Aumônier et… « militaire non-pratiquant »

Article paru sur le site CathoBel
[http://www.cathobel.be/]

 

Nous connaissons leur existence, mais que sait-on vraiment de ces prêtres qui servent au sein des forces armées? De leurs motivations, de leurs missions? Pas grand-chose. Rencontre avec l’un d’entre eux: Christian Venard. Devenu aumônier militaire en 1998, le « Padre » a longtemps servi au sein des troupes parachutistes françaises (17e RGP).

Quel parcours singulier que celui du Padre Venard! Ce prêtre au look classique de para a décidé un jour de se placer au service de Dieu, de sa Patrie et de ses frères d’armes. Il s’en est déjà confié dans un livre*. Mais celui qui a vu mourir dans ses bras deux de ses paras, en mars 2012, assassinés par le terroriste islamiste Mohamed Merah, a accepté de revenir pour Dimanche sur son engagement si particulier.

En quoi consiste concrètement votre fonction d’aumônier militaire? 

Nos fonctions d’aumôniers militaires sont délimitées par la loi et les règlements militaires. Nous sommes d’abord chargés d’assurer la possibilité du culte au sein des armées. Tout particulièrement en opération extérieure sur les théâtres où nos camarades militaires sont déployés. A cela vient s’ajouter un accompagnement humain pour tous et un rôle de conseiller pour le commandement en matière religieuse et humaine. On devient aumônier militaire en étant recruté par la direction de l’aumônerie – catholique en ce qui me concerne – et selon les procédures mises en place par l’administration militaire (enquête de moralité, diplômes, signature de contrat avec le Ministère des armées, etc.).

En ce qui me concerne, toute ma famille est marquée depuis des générations par l’armée, mon propre père étant officier. Et c’est assez naturellement que j’ai souhaité, quand j’ai reçu l’appel de Dieu à devenir prêtre, pouvoir me mettre au service de mes frères militaires, en tant que religieux.

Que pouvez-vous apporter à un soldat en plein doute, traumatisé par les scènes de guerre?

D’abord une présence humaine et une écoute gratuite et compatissante. Compatir, c’est accepter d’entendre la souffrance de l’autre et d’être avec lui dans cette souffrance. Ensuite, c’est aussi essayer d’y porter un regard d’homme, au milieu des affres de la guerre. Enfin, quand cette parole peut être entendue – et ce n’est pas toujours le cas – une parole de Foi… Mais bien souvent, le silence fraternel est plus significatif encore. Sur ce point, outre mon expérience personnelle, j’ai été très marqué par la lecture du livre du philosophe américain Jesse Glenn Gray, « Au combat – Réflexions sur les hommes et la guerre. »

Qui sont les soldats qui viennent vous consulter?

Il n’y a pas de profil type. Même si, bien sûr, les militaires catholiques iront plus volontiers trouver leur aumônier. Par expérience, je sais que chacun de nous possède une faille, une faiblesse profonde, un point de fracture psychique qui peut surgir dans des moments extrêmes. Du simple soldat à l’officier général, tous doivent pouvoir dans ces moments-là trouver auprès de l’aumônier, en toute liberté et confidentialité une oreille attentive, un regard d’amour, une parole de réconfort. Et l’aumônier se doit d’être à tous, croyants ou non. C’est pourquoi il doit aussi faire preuve de grandes vertus humaines.

Comment se vit la spiritualité au sein de ce monde de rudesse virile qu’est l’armée?

Le plus souvent avec modestie. C’est un milieu où l’on n’aime guère ceux qui « se payent de mots » (même chez les chefs). Alors, la spiritualité s’y vit le plus souvent, comme tant d’autres « sentiments », de manière pudique. Et ce, d’autant plus que les règlements laïques obligent à cette discrétion.

Avez-vous connu l’échec dans l’aide à apporter à un soldat?

Oui bien sûr! L’aumônier n’est pas un surhomme. Il peut se tromper dans la réponse à apporter. Le militaire peut aussi refuser cette aide. Mais cette expérience de l’échec est importante pour l’aumônier: elle le conduit à l’humilité dans son action et à se remettre en question.

Vous avez participé à beaucoup d’opérations extérieures en Afrique, en Afghanistan, au Liban, au Kosovo… Quel bilan personnel tirez-vous de ces engagements? 

