O Crux ave, spes unica

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Le chrétien occidental l’avait presque oubliée… cette Croix que pourtant le Seigneur nous recommande de porter avec Lui, si nous voulons L’aimer. Pris que nous sommes dans le tumulte d’un monde matérialiste et hédoniste, nous l’avions presque oubliée…
Il est vrai que les progrès matériels de nos sociétés nous y invitaient. Là où nos ancêtres savaient qu’ils traversaient en ce monde une « vallée de larmes » (Salve Regina), nous avons cru que nous pourrions vivre dans la ouate (« C’est la ouate qu’elle préfère »). La peur d’un Au-delà incertain, marquée par un jansénisme-jacobin, avait été remplacée par la chanson « On ira tous au Paradis »… Paradis artificiels, crées de toute pièce par les Trente glorieuses, l’idéologie libertaire de 68, et le vétéro-bobo-friqué des années 80 (ah…. Sarkozy, archétype du bling-bling décomplexé et vulgaire).
Il est vrai que ces sirènes « modernes » avaient touché même l’Église en son for interne. La liturgie réformée après le Concile Vatican II se faisait fort (au moins pour ceux qui l’appliquaient selon les modes du temps) de gommer les aspects jugés trop rugueux de notre Foi. Il ne fallait plus parler que joie, bonheur, Résurrection et passer sous silence sacrifices, pénitences et passion.
« Celui qui m’aime, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Que dire de plus ? prêcher un réalisme humain et spirituel : pas de vie sans difficulté (« Life is difficult », premiers mots du best-seller du docteur Scott Peck, Le chemin le moins fréquenté), pas de vie sans combats, pas de vie sans tourments, pas de vie sans efforts… Mais pas de vie spirituelle non plus sans les mêmes ingrédients, sans ce piquant paradoxe que seule la Croix nous mène à la Joie !
Alors dolorisme : la croix pour la croix ? Bien sûr que non ! Mais réalisme : oui Seigneur, je sais que ma vie ne pourra s’écouler dans un long fleuve tranquille. Oui, je sais que je serai confronté aux difficultés, aux incompréhensions, à l’injure, aux moqueries, à la maladie, à l’injustice, que sais-je… Mais en tout cela, Seigneur, je veux reconnaître une marque de ton Amour. Je veux croire qu’en tout cela Tu me soutiendras. Je veux adhérer à ces passages de souffrances qui conduisent à la vraie liberté, c’est-à-dire à Toi-même. Tu es ce Chemin, Tu es cette Vérité, Tu es la Vie, et si je veux te suivre, seule la Croix m’y fera parvenir.
A l’heure où tant de nos frères à travers le monde son persécutés pour le Nom de Jésus, à l’heure où en Occident même certains fondements de notre Foi et de notre société sont remis en question, ce réalisme chrétien nous évitera sans doute bien des interrogations stériles, bien des indignations oiseuses, bien des paroles inutiles.
Pas de vie chrétienne sans la Croix, et donc sans vivre des croix.
O Crux ave, spes unica / Hoc Passiónis tempore / Auge piis justítiam, / Reísque dona veniam

 Salut ô Croix, unique espérance. En ces temps difficiles [de Passion], augmente la droiture des gens de bien et accorde le pardon aux pécheurs

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