Père Marie-Antoine de Lavaur

L’apôtre du Midi

Résultat de recherche d'images pour "Marie antoine de lavaur"

Découvrir la vie et la personnalité de Léon Clergue, en religion père Marie-Antoine de Lavaur, c’est partir à la découverte de plusieurs vies dans une seule vie d’homme, tant il se donna sans réserve, et dès son plus jeune âge, à l’apostolat. Déjà prêtre, c’est à Saint-Gaudens qu’il entend l’appel de saint François. Il revêt l’habit de l’ordre des Frères mineurs capucins au noviciat de Marseille le 13 juin 1855, et l’année suivante prononce ses vœux solennels. Presque aussitôt, les supérieurs lui confient le ministère de la prédication. Il est envoyé à Toulouse dès 1857. Il parviendra à y édifier, en 1861, un couvent de capucins. Natif d’une famille très religieuse de Lavaur, il manifeste un tel charisme qu’on lui attribue toutes sortes de  miracles ! Les nombreuses missions -plus de 700 répertoriées – qu’il prêche le font nommer « l’Apôtre du Midi ». Ses prédications puissantes produisent des fruits extraordinaires, attirent les foules dans les églises.

Mais ce qui marque sans doute le plus, ce sera sa conviction profonde, dès les débuts, de la véracité des apparitions de la Vierge Marie à Bernadette à la grotte de Lourdes. Le père Marie-Antoine va soutenir Bernadette Soubirous, qui affrontait l’incrédulité en racontant les apparitions de la Vierge ! Très tôt, il organisa aussi des processions dans la cité mariale – il est ainsi à l’origine des processions aux flambeaux, des processions du Saint-Sacrement avec les malades.

De lui on dit : « Pour parler de Marie, il lui suffisait d’ouvrir son cœur ». Écoutons-le donc :  « Je suis l’Immaculée-Conception. Cette grande parole est une parole de transfiguration, et c’est pour nous qu’elle a été prononcée. Pieux pèlerins, réjouissez-vous. En la prononçant, Marie a voulu dire : Mes enfants, soyez saintement fiers, ce privilège exceptionnel et si glorieux, votre Mère du ciel veut le partager avec vous ! L’enfant ne doit-il pas ressembler à sa mère ? Et tout ce que possède la mère ne devient-il pas son héritage ? Vous êtes venus les yeux pleins de larmes, vous étiez les fils d’Ève, la coupable, la malheureuse mère et, hélas ! vous portiez sa ressemblance, vous aviez pour héritage la douleur. Maintenant, plus de larmes, plus de deuil, plus de tristesse. Voici que tout est renouvelé, tout est transfiguré. Vous n’êtes plus les fils d’Ève, vous êtes les fils de l’Immaculée-Conception ! Vous êtes venus tristes de vos demeures, rentrez maintenant joyeux et triomphants.« 

 

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2017

Publicités

Chrétiens, ne soyons pas des éteignoirs

Résultat de recherche d'images pour "parabole des dix vierges"

Ah… l’Évangile des dix vierges ! Voilà un Évangile que nos anciens entendaient à longueur d’années, dans ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui la forme extraordinaire du rite romain. On s’est beaucoup moqué de l’ancien lectionnaire, qui certes méritait une profonde réforme, en prenant appui sur cette répétition insistante de cette péricope. Au-delà du débat liturgique, c’est que sans doute, dans sa sagesse, l’Église entendait adresser à ses fidèles un message essentiel et martelé ! Pourtant, à bien des aspects il peut nous sembler dur. Finalement, les vierges dites folles, sont restées vierges, elles sont venues de nuit, elles aussi, attendre un époux qui, de son côté, semble bien peu pressé de rejoindre son épouse. Et puis, les vierges dites sages font quand même preuve de bien peu de solidarité  – dirait-on aujourd’hui – avec leurs homologues un peu distraites !

