Thérèse d’Avila

Humour et bon sens

Un livre de Christian Bobin (L’éloignement du monde) contient, à mon sens, une des meilleures descriptions de notre sainte du mois, Thérèse d’Avila :  » Lorsqu’elle faisait à manger à ses sœurs [elle] veillait à la bonne cuisson d’un plat et concevait dans le même temps des pensées éblouissantes de Dieu. Elle exerçait alors cet art éblouissant qui est le plus grand art : jouir de l’éternel en prenant soin de l’éphémère. »
Trop souvent dans nos propres vies nous opposons un peu trop vite contemplation et action. Et même une lecture hâtive du passage de l’évangile « Marthe tu t’agites beaucoup, Marie a choisi la meilleure part », nous laisserait penser qu’avoir soucis du temps présent serait contradictoire avec une vie d’oraison et de contemplation. On voit ainsi certains prendre des airs inspirés et emplis de componction, et sous le fallacieux prétexte d’être tout à Dieu ne pas lever le petit doigt pour leurs frères humains, et éviter soigneusement de salir leurs blanches mains qui,  trop faite pour être jointes dans l’adoration, ne sauraient s’abaisser aux humbles tâches terrestres. A l’opposé, d’autres, iront affairés (parfois sans rien faire pour citer s. Paul !), toujours plongés dans un activisme exténuant mais surtout excuse pour ne pas consacrer au Seigneur le temps qui lui est dû, ou même fuite en avant pour ne jamais se poser de question de fond. La sainteté n’est jamais dans ces caricatures de piété ou de charité.
Sainte Thérèse d’Avila nous en montre le chemin. Réformatrice zélée, infatigable travailleuse dans les vignes du Seigneur, écrivain, épistolière, gestionnaire, et dans le même temps plongée en Dieu, allant de hauteur en hauteur dans la rencontre intime avec le Seigneur. Son secret : sans doute ce bon sens et cet humour qui lui faisait dire un jour à Dieu alors qu’elle traversait bien des épreuves :  » Si c’est comme cela que Vous traitez vos amis, il est normal que Vous en ayez si peu  » !
paru dans la revue Parole et Prière
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