Un héros national, non récupérable

Arnaud Beltram

 

Chronique du 28 mars 2018 / « A la Source  » – KTO.TV

 

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En hommage à Arnaud Beltram

Pourquoi un militaire donne-t-il sa vie ?

article paru sur le site du journal La Vie

Il y a tout juste six ans, le père Christian Venard recevait le dernier souffle de deux soldats tués par Mohammed Merah. Dans un texte écrit pour La Vie, il médite sur le sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chrétien et serviteur de l’État.

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Est-ce parce qu’il était chrétien que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a accepté de sacrifier sa vie, ou parce qu’il était militaire et officier ? Les risques de réduire à son seul engagement catholique l’héroïsme d’Arnaud ont vite été balayés par l’annonce son appartenance à partir de 2008 à la Grande Loge de France – mystère d’une vie chrétienne en marche. Autre risque, non moins réel, celui d’une vision laïciste de son engagement, alors que la vie de foi de notre héros national était évidente – voire rayonnante.

Soldat chrétien ou gendarme républicain ? Chercher à distinguer, c’est participer d’une représentation artificiellement clivée de l’engagement publique, trop fréquente chez certains officiels. « Je suis chrétien, disent-ils, mais cela est du ressort du privé, et dans mes fonctions, je suis capable de prendre des décisions directement contraires à ma foi. » Une des leçons que nous pouvons tirer de l’exemple donné par Arnaud Beltrame, c’est qu’un vrai serviteur chrétien de l’État ne saurait vivre dans cette dualité. Bien au contraire, c’est la cohérence entre l’intime et le publique qui lui confère sa vraie force.

Les « valeurs » qui animent les « sentinelles de la société » sont bien souvent aux antipodes de celles qui meuvent cette même société. L’esprit de sacrifice, inculqué dans les armées dès la formation initiale, se heurte à l’individualisme contemporain. La cohésion du groupe, la force du binôme, la capacité à accepter la souffrance, à se dépasser, à continuer la mission même dans des conditions dégradées… tout cela se heurte au matérialisme ambiant, à l’hédonisme, à l’égoïsme. Enfin, l’idéal même d’une vie consacrée à ce qui la dépasse – le bien commun – est directement contraire à l’horizontalité désespérante d’une laïcité, devenue trop souvent laïcisme ou athéisme militant.

Cette dichotomie entre les « valeurs » de la société et celles exigées des serviteurs de l’État, en charge de la sécurité de cette même société, provoque bien souvent, chez ces derniers, de véritables implosions morales – décrochage intérieur, burn-out, états de stress dépassé… C’est une urgence professionnelle pour eux, pour leurs institutions, de retrouver les bases philosophiques, éthiques et métaphysiques du sens de leur action. Sur ce chemin, il est évident, que parmi eux, ceux qui ont la chance d’être porteurs de la foi chrétienne – par héritage ou par recherche personnelle – y sont aidés. En effet, nombre de ces « valeurs » trouvent leur déploiement dans la « morale chrétienne », et la grâce opérante de Dieu en ses sacrements leur est d’un secours précieux.

Mais, en matière civique, l’éthique chrétienne trouve la majeure part de ses sources dans la philosophie grecque, en particulier chez Aristote et Platon. Transmise tout au long du Moyen Âge, cette éthique a irrigué en profondeur notre conscience européenne. On songe en particulier ici au développement de la chevalerie, permettant de christianiser, de civiliser, l’usage de la force au service de ce qui dépasse l’intérêt immédiat, au service du suzerain, dans le respect du faible, de la femme, de l’orphelin, et des droits de Dieu.

