Les soldats morts pour la France sont à la fois le modèle et le creuset de la Nation française

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Valeurs actuelles. Quel est le sens de la mort quand on est soldat ?

C’est une question ardue tant elle touche à l’intime de chacun. Nous savons, au sein des armées, y répondre collectivement. C’est ce que nous allons vivre lundi avec l’hommage national pour nos treize camarades morts au Mali. Cela passe par la dignité, la retenue, le respect immense, la sobriété. La mort est celle qui nous arrache un camarade de combat et paradoxalement le hisse au rang de héros. La mort au combat d’un camarade nous interdit la médiocrité dans notre vie. En ce sens, les soldats français morts pour la France et avec eux toute l’armée, deviennent à la fois modèle et creuset de la Nation française, dans cet héritage immense de Bouvines, de Jeanne d’Arc, du Grand Condé ou de Bonaparte, des Poilus de Verduns… Chaque camarade se pose alors ces deux questions : serai-je, suis-je, à la hauteur de leur sacrifice ? Ne serai-je pas le prochain ? Pour l’intime de chaque soldat la mort du camarade, comme pour tout homme ou toute femme, est questionnement métaphysique. « L’homme est une tension angoissée vers la transcendance » a pu écrire Kierkegaard. Alors que dans notre société la mort, comme la douleur, sont devenues insupportables, à la limite du tabou, elles méritent, pour le militaire un apprentissage, non seulement physique, mais psychique et métaphysique. La mort reste pour chacun de nous un aspect de l’horizon que nous ne pouvons écarter. C’est, au-delà d’ailleurs des stricts aspects religieux, le rôle aussi des aumôniers des quatre cultes, que d’accompagner nos camarades sur ce rude chemin.

Valeurs actuelles. Les armées entretiennent quelles relations avec les familles après la mort au combat ?

Une très grande compassion les unit. Je peux témoigner de la force de l’engagement des armées pour se rendre proches de celles et ceux brutalement atteints par le décès de leur proche au combat. Il peut y avoir parfois un raté, une incompréhension. Mais humainement, les militaires proches des familles des défunts, les unités d’appartenance, l’ensemble de la hiérarchie, mettent un point d’honneur, par respect et affection pour les défunts, à tout faire pour aider les familles endeuillées. Chacun de nous doit pouvoir se dire : « Si cela m’arrivait, voilà comment l’institution militaire s’occuperait de ma famille. » C’est une question de confiance et le soldat ne partirait pas au combat s’il n’avait cette assurance dans le cœur. Donc être présent. Très présent. Puis le plus dur peut-être, c’est, avec le temps, qui passe, de redonner d’une certaine manière une forme de liberté aux familles pour qu’elles s’approprient le deuil, après l’avoir vécu un premier temps dans le collectif militaire. Cette étape nécessaire sera marquée ensuite par un lien continu. Ainsi, rien de plus émouvant pour moi, de voir aujourd’hui des enfants orphelins d’un père mort au combat en Afghanistan, devenir des jeunes gens, qui témoignent de l’accompagnement des armées tout au long de leur jeunesse, et qui, pour certains, choisissent aujourd’hui le métier des armées.

valeurs actuelles. Que signifie alors la fraternité d’armes ?

Un de ceux qui en a le mieux parlé est, me semble-t-il, le philosophe américain Jesse Glenn Gray, dans son livre Au combat – Réflexions sur les hommes à la guerre, tiré de sa propre expérience de combattant de la 2e Guerre mondiale. La fraternité d’armes est à la fois moins et plus que l’amitié. Elle vous lie à tout jamais à celui ou ceux que vous n’avez pas forcément choisis (comme on choisit un ami, un conjoint), d’un lien indestructible forgé par la dureté des événements vécus. La fraternité d’armes débute avec ce que les Américains appellent le battle buddy, le « pote de combat », mais elle trouve son accomplissement dans la traversée de l’indicible, de l’horreur parfois, de l’extrême, du dénuement, de l’humiliation de celui qui se sait faible et a connu ce que décrit si bien le psalmiste (Ps 103) : « L’homme! Ses jours sont comme l’herbe. Il fleurit comme la fleur des champs. Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus. Et le lieu qu’elle occupait ne la reconnaît plus.»

