Honorer ceux de 14-18 pour mieux servir aujourd’hui notre Patrie

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Défendre sa patrie est pour le chrétien une œuvre de charité. Honorer les combattants morts à la guerre est non seulement un devoir de piété filiale, mais plus encore une manière d’accepter avec courage de reprendre le flambeau qu’ils nous ont transmis.

 

article paru sur le site :  https://fr.aleteia.org/

 

 

Ces vers de Charles Péguy (Eve, 1913) semblent appartenir à un monde révolu, et ce n’est pas le spectacle désolant des controverses venues émailler le centenaire de l’armistice de 1918 qui démentira cette impression. 

« Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles.
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.»

Il est vrai que l’effroyable massacre de la Première guerre mondiale a poussé les intellectuels européens vers des philosophies pacifistes et antimilitaristes, au point que la défense de la patrie a pu, jusqu’à une période très récente, apparaître comme une valeur réactionnaire, sinon « fascisante », à tout le moins définitivement dépassée.

 

Le chrétien défend sa patrie

Pour les fidèles, le Catéchisme de l’Église catholique (n°2239) est pourtant clair : «L’amour et le service de la Patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité.» Ces lignes n’induisent pas que la Foi catholique serait en elle-même porteuse de valeurs bellicistes ; bien au contraire : on le voit ainsi dans la manière dont, aujourd’hui, les théologiens évitent l’utilisation sémantique de la « guerre juste », les principes en étant saufs. De nombreux auteurs, ethnologues, paléontologues, philosophes, écrivains ou juristes ont cherché à comprendre si la guerre et la violence étaient inscrites au cœur même de l’être humain, et de la société. Pour nous chrétiens, cet état est la conséquence terrible du péché de nos premiers parents, de la destruction de l’harmonie voulue aux origines par le Créateur. Au travers de tant et tant de lettres et de témoignages des poilus de 14-18, on entend la lutte intérieure entre leur volonté de défendre la Patrie et leur aspiration à la paix. Leurs expériences décrivent tout à la fois ce désir de paix, de retour au foyer, l’absurdité de la guerre, mais aussi, la ferme décision de remplir leur devoir de Français, quoi qu’il en puisse coûter. Le saint prêtre Daniel Brottier disait : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est sur les champs de batailles.» Jésus lui-même, dans sa vie terrestre, exprime l’un de ses plus beaux compliments à un officier de l’armée romaine… d’occupation ! « Je vous le dis en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi », dit-il à son sujet à ceux qui le suivaient à Capharnaüm (Mt 8.10). La défense de la Cité, par la force armée, n’est pas contradictoire avec le désir de paix universelle que porte le message évangélique. Ainsi poursuit le Catéchisme (n°2310) : « Les pouvoirs publics ont dans ce cas le droit et le devoir d’imposer aux citoyens les obligations nécessaires à la défense nationale. Ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie militaire, sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples. S’ils s’acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix.»

 

Un devoir de piété filiale

Laissons donc les controverses benoîtement pacifistes aux oubliettes de l’histoire contemporaine et aux vieilles lunes soixante-huitardes. Un journaliste écrivait il y a quelques jours : « Ne pas placer les commémorations du 11 Novembre sous le signe de la victoire revient à nier la motivation patriotique des soldats français d’alors et à laisser entendre qu’ils sont morts pour rien. » Se pose néanmoins, au moment où nous commémorons la victoire de 1918 la question du pourquoi. Pourquoi commémorer tant de sacrifices consentis ? La première réponse semble évidente : par sens de l’honneur et par respect pour l’héritage reçu. Ainsi le père Doncoeur, célèbre aumônier des tranchées, s’écriait aux lendemain de la Grande Guerre : « Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don […] Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et –qui sait ?- peut-être demain à une mort analogue. » Oui c’est un devoir de piété filiale vis-à-vis de ceux qui sont morts, qui ont été blessés dans leur chair et très souvent dans leur âme. Comme le fit Judas Maccabées pour les soldats d’Israël morts au combat : « Car, s’il n’avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. Mais il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent avec piété : c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés.» (2M 12, 44-45).

