Rafael Arnaiz Baron

Si tu savais le don de Dieu

 

Afficher l'image d'origine« Comment être jeune et garder pur son chemin ? » interroge le psaume 119. La vie de Rafael Arnáiz Barón en est une illustration parfaite. Ce jeune homme, issu de la haute bourgeoisie  espagnole, dirige nos regards vers l’exigeante verticalité de nos vie chrétiennes, que, trop souvent, nous affadissons par nos compromissions. « La liberté est dans le cœur de l’homme qui n’aime que Dieu. Elle est en l’homme dont l’âme n’est attachée ni à l’esprit ni à la matière, mais à Dieu seul. »

Dieu seul. Un mot d’ordre venu du Carmel, mais que le jeune trappiste mettra en pratique tout au long de sa courte vie, même quand la maladie lui interdira d’accomplir comme il le souhaitait sa vocation. L’esthétique de la vie cistercienne lui va droit au cœur et sera déterminante dans son choix primordial ; mais le Seigneur le creusera au plus profond, le menant vers le détachement de toute chose pour s’attacher à Lui seul : « Ce qui se passe est très simple, et c’est que finalement Dieu m’aime beaucoup… A la Trappe, j’étais heureux, je me considérais comme le plus heureux des mortels, j’avais réussi à me détacher des créatures et je ne cherchais que Dieu… Mais il me restait une chose : mon amour de la Trappe, et Jésus, qui est très égoïste et jaloux de l’amour de ses fils, a voulu que je me détache de mon monastère bien-aimé, même temporairement. »

Quelle montée vers Dieu dans cette âme si jeune ! Ses écrits reflètent cet unique soucis : plaire à Jésus et donc, combien cela nous semble dur, entrer toujours plus dans la solitude : « Ce qui nous approche de Jésus, c’est la solitude du cœur détaché de ce monde, de ses créatures et de notre propre volonté« . Fulgurance de la sainteté qui saisit tout un être, Rafael finit par dire à sa propre mère : « Demande-Lui que je meure bientôt. Tu as toujours voulu mon bonheur, et mon bonheur est en Dieu… Ne me souhaite pas une longue vie à la Trappe… Tu ne peux pas savoir… »

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2016

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Lever les yeux au Ciel

Retrouver en toute chose un sens spirituel

 

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« Oh quelle joie, marchons en paix en regardant le Ciel, l’unique but de nos travaux« . Ainsi s’exprime la petite Thérèse de Lisieux dans une lettre du 27 avril 1889 à sa sœur Céline. Cette simple phrase devrait nous plonger dans des abîmes de perplexité, tant nous sommes devenus, chrétiens occidentaux, des consommateurs, les yeux rivés sur le CAC 40, sur notre bulletin de paye et nos points de retraite !

La fête de l’Ascension nous rappelle opportunément de lever les yeux vers le Ciel, comme les Apôtres, et seulement après de les baisser vers la terre pour annoncer la venue du Royaume. Lever les yeux aux Ciel, ce n’est pas se désintéresser du sort de nos frère humains, mais c’est se replacer dans une relation verticale et primordiale avec le Seigneur Jésus. Retrouver en toute chose un sens spirituel, ce que l’on appelait autrefois une vue surnaturelle en toute notre vie. Combien nous arriverions mieux à « gérer nos vies », si nous leur redonnions leur véritable but : le Ciel ! Combien de difficultés rencontrées nous paraîtraient bien futiles au regard de cet enjeu : gagner le Ciel.

C’est en redonnant à nos vies leur vrai sens (les moines ne chantent-ils pas tous les soirs au salve Regina que nous vivons dans une « vallée de larmes » ?) que nous leur rendrons leur véritable couleur, leur beauté, leur poids d’éternité précisément ? Ce n’est pas pour le chrétien qui vit dans le monde une fuite ; mais bien au contraire trouver dans ces regards portés vers le Ciel, tout à la fois la force, l’espérance, le courage pour affronter ensuite ce monde qui passe, ses tentations, ses épreuves.

Oui portons nos regards vers notre future patrie, comme nous y invite sainte Thérèse : « La vie passe, l’éternité s’avance à grands pas… Bientôt nous vivrons de la vie même de Jésus. Après avoir été abreuvées à la source de toutes les amertumes, nous serons déifiées à la source même de toutes les joies, de tous les délices.. Bientôt, petite sœur, d’un seul regard nous pourront comprendre ce qui se passe dans l’intime de notre être ! La figure de ce monde passe… Bientôt nous verrons de nouveaux cieux, un Soleil plus radieux éclairera des splendeurs de mers éthérées, des horizons infinis ! L’immensité sera notre domaine… nous ne serons plus prisonnières sur cette terre d’exil… Tout sera passé ! Oh ! le Ciel, le Ciel ! Quand y serons-nous ? » [lettre à sa sœur Céline du 12 mars 1889]

Chronique parue dans Aujourd’hui Dimanche, mai 2010

Thérèse de Lisieux

Prier pour les prêtres

Une vie de vingt-quatre ans, dont la majeure partie adulte passée au Carmel, et qui pourtant remplie des pages et des pages de nombreux ouvrages ! Voilà bien l’un des miracles de la « petite » Thérèse, confortant ainsi l’idée que, s’il existe encore une aventure à vivre sur cette terre en ce XXIe siècle, c’est l’aventure intérieure, l’aventure spirituelle.
Son seul grand voyage fut ce pèlerinage exceptionnel vers Rome, où elle devait rencontrer le pape Léon XIII et lui demander l’autorisation d’entrer au Carmel avant l’âge requis. Échec total à vue humaine. Elle-même écrira : « J’ai le cœur bien gros. Cependant, le Bon Dieu ne peut pas me donner des épreuves qui sont au-dessus de mes forces. Il m’a donné le courage de supporter cette épreuve. » Grande expérience humaine que ce voyage, dont elle gardera précieusement le souvenir, « Je me disais : plus tard, à l’heure de l’épreuve, lorsque prisonnière au Carmel, je ne pourrai contempler qu’un petit coin de ciel étoilé, je me souviendrai de ce que je vois aujourd’hui. « 
Un des éléments qui la frappera sera de découvrir la société des prêtres  – 75 sur les 200 pèlerins – en dehors des fonctions liturgiques ou sacramentelles, dans lesquelles elle avait l’habitude jusque-là de les voir. Elle en sera déçue dans un premier temps, percevant qu’ils ne sont aussi que des hommes, avec leurs petitesses, leurs défauts et leurs péchés. Combien de fois, nous aussi – et c’est un prêtre qui écrit cela ! – sommes-nous désappointés par la fragilité et la faiblesse des prêtres que nous rencontrons. Comme sainte Thérèse, au lieu de nous en affliger, ou pire d’entrer dans la critique, nous devrions en tirer la conclusion de prier pour eux tous.
C’est ce qu’elle fera tout au long de sa courte vie au Carmel. Suivons son exemple, elle qui écrivit cette belle prière :
« Vierge Marie, Mère du Christ-Prêtre, Mère des prêtres du monde entier, Vous aimez Jésus par toute votre vie terrestre, et Vous L’aidez encore dans le Ciel. Nous Vous en supplions, priez pour les prêtres ! « Priez le Père des Cieux pour qu’Il envoie des ouvriers à sa moisson ». Priez pour que nous ayons toujours des prêtres qui nous donnent les sacrements, nous expliquent l’Evangile, et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu ! Vierge Marie, demandez Vous-même à Dieu le Père, les prêtres dont nous avons tant besoin ; puisque votre Cœur a tout pouvoir sur Lui, obtenez-nous, ô Marie, des prêtres qui soient des saints ! Amen »

Thérèse d’Avila

Humour et bon sens

Un livre de Christian Bobin (L’éloignement du monde) contient, à mon sens, une des meilleures descriptions de notre sainte du mois, Thérèse d’Avila : « Lorsqu’elle faisait à manger à ses sœurs [elle] veillait à la bonne cuisson d’un plat et concevait dans le même temps des pensées éblouissantes de Dieu. Elle exerçait alors cet art éblouissant qui est le plus grand art : jouir de l’éternel en prenant soin de l’éphémère.« 
Trop souvent dans nos propres vies nous opposons un peu trop vite contemplation et action. Et même une lecture hâtive du passage de l’évangile « Marthe tu t’agites beaucoup, Marie a choisi la meilleure part » (Lc 10,41), nous laisserait penser qu’avoir soucis du temps présent serait contradictoire avec une vie d’oraison et de contemplation. On voit ainsi certains prendre des airs inspirés et emplis de componction, et sous le fallacieux prétexte d’être tout à Dieu ne pas lever le petit doigt pour leurs frères humains, et éviter soigneusement de salir leurs blanches mains qui,  trop faite pour être jointes dans l’adoration, ne sauraient s’abaisser aux humbles tâches terrestres. A l’opposé, d’autres, iront affairés (parfois sans rien faire pour citer s. Paul !), toujours plongés dans un activisme exténuant mais surtout excuse pour ne pas consacrer au Seigneur le temps qui lui est dû, ou même fuite en avant pour ne jamais se poser de questions de fond. La sainteté n’est jamais dans ces caricatures de piété ou de charité.
Sainte Thérèse d’Avila nous en montre le chemin. Réformatrice zélée, infatigable travailleuse dans les vignes du Seigneur, écrivain, épistolière, gestionnaire, et dans le même temps plongée en Dieu, allant de hauteur en hauteur dans la rencontre intime avec le Seigneur. Son secret : sans doute ce bon sens et cet humour qui lui faisait dire un jour à Dieu alors qu’elle traversait bien des épreuves : « Si c’est comme cela que Vous traitez vos amis, il est normal que Vous en ayez si peu » !
paru dans la revue Parole et Prière