 

Paru sur le site de Valeurs actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/les-soldats-morts-pour-la-france-sont-la-fois-modele-et-creuset-de-la-nation-francaise-113498

 

B O N U S

Questions non publiées

 

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V.A. On dit que les soldats ne s’engagent pas pour mourir au combat mais sont prêts à aller jusqu’au sacrifice suprême de leur vie. Qu’est-ce que cela signifie ?

Chaque militaire, quel que soit son rôle, sa place dans la hiérarchie, sait, pressent, qu’il pourra un jour rencontrer la mort. Il est amener à y réfléchir dès les débuts de sa formation, même s’il nous reste sûrement des marges de progrès en la matière. Notre société, matérialiste, athée et individualiste, ne nous y prépare guère. Or le militaire est celui qui est prêt à côtoyer la mort, à la donner, mais aussi à la recevoir. C’est donc un apprentissage qui se déroule au travers toute sa formation, ses entraînements. C’est aussi une réflexion philosophique sur le sens de la vie, de l’engagement. Cela exige d’accepter que sa propre existence (bien intime et précieux) puisse devenir seconde face au Bien commun de la Patrie. Cela exige de chaque soldat de se bâtir un socle éthique qui tienne, même au plus fort de la crise. Le militaire ne court pas après la mort. Il n’est ni un psychopathe, ni un adolescent en recherche d’émotions fortes. Le soldat part remplir une mission, dans la force d’un groupe soudé. Rien de plus vivant qu’un militaire ! le soldat ne part pas à la mort, il ne l’évoque guère d’ailleurs, il part au combat, grave et concentré, car malgré la soif de l’action qui l’anime, il en connaît le prix et les enjeux.

V.A. Comment une telle épreuve est vécue dans les armées ?

Trois cercles sont sans doute à distinguer. Le premier réunit celles et ceux, camarades de combat, qui sont déployés sur le théâtre d’opération où le drame vient d’avoir lieu. Ils sont les premiers impactés. L’épreuve resserre très fortement les liens entre eux, dans le désir d’être à la hauteur de l’événement et des amis décédés, mais aussi, et ce n’est pas rien, dans celui de poursuivre la mission, par respect pour eux, et parce que pour un militaire la mission reçue est sacrée, quoi qu’il en coûte. C’est souvent ce dernier aspect, mal compris ou inconnu dans la société civil qui, sur place, permet le sursaut psychique et moral. Le deuxième cercle est constitué des unités auxquelles appartenaient ceux qui sont morts, avec les camarades et les chefs, qui sont restés en base arrière. À eux revient la très lourde tâche de recevoir les corps, de préparer les cérémonies, et surtout d’accompagner les familles et les proches. Pour l’avoir vécu à de nombreuses reprises, il n’est pas moins douloureux d’aller annoncer un tel décès à la famille que d’entourer de respect et d’affection le corps de nos camardes défunts sur les lieux de la mort. Cet exercice terriblement difficile suppose d’accepter, de recevoir et d’accompagner toute la charge émotionnelle des familles. C’est une mission délicate très noble qui nous unit, mais très exigeante. Enfin le troisième cercle c’est celui de toute la grande famille militaire au sens large. Du chef d’état-major des armées au simple soldat, tous se sentent concernés. D’abord parce que, dans nos armées numériquement plus réduites, on finit toujours par avoir un ami, ou un ami d’ami militaire, qui était un proche d’un des défunts. Ensuite parce que cela ramène chacun de nous à son propre engagement, à ses finalités si nobles, et à ses exigences radicales, jusqu’au sacrifice ultime s’il le fallait. Mais ces trois cercles s’entremêlent en réalité, et forment toute une communauté militaire soudée dans l’épreuve et pour laquelle le soutien de la population et des responsables politiques est d’une extrême importance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les moines de Tibhirine

Au-delà de tout : l’amour des ennemis

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« Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. » Ainsi s’exprime le père Christian de Chergé dans son Testament, écrit en 1994, deux ans avant qu’une mort terrible ne viennent l’emporter ainsi que six de ses frères moines trappistes.