Aujourd’hui, retrouver le sens du bien commun, en connaître les fondements philosophique et les exigences dans l’action, est une nécessité vitale pour tous les serviteurs de l’État… et au-delà, dans le cadre de notre lutte contre le terrorisme, pour tous les citoyens. Quelles que soient ses convictions religieuses, philosophiques, politiques – et l’on comprend ici ce que veut dire la neutralité des militaires – le serviteur armé de l’État doit avoir, très tôt dans sa formation, acquis une intime conviction. Celle qui vous anime au moment de la crise : que le sacrifice ultime de sa vie vaut la peine, même si, la société même qu’il défend, a bien du mal à le comprendre. Sur ce chemin ardu, la figure héroïque d’Arnaud Beltrame nous offre un témoignage de plus. Que son sacrifice soit porteur de renouveau et de courage pour notre patrie.

 

 

version en ligne :

http://www.lavie.fr/actualite/billets/pourquoi-un-militaire-donne-t-il-sa-vie-25-03-2018-88950_288.php

 

Guillaume de Saint-Thierry

Amour et vérité se rencontrent

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« Guillaume naquit à Liège vers 1075. De famille noble, doté d’une intelligence vive et d’un amour inné pour l’étude, il fréquenta de célèbres écoles de l’époque, comme celle de sa ville natale et de Reims, en France. Il entra en contact personnel avec Abélard, le maître qui appliquait la philosophie à la théologie, de manière si originale, qu’il suscita de nombreuses perplexités et oppositions » (Benoit XVI).

Au-delà des leçons remarquables de vie spirituelle que Guillaume développe dans ses nombreuses œuvres, au-delà de sa vie monastique passionnée de Dieu, vouée au silence et à la prière, face aux dérives d’Abélard, il n’hésitera pas à entrer en lice.

Pourtant, en 1135, à cinquante ans, il s’était retiré comme simple moine en l’abbaye de Signy, une fondation de Cîteaux dans les Ardennes. L’idéal de cette maison le rapproche de son ami Bernard et lui permet, en le déchargeant de tout souci administratif, de se livrer, comme il écrit, au « fécond repos » de la contemplation. Durant quelques années, il peut vaquer librement aux recherches spirituelles, pour lesquelles il se sent fait. Mais son repos n’a qu’un temps. On parle beaucoup en France de Pierre Abélard, ce grand esprit qui inaugure, en théologie, une méthode assez neuve, vouée à un grand avenir, mais qui n’inspire alors que des craintes assez fondées.

Le sens théologique de Guillaume est heurté par la hardiesse et surtout la logomachie du novateur. Il relève dans ses écrits, puis réfute des propositions erronées ou des abus de langage. Sa Dispute contre Abélard communiquée à saint Bernard, est à l’origine du procès qui aboutit, en 1140, à la condamnation définitive du malheureux professeur. Cet incident nous révèle un Guillaume soucieux d’orthodoxie et nous vaut, de sa part, une vigoureuse apologie de la foi traditionnelle : le Miroir de la foi , l’Énigme de la foi  (traité de la Trinité), un Commentaire sur l’épître aux Romains.

Belle leçon, d’un contemplatif, amoureux de l’Amour, pour nous catholiques, si prompts parfois à nous satisfaire de demies vérités pour ne pas heurter nos amis ou nos relations…

 

Paru dans Parole et Prière, mars 2018

Père Joseph-Marie Perrin op

L’amitié terreau de la sainteté

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« Notre liberté c’est de choisir les êtres auprès de qui nous nous sentons meilleurs. » En quelques mots ciblés, le Père Joseph Marie Perrin, décrit ce qui sera un des fondements de sa vie.

Dominicain, aveugle, toute sa vie sera marquée par des amitiés profondes, durables, et fructueuses. Parmi les plus célèbres : Simone Weil, la philosophe, qui écrira à son sujet : « La distance n’empêchera pas ma dette envers vous de s’accroître avec le temps, de jour en jour. Car elle ne m’empêchera pas de penser à vous. Et il est impossible de penser à vous sans penser à Dieu. » Quel hommage à l’amitié, quand celle-ci nous rapproche de Dieu lui-même. C’est une dimension parfois trop peu soulignée dans nos vies spirituelles : combien les bonnes amitiés nous construisent et nous mènent sur les pas de Dieu.

