Aelred de Rievaulx

De l’amitié et de l’amour

Résultat de recherche d'images pour "aelred of rievaulx"Aelred de Rievaulx nous convie en cette Europe du XIIe siècle, couverte de monastères, et en particulier dans son Angleterre natale, marquée par l’ordre cistercien. Eduqué à la cour du roi, destiné par son père à devenir évêque, il choisit, en toute liberté, de devenir moine. Elu abbé de Rielvaux en 1146, il devient le père et le frère de plus de trois cents moines et aussi le supérieur de toutes les abbayes cisterciennes de son pays. Homme d’action, ce sont pourtant surtout ses écrits qui, dès sa vie et plus encore après sa mort, en font un des grands maîtres de la vie spirituelle chrétienne.

Aelred est, en quelque sorte, à travers ses écrits, le Docteur de l’amour spirituel, c’est-à-dire de l’amour humain devenu charité. L’éros – cette fonction d’amour humain marquée par la sensualité – maîtrisé par un travail sur la nature et par la grâce de Dieu, devient, par une transformation propre à la touche de l’Esprit-Saint, agapè. Aelred, en particulier dans son traité de l’amitié spirituelle n’entend pas nier les inclinations naturelles de l’amour humain. Bien au contraire. Il veut se servir d’elles, mais aussi les purifier, les transcender, en ordonnant toute amitié, tout amour, au premier amour, au premier ami : Jésus lui-même. C’est cette présence du Christ au sein même de l’amitié humaine qui permet à celle-ci de s’exprimer, y compris dans l’affection et les sentiments, sans tomber dans le péché, la recherche de soi-même et l’abus du prochain.

La spiritualité d’Aelred est une spiritualité de remise en ordre de l’amour, par la conversion de la puissance d’aimer (affectus) et le ‘labeur spirituel ‘ (labor spiritualis) dans le renoncement progressif à la volonté propre, et, pour le moine, dans le cadre nécessaire de la schola caritatis qu’est le monastère cistercien. En notre époque où il est souvent bien difficile de sortir du diktat de l’émotionnel, de trouver des équilibres affectifs, la lecture de ce maître est toujours éclairante et réconfortante.

Paru dans Parole et Prière, juin 2017

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Chrétiens : la voie étroite face aux réfugiés

Le chrétien d’Occident n’a pas le choix : il doit prendre sa part au nécessaire accueil des réfugiés en Europe, jugent un aumônier militaire et un théologien.

Publié le 18/09/2015 à 06:09 | Le Point.fr

Accueillir les réfugiés n'empêche pas de demander des comptes au personnel politique actuel quant à son incurie face à ces crises, estiment l'abbé Venard et le frère Venard. 
Accueillir les réfugiés n’empêche pas de demander des comptes au personnel politique actuel quant à son incurie face à ces crises, estiment l’abbé Venard et le frère Venard.  © ROBERT ATANASOVSKI
 

Il est bien difficile de répondre, comme chrétien, aux multiples questions que pose la crise actuelle autour de l’afflux massif de « réfugiés », « clandestins », « migrants », venus du Moyen-Orient vers l’Europe. Certains prônent une mâle fermeté pour les rejeter au nom d’une éventuelle islamisation de l’Europe et de la défense de nos valeurs chrétiennes. D’autres revendiquent une charité sans borne au nom même du Christ pour une ouverture sans limites de nos paroisses et de nos foyers. Comme souvent en foi chrétienne, une juste réponse ne serait-elle pas dans un équilibre exigeant ?

L’urgence du partage des richesses

Dieu a confié sa création à l’être humain. L’Église est très claire : toute la richesse de la création est faite pour toutes les créatures. Il est donc scandaleux aujourd’hui que moins de 10 % de l’humanité consomment 90 % de la richesse commune ! Derrière le pape François, mais avant lui Benoît XVI ou Jean-Paul II, et depuis des décennies, les catholiques appellent donc, en urgence, au partage des richesses, en particulier entre le Nord et le Sud. Si les puissants de ce monde ne s’organisent pas pour promouvoir ce partage sur toute la planète, en établissant des conditions de prospérité minimale, de sécurité, de paix, il est normal que les petits se déplacent et s’efforcent de trouver subsistance, là où il y en a.

Vers un « mieux vivre »

Or, de toute évidence les pays « modernes » – développés – continuent le pillage systématique des richesses des pays en voie de développement – aux économies émergentes comme l’on dit pudiquement – au lieu d’organiser la coopération. Pire encore, ils les pillent en se cachant derrière le noble idéal de la démocratie – destruction de l’Irak, de la Libye, déstabilisation de la Syrie, ne parlons pas de certains conflits africains, etc. – le plus souvent pour de sordides intérêts financiers, énergétiques ou politiques. Dans cette injuste conjoncture, les « petits », les « faibles » émigrent en masse pour trouver refuge et conditions de vie décente. C’est logique, compréhensible et tout simplement normal. La mondialisation qui aurait dû leur apporter un « mieux vivre », leur permet au moins une plus grande facilité de déplacement – c’est un minimum paradoxal !

Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on puisse accueillir tout le monde, n’importe où et surtout n’importe comment. La politique est l’art du « possible ». Les principes chrétiens – humanistes ? – précédents étant un repère ferme, il lui faudrait étudier comment faire au mieux pour :

– rétablir paix et prospérité là où c’est nécessaire (et surtout pas en cherchant à exporter, à coup de bombes, des grands principes moralisateurs démocratiques occidentaux, mais en visant au moindre mal : un dictateur « laïque » vaut sans doute un peu mieux qu’une anarchie ou une tyrannie islamiste) ;

– dans l’urgence, voir comment assister les réfugiés dans leur migration actuelle, avec comme objectif de leur permettre un retour décent sur la terre de leurs aïeux, dans ces pays qui leur appartiennent et qui ont été forgés par leurs ancêtres ;

– aider enfin ces réfugiés à rentrer chez eux dans des conditions permettant, à terme, leur réinstallation et une équitable collaboration « Nord-Sud ».

L’accueil, une nécessité morale

Oui, l’accueil est une nécessité morale : le Christ est dans les pauvres. Le chrétien n’a pas le droit de ne pas y participer, dans la mesure de ses moyens et autant que possible. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait », dit Jésus. Nonobstant, il n’est pas interdit, même aux catholiques, d’être intelligent. Nos gouvernants occidentaux, dans leur immense majorité, sont composés d’hommes politiques irresponsables et inconséquents. Ils prônent l’accueil irréfléchi de la masse des réfugiés, sans prendre les moyens d’aider leurs pays d’origine. La France est à cet égard un véritable pompier-pyromane, en aidant des islamistes dits « modérés » sous prétexte de répandre la démocratie.

Accueillir, mais changer de politique étrangère

Le chrétien occidental n’a pas le choix. Il doit prendre sa part pour le nécessaire accueil des réfugiés en Europe. Mais il doit exiger politiquement que cet accueil s’accompagne d’une réforme complète de la politique étrangère européenne, plus réaliste et visant le bien concret des peuples et non l’expansion de nos idéologies républicaines inadaptées à ces pays – si tant est qu’elles le soient même chez nous ! Il lui reviendra aussi de demander des comptes au personnel politique actuel et à son incurie face à ces crises. Enfin, arme ultime dans toute démocratie qui se respecte, il se fera entendre par la voix des urnes. Et sa voix aura d’autant plus de poids qu’il aura su se faire « bon samaritain » pour ses frères les plus démunis et en déshérence.

Père Christian Venard, aumônier militaire, auteur de Un prêtre à la guerre, Tallandier, 2012

Frère Olivier-Thomas Venard, dominicain et théologien à Jérusalem, auteur de Terre de Dieu, terre des hommes, Artège, 2012

Thomas More

Fidélité, courage et intelligence
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A l’heure où les débats autours de la filiation et du mariage, n’en déplaise à certains, continuent à agiter la société française et de manière particulière le monde catholique, saint Thomas More est un modèle de fidélité et de courage et d’intelligence. Voilà un homme arrivé aux plus hautes charges politiques de son pays, au service du roi Henry VIII, qui préféra prendre le risque de déplaire à un maître exigeant, que renier son amitié pour l’ancienne reine répudiée et donner le change comme s’il acceptait le nouvel adultère royal. Qu’on ne s’y trompe pas, Thomas More n’est pas un « jusqu’au-boutiste ». Une intelligence affinée par des années d’études philosophiques et de pratiques politiques le pousse à des solutions à la fois pragmatiques et diplomatiques. C’est la méchanceté de courtisans jaloux et l’inique intransigeance royale qui le mèneront à la mort. Au final, placé comme les premiers chrétiens à devoir choisir entre la fidélité au Vicaire du Christ et le reniement (à travers un serment qui niait l’autorité immédiate du pape sur chaque fidèle) ; il choisit de tout perdre, y compris la vie, pour tout gagner auprès de Dieu. Il s’en fait l’écho, de sa prison, avant de mourir : « Aucun homme ayant un peu de foi ne peut se sentir humilié par la mort qu’il subit pour le Christ. Si honteuse qu’elle paraisse ici-bas aux yeux de quelques personnes méprisables, cette mort est hautement approuvée comme une chose de grand prix par Dieu et par tous ceux qui l’entourent au ciel, et eux la voient tout aussi bien que ces imbéciles, ici sur terre. Ceux du ciel sont bien plus nombreux, à cent contre un au moins, et ils sont bien plus estimables. Si un homme est assez sot pour avoir honte de confesser la foi de Dieu de crainte d’être puni par des brutes comme celles-là, alors, par crainte d’un semblant de honte, il tombera dans la véritable honte, la honte qui entraîne la mort !» Puissions-nous, avec l’aide de Dieu, ne jamais sombrer dans cette honte-là.
  
