Tuerie de Montauban : le père Christian Venard se souvient

© PASCAL PAVANI / AFP

Le 15 mars 2012, trois parachutistes du 17e RGP étaient la cible des balles de Mohamed Merah. L’aumônier était sur place.

Le 15 mars 2012, à Montauban, le père Christian Venard prend un café dans la cour de la caserne du 17e Régiment du génie parachutiste (RGP) dont il est l’aumônier. Des coups de feu retentissent à l’extérieur. Mohamed Merah vient de tirer sur trois paras : Abel Chennouf, Mohamed Legouad et Loïc Liber. Les deux premiers expirent entre les bras du Padre, accouru sur place. Le dernier survit, grièvement blessé.

Aleteia : Cinq ans après avoir recueilli vos camarades au sol, diriez-vous que cette tragédie a changé votre vie ? De quelle manière ?
Père Christian Venard : Oui, bien sûr. Comment voudriez-vous rester indifférent, quand, sur notre sol national, à 50 mètres du PC de votre régiment, vous recueillez le dernier souffle de deux de vos camarades parachutistes — Mohamed Legouad et Abel Chennouf —, abattus parce qu’ils appartenaient à un régiment engagé en Afghanistan ? Je reste marqué dans ma chair et dans mon âme. Trois sentiments pour l’essentiel : tristesse face à ceux qui sont partis, combativité pour honorer leur mémoire, colère face au traitement politique et médiatique de cette tragédie.

Les militaires ont-ils gardé des séquelles ? Ont-ils su se reconstruire ?
Le 17e RGP a magnifiquement réagi, même si, cela a rendu la vie des paras de culte musulman plus délicate. Un certain nombre, comme moi, ont voulu aussi tourner la page et continuer de servir dans les armées, en s’éloignant de Montauban. Le régiment reste très proche et soudé auprès du seul rescapé, Loïc Liber, qui se bat courageusement, jour après jour, frappé par un très lourd handicap depuis cinq ans.

Le père Christian Venard

Pensez-vous que cet épisode marque une rupture profonde à l’échelle de la Nation ? La population et les pouvoirs publics en ont-ils pris la mesure ?
L’affaire Merah marque, bien sûr, un tournant décisif et l’entrée en guerre contre l’islamisme. La veulerie, l’idéologie des politiques et des médias empêchent d’en rendre un compte exact et surtout d’en tirer les vraies conclusions. La différence de traitement par exemple entre « Charlie » et « Merah » est significative d’une caste repliée sur elle-même et assez indifférente au sort de ceux qui pourtant veillent sur elle : les militaires et les forces de l’ordre.

En ce jour anniversaire, quelle prière cette tragédie peut-elle inspirer au croyant ?
Prier pour demander le courage de résister malgré tout, comme l’inspire la prière du parachutiste. Prier pour la consolation des familles — je songe aussi aux familles juives de Toulouse, à la famille Ibn Ziaten. Prier pour les morts et les blessés. Prier pour notre patrie engagée dans une guerre sans merci contre l’islamisme. Et enfin, si l’on y arrive, avec la grâce de Dieu, arriver à prier même pour ceux qui nous persécutent.

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Portrait dans La Nef – 289

lanef

Une belle recension

sur le blog « Milittéraire – une Plume pour l’Épée »

 

Source : « Un prêtre à la guerre », padre Christian Venard, aumônier, Ed. Taillandier

In Memoriam – Père Bernard Vacherot

 
Une voix de stentor, ou plus exactement une voix à la Jean-Pierre Marielle, voilà le premier point qui vous frappait – et le mot est juste ! – lors de votre première rencontre avec le père Bernard Vacherot. Une poignée de main vigoureuse, franche. Un large sourire et des yeux malicieux et plissés : « bonjour toi, comment vas-tu ? ». 
 
