In Memoriam – Père Bernard Vacherot

 
Une voix de stentor, ou plus exactement une voix à la Jean-Pierre Marielle, voilà le premier point qui vous frappait – et le mot est juste ! – lors de votre première rencontre avec le père Bernard Vacherot. Une poignée de main vigoureuse, franche. Un large sourire et des yeux malicieux et plissés : « bonjour toi, comment vas-tu ? ». 
 
Pendant 17 ans, le « padre » du 17 s’est donné sans compter à ces drôles d’ouailles que sont les sapeurs parachutistes, avant de rejoindre le Camp de Caylus ces dernières années. Alors que, pour des raisons de santé, il n’a jamais pu être apte TAP, le père Vacherot, par sa faconde et son dévouement, a réussi, comme le père Maffre au 8e RPIMa, à devenir un « padre para » ! Et ce n’est pas sans beaucoup d’émotion que, lors de ses obsèques en l’église de Caylus dont il était le curé, le 7 mai dernier, l’importante délégation militaire a entonné notre manière à nous de dire au-revoir, à Dieu, avec la fameuse prière du parachutiste.
 
Bernard, comme beaucoup de prêtres, cultivait volontiers le paradoxe. Ainsi, d’une profonde bonté, il n’hésitait pas cependant, en bon Périgourdin de Sarlat, à manier l’ironie et la « taille » ! C’était un grand original (qui sait qu’il avait débuté des études pour être peintre sur porcelaine à Limoges ?) ; et les hasards de la vie ecclésiale des années 70, l’avaient poussé vers son cher Liban et ses chers frères Melkites. Avec Bernard, on savait que la messe débuterait avec le signe de croix, mais il était impossible de repérer ensuite le déroulement liturgique, savant mélange de latinité et d’orient, ponctué de chants grecs ou de rengaines liturgiques françaises des années 50 ! Il pouvait – surtout quand les ennuis de santé l’agaçaient – se révéler rugueux dans les rapports avec les autres. Mais de l’avis de tous, ce qui restera de lui auprès des paras, c’est son dévouement sans faille au régiment, aussi bien à l’aise avec le simple sapeur para qu’avec le général, d’un humour mordant, frisant volontiers le scabreux, d’une inlassable bonté. 
 
Ce « padre », ce père (parfois ce grand-père !), en quittant ce dimanche 3 mai la « piste garce et cruelle », laisse nombre de paras orphelins. C’est, ce dont a témoigné, en pleurs et avec force, un soldat musulman et d’origine africaine, la veille des obsèques de Bernard, lors de la veillée organisée à Notre-Dame-de-Livron : « j’ai perdu plus qu’un père aujourd’hui ». Que saint Michel accueille au Paradis celui dont la voix typée nous manquera désormais lorsque nous entonnerons : « Mon Dieu, mon Dieu, donne-moi, la tourmente, donne-moi la souffrance, donne-moi l’ardeur au combat ».
 
 

 

Père Christian Venard+
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