Elisabeth Cattez

Etre de la Maison de Dieu !

 

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 La Sainte Trinité, vaste mystère dont nous nous sentons trop souvent bien éloignés, alors qu’il est au centre même de notre foi et de notre vie en Dieu. Le mot même de « mystère » nous inquiète, tant nous avons oublié qu’il n’y a là rien de mystérieux, mais bien dans la religion, une vérité que nous ne pouvons pas comprendre, mais que cependant nous devons croire, parce que Dieu l’a révélée.
Ce mystère de la Trinité est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la « hiérarchie des vérités de foi ». « Toute l’histoire du salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché ». C’est ce qu’a compris Elisabeth Cattez, en religion Elisabeth de la Trinité. « [Jésus], écrit-elle, vient révéler le mystère, livrer tous les secrets du Père, mener de clartés en clartés jusqu’au sein de la Trinité ».  Et quel est ce mystère : « Mère, en la Trinité le Père est la substance, Tout émane de Lui. Il opère toujours. C’est en se contemplant dans sa divine essence Qu’Il engendre son Verbe et fait naître l’Amour ».
Mais Elisabeth ne se contente pas de comprendre, par sa spiritualité elle nous montre que nous pouvons, que nous devons surtout VIVRE de, par et dans la Trinité. C’est la dignité du baptisé qui a reçu cette « inhabitation » dès son baptême des Trois en Un. « … en un profond silence Dieu se révèle à toi en sa toute-puissance, Il s’imprime en ton âme, Il se diffuse en toi, II te consomme en l’Un : c’est le rêve des Trois !… ».
Suivons-la dans ses enseignements. Scrutons nous aussi les contours du mystère trinitaire, mais essayant surtout d’en vivre chaque jour. Commençons ainsi dès le matin par le signe de la Croix : au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit en nous donnant totalement à la Trinité sainte : notre esprit, notre cœur et nos forces. Dans ce monde à la dérive, « Voilà comment j’entends être « de la maison de Dieu » : c’est en vivant au sein de la tranquille Trinité, en mon abîme intérieur... »
Publié dans Parole et Prière de septembre 2013

Edith Stein

Devenir des âmes ardentes

 

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Avec Edith Stein, nous voilà dramatiquement plongés dans une des périodes les plus affreuses de notre histoire européenne.
Edith naît dans une famille juive, attirée par les études de philosophie, elle passe par l’athéisme, avant de découvrir, au terme d’un cheminement courageux, la foi catholique. Et non seulement elle se convertit, mais elle entre au Carmel.
Malgré les iniques lois nazies, elle décide de rentrer en Allemagne pour vivre la persécution avec ses frères juifs. Internés à Auschwitz, elle y partage jusqu’à la mort leur sort. C’est le Pape Jean-Paul II qui la canonisera.
A travers ce parcours, c’est toute notre histoire européenne contemporaine qui prend un éclairage de Salut. Je ne voudrais cependant pas que nous en restions à quelque considération « intellectuelle » ! Plongez-vous dans les écrits d’Edith, et vous y découvrirez une âme ardente. Une âme comme Jésus les aime : palpitante, pleine de vie, qui affronte avec courage toutes les difficultés inhérentes à chaque vie humaine.
Pour ma part, c’est sans doute le récit autobiographique de sa vie qui me touche le plus : entrer dans l’intimité d’une famille juive… qui a donné une sainte catholique ! Découvrir, à travers la simple quotidienneté, l’amour enveloppant d’un Dieu très aimant qui « forge » une âme de sainte.

 

Edith Stein, Vie d’une famille juive (1891-1942), éditions Ad Solem, 2001
 
Publié dans Parole et Prière de juillet 2012