« Je voudrais rendre témoignage de ce que je dois à certaines rencontres d’hommes ou de femmes qui m’ont fait être ce que je suis. » écrit le père Perrin dans son autobiographie Comme un veilleur attend l’aurore. L’amitié vraie suppose une confiance absolue en l’autre, comme on peut se confier à Jésus l’Ami des amis. « Le propre de l’amitié est la parfaite transparence, la communion totale qui exclut les secrets, les attitudes prises. Pour tous, on est un personnage, un visage : pour l’ami, on est soi-même. » Combien ces paroles sont justes – en particulier pour les prêtres dont la vie les pousse à être bien souvent des « personnages », au risque de s’y perdre !

Prions le Seigneur d’envoyer auprès de nous de tels amis ! Prions-le de savoir les reconnaître et de nous obtenir la délicatesse qui entretient ces amitiés ! Durant notre pèlerinage terrestre, ces amitiés-là, sources de vraie joie, sont le terreau sur lequel germe, humblement, notre sainteté.

Chronique parue dans Parole et Prière janvier 2018

Père Marie-Antoine de Lavaur

L’apôtre du Midi

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Découvrir la vie et la personnalité de Léon Clergue, en religion père Marie-Antoine de Lavaur, c’est partir à la découverte de plusieurs vies dans une seule vie d’homme, tant il se donna sans réserve, et dès son plus jeune âge, à l’apostolat. Déjà prêtre, c’est à Saint-Gaudens qu’il entend l’appel de saint François. Il revêt l’habit de l’ordre des Frères mineurs capucins au noviciat de Marseille le 13 juin 1855, et l’année suivante prononce ses vœux solennels. Presque aussitôt, les supérieurs lui confient le ministère de la prédication. Il est envoyé à Toulouse dès 1857. Il parviendra à y édifier, en 1861, un couvent de capucins. Natif d’une famille très religieuse de Lavaur, il manifeste un tel charisme qu’on lui attribue toutes sortes de  miracles ! Les nombreuses missions -plus de 700 répertoriées – qu’il prêche le font nommer « l’Apôtre du Midi ». Ses prédications puissantes produisent des fruits extraordinaires, attirent les foules dans les églises.

Mais ce qui marque sans doute le plus, ce sera sa conviction profonde, dès les débuts, de la véracité des apparitions de la Vierge Marie à Bernadette à la grotte de Lourdes. Le père Marie-Antoine va soutenir Bernadette Soubirous, qui affrontait l’incrédulité en racontant les apparitions de la Vierge ! Très tôt, il organisa aussi des processions dans la cité mariale – il est ainsi à l’origine des processions aux flambeaux, des processions du Saint-Sacrement avec les malades.

De lui on dit : « Pour parler de Marie, il lui suffisait d’ouvrir son cœur ». Écoutons-le donc :  « Je suis l’Immaculée-Conception. Cette grande parole est une parole de transfiguration, et c’est pour nous qu’elle a été prononcée. Pieux pèlerins, réjouissez-vous. En la prononçant, Marie a voulu dire : Mes enfants, soyez saintement fiers, ce privilège exceptionnel et si glorieux, votre Mère du ciel veut le partager avec vous ! L’enfant ne doit-il pas ressembler à sa mère ? Et tout ce que possède la mère ne devient-il pas son héritage ? Vous êtes venus les yeux pleins de larmes, vous étiez les fils d’Ève, la coupable, la malheureuse mère et, hélas ! vous portiez sa ressemblance, vous aviez pour héritage la douleur. Maintenant, plus de larmes, plus de deuil, plus de tristesse. Voici que tout est renouvelé, tout est transfiguré. Vous n’êtes plus les fils d’Ève, vous êtes les fils de l’Immaculée-Conception ! Vous êtes venus tristes de vos demeures, rentrez maintenant joyeux et triomphants.« 