J’en tire d’abord une expérience, inégalable pour un prêtre, du monde, de la guerre, des hommes, de la souffrance, de la mort. Et une grande admiration pour mes frères d’armes. C’est ce que j’ai essayé de transcrire dans mon livre, précisément pour rendre hommage à l’engagement de ces « sentinelles » de la société. Est-ce que l’on en revient plus fort? Oui et non. Oui, parce que placé parfois face à l’indicible, on est obligé de creuser au fond de soi les vraies raisons de son engagement. Non, car cela laisse des cicatrices dans le psychisme, dans l’âme, de ces blessures invisibles qui nous rendent humbles. Alors, en effet, joie et tristesse se mêlent, ainsi qu’espoir et colère. Mais avec cette envie chevillée de toujours remonter la pente et de repartir sur « la piste garce et cruelle » [chant parachutiste].

Quel est votre pire souvenir d’aumônier militaire? Et le plus beau?

Le pire: avoir subi l’incompréhension et la défiance de mes chefs militaires et religieux, ce que j’ai vécu à Coëtquidan, quand j’étais aumônier des écoles d’officiers de l’armée de terre par exemple. A l’opposé, les plus beaux souvenirs sont ceux où des militaires de tout grade vous acceptent comme un frère d’armes (ô paradoxe pour un aumônier qui n’en porte pas!) et vous disent pudiquement combien votre présence les aide et les soutient dans leurs combats.

Avec cette nouvelle guerre qu’est le terrorisme, ne ressentez-vous pas de découragement face à cet ennemi nihiliste? Ou même de la colère?

Oui, comme tout un chacun. Et peut-être encore plus par tempérament, la colère me saisit face à la barbarie à laquelle nous sommes confrontés. Mais, de cette colère doit surgir une énergie nouvelle, intelligente et contrôlée pour lutter. Sur ce point, mon discours a peu évolué: j’insiste à temps et à contretemps sur le fait que ce ne sont pas les armes technologiques, ou même le renseignement le plus pointu qui nous feront gagner cette bataille. Nous avons besoin pour cela de mieux asseoir le fondement doctrinal de notre combat: pour quoi, pour qui sommes-nous prêts à sacrifier notre vie? Donc pas de découragement, mais au contraire, chaque jour renouvelé, la ferme conviction du petit rôle à jouer – mais à jouer à fond – dans ce combat, à ma place d’aumônier militaire.

En guise de conclusion, auriez-vous une dernière anecdote positive ou drôle à apporter, tirée de vos années d’aumônier militaire?

Peut-être cette remarque extraordinaire, d’un adjudant-chef, pas spécialement porté sur la religion: « Le Padre? Ah oui, on l’aime bien, même si c’est un militaire non-pratiquant! »

Propos recueillis par Philippe DEGOUY

* Christian Venard et Guillaume Zeller,
« Un prêtre à la guerre ». Ed. Tallandier, 2013, 290 pages – blogdupadrevenard.wordpress.com

 

 

 

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Schizophrénie occidentale

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Depuis la désormais trop célèbre affaire « Harvey Weinstein », la dénonciation mondiale publique des harceleurs sexuels va bon train, sur les réseaux sociaux, dans les médias… Du #balancetonporc, aux interview d’actrices en passant par le #metoo, c’est une frénésie de réquisitoires qui a saisi toute la société occidentale.

Ce combat des femmes pour être respectées est indispensable, juste et nécessaire. Là n’est pas la question. La méthode utilisée en pose déjà plus. Mais surtout, tout ce tapage souligne la schizophrénie de notre société occidentale.

Comment peut-on prétendre en effet soutenir le respect dû aux femmes quand on expose dans l’espace publique un « plug anal » Place Vendôme, une statue zoophile devant Beaubourg, ou le « vagin de la Reine » dans le parc royal de Versailles ? Schizophrénie, quand, face aux viols perpétrés par des « migrants », à Cologne par exemple, on n’oppose – même chez les féministes- qu’un silence gêné. Schizophrénie, quand une littérature pour enfants, pseudo scientifique et pédagogique, prétendument chargée de leur éducation sexuelle, se charge de leur apprendre dès 3-6 ans les bienfaits de la masturbation. Schizophrénie d’une société qui, pour vendre le moindre pot de yaourt, déshabille la femme et la transforme en un unique objet de désir. Schizophrénie, quand on constate scientifiquement les ravages de la pornographie sur les mentalités des jeunes – et des moins jeunes- mais que jamais aucune mesure n’est prise par le politique, les institutions de la république et les médias pour éradiquer cette économie du sexe. Schizophrénie d’une idéologie libertaire, héritée de mai 68, qui pense avoir trouvé le nec plus ultra de la libération sexuelle, et de la liberté humaine, dans l’asservissement généralisé à la libido exubérante obligatoire et pourquoi pas gratuite !

Oui, en matière de schizophrénie, notre société occidentale n’a, in fine, rien à envier, à celle de la société islamique radicale… qu’elle prétend pourtant combattre. Une schizophrénie encore plus dangereuse.

 

25 octobre 2017

Le Pape, la crise migratoire et l’apostasie de l’Europe

 

Chronique KTO du 19 septembre 2017

 

 

référence à lire Ecclesia in Europa

http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_exhortations/documents/hf_jp-ii_exh_20030628_ecclesia-in-europa.html

Préface

pour le livre de Martial LIMOUZIN, J’avais vingt ans en 1914 – Quelle connerie la guerre !

 

J'avais20ansLe Père Doncoeur, célèbre aumônier militaire durant toute la Grande Guerre, écrivait aux lendemains de cette atroce période de notre histoire européenne : « Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don… » C’est dans cet esprit que Martial Limouzin, pour lui rendre hommage, retrace, avec une plume alerte, le parcours militaire de son grand-père, de sa mobilisation en 14 à sa démobilisation en 18. L’immense majorité des familles françaises a été touchée par ce drame. Avec émotion, je garde un souvenir précis des journées passées en Artois, avec tous les descendants de mon arrière grand-père, jeune capitaine saint-cyrien, mort au champ d’honneur en 1915, à la tête de ses hommes dans les combats d’Hebuterne. Tant et tant de familles françaises tiennent, dans le cadre du centenaire de la guerre de 14-18, à manifester ainsi une piété filiale et patriotique, envers ceux qui ont sacrifié leur vie. Ce livre entre dans cet esprit. Si le grand-père Auguste n’y a pas laissé sa peau, ces pages évoquent en permanence les sacrifices terribles imposés aux soldats de 14-18. La séparation de leurs familles, de leurs fermes, de leur terre natale n’en est pas un des moindres. Les horreurs d’une guerre moderne et sans merci y ajoutent une cruauté, dont les conséquences se feront sentir toute leur vie durant.

Ah oui, « quelle connerie la guerre » ! Aumônier militaire depuis vingt ans, les combats auxquels il m’a été donné de participer avec les armées françaises, sur de nombreux théâtres d’opérations, n’ont rien à voir en intensité avec ceux de la Grande Guerre. Pour autant, la violence qui les anime reste du même ordre. De nombreux auteurs, ethnologues, paléontologues, philosophes, écrivains ou juristes ont cherché à comprendre si la guerre et la violence étaient inscrites au cœur même de l’être humain, et de la société. Pour nous chrétiens, cet état est la conséquence terrible du péché de nos premiers parents, de la destruction de l’harmonie voulue aux origines par le Créateur. Au travers du récit, recomposé par Martial Limouzin, du parcours de son grand-père, on saisit, dans l’intimité d’un de ces combattants, la lutte intérieure entre la volonté de défendre la Patrie et l’aspiration à la paix. L’expérience d’Auguste décrit tout à la fois ce désir de paix, de retour au foyer, l’absurdité de la guerre, mais aussi, la ferme décision de remplir son devoir de Français, quoi qu’il en puisse coûter. Le saint père Daniel Brottier disait : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est sur les champs de batailles« . Ce livre fait entrer dans le quotidien d’un jeune paysan français. Pas de discours historique, même si l’auteur a suivi avec une précision méticuleuse le Journal de Campagne du régiment de son grand-père. Pas de grandes théories sur cette première guerre mondiale, même si chaque lecteur, au travers des réflexions d’Auguste, peut réaliser ce que pouvait penser un jeune conscrit de la 14.