 

Reprendre le flambeau

La deuxième réponse est tout aussi impérieuse. À l’heure où nos pays européens, et la France notre patrie, sont confrontés à une nouvelle guerre totalitaire, face à l’islamisme combattant, il est du devoir de chacun d’entretenir la mémoire des héros passés, mais plus encore de relever les défis à venir. Or, pour ce faire, il importe que chaque citoyen sache quelles valeurs, quelles vertus, quelle société valent la peine d’y sacrifier son bien le plus cher : sa propre vie. Commémorer n’est donc pas seulement regarder avec respect et émotion le passé glorieux des soldats de 14-18, mais plus encore, accepter avec courage de prendre le flambeau transmis, de retrouver le sens de la transcendance dans une société qui en manque tant. Cela nécessite ce courage dont parlait si bien le père Jerzy Popielusko : « Malheur à la société dont les citoyens ne sont pas guidés par le courage ! Ils cessent alors d’être des citoyens pour devenir de simples esclaves. Si le citoyen renonce à la vertu du courage, il devient esclave et se cause le plus grand des torts, à lui-même, à sa personne, mais aussi à sa famille, à son groupe professionnel, à la Nation, à l’État et à l’Église ; même si la peur et la crainte lui font facilement obtenir du pain et des avantages secondaires… ».

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Jean-Emile Anizan

De la dure vie en Eglise…

Fondateur, à la fin de sa vie, des Fils de la Charité et des Auxiliatrices de la Charité, le père Anizan est une figure emblématique de ce catholicisme français de la fin du XIXe siècle et des débuts du XXe, issu de la terrible crise anti catholique révolutionnaire, tourmenté par la question sociale en externe et la crise moderniste en interne, confronté à la violence laïcarde de la IIIe République.

 

Très tôt, son désir, comme prêtre, de se mettre au service des plus pauvres devient prééminent. Il doit, avec patience, attendre l’autorisation de son évêque à Orléans, pour entrer chez les frères de Saint-Vincent-de-Paul. Il y fait si bien, se dévouant corps et âme aux œuvres, qu’en 1907 il en sera élu supérieur général. Tout semblait lui réussir, quand la crise moderniste vient frapper sa congrégation et, après une enquête romaine, il est destitué pour « modernisme ». Beaucoup de ses frères demanderont alors à être relever de leurs vœux et quittent la congrégation. Ce sont eux qui, quelques années après formeront la base lors de la création des Fils de la Charité, fondation soutenue par le même Saint-Siège (mais on avait changé de pape) qui avait destitué le père Anizan !

 

Cet épisode – qui révèle aussi la profonde spiritualité du père Anizan et son obéissance – nous invite à une saine vision de l’institution ecclésiale (ou du « système » clérical) dans l’Eglise. Même au plus haut niveau celle-ci n’est pas infaillible dans ses décisions disciplinaires. Nombre de saints ont été ainsi persécutés et condamnés dans un premier temps par des clercs en charge du pouvoir, avant d’être réhabilités par l’Eglise – de leur vivant ou non. Soyons donc des fils obéissants de l’Eglise – et cela passe par le respect en effet de sa hiérarchie – , mais non pas aveugles – par peur ou lâchetés – sur les déficiences, parfois énormes, qui entachent cette même hiérarchie.

 

Il y a là un difficile équilibre à trouver. Mais le Seigneur Jésus ne nous a jamais promis la facilité en ce monde !

Pierre-Joseph de Clorivière

Un Jésuite face à la révolution

 

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« Quoique la destruction totale de la religion chrétienne soit le but principal que se proposent, dans la Révolution présente, les puissances des ténèbres, ainsi que les agents en chef dont elles se servent pour l’opérer, cependant c’est avec le soin de ne pas montrer au grand jour cette intention perverse. »

Avec ces quelques lignes, on ne peut pas dire le père de Clorivière, soit un grand soutien de la révolution française ! Déjà dans la période prérévolutionnaire, il a vu son ordre (les Jésuites) expulsé de France par le roi, puis interdit d’exister par le pape lui même. Quand la révolution éclate, il en discerne avec clarté les objectifs anti chrétiens. Pourtant, loin de fuir, malgré même les propositions du premier évêque américain de rejoindre le nouveau monde, c’est en France qu’il veut combattre, au risque de sa vie.

Il devra vivre caché, recherché. Il subira même la prison pendant cinq années sous le Consulat. Malgré ce qu’il perçoit des fondements anti catholique de la révolution, il se consacre à l’organisation de groupes de vie religieuse adaptés aux circonstances révolutionnaires de son époque. Ce seront des « religieux dans le monde » ne vivant pas en communauté et ne portant pas d’habit distinctif. Ainsi, avec quelques prêtres, il forme la Société du Cœur de Jésus, ou Prêtres du Coeur de Jésus et, avec la collaboration de Adélaïde-Marie Champion de Cicé, il fonde la Société du Cœur de Marie, ou Filles du Cœur de Marie en 1790.

Son attitude au cours de la révolution est exemplaire pour nous. Le régime politique dans lequel nous vivons se réclame des « valeurs » révolutionnaires, sans avoir jamais eu le courage de la repentance pour ce qu’elles avaient pu engendrer d’horreurs, de persécutions contre la religion et une part importante de la population. Sachons néanmoins, avec intelligence et espérance, à l’image du Père de Clorivière, nous mettre toujours au service de notre pays.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, août 2018

 

Marie-Étienne Vayssière o.p.

Une vie dépouillée pour enrichir les autres

 

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Quelques mots du père Serge-Thomas Bonino, dominicain de la province de Toulouse lui aussi, résument toute la vie du Père Vayssière : « L’homme propose, Dieu dispose. Et c’est tant mieux ! Le cœur du jeune frère Étienne Vayssière fourmillait d’excellents projets. Dans la ligne de sa vocation dominicaine, il se voyait déjà en théologien, scrutant les richesses du Mystère de Dieu pour en nourrir la vie des croyants. Ou encore en prédicateur ardent convertissant les foules. Et soudain — il a vingt-quatre ans — tout s’effondre. Maux de tête, fatigue permanente, impuissance. Le verdict tombe : incurable. Il est alors relégué dans des couvents où il végète, s’ennuie, tourne en rond. Il échoue enfin à la grotte de la Sainte-Baume. Enterré vivant. Il ne peut ni prêcher, ni lire, ni même prier… Il n’a plus rien. Ou plutôt, dépouillé qu’il est de l’accessoire, il n’a plus que l’essentiel : l’adhésion de chaque instant à la volonté de Dieu ».

La Providence, par des chemins escarpés et humainement peu compréhensibles, en plaçant le frère Vayssière comme gardien à la Sainte-Baume, le transforme en père spirituel d’une multitude de pèlerins, venus trouver en lui son exquise spontanéité et sa flamme surnaturelle, dominicaine, magdaléenne et mariale. « Il avait conscience que la Sainte-Baume est le centre spirituel de la Provence, un lieu de prière et de bénédiction. Il s’ingéniait à multiplier au maximum pour les âmes les possibilités de bénéficier des grâces de la célèbre grotte de pénitence » (P. Philippon op).

Cette épreuve de dépouillement, tôt venue dans sa vie, son attachement viscéral au Christ, ont fait du père Vayssière un maître spirituel véridique, dont nous pouvons suivre avec fruit les enseignements : « Vivons moins dans une activité impatiente, qui s’agite, que dans une filiale confiance, qui attend le bon plaisir divin, et ne veut vivre en tout que de lui seul. C’était l’attitude de Marie : “Je suis la servante du seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.”  »

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2018