 

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2017

Chrétiens, ne soyons pas des éteignoirs

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Ah… l’Évangile des dix vierges ! Voilà un Évangile que nos anciens entendaient à longueur d’années, dans ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui la forme extraordinaire du rite romain. On s’est beaucoup moqué de l’ancien lectionnaire, qui certes méritait une profonde réforme, en prenant appui sur cette répétition insistante de cette péricope. Au-delà du débat liturgique, c’est que sans doute, dans sa sagesse, l’Église entendait adresser à ses fidèles un message essentiel et martelé ! Pourtant, à bien des aspects il peut nous sembler dur. Finalement, les vierges dites folles, sont restées vierges, elles sont venues de nuit, elles aussi, attendre un époux qui, de son côté, semble bien peu pressé de rejoindre son épouse. Et puis, les vierges dites sages font quand même preuve de bien peu de solidarité  – dirait-on aujourd’hui – avec leurs homologues un peu distraites !

À l’époque de Jésus, la coutume voulait que la future épouse attende son fiancé, chez ses parents. Celui-ci, vers dix heures le soir, retrouvait les « demoiselles d’honneur », ces fameuses vierges, et partait en cortège vers le domicile de sa promise, afin de prendre désormais cette dernière sous son toit. Tous les commentaires classiques nous montrent qu’il s’agit pour Jésus de nous placer au moment eschatologique, où Lui, l’époux, viendra s’unir à sa promise, c’est-à-dire l’Église. « C’est vraiment l’époux qui vient au dernier jour et il vient pour célébrer des noces, pour revêtir de gloire l’humilité de notre chair », écrit ainsi saint Hilaire de Poitiers dans son Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu. Cet époux-là sort de l’ordinaire. Il n’est pas soumis aux règles communes. Et d’abord, c’est lui qui choisit son heure – Il viendra quand nul ne l’attendra plus… Il n’est pas grossier, car c’est l’Époux royal, c’est l’Époux qui s’est acquis sa fiancée au prix de son Sang versé pour elle sur la Croix. Il a donc tous les droits sur elle ; et elle, l’attend toute parée, car il est son maître adoré (cf. Cantique des Cantiques).

Ces vierges, sont, dans une vision très classique, chacun d’entre nous. Nous trouvons que l’époux met bien du temps à venir…  Nous estimons que si Dieu était vraiment Dieu, pour parler comme l’homme de la rue – quand il croit encore en Dieu -, il agirait plus visiblement. Et alors, tels ces vierges, nous nous assoupissons dans la nuit qui nous entoure, c’est-à-dire, nous perdons patience, courage, persévérance. Nous pensons immédiatement aussi aux quelques apôtres choisit par Jésus pour l’accompagner dans son Agonie, et qui ne tiennent pas le coup.

Quand l’époux paraît, alors toutes les vierges se réveillent. Mais les unes ont gardé suffisamment d’huile, tandis que les autres sont à sec ! Là aussi, nous pouvons comprendre de plusieurs manières cette allégorie. «Les vierges avaient de l’huile, mais pas assez ; c’est pour cela qu’elles sont punies», écrit saint Jean Chrysostome (Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu). Comprenons : l’huile peut être notre foi, nos actes de charité, nos œuvres, l’amour dont nous auront rempli nos vies, toute autre sorte de bonne chose spirituelle ; ce qui est sûr, c’est que nous devons remplir nos lampes à ras bord, pour attendre l’époux. Pas de mesquinerie, pas de faux petits calculs bourgeois. Jésus arrivera quand il voudra et il entend nous trouver avec des lampes pleines et allumées, de ces lampes que, précisément, on ne doit pas mettre sous le boisseau !

Il est temps sans doute que beaucoup de chrétiens cessent de ressembler à des éteignoirs !

 

Homélie donnée le 6 novembre 2008

en la paroisse militaire Bx Charles-de-Foucauld des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan