Eglise et terrorisme

Se préparer à mourir demain

 

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Conférence donnée dans le cadre du colloque de l’Aide à l’Eglise en Détresse – Paris – 3 décembre 2016

Ce n’est pas un thème facile à aborder dans notre société qui a fait du sujet de la mort l’ultime tabou, dont on ne parle jamais et que l’on cache. Mes fonctions d’aumônier militaire m’ont amené à la côtoyer, et à la regarder en face. Ainsi, le 15 mars 2012, deux de mes parachutistes sont morts dans mes bras, mortellement touchés par Mohammed Merah. La guerre dans laquelle notre pays est plongé désormais date de cet événement-là. Car nous sommes effectivement dans une guerre, même si, comme l’ont dit différents intervenants, c’est une guerre très particulière qui nous touche sur notre territoire national. La mort, je l’ai côtoyée aussi en opération, je l’ai vu parfois droit dans les yeux. J’ai ainsi le souvenir très précis en Côte d’Ivoire d’avoir été pris sous le feu dans une embuscade montée par des rebelles à la sortie de Bouaké, ou encore ce tir de roquette sur le pont de Mitrovica au Kosovo, parti du côté albanais vers le côté serbe. La mort aussi, c’est celle que vous côtoyez quand vous accompagnez, ce qui a été mon cas, dix de vos camarades décédés en Afghanistan, pour des raisons dont, comme le rappelait précédemment Mgr Ravel, on peut encore parfois se demander la justification la plus profonde. La mort, c’est quand vous accompagnez une maman, une  veuve, des enfants, devant le cercueil de leur mari, de leur papa, de leur fils, qu’ils n’ont pas vu depuis plusieurs mois et qu’ils retrouvent mort.

Dans le conflit dans lequel nous sommes installés, nous allons tous, plus ou moins, individuellement et collectivement être confrontés à cette question de la mort. Cette guerre n’est pas qu’une guerre d’armes contre armes, elle n’est pas seulement une guerre avec une volonté de conquête… ou s’il y a une conquête, c’est d’abord une conquête des esprits. C’est une guerre idéologique, de colonisation des esprits. Je ne traiterai pas ici de notre autre ennemi idéologique qu’on retrouve sous différents noms : laïcisme, matérialisme, consumérisme…mais celui qui nous intéresse, est l’idéologie islamiste.

La question première que nous envoient cette guerre et notre ennemi, c’est le profond mépris qu’il a pour nous. Car nous ne savons plus, pour quoi et pour qui, nous voulons nous battre. Pour avoir côtoyé de nombreux musulmans dans des pays en guerre, et encore récemment au Liban et au Mali, pour essayer d’appréhender un peu ce qui peut animer l’âme de l’islam (et là, je ne dis pas islamiste), il faut comprendre qu’ils ont pour nous, chrétiens occidentaux, (car ils nous considèrent tous comme chrétiens ; l’homme politique français, aussi athée qu’il puisse être, est considéré comme chrétien, comme un chef de croisés), un profond mépris à cause de la décadence de notre société, et encore plus, si nous nous annonçons comme laïc et comme athée, nous sommes considérés alors comme moins qu’un chien …parce qu’au moins le chien, s’il ne peut pas honorer Allah, c’est parce qu’il n’est qu’un chien. Le musulman est prêt à donner sa vie pour sa foi. Mais nous Occidentaux ?

