Pierre-Joseph de Clorivière

Un Jésuite face à la révolution

 

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« Quoique la destruction totale de la religion chrétienne soit le but principal que se proposent, dans la Révolution présente, les puissances des ténèbres, ainsi que les agents en chef dont elles se servent pour l’opérer, cependant c’est avec le soin de ne pas montrer au grand jour cette intention perverse. »

Avec ces quelques lignes, on ne peut pas dire le père de Clorivière, soit un grand soutien de la révolution française ! Déjà dans la période prérévolutionnaire, il a vu son ordre (les Jésuites) expulsé de France par le roi, puis interdit d’exister par le pape lui même. Quand la révolution éclate, il en discerne avec clarté les objectifs anti chrétiens. Pourtant, loin de fuir, malgré même les propositions du premier évêque américain de rejoindre le nouveau monde, c’est en France qu’il veut combattre, au risque de sa vie.

Il devra vivre caché, recherché. Il subira même la prison pendant cinq années sous le Consulat. Malgré ce qu’il perçoit des fondements anti catholique de la révolution, il se consacre à l’organisation de groupes de vie religieuse adaptés aux circonstances révolutionnaires de son époque. Ce seront des « religieux dans le monde » ne vivant pas en communauté et ne portant pas d’habit distinctif. Ainsi, avec quelques prêtres, il forme la Société du Cœur de Jésus, ou Prêtres du Coeur de Jésus et, avec la collaboration de Adélaïde-Marie Champion de Cicé, il fonde la Société du Cœur de Marie, ou Filles du Cœur de Marie en 1790.

Son attitude au cours de la révolution est exemplaire pour nous. Le régime politique dans lequel nous vivons se réclame des « valeurs » révolutionnaires, sans avoir jamais eu le courage de la repentance pour ce qu’elles avaient pu engendrer d’horreurs, de persécutions contre la religion et une part importante de la population. Sachons néanmoins, avec intelligence et espérance, à l’image du Père de Clorivière, nous mettre toujours au service de notre pays.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, août 2018

 

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Marie-Étienne Vayssière o.p.

Une vie dépouillée pour enrichir les autres

 

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Quelques mots du père Serge-Thomas Bonino, dominicain de la province de Toulouse lui aussi, résument toute la vie du Père Vayssière : « L’homme propose, Dieu dispose. Et c’est tant mieux ! Le cœur du jeune frère Étienne Vayssière fourmillait d’excellents projets. Dans la ligne de sa vocation dominicaine, il se voyait déjà en théologien, scrutant les richesses du Mystère de Dieu pour en nourrir la vie des croyants. Ou encore en prédicateur ardent convertissant les foules. Et soudain — il a vingt-quatre ans — tout s’effondre. Maux de tête, fatigue permanente, impuissance. Le verdict tombe : incurable. Il est alors relégué dans des couvents où il végète, s’ennuie, tourne en rond. Il échoue enfin à la grotte de la Sainte-Baume. Enterré vivant. Il ne peut ni prêcher, ni lire, ni même prier… Il n’a plus rien. Ou plutôt, dépouillé qu’il est de l’accessoire, il n’a plus que l’essentiel : l’adhésion de chaque instant à la volonté de Dieu ».

La Providence, par des chemins escarpés et humainement peu compréhensibles, en plaçant le frère Vayssière comme gardien à la Sainte-Baume, le transforme en père spirituel d’une multitude de pèlerins, venus trouver en lui son exquise spontanéité et sa flamme surnaturelle, dominicaine, magdaléenne et mariale. « Il avait conscience que la Sainte-Baume est le centre spirituel de la Provence, un lieu de prière et de bénédiction. Il s’ingéniait à multiplier au maximum pour les âmes les possibilités de bénéficier des grâces de la célèbre grotte de pénitence » (P. Philippon op).

Cette épreuve de dépouillement, tôt venue dans sa vie, son attachement viscéral au Christ, ont fait du père Vayssière un maître spirituel véridique, dont nous pouvons suivre avec fruit les enseignements : « Vivons moins dans une activité impatiente, qui s’agite, que dans une filiale confiance, qui attend le bon plaisir divin, et ne veut vivre en tout que de lui seul. C’était l’attitude de Marie : “Je suis la servante du seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.”  »

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2018

En hommage à Arnaud Beltram

Pourquoi un militaire donne-t-il sa vie ?

article paru sur le site du journal La Vie

Il y a tout juste six ans, le père Christian Venard recevait le dernier souffle de deux soldats tués par Mohammed Merah. Dans un texte écrit pour La Vie, il médite sur le sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chrétien et serviteur de l’État.

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Est-ce parce qu’il était chrétien que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a accepté de sacrifier sa vie, ou parce qu’il était militaire et officier ? Les risques de réduire à son seul engagement catholique l’héroïsme d’Arnaud ont vite été balayés par l’annonce son appartenance à partir de 2008 à la Grande Loge de France – mystère d’une vie chrétienne en marche. Autre risque, non moins réel, celui d’une vision laïciste de son engagement, alors que la vie de foi de notre héros national était évidente – voire rayonnante.

Soldat chrétien ou gendarme républicain ? Chercher à distinguer, c’est participer d’une représentation artificiellement clivée de l’engagement publique, trop fréquente chez certains officiels. « Je suis chrétien, disent-ils, mais cela est du ressort du privé, et dans mes fonctions, je suis capable de prendre des décisions directement contraires à ma foi. » Une des leçons que nous pouvons tirer de l’exemple donné par Arnaud Beltrame, c’est qu’un vrai serviteur chrétien de l’État ne saurait vivre dans cette dualité. Bien au contraire, c’est la cohérence entre l’intime et le publique qui lui confère sa vraie force.