Paru dans Parole et Prière de février 2015

G.-K Chesterton

Bannir la paresse intellectuelle !

 

 

Afficher l'image d'origineSi Dieu est amour, Il est aussi humour ! Voilà un adage qui n’aurait certes pas déplu à Chesterton, dont nombre de saillies sont passées à la postérité, celle-ci l’illustrant à la perfection : « La vie est une chose trop importante pour être prise au sérieux ». On ne saurait cependant réduire son œuvre à d’aimables plaisanteries, sans se tromper lourdement.
Chesterton fut un penseur, un intellectuel catholique, un polémiste redouté et un défenseur de l’intelligence chrétienne hors pair. Son influence littéraire et politique est indéniable – il s’opposa ainsi avec vigueur à Winston Churchill au sujet d’une loi de stérilisation des handicapés mentaux… Certes la nature (ou Dieu) l’avait doté de rares talents, mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est aussi par un travail acharné que Chesterton s’est hissé à la place des « grands » auteurs catholiques du siècle passé. C’est cela sans doute qui manque trop souvent à l’intelligence chrétienne.
Certains catholiques s’endorment sur les dogmes enseignés – or « Un dogme, ce n’est pas l’absence de réflexion, mais sa fin » écrit Chesterton ; d’autres au nom d’une charité mal comprise – qui confine souvent au relativisme ambiant -, se croient dispensés d’un véritable travail intellectuel, d’une authentique curiosité  – « Il n’existe pas de sujet peu intéressant, il n’y a que des personnes peu intéressées ! » Tous, par paresse d’héritiers essaient de se dispenser du labeur, parfois besogneux, toujours rude, de la recherche de la vérité. Cette vérité qui  » doit forcément être plus étrange que la fiction, car la fiction n’est qu’une création de l’esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure. »
 Au travail !
Chronique parue dans Parole et Prière, mars 2014

John Newman

Conscience et obéissance

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Le bienheureux Cardinal Newman, lors du premier Concile œcuménique du Vatican (1869-1870) s’opposa à ce que l’on définisse le dogme de l’infaillibilité du Pape. Il ira même jusqu’à parler d’une « faction insolente et agressive » cherchant à imposer cette définition dogmatique. Et pourtant, faisant preuve d’un grand sens de l’Église, lors de la proclamation définitive de ce dogme, non seulement il ne s’y opposa plus, mais encore, il en prit la défense, à travers un livre, Lettre au duc de Norfolk. Newman indique une voie pour concilier liberté de conscience et obéissance catholique.

Pour lui, la conscience est le propre de la nature humaine. Elle « est une loi de notre esprit, mais qui dépasse à quelque titre notre esprit ; qui nous intime des injonctions« . « N’est-elle pas comme la voix de Dieu qui vient du fond de l’homme et parle à son cœur et qui est distincte en cela de la Voix de la Révélation. Elle est comme un témoin intérieur à nous-mêmes de l’existence de Dieu et de sa loi […] ? La conscience n’est pas qu’un ensemble de principes naturels […]. Elle est une loi de notre esprit qui nous fait des injonctions, qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance. […] La conscience est le premier de tous les vicaires du Christ ».

Voici pourquoi l’infaillibilité du pape ne fait nullement violence : « En droit comme en fait, l’autorité du pape repose sur l’autorité sacrée de la conscience« . L’humilité et l’obéissance à l’Église et à ses enseignements sont et resteront des vertus éminentes pour tout baptisé. Certes, j’ai absolument le droit de penser ce que je veux, mais j’ai tout autant le droit – ou le devoir –  d’indiquer à ma conscience que je souhaite néanmoins adhérer à ce que je ne saisi pas totalement ou même à ce qui me déplaît intellectuellement.

Au moment où j’écris ces lignes, nous accueillons un nouveau Pape. Le Pontife François sera différent de Benoit XVI. Il me plaira sur certains points et peut-être me heurtera sur d’autres. Mais c’est le Pape que Dieu s’est choisi pour gouverner son Église. Obéissons-lui. Mieux encore : aimons-le!

Publié dans Parole et Prière de juin 2013