Préface

pour le livre de Martial LIMOUZIN, J’avais vingt ans en 1914 – Quelle connerie la guerre !

 

J'avais20ansLe Père Doncoeur, célèbre aumônier militaire durant toute la Grande Guerre, écrivait aux lendemains de cette atroce période de notre histoire européenne : « Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don… » C’est dans cet esprit que Martial Limouzin, pour lui rendre hommage, retrace, avec une plume alerte, le parcours militaire de son grand-père, de sa mobilisation en 14 à sa démobilisation en 18. L’immense majorité des familles françaises a été touchée par ce drame. Avec émotion, je garde un souvenir précis des journées passées en Artois, avec tous les descendants de mon arrière grand-père, jeune capitaine saint-cyrien, mort au champ d’honneur en 1915, à la tête de ses hommes dans les combats d’Hebuterne. Tant et tant de familles françaises tiennent, dans le cadre du centenaire de la guerre de 14-18, à manifester ainsi une piété filiale et patriotique, envers ceux qui ont sacrifié leur vie. Ce livre entre dans cet esprit. Si le grand-père Auguste n’y a pas laissé sa peau, ces pages évoquent en permanence les sacrifices terribles imposés aux soldats de 14-18. La séparation de leurs familles, de leurs fermes, de leur terre natale n’en est pas un des moindres. Les horreurs d’une guerre moderne et sans merci y ajoutent une cruauté, dont les conséquences se feront sentir toute leur vie durant.

Ah oui, « quelle connerie la guerre » ! Aumônier militaire depuis vingt ans, les combats auxquels il m’a été donné de participer avec les armées françaises, sur de nombreux théâtres d’opérations, n’ont rien à voir en intensité avec ceux de la Grande Guerre. Pour autant, la violence qui les anime reste du même ordre. De nombreux auteurs, ethnologues, paléontologues, philosophes, écrivains ou juristes ont cherché à comprendre si la guerre et la violence étaient inscrites au cœur même de l’être humain, et de la société. Pour nous chrétiens, cet état est la conséquence terrible du péché de nos premiers parents, de la destruction de l’harmonie voulue aux origines par le Créateur. Au travers du récit, recomposé par Martial Limouzin, du parcours de son grand-père, on saisit, dans l’intimité d’un de ces combattants, la lutte intérieure entre la volonté de défendre la Patrie et l’aspiration à la paix. L’expérience d’Auguste décrit tout à la fois ce désir de paix, de retour au foyer, l’absurdité de la guerre, mais aussi, la ferme décision de remplir son devoir de Français, quoi qu’il en puisse coûter. Le saint père Daniel Brottier disait : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est sur les champs de batailles« . Ce livre fait entrer dans le quotidien d’un jeune paysan français. Pas de discours historique, même si l’auteur a suivi avec une précision méticuleuse le Journal de Campagne du régiment de son grand-père. Pas de grandes théories sur cette première guerre mondiale, même si chaque lecteur, au travers des réflexions d’Auguste, peut réaliser ce que pouvait penser un jeune conscrit de la 14.

Ce livre, issu de piété familiale et patriotique, est précieux enfin dans une période cruciale que traverse notre patrie. La simplicité de l’écriture, le témoignage sans fard, peuvent nous rejoindre dans nos combats d’aujourd’hui. Certes, la France n’a pas en face d’elle un Etat, ennemi héréditaire ; mais notre pays est engagé désormais dans une lutte sauvage, contre une idéologie islamique, dont les méthodes barbares et sanglantes rappellent, en effet, que la guerre est tragique, qu’elle est une « connerie ». L’exemple du grand-père Alexandre invite chaque lecteur à aimer sa patrie, son prochain et à remplir ses devoirs envers les uns et les autres, quoi qu’il puisse lui en coûter. En ce sens, la lecture de ce livre, prédispose le lecteur au cœur ouvert, à l’âme attentive, à se préparer moralement aux combats d’aujourd’hui que notre France doit livrer. Laissons alors résonner une dernière fois, avant de céder la parole au grand-père Alexandre, la voix du père Doncoeur : « Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et – qui sait?- peut-être demain à une mort analogue« .

 

Bordeaux, 5 juillet 2017

 

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