En quelques mots, le frère Christian nous place dans la radicalité de toute vie chrétienne, réellement vécue. Don de Dieu sans retour de la vie qui fait de chaque être humain, y compris le plus faible, une présence divine et lui confère une dignité absolue. Souffrance pour le croyant, par son propre péché, de participer au mal qui ronge le monde. Espoir mis en Dieu seul, et en sa Grâce, de dépasser cette triste condition de pécheur et d’atteindre le sublime commandement de l’amour du prochain jusqu’à l’ennemi.

C’est sur ce dernier point que les sept moines de Tibhirine ont sans doute le plus à nous apprendre. Au-delà de toutes les polémiques entourant leurs morts, au-delà de ce que les uns ou les autres retireront pour alimenter telle ou telle thèse dans les rapports entre catholicisme et islam, leurs vies données, dans la prière, l’amour de tous leurs frères algériens et jusque dans le martyre reconnu par la sainte Église, doivent nous inspirer pour nos propres vies.

Face au mal inévitable que nous rencontrons, face au scandale parfois des croix qui nous atteignent, ses lignes du frère Christophe peuvent nous éclairer : « L’office. Les mots des psaumes résistent, font corps avec la situation de violence, d’angoisse, de mensonge et d’injustice. Oui, il y a des ennemis. On ne peut pas nous contraindre à dire trop vite qu’on les aime sans faire injure à la mémoire des victimes dont chaque jour le nombre s’accroît. Dieu Saint. Dieu Fort. Viens à notre aide. Vite. Au secours. Et puis on reçoit des mots d’encouragement, de consolation, des mots qui font espérer et c’est là que lire l’Ecriture c’est vital. Il y a du sens (…) Et nous voici chargés de ce sens. Il s’accomplit : Amour en Croix. »

 

Publié dans Parole et Prière, décembre 2019

Les soldats morts au Mali ne sont pas des victimes, mais des héros

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’abbé Christian Venard rend hommage au sacrifice des treize soldats français tués dans une collision d’hélicoptère, et rappelle la noblesse de leur sacrifice librement consenti.

Par Christian Venard
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L’abbé Christian Venard est prêtre et aumônier militaire. Il a publié avec Guillaume Zeller Un prêtre à la guerre (Tallandier, 2015).


Mardi. Très tôt, la sonnerie du téléphone retentit: «Padre, es-tu au courant, que treize de nos gars sont morts au Mali?». À cette heure matinale, je ne sais rien. Si la terrible nouvelle est avérée, en ce moment même doit se dérouler le travail intense et délicat des régiments concernés, des états-majors, pour prévenir chaque famille. Des images défilent. Ces moments à jamais gravés dans ma mémoire, quand on doit annoncer l’irrémédiable à une épouse, à des enfants, à des parents. Il est mort. Au combat. Là-bas, si loin. La veille encore il téléphonait aux siens en plaisantant. Il était parti voilà plusieurs semaines, embrassant ses proches et les rassurant sur son retour certain. Quelques messages à des amis militaires. La confirmation arrive, sous forme d’un appel très bref, d’un frère d’armes m’intimant évidemment la discrétion la plus totale. Il égrène la triste litanie de ces treize noms, que dans quelques heures les Français s’approprieront.

Qu’il soit un, qu’ils soient mille, c’est le même noble engagement au service de leurs compatriotes qui les a conduits au sacrifice ultime.

 

Dès les premières minutes qui ont suivi l’annonce officielle, les médias ont insisté sur le lourd bilan payé en une seule journée par l’armée française. Faut-il rappeler que ce n’est pas le nombre qui fixe la noblesse de leur sacrifice au service de la Patrie? Pourquoi les réactions furent nettement moins vives, quand le 4 novembre dernier le brigadier Ronan Pointeau a été tué, au Mali aussi? Faut-il le poids des chiffres, pour que nos concitoyens, nos médias, perçoivent le prix du sang versé, celui des sacrifices consentis par nos camarades militaires, pour la défense des intérêts de notre pays, pour la paix de notre Patrie? La moindre goutte de sang versé par un seul mort au combat, par un militaire blessé, devrait faire réagir notre Nation entière comme un appel au sursaut, à la dignité, à la solidarité, à la compassion. Qu’il soit un, qu’ils soient mille, c’est le même noble engagement au service de leurs compatriotes qui les a conduits au sacrifice ultime.

Aucun d’eux n’est une victime. Un militaire qui meurt pour sa Patrie, un militaire blessé physiquement ou psychiquement, n’est pas et ne sera jamais une victime. C’est un héros: un homme qui a choisi, librement, de faire de sa vie un don pour son pays, une oblation. Et non de vivre dans la jouissance de la possession, entouré du confort de la vie urbaine. «L’accomplissement du devoir sacré de la mission au service des armes du pays.» Les mots sont trop forts, l’humilité du soldat lui interdit bien souvent de les formuler ainsi. C’est pourtant la réalité de ce qui, chaque matin, lui donne la force de se lever et de repartir au combat. Chacun de nos quatorze camarades décédés le mois écoulé était un jeune homme, ayant réfléchi au sens ultime de son engagement. Il était fier de servir, déterminer à remplir une mission. Une démarche qui ne peut se vivre et se comprendre qu’au sein d’une communauté, d’une famille: l’armée. Cette conviction, qui s’attache aux tripes durant les périodes d’entraînement, qui s’inscrit dans la chair au cœur même de l’OPEX (opération extérieure), c’est elle qui nous donne d’accepter l’horizon du sacrifice ultime de la mort, mais plus encore chaque jour, la force de vivre! Car le soldat ne part pas à la mort, il ne l’évoque guère d’ailleurs, il part au combat, fier d’appartenir à sa communauté militaire, animé non par l’excitation de l’adolescent sur sa console de jeux, mais par la gravité de celui qui sait que vie et mort sont des enjeux trop puissants pour ne pas être pris au sérieux, malgré la soif de l’action. C’est ce que j’ai partagé tant de fois avec eux, au cours de tant d’OPEX sur tous les théâtres où la France nous a engagés.

Qu’en est-il d’un pays qui envoie ses plus courageux combattre les racines d’un mal qu’il semble laisser prendre racine, sans beaucoup de résistance, sur son propre sol ?

 

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est nous, c’est-à-dire la France, qui, par l’intermédiaire des autorités civiles, politiques, militaires légitimes les envoyons: du Mali au Kosovo, de l’Afghanistan à la Côte d’Ivoire, et sur tant d’autres terres étrangères. Partout, depuis des années, nos militaires sont engagés pour lutter contre cette nouvelle idéologie mondialisée qu’est l’islamisme. Loin des habituelles et indécentes interrogations politiciennes (même si nous n’avons pas à être, y compris nous militaires, naïfs sur les intérêts économiques et stratégiques qui se mêlent aussi dans ces engagements géostratégiques), la Nation ne devrait-elle pas, devant les treize cercueils qui bientôt lui seront présentés sur la terre sacrée de la Cour d’honneur des Invalides, se lancer dans une introspection? Qu’en est-il d’un pays qui envoie ses plus courageux enfants à la mort… combattre les racines d’un mal qu’il semble laisser prendre racine, sans beaucoup de résistance, sur son propre sol?

Nos quatorze camarades militaires sont morts dans l’exercice de la vocation qu’ils avaient choisie. Une vocation noble pour de nobles fils de France. Leurs parents, leurs veuves vivront-ils, leurs enfants grandiront-ils, en bénéficiant de la paix pour laquelle ils sont partis combattre? Cette question s’adresse à nos hommes et femmes politiques et à nos chefs militaires. Mais c’est aussi chaque Français, chaque Française, qui est invité, quelle que soit sa place au sein de la Nation, à s’élever à la hauteur de ces jeunes héros morts pour la France.

 

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Sur ce sujet, mon interview sur la radio RCF :

https://rcf.fr/actualite/soldats-morts-au-mali-un-grand-sentiment-de-tristesse-et-de-compassion-pour-l-abbe-christi

Pierre Claverie

L’apostolat du dialogue

 

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France et Algérie, un amour compliqué, de passions et de haines, d’attirances et de répulsions. Algérie, terre kabyle des riches premières communautés chrétiennes, terre musulmane depuis des siècles désormais. Voilà, à Bab-El-Oued, dans quel terreau naît Pierre Claverie.

