pleine Passion et traité parfois si sévèrement par Jésus : « arrière Satan ». L’un cultivé et d’un bon milieu, mais persécuteur. L’autre humble pécheur de Galilée plein de fougue et d’ardeur, mais souvent mal avisé et si faible devant le danger. Leurs vies seront transformées dans une radicalité incroyable. Le persécuteur apporte maintenant la Foi dans tout l’Empire ; le rustre, faible devenu chef des Apôtres, prêche désormais avec autorité. Ce retournement n’est possible que par la rencontre avec Jésus le ressuscité.
Le prêtre, lui aussi, vient de loin. Même si, cher Gaël, toi comme moi, avons la grâce immense de venir de familles pieuses et chrétiennes, de familles qui ont déjà donné depuis des siècles des prêtres à chaque génération. Nous savons bien que, dans notre cheminement personnel, il a fallu le bouleversement de la grâce pour répondre à l’appel du Seigneur. La foi reçue et vécue, dans le milieu d’une famille aimante  – marquée aussi par les douleurs ; comment ne pas songer ici à la mort de ton frère Camille – est le terreau de bien des vocations. Mais il n’y a pas de réponse positive et fiable sans qu’au plus profond du futur prêtre s’engage la lutte serrée avec le mal, avec son mauvais esprit, Satan. Dans cette lutte, un des combats les plus rudes étant précisément l’acceptation de l’appel divin dans une humanité pécheresse et ce, malgré tout, dans la joie profonde du don de soi.
C’est là, que se joue sans doute cette question que t’adresse cher Gaël le Seigneur Jésus aujourd’hui, comme à Pierre en son temps : Gaël, m’aimes-tu ? Gaël, m’aimes-tu ? Gaël, fils de Régis, est-ce que tu m’aimes ? A travers toi, jeune prêtre ordonné, c’est à nous tous, prêtres, que le Christ pose sans cesse cette interrogation, à la fois toute d’amour et de souffrance. Comme les fiancés se la posent à longueur des longues semaines de fiançailles, le Christ, assoiffé de notre amour, nous l’adresse à nous prêtres : m’aimes-tu ? Laissons-la résonner en nos cœurs, qu’elle devienne même, comme le soin de la maison du Seigneur, notre heureux tourment quotidien. Car il est rude le chemin de vérité dans lequel amour, paix et joie sont intimement liés au sacrifice, à la souffrance et à la compassion.
« Gaël, m’aimes-tu ? » Aux beaux jours heureux de l’ordination, des premiers pas dans le ministère sacré, de l’émerveillement de l’œuvre de Dieu dans l’intime des âmes, qu’elle semble facile la réponse : « Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais ». Mais, c’est dans le monotone sacrifice du quotidien, dans ce martyr du jour après jour que se vérifie notre réponse. C’est quand tu croiras avoir déjà tout donné et tant de fois répondu « oui Seigneur tu le sais » que surviendra l’épreuve de plus, la chute supplémentaire, l’incompréhension douloureuse. Tu auras maintes fois répété ton acte d’amour au Seigneur, quand surgira la vraie contradiction qui marque le sceau du sacerdoce vécue : être persécuté dans l’Église, pour l’Église et par celle-là même que tu sers, ta mère l’Eglise. Alors, au cœur de l’épreuve tu entendras le murmure du Christ en Croix : « m’aimes-tu encore ? » Alors, voulant t’approcher de ce visage ensanglanté par tes péchés, par les péchés des hommes tes frères, voulant à ton tour lui murmurer ton amour, alors seulement ton propre visage se rapprochant du sien sera percé des épines de Sa Couronne. Alors ton cœur lui aussi recevra le coup de lance. Alors seulement jaillira la vraie fécondité de ton sacerdoce. Alors ta joie sera parfaite d’être configuré à ton unique Seigneur.
« Quand tu étais jeune tu mettais ta ceinture toi-même pour aller où tu voulais ; quand tu seras vieux tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture pour aller où tu ne voudrais pas aller ». Il y a à travers l’exemple de Pierre le symbole de la route qui est proposée à chaque prêtre ; et si tous ne sont pas destinés à mourir au Cirque du Vatican, tous sont appelés à mourir à eux-mêmes. Ce chemin est trop dur pour nos pauvres forces humaines. Le Seigneur Jésus lui-même nous en a averti : « Sans moi vous ne pouvez rien faire ». La grâce du sacerdoce qui désormais t’habite nous y conforme, la liturgie dignement célébrée comme un avant-goût du Royaume nous y prépare, l’affection placée en notre mère l’Eglise romaine que nous fêtons aujourd’hui nous donne envers et contre tout espérance ; et quand le découragement pourrait nous saisir, l’amour de la Vierge Marie, mère chérie des prêtres nous renforce.
         Gaël, m’aimes-tu ?
         Oui Seigneur tu le sais.
         Sois le pasteur de mes brebis.
« Puis il lui dit : suis-moi »
Eglise Saint-Prix à Chaponost – 29 juin 2014
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