À l’époque de Jésus, la coutume voulait que la future épouse attende son fiancé, chez ses parents. Celui-ci, vers dix heures le soir, retrouvait les « demoiselles d’honneur », ces fameuses vierges, et partait en cortège vers le domicile de sa promise, afin de prendre désormais cette dernière sous son toit. Tous les commentaires classiques nous montrent qu’il s’agit pour Jésus de nous placer au moment eschatologique, où Lui, l’époux, viendra s’unir à sa promise, c’est-à-dire l’Église. « C’est vraiment l’époux qui vient au dernier jour et il vient pour célébrer des noces, pour revêtir de gloire l’humilité de notre chair », écrit ainsi saint Hilaire de Poitiers dans son Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu. Cet époux-là sort de l’ordinaire. Il n’est pas soumis aux règles communes. Et d’abord, c’est lui qui choisit son heure – Il viendra quand nul ne l’attendra plus… Il n’est pas grossier, car c’est l’Époux royal, c’est l’Époux qui s’est acquis sa fiancée au prix de son Sang versé pour elle sur la Croix. Il a donc tous les droits sur elle ; et elle, l’attend toute parée, car il est son maître adoré (cf. Cantique des Cantiques).

Ces vierges, sont, dans une vision très classique, chacun d’entre nous. Nous trouvons que l’époux met bien du temps à venir…  Nous estimons que si Dieu était vraiment Dieu, pour parler comme l’homme de la rue – quand il croit encore en Dieu -, il agirait plus visiblement. Et alors, tels ces vierges, nous nous assoupissons dans la nuit qui nous entoure, c’est-à-dire, nous perdons patience, courage, persévérance. Nous pensons immédiatement aussi aux quelques apôtres choisit par Jésus pour l’accompagner dans son Agonie, et qui ne tiennent pas le coup.

Quand l’époux paraît, alors toutes les vierges se réveillent. Mais les unes ont gardé suffisamment d’huile, tandis que les autres sont à sec ! Là aussi, nous pouvons comprendre de plusieurs manières cette allégorie. «Les vierges avaient de l’huile, mais pas assez ; c’est pour cela qu’elles sont punies», écrit saint Jean Chrysostome (Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu). Comprenons : l’huile peut être notre foi, nos actes de charité, nos œuvres, l’amour dont nous auront rempli nos vies, toute autre sorte de bonne chose spirituelle ; ce qui est sûr, c’est que nous devons remplir nos lampes à ras bord, pour attendre l’époux. Pas de mesquinerie, pas de faux petits calculs bourgeois. Jésus arrivera quand il voudra et il entend nous trouver avec des lampes pleines et allumées, de ces lampes que, précisément, on ne doit pas mettre sous le boisseau !

Il est temps sans doute que beaucoup de chrétiens cessent de ressembler à des éteignoirs !

 

Homélie donnée le 6 novembre 2008

en la paroisse militaire Bx Charles-de-Foucauld des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan

Jean Rodhain

Une charité inventive

Résultat de recherche d'images pour "jean rodhain"

« Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » Ce passage de la première lettre de l’apôtre saint Jean (4,21-22) semble être le résumé parfait de la vie et de l’apostolat de Jean Rhodain.

Dès son ordination en 1924, et sa nomination comme vicaire à Épinal, sa charité se fait inventive pour se mettre au service des pauvres, quitte à déplaire à son curé et à certains confrères. Tout au long de sa vie sacerdotale, Jean Rhodain sera à la pointe des besoins actualisés des pauvres dans l’Église : auprès du monde ouvrier dans les grandes années de la question ouvrière au sein de l’Eglise ; au services des prisonniers de guerre durant le second conflit mondial ; à la direction de l’aumônerie des armées à la fin de la guerre, auprès des pauvres des banlieues de l’après-guerre ; de la création du Secours Catholique à celle de la Caritas internationalis, élargissant son horizon de la France au monde entier.