Voilà aussi pourquoi, attiré par ces contrastes et ces paradoxes, alors qu’il est devenu jeune père dominicain en France métropolitaine, il souhaite retourner dans son pays natal où débute non sans difficulté l’indépendance. Dès lors sa vie apostolique est marquée par le désir du dialogue avec ses frères algériens et donc pour l’immense majorité d’entre eux musulmans.

« Le maître mot de ma foi est aujourd’hui le dialogue, non par tactique ou par opportunisme, mais parce que le dialogue est constitutif de la relation de Dieu aux hommes et des hommes entre eux. » Qu’on ne s’y trompe pourtant pas, Pierre Claverie n’est pas un naïf. Il a bien su mettre en garde, dans le dialogue inter-religieux, contre des ressemblances qui sont des ressemblances apparentes. Même si nous nous y référons, chrétiens et musulmans, Abraham n’est pas le même dans nos deux religions. Que dire de ‘Issa, de Jésus ? Les références bibliques citées dans le Coran ne sont pas organisées de la même manière, ce qui en change parfois profondément le sens. De même l’unicité de Dieu sur lequel insiste tant le Coran ne réfère pas à la même expérience de Dieu que le Dieu trinitaire.

Pour dépasser ces oppositions théologiques lourdes, c’est dans l’ordre de la charité que Pierre Claverie souhaite que, chrétiens et musulmans, rivalisent. A cet égard, l’accompagnement après leur meurtre des sept moines de Tibhirine et son propre assassinat peu de temps après, reconnu désormais par l’Église comme martyre, en sont le sceau suprême.

Confions-lui donc le si nécessaire dialogue entre nos deux religions.

 

Paru dans Parole et Prière, octobre 2019

Raymond Halter

Reconstruire nos âmes

 

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Comme pour un saint Ignace de Loyola blessé et obligé de garder le lit, le père Raymond Halter voit sa vie spirituelle basculer, après un accident de voiture en 1972. Entré chez les Marianistes, prêtre depuis 1957, il était alors aumônier d’étudiants à Bordeaux. Bien souvent, dans nos propres vies, Dieu agit ainsi. Par les méandres mystérieux des événements, parfois dramatiques, Dieu nous invite à le rencontrer plus intimement, à prendre plus au sérieux son appel d’amour.

Ainsi, après cet accident, Raymond Halter redécouvre la prière intérieure et, au même moment, rencontre le Renouveau charismatique. Il en devient même une des grandes figures et sera ainsi désigné en 1983 comme expert auprès de la Conférence des Évêques de France sur les sujets touchant aux mouvements charismatiques. En ce sens, la figure du Père Raymond Halter est assez emblématique de cette Église de France des années 80-90, dans laquelle beaucoup de fidèles catholiques trouvèrent refuge auprès des mouvements charismatiques pour asseoir une vie spirituelle qui leur semblait, trop souvent négligée par le clergé diocésain, lancé dans de nombreuses expériences apostoliques activistes.

La vie spirituelle du père Raymond a toujours été marquée, dès ses débuts, par une grande dévotion à la Vierge Marie. Assez naturellement, en 1989, à la demande du cardinal archevêque d’Abidjan, il rejoint la Côte d’Ivoire, pour créer un grand sanctuaire marial avec l’aide du Renouveau charismatique. Il exercera alors une profonde influence sur le catholicisme ivoirien, par ses enseignements, mais plus encore par sa disponibilité à exercer les charismes de délivrance et de consolation des âmes. Dans notre période vouée au chaos et au matérialisme, la réponse qu’il fit au grand écrivain Marek Halter résonne prophétiquement : « – Pourquoi prêtre ? – Parce que j’ai compris que le désastre n’était pas seulement physique, mais moral. Qu’il fallait reconstruire le monde, certes, mais aussi l’âme de l’homme.»

 

Paru dans Parole et Prière, mars 2019