Cette question de la mort qu’on m’a demandé de développer, est centrale. Elle nous ramène à la question essentielle de chacune de nos vies. Car vie et mort sont intimement liées. Est-ce que je suis prêt à risquer ma vie pour quelqu’un? Pour quelque chose? Or notre ennemi, lui, sent bien que nous ne sommes pas très fermes sur cette question-là. Il y aurait beaucoup de lectures sur ce sujet à vous conseiller. Par exemple le livre La bataille de Falloujah de David Bellavia, écrit officiellement par un sergent-chef de l’armée américaine (vraisemblablement c’est plutôt un collectif), à partir de faits réel. A un moment donné, pendant cette bataille de Falloujah, les combattants américains sont terrifiés par leurs ennemis musulmans. Pourquoi? Car l’ennemi est capable de se relever trois fois, quatre fois, alors qu’il a été atteint par les balles, en criant Allah wa kbar, et en continuant à venir à l’attaque des Américains pourtant lourdement plus armées. Alors, se mettent à circuler dans le rang de l’armée américaine des tas d’idées folles – parce quand on est dans le vide spirituel, c’est la place pour tout et n’importe quoi. Les soldats  américains pensent que les soldats qu’ils ont en face d’eux ont des pouvoirs spirituels qui leur permettent de vivre cela. Nous savons en fait que c’est lié en grande partie à l’usage de certaines drogues utilisées par les combattants dans l’islam. Mais, c’est aussi la conséquence de la conviction très forte pour les musulmans y compris pour les djihadistes, d’œuvrer pour une cause, pour Dieu, pour obtenir le paradis. On peut toujours trouver que le paradis d’Allah n’est pas le nôtre, et je le crois en effet en voyant les descriptions qu’en donne le Coran, mais ils se battent pour quelque chose. Cela nous renvoie à cette question du sens, qui, comme aumônier militaire, est prégnante à tous les instants, que ce soit comme je l’étais autrefois avec les parachutistes sur tous les théâtres d’opération, ou aujourd’hui sur le théâtre national auprès des gendarmes puisque je suis devenu aumônier d’une région de gendarmerie. Pourquoi nous battons nous ?

Cette question qui se pose à nous, comme chrétiens nous avons des éléments de réponses, et nous avons à nous engager pour les aborder. Quand on est placé face à la mort avec ses camarades soldats, croyez-moi, la première explication qu’ils attendent, ce n’est pas forcement qu’on sorte un crucifix et qu’on leur dise: « Crois en Dieu, et tu iras beaucoup mieux ». Ce serait souvent odieux. En en tout état de cause, nous sommes d’abord là pour rappeler que le soldat qui meurt pour sa Patrie est dépassé par une transcendance, parce qu’il s’est mis au service du bien commun. Comme prêtre catholique, je suis persuadée que, même si ce soldat ne menait peut-être pas une vie profondément chrétienne et catholique, son ultime sacrifice a du sens aux yeux de Dieu, d’un Dieu, qui a accepté que son propre Fils se sacrifie pour nous ; ce Jésus, l’Innocent sacrifié, c’était Dieu qui acceptait de porter en lui toutes les souffrances de l’humanité. Chacun d’entre nous, à chaque fois qu’il accepte cet esprit de sacrifice  – je pense particulièrement à mes soldats mais aussi à nos frères chrétiens d’Orient qui eux-mêmes vivent beaucoup de sacrifices, et y compris le sacrifice de la mort – peut s’associer au sacrifice du Christ et y trouver un sens ultime à sa vie. Trop souvent cela nous paraît absurde à nous Occidentaux qui avons perdu ce sens de la transcendance. Pourtant, tous ces sacrifices ont un sens, si on les met sous le regard de la Croix. Cela n’empêche pas la souffrance. Ni parfois l’absurdité de la violence qui peut surgir du cœur de l’homme, mais cela donne un sens, une espérance et aussi une manière de nous booster, de nous situer face à la mort et face à la violence. Et en général, à ce moment-là, on en retire beaucoup d’humilité. Parce que cette espérance que nous donne le Christ, cette confiance que nous donne la contemplation de la Croix et de la souffrance de l’innocent, ne nous empêche pas d’être en même temps profondément touchés et émus, comme j’ai pu l’être devant la mort de mes camarades, comme je reste encore aujourd’hui profondément touché et meurtri dans ma chair d’avoir recueilli le souffle d’Abel Chennouf et son camarade Mohamed Legouad tués par Merah. Jésus lui-même a pleuré devant la mort et Dieu a le cœur qui se sert devant la souffrance humaine.

Ce qui nous manque le plus, à nous chrétiens d’Occident, à nous Occidentaux en général, à nous Français, c’est véritablement de découvrir ce sens de la transcendance. Dans le fond de nous poser cette question, aujourd’hui: pour qui, pour quoi, suis-je prêt à mourir? Et cela ne dépend pas de décision politique… Ça dépend d’abord de nous. L’État aujourd’hui, – je  suis au service de l’Eglise avant tout mais aussi de l’Etat depuis 20 ans-, est incapable de cela : nous porter vers la transcendance, car celle-ci a été évacuée du champ public par les idéologies matérialistes, athées et sécularistes. Les seuls qui sont capables de cela sont les militaires à cause de cette confrontation à la mort qui est a cœur de leur vocation. On le voit bien dans la manière dont ils sont capables de former des jeunes recrues, qui viennent de tous horizons, et de leur donner, en quelques semaines, le sens du bien commun et le sens du service. Avec bien sûr, des hauts et des bas, avec certains plus ou moins engagés, mais ce sont les seuls à arriver à cela. Il existe désormais une véritable expertise des armées de ce point de vue-là, dont il est regrettable que d’autres grandes institutions ne bénéficient pas plus. Ce qui permet cette pédagogie dans les armées – je ne dis pas que c’est le seul endroit, je dis que c’est une manière toute particulière dans les armées -, c’est parce que le militaire, forcément, ne peut pas ne pas se poser la question, à un moment donné, de la transcendance. Quand je parle de transcendance, je ne parle pas immédiatement de foi chrétienne (même si bien sûr en tant que prêtre c’est ce à quoi je pense et qui anime toute ma vie). Mais quand je dis transcendance, c’est déjà permettre à n’importe quel citoyen de ce pays de pouvoir, sans qu’on se moque de lui tout de suite, se poser des questions qui sont des questions d’ordre philosophique ; y-a-t-il une vie après la mort, ou suis-je condamner à ce matérialisme, à ce consumérisme athée qui est l’idéologie dominante et qui est quasiment la religion de l’État ?

Et sur ce sujet-là, n’attendons rien des politiques. Ce n’est pas par désespérance que je dis cela mais ils n’en sont pas capables. Car pour la plupart, l’éducation qu’ils ont reçue par ces grandes écoles dans lesquelles plusieurs ont grandi, est une éducation athée, antichrétienne, qui est à l’opposée de ce qui nous anime. C’est donc à nous, de l’intérieur, de ramener cela. Quelle que soit notre place dans la société, nous avons à témoigner de cela. La question est de savoir si nous le faisons intelligemment?

 Conclusion

Ma conviction la plus profonde, que vous retrouverez aussi dans mon livre Un prêtre à la guerre, c’est que face à ces problématiques de la guerre et du terrorisme, nos premières armes sont spirituelles et intellectuelles. Donc merci à l’AED d’avoir organiser ce colloque. Nous avons, chacun à notre place, à apporter une vraie réflexion. Notre pays en a besoin. L’Eglise a toujours été maîtresse de civilisation. Je crois que dans les circonstances très critiques que nous traversons, en Europe, et dans notre pays en particulier, il faut que les chrétiens en général et les catholiques en particulier, s’arment intellectuellement. Nous avons à travailler et trop souvent, osons le dire, nous sommes des feignants. Je crois qu’il faut avancer avec humilité et l’humilité c’est de partir d’une expérience concrète. N’allez pas expliquer à quelqu’un comment vivre la mort de son père si votre propre père n’est pas mort…vous n’en savez rien. Mais soyez présent. N’allez pas faire de grandes leçons sur la souffrance si vous n’avez jamais souffert. Mais soyez présent. Ne donnez pas de grandes leçons sur la mort si vous ne l’avez pas côtoyée….Mais soyez présents.