Aujourd’hui encore, tant et tant de pauvres frappent à notre porte et réclament de nous, catholiques, une charité qui se fasse inventive et concrète : pauvres issues des phénomènes migratoires, pauvres frappés par l’appétit de jouissance des plus riches et laissés-pour-compte de la mondialisation, pauvres embryons tués dès le sein de leurs mères, pauvres handicapés si peu acceptés dans nos sociétés, et tant et tant de pauvres « d’esprit » à qui l’on refuse l’héritage spirituel, moral, intellectuel de leur pays… Qu’à notre tour l’amour de Dieu nous pousse, chacun à notre niveau, le plus humble soit-il, à nous mettre au service de tous ces pauvres ; car comme l’écrit notre auteur : « J’ai trouvé la joie du jour où j’ai moins pensé à moi. Mes soucis sont mon huis-clos. Je tourne en rond dans la prison de mes ennuis personnels […] J’apprends le courage des autres. Ils ont ouvert des fenêtres dans mes mesquines murailles ; le soleil est entré ! »

 

Paru dans Parole et Prière, novembre 2017

Jacques Loew o.p.

L’obéissance au cœur de la sainteté

 

Résultat de recherche d'images pour "jacques loew"

La vie du père Jacques Loew est comme un condensé d’un parcours spirituel au XXe siècle. Jeune homme, il fait profession d’incroyance, comme tant de ses contemporains. La découverte du Christ, avec la lecture des Évangiles, l’entraîne jusqu’à la vocation. Au sein de l’ordre des frères prêcheurs, il sera dominicain. Une très solide formation intellectuelle, théologique et spirituelle, dont il rendra grâce toute sa vie, lui sera dispensée par ses maîtres à Saint-Maximin.

Ce qui le fera le plus connaître sera son engagement au sein du milieu ouvrier (en particulier avec les dockers) dans l’esprit de ce fameux appel du cardinal Suhard – alors archevêque de Paris – : « Un mur sépare l’Église du monde. Ce mur, il faut l’abattre à tout prix. » Un engagement généreux et dangereux dans cette expérience dite des « prêtres ouvriers ». Généreux, car mû par la volonté énergique de rejoindre les hommes sur leur lieu de travail pour leur annoncer Jésus-Christ, dans la crédibilité d’un travail rude partagé. Dangereux, car incompris en partie par les autorités ecclésiales et, par ailleurs, non sans ambiguïtés qui poussèrent nombre de ces nouveaux missionnaires à quitter le sacerdoce ou abandonner la foi, au profit du marxisme triomphant de ces années-là.

Quand les sanctions romaines tomberont sur ce mouvement, Jacques Loew fera montre de la plus belle obéissance qui soit. Il écrit, dès 1955, à l’un de ses frères dominicains : « A Rome, j’ai mieux senti cette nécessité de l’union absolue, de l’obéissance fidèle à l’Église, et comment Jésus continue à nous dire: « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Mais le moi actuel de Jésus, c’est l’Église, et dans l’Église, c’est la hiérarchie. Il faut donc essayer de vivre de plus en plus dans la logique de notre croyance en une Église surnaturelle, de qui nous tenons notre être de prêtres et de missionnaires. »

Seul un prêtre profondément ancré dans la prière et la foi pouvait réagir ainsi. Cherchons, nous-aussi, cette rude et exigeante fidélité au Christ en son Eglise. « La sainteté chrétienne, écrit toujours Jacques Loew, ne réside pas d’abord dans l’accumulation des œuvres, mais dans la disposition secrète, connu de Dieu seul, du cœur ».

 

Chronique parue dans Parole et Prière, octobre 2017

Jerzy Popielusko

Le courage de l’amour et de la vérité

 

Résultat de recherche d'images pour "Jerzy Popiełuszko"

« Seule une nation libre spirituellement et amoureuse de la vérité peut durer et créer pour l’avenir », cette citation de Jerzy Popielusko pourrait, à elle seule, nous servir de guide dans notre propre vie : seule une âme libre spirituellement et amoureuse de la vérité peut construire son avenir ! La liberté spirituelle c’est de nous savoir attachés à un seul être, par dessus tous les autres amours, Jésus – celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi… -. Difficile détachement des nos amours terrestres pour mettre Dieu au-dessus de tout et Lui obéir en tout, quoi qu’il puisse nous en coûter.

Etre amoureux de la vérité n’est pas moins exigeant, surtout dans notre société occidentale où règne en maître un relativisme dogmatique, qui arrive à s’insinuer même dans les intelligences chrétiennes. Etre amoureux de la vérité, c’est comme Jerzy Popielusko accepter de se mettre en danger par amour de Celui qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Sommes-nous encore capables d’une telle exigence, nous qui restons si habitués aux accommodements et aux compromissions ? Il est sans doute temps de nous secouer et d’appeler à l’aide saint Jerzy qui sut, lui, donner sa vie pour ceux qu’ils aimaient par amour de la vérité, du Christ.

Il en va, non seulement de notre vie spirituelle intime, mais aussi de celle de notre Patrie: « Malheur à la société dont les citoyens ne sont pas guidés par le courage ! Ils cessent alors d’être des citoyens pour devenir de simples esclaves. Si le citoyen renonce à la vertu du courage, il devient esclave et se cause le plus grand des torts, à lui-même, à sa personne, mais aussi à sa famille, à son groupe professionnel, à la Nation, à l’Etat et à l’Eglise ; même si la peur et la crainte lui font facilement obtenir du pain et des avantages secondaires… »

On ne saurait mieux dire.

 

Paru dans Parole et Prière, septembre 2017

 

 

Aelred de Rievaulx

De l’amitié et de l’amour

Résultat de recherche d'images pour "aelred of rievaulx"Aelred de Rievaulx nous convie en cette Europe du XIIe siècle, couverte de monastères, et en particulier dans son Angleterre natale, marquée par l’ordre cistercien. Eduqué à la cour du roi, destiné par son père à devenir évêque, il choisit, en toute liberté, de devenir moine. Elu abbé de Rielvaux en 1146, il devient le père et le frère de plus de trois cents moines et aussi le supérieur de toutes les abbayes cisterciennes de son pays. Homme d’action, ce sont pourtant surtout ses écrits qui, dès sa vie et plus encore après sa mort, en font un des grands maîtres de la vie spirituelle chrétienne.

Aelred est, en quelque sorte, à travers ses écrits, le Docteur de l’amour spirituel, c’est-à-dire de l’amour humain devenu charité. L’éros – cette fonction d’amour humain marquée par la sensualité – maîtrisé par un travail sur la nature et par la grâce de Dieu, devient, par une transformation propre à la touche de l’Esprit-Saint, agapè. Aelred, en particulier dans son traité de l’amitié spirituelle n’entend pas nier les inclinations naturelles de l’amour humain. Bien au contraire. Il veut se servir d’elles, mais aussi les purifier, les transcender, en ordonnant toute amitié, tout amour, au premier amour, au premier ami : Jésus lui-même. C’est cette présence du Christ au sein même de l’amitié humaine qui permet à celle-ci de s’exprimer, y compris dans l’affection et les sentiments, sans tomber dans le péché, la recherche de soi-même et l’abus du prochain.

La spiritualité d’Aelred est une spiritualité de remise en ordre de l’amour, par la conversion de la puissance d’aimer (affectus) et le ‘labeur spirituel ‘ (labor spiritualis) dans le renoncement progressif à la volonté propre, et, pour le moine, dans le cadre nécessaire de la schola caritatis qu’est le monastère cistercien. En notre époque où il est souvent bien difficile de sortir du diktat de l’émotionnel, de trouver des équilibres affectifs, la lecture de ce maître est toujours éclairante et réconfortante.

Paru dans Parole et Prière, juin 2017