Pendant 17 ans, le « padre » du 17 s’est donné sans compter à ces drôles d’ouailles que sont les sapeurs parachutistes, avant de rejoindre le Camp de Caylus ces dernières années. Alors que, pour des raisons de santé, il n’a jamais pu être apte TAP, le père Vacherot, par sa faconde et son dévouement, a réussi, comme le père Maffre au 8e RPIMa, à devenir un « padre para » ! Et ce n’est pas sans beaucoup d’émotion que, lors de ses obsèques en l’église de Caylus dont il était le curé, le 7 mai dernier, l’importante délégation militaire a entonné notre manière à nous de dire au-revoir, à Dieu, avec la fameuse prière du parachutiste.
 
Bernard, comme beaucoup de prêtres, cultivait volontiers le paradoxe. Ainsi, d’une profonde bonté, il n’hésitait pas cependant, en bon Périgourdin de Sarlat, à manier l’ironie et la « taille » ! C’était un grand original (qui sait qu’il avait débuté des études pour être peintre sur porcelaine à Limoges ?) ; et les hasards de la vie ecclésiale des années 70, l’avaient poussé vers son cher Liban et ses chers frères Melkites. Avec Bernard, on savait que la messe débuterait avec le signe de croix, mais il était impossible de repérer ensuite le déroulement liturgique, savant mélange de latinité et d’orient, ponctué de chants grecs ou de rengaines liturgiques françaises des années 50 ! Il pouvait – surtout quand les ennuis de santé l’agaçaient – se révéler rugueux dans les rapports avec les autres. Mais de l’avis de tous, ce qui restera de lui auprès des paras, c’est son dévouement sans faille au régiment, aussi bien à l’aise avec le simple sapeur para qu’avec le général, d’un humour mordant, frisant volontiers le scabreux, d’une inlassable bonté. 
 
Ce « padre », ce père (parfois ce grand-père !), en quittant ce dimanche 3 mai la « piste garce et cruelle », laisse nombre de paras orphelins. C’est, ce dont a témoigné, en pleurs et avec force, un soldat musulman et d’origine africaine, la veille des obsèques de Bernard, lors de la veillée organisée à Notre-Dame-de-Livron : « j’ai perdu plus qu’un père aujourd’hui ». Que saint Michel accueille au Paradis celui dont la voix typée nous manquera désormais lorsque nous entonnerons : « Mon Dieu, mon Dieu, donne-moi, la tourmente, donne-moi la souffrance, donne-moi l’ardeur au combat ».
 
 

 

Père Christian Venard+

Triste anniversaire

 

 

Aujourd’hui, 15 mars 2014, triste anniversaire.


Il y a deux ans, jour pour jour, Abel Chennouf et Mohamed Legouad, parachutistes du 17e RGP de Montauban, tombaient sous les balles du terroriste Merah, parce qu’ils portaient l’uniforme français, parce que leur régiment était engagé en Afghanistan pour combattre les Talibans et les insurgés.


Il y  a deux ans jour pour jour, leur camarade Loïc Liber, atteint mortellement, en réchappait. Il est aujourd’hui vivant mais avec un très lourd handicap.


Il y a deux ans, jour pour jour, nous avons vécu (subi ?) l’impensable : cette violence à laquelle nous nous préparons pour la vivre en OPEX, nous touchait en plein cœur, à 100 mètres du régiment.


Il y a deux ans, jour pour jour, c’est leurs mains que j’ai tenues jusqu’à leur dernier souffle… et jamais ce souvenir ne pourra s’effacer de mon coeur d’homme et de prêtre.

Merci à vous tous de prier (si vous êtes croyants), de penser à eux. Merci aussi de soutenir leurs deux familles : de sang et militaire.

+ R.I.P.

Inhumation d’Abel Chennouf

Abel Chennouf – assassiné par le terroriste Mohamed Merah

 

Cimetière de Manduel

Jeudi 22 mars 2012

 

Abel, mon camarade parachutiste, mon frère, voilà une semaine, jour pour jour et presque heure pour heure, je tenais ta main, encore chaude de la vie que venait de te prendre un assassin.

 

Je tenais ta main en priant pour toi, en pensant à ta maman et en te confiant à notre Maman du Ciel, la Vierge Marie. Je ne connaissais pas encore Caroline, mais si tel avait été le cas, je t’aurais aussi parlé pour elle et pour ce petit bébé que vous attendez. Puis je me suis penché sur ton camarade Mohamed Legouad qu’essayaient de maintenir en vie les remarquables équipes d’urgentistes. Enfin, j’ai assisté au départ vers l’hôpital de Loïc Liber, qui à cette heure même se bat, entouré de son papa et de sa maman, pour rester en vie. Que de souffrances. Que d’incompréhensions. Mais aussi que de solidarité, de soutien, d’hommages et, pour nous chrétiens, de foi (comme le rappelait hier l’évêque aux armées en la cathédrale de Montauban) et d’espérance, malgré tout !

 

Il y a deux mille sept cents ans, à Rome, au cœur même du forum, symbole et centre de la vie de la Cité, un gouffre s’ouvrit. L’oracle consulté livra cette réponse : pour combler ce gouffre, Rome devait y engloutir ce qu’elle avait de plus précieux. Chacun s’interrogeait encore sur ce qui pouvait être de plus précieux, quand un jeune cavalier, un jeune homme armée, Curtius, se jeta avec son cheval dans le gouffre qui se referma aussitôt. Oui, ce que Rome avait de plus précieux était un jeune militaire défenseur de la Cité.

 

Le criminel terroriste qui a mené ces actions dans lesquelles tu as perdu la vie, Abel, a tenté d’ouvrir un gouffre. Le prix à payer pour le combler est bien sûr infiniment trop lourd ; mais mon ami Abel, tu es devenu, comme Curtius, symbole de ce que notre pays, la France, possède de plus précieux. Et désormais, c’est ainsi que tu nous apparaît : jeune caporal parachutiste, mort pour la France, dans un attentat terroriste qui voulait mettre à bas notre Patrie.

 

Abel, je veux aller encore plus loin. C’est parce que tu portais l’uniforme français, parce que tu étais fier de ton béret rouge, que ce criminel t’a visé. Ce que ce meurtrier ne pouvait savoir c’est aussi tout ce que tu représentes aujourd’hui pour notre Patrie. Issue d’une famille à la fois alsacienne (avec tout ce que cette région fait ressortir en notre pays des souffrances liées aux deux conflits mondiaux) et kabyle (et comment ne pas évoquer ici les douloureux événements d’Algérie), ta famille choisit la France avec (et je reprends les mots mêmes de ton cher papa), avec toutes ses traditions, y compris ses racines les plus profondes, qui sont chrétiennes. Comment ne pas voir, mon ami Abel, dans une telle accumulation de symboles, ce que nous avons de plus précieux cette capacité que possède notre Patrie française de prendre en son sein, tous ceux qui veulent devenir ses fils.

 

Au moment où nous allons te porter en terre, dans cette terre pétrie des ossements de nos pères (c’est cela la Patrie aussi), Abel, avec toute ta famille, tes amis, tes camarades parachutistes, je te fais le serment que nous soutiendrons Caroline et ton enfant. Que nous resterons présent auprès des tiens. Désormais c’est à Dieu que nous te confions, au travers des rites catholiques qui accompagnent nos défunts. Nous savons que tu es vivant auprès du Père. Tu as rejoint Jésus, ce Dieu fait Homme, cet innocent mort à cause de la méchanceté et la violence qui habitent trop souvent le cœur des hommes. Ton sacrifice se trouve comme enveloppé dans celui du Christ Jésus. En te retrouvant jeudi dernier, gisant sur le sol montalbanais, en prenant ta main et en voyant couler de tes blessures ce sang si rouge et si pur, je confiais au Seigneur de la Vie, cette vie qui s’écoulait de toi. Et si aucune larme ne sortait de mes yeux, comme tant de tes camarades, c’est mon cœur qui pleurait sur toute violence faite aux innocents sur cette pauvre terre. Et c’est à l’Innocent qui a versé son Sang pour nous réconcilier avec son Père, qui a versé son propre Sang en rançon pour toutes les violences, que je confiais ta belle âme.

 

Abel, français d’origine alsacienne et kabyle, catholique par choix, parachutiste au service de la France, que notre grand saint patron, que l’Archange saint Michel t’accueille et te fasse entrer au sein du Père, avec le Fils et le Saint-Esprit. Amen.