Les « valeurs » qui animent les « sentinelles de la société » sont bien souvent aux antipodes de celles qui meuvent cette même société. L’esprit de sacrifice, inculqué dans les armées dès la formation initiale, se heurte à l’individualisme contemporain. La cohésion du groupe, la force du binôme, la capacité à accepter la souffrance, à se dépasser, à continuer la mission même dans des conditions dégradées… tout cela se heurte au matérialisme ambiant, à l’hédonisme, à l’égoïsme. Enfin, l’idéal même d’une vie consacrée à ce qui la dépasse – le bien commun – est directement contraire à l’horizontalité désespérante d’une laïcité, devenue trop souvent laïcisme ou athéisme militant.

Cette dichotomie entre les « valeurs » de la société et celles exigées des serviteurs de l’État, en charge de la sécurité de cette même société, provoque bien souvent, chez ces derniers, de véritables implosions morales – décrochage intérieur, burn-out, états de stress dépassé… C’est une urgence professionnelle pour eux, pour leurs institutions, de retrouver les bases philosophiques, éthiques et métaphysiques du sens de leur action. Sur ce chemin, il est évident, que parmi eux, ceux qui ont la chance d’être porteurs de la foi chrétienne – par héritage ou par recherche personnelle – y sont aidés. En effet, nombre de ces « valeurs » trouvent leur déploiement dans la « morale chrétienne », et la grâce opérante de Dieu en ses sacrements leur est d’un secours précieux.

Mais, en matière civique, l’éthique chrétienne trouve la majeure part de ses sources dans la philosophie grecque, en particulier chez Aristote et Platon. Transmise tout au long du Moyen Âge, cette éthique a irrigué en profondeur notre conscience européenne. On songe en particulier ici au développement de la chevalerie, permettant de christianiser, de civiliser, l’usage de la force au service de ce qui dépasse l’intérêt immédiat, au service du suzerain, dans le respect du faible, de la femme, de l’orphelin, et des droits de Dieu.

Aujourd’hui, retrouver le sens du bien commun, en connaître les fondements philosophique et les exigences dans l’action, est une nécessité vitale pour tous les serviteurs de l’État… et au-delà, dans le cadre de notre lutte contre le terrorisme, pour tous les citoyens. Quelles que soient ses convictions religieuses, philosophiques, politiques – et l’on comprend ici ce que veut dire la neutralité des militaires – le serviteur armé de l’État doit avoir, très tôt dans sa formation, acquis une intime conviction. Celle qui vous anime au moment de la crise : que le sacrifice ultime de sa vie vaut la peine, même si, la société même qu’il défend, a bien du mal à le comprendre. Sur ce chemin ardu, la figure héroïque d’Arnaud Beltrame nous offre un témoignage de plus. Que son sacrifice soit porteur de renouveau et de courage pour notre patrie.

 

 

version en ligne :

http://www.lavie.fr/actualite/billets/pourquoi-un-militaire-donne-t-il-sa-vie-25-03-2018-88950_288.php

 

Guillaume de Saint-Thierry

Amour et vérité se rencontrent

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« Guillaume naquit à Liège vers 1075. De famille noble, doté d’une intelligence vive et d’un amour inné pour l’étude, il fréquenta de célèbres écoles de l’époque, comme celle de sa ville natale et de Reims, en France. Il entra en contact personnel avec Abélard, le maître qui appliquait la philosophie à la théologie, de manière si originale, qu’il suscita de nombreuses perplexités et oppositions » (Benoit XVI).

Au-delà des leçons remarquables de vie spirituelle que Guillaume développe dans ses nombreuses œuvres, au-delà de sa vie monastique passionnée de Dieu, vouée au silence et à la prière, face aux dérives d’Abélard, il n’hésitera pas à entrer en lice.

Pourtant, en 1135, à cinquante ans, il s’était retiré comme simple moine en l’abbaye de Signy, une fondation de Cîteaux dans les Ardennes. L’idéal de cette maison le rapproche de son ami Bernard et lui permet, en le déchargeant de tout souci administratif, de se livrer, comme il écrit, au « fécond repos » de la contemplation. Durant quelques années, il peut vaquer librement aux recherches spirituelles, pour lesquelles il se sent fait. Mais son repos n’a qu’un temps. On parle beaucoup en France de Pierre Abélard, ce grand esprit qui inaugure, en théologie, une méthode assez neuve, vouée à un grand avenir, mais qui n’inspire alors que des craintes assez fondées.

Le sens théologique de Guillaume est heurté par la hardiesse et surtout la logomachie du novateur. Il relève dans ses écrits, puis réfute des propositions erronées ou des abus de langage. Sa Dispute contre Abélard communiquée à saint Bernard, est à l’origine du procès qui aboutit, en 1140, à la condamnation définitive du malheureux professeur. Cet incident nous révèle un Guillaume soucieux d’orthodoxie et nous vaut, de sa part, une vigoureuse apologie de la foi traditionnelle : le Miroir de la foi , l’Énigme de la foi  (traité de la Trinité), un Commentaire sur l’épître aux Romains.

Belle leçon, d’un contemplatif, amoureux de l’Amour, pour nous catholiques, si prompts parfois à nous satisfaire de demies vérités pour ne pas heurter nos amis ou nos relations…

 

Paru dans Parole et Prière, mars 2018