Armons-nous spirituellement, intellectuellement, parce que le combat de fond, c’est là qu’il se mène, avant celui des « armes de fer », selon l’expression utilisée par  Mgr Ravel. Comme le disait le cardinal Journet : « il faut s’opposer aux erreurs par les armes de lumière et non par les armes de la guerre ». L’idéologie islamique est avant tout une erreur de la pensée. Sachons la combattre en renforçant nos convictions et notre Foi chrétienne.

Marcel Van

Une simple prière du cœur

 

 

 

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Combien de fois, comme prêtre, ai-je entendu des fidèles me confier leur difficulté à prier ou, du moins, à avoir le sentiment qu’ils priaient. Il est vrai que, trop souvent, nous confondons le sentiment de la prière, avec la vraie prière. Or, dans le fond, peu importe notre « affect », notre « ressenti » : cela reste encore du nombrilisme et un retour sur nous-même ; tout le contraire de la prière qui, précisément, est une ouverture du cœur et de l’âme vers Dieu, à Dieu !

Sur ce sujet, Marcel Van a écrit ce texte bien éclairant pour nous : « Je n’avais jamais entendu personne me parler d’une intimité toute spontanée dans les rapports avec Dieu. Cependant au fond de mon cœur, je pensais que l’âme peut être intime avec Dieu en utilisant toutes les manières de lui exprimer son amour, qu’elle peut s’entretenir avec lui en employant n’importe quelles paroles ordinaires selon ses besoins et les circonstances. Naturellement, il n’est pas inutile de réciter des prières ; cependant il arrive que ce ne soit pas aussi profitable qu’une conversation de l’âme s’entretenant doucement avec Dieu en des termes jaillis tout spontanément de son cœur.« 

J’aime conseiller d’instituer en nous ce dialogue intime de tous les instants avec Jésus, avec Marie. C’est finalement si simple : leur parler comme à des amis vivants près de nous, s’intéressant àç tout ce que nous faisons. Laissons-nous donc  happer ainsi par l’esprit d’enfance qui animait, avec tant de fruits spirituels, Marcel Van et sa sœur spirituelle, Thérèse de Lisieux.

Chronique parue dans Parole et Prière, avril 2012

 

 

Père Werenfried van Straaten

Charité matérielle et spirituelle

 

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Le « Père au lard ». Belle dénomination pour le père Wrenfried qui créa l’Aide à L’Eglise en Détresse (AED). Sa démarche, profondément chrétienne, et l’histoire de sa fondation, ne peuvent que nous inspirer dans notre action politique – au sens noble, c’est-à-dire comme citoyens membres d’une patrie terrestre, et comme chrétiens déjà sujets du Royaume des Cieux. Le Père Werefried eut à cœur de s’occuper des immigrés de son époque (ces Allemands de l’Est, réfugiés à l’Ouest), de son prochain le, plus proche, avec deux soucis : leur apporter une survie (de quoi manger : du lard à l’époque !) et une vie digne (des prêtres viennent distribuer les sacrements et célébrer la messe dans des chapelles roulantes).

Voilà de quoi nous inspirer. Dans la période de crise que nous vivons aujourd’hui, songeons d’abord aux détresses les plus proches de nous avec ce double soucis : soulager autant que cela peut se faire, avec des moyens simples, la misère autour de nous ; mais sans jamais oublier que ce dont l’homme à le plus faim, c’est d’abord de « toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt. 4,4). Remplir le ventre certes ! Mais aussi apporter de la nourriture aux âmes assoiffées de spirituel – même quand elles ne le savent plus ! L’action du père Werenfried s’est ensuite élargie aux besoins de l’Eglise universelle. Chemin pour nous aussi qui, au moins par la prière, pouvons nous unir à cette immense élan de charité pour les plus pauvres, qui traverse notre Eglise sur les cinq continents, qu’il s’agisse de la pauvreté matérielle ou, pire souvent, de la pauvreté spirituelle. Soyons inventifs et rappelons-nous sans cesse, à l’approche de ce carême, l’urgente nécessité de partager notre confort -matériel et spirituel- avec notre prochain. Il en va de la crédibilité de notre témoignage.

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2012