Ce livre, issu de piété familiale et patriotique, est précieux enfin dans une période cruciale que traverse notre patrie. La simplicité de l’écriture, le témoignage sans fard, peuvent nous rejoindre dans nos combats d’aujourd’hui. Certes, la France n’a pas en face d’elle un Etat, ennemi héréditaire ; mais notre pays est engagé désormais dans une lutte sauvage, contre une idéologie islamique, dont les méthodes barbares et sanglantes rappellent, en effet, que la guerre est tragique, qu’elle est une « connerie ». L’exemple du grand-père Alexandre invite chaque lecteur à aimer sa patrie, son prochain et à remplir ses devoirs envers les uns et les autres, quoi qu’il puisse lui en coûter. En ce sens, la lecture de ce livre, prédispose le lecteur au cœur ouvert, à l’âme attentive, à se préparer moralement aux combats d’aujourd’hui que notre France doit livrer. Laissons alors résonner une dernière fois, avant de céder la parole au grand-père Alexandre, la voix du père Doncoeur : « Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et – qui sait?- peut-être demain à une mort analogue« .

 

Bordeaux, 5 juillet 2017

 

La dimension spirituelle dans le métier des armes

Ce texte a été écrit pour le livre de Matthieu DEBAS, Du sabre à l’esprit, Arts martiaux et Art de la guerre,  éd. JPO, 2017.

20170722_153627La réduction du militaire à un simple « technicien de la chose armée » m’a toujours paru dangereuse, depuis vingt ans bientôt que je côtoie mes frères d’armes, en France et sur tous les théâtres d’opérations où notre Patrie a engagé ses armées[1]. Cette problématique a trouvé pour moi deux échos particuliers. Lors de mon passage comme aumônier aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, où,le risque que cette « philosophie » soit le soubassement à la formation des élèves officiers devait être conjuré par une solide formation éthique et la présence des aumôniers militaires.  Dans mes propres recherches, depuis 2006, en lien avec mon ami, médecin militaire, le docteur Gérard Chaput – recherches reprises ensuite à l’Ecole de Guerre avec mon frère aujourd’hui chef de corps d’un régiment de l’armée de terre – pour tenter de déterminer des chemins de préparation spécifique aux difficultés rencontrées aujourd’hui par les « guerriers » dans nos sociétés post-modernes[2]. Notre société occidentale, française en particulier, a évacué de son champ de vision la dimension transcendante. Quels que soient les domaines, elle nous a plongés dans une idéologie matérialiste, consumériste et athée, dont les générations plus jeunes – post 68 –  perçoivent désormais non seulement les limites, mais même les dangers. Elle fragilise ceux dont le métier est de côtoyer la mort, de la donner ou de la recevoir, dans une situation de « non sens » toujours périlleuse pour leur équilibre psychique et humain.

 

Résultat de recherche d'images pour "kosovo 3e rpima"1999. Nous venons avec le 3e RPIMa[3] d’entrer au Kosovo, dans un pays ravagé par la guerre et les violences ethniques. C’est l’été et, comme tous les dimanches, je me rends dans l’une des compagnies de combat. Je célèbre la messe, dehors, face à un paysage magnifique dessiné par les montagnes serbes. Seule une petite minorité de paras est venue y participer. A la fin, pendant que je range mon matériel liturgique de campagne, j’entends la conversation suivante, tenue par deux paras, adossés à un VLRA, et qui n’avaient pas assisté à l’office religieux :

– Tu as vu la tête de ceux qui sont allés à la messe ?

– Non ! Pourquoi ?

– Ben ils avaient l’air complètement calmes et heureux. C’est dingue. Le padre il met du LSD dans les hosties du crois ?

La même année. Même lieu. Un jeune para est très grièvement blessé par balle. Je rejoins sa section aussitôt et reste avec ses camarades. Son pronostic vital est en jeu, alors qu’il est évacué vers Mitrovica puis vers la France. Le lendemain, je propose à ceux qui le souhaitent que nous priions pour lui au cours de la messe. La section au grand complet – alors qu’il s’y trouvent une majorité d’incroyants et même des musulmans – vient assister à la messe.

Pour avoir accompagné dans la mort dix de mes camarades décédés en Afghanistan, annoncé leur décès à leurs proches, suivi leurs familles dans le douloureux processus de deuil, il m’est facile de témoigner que, quel que soit le niveau de croyance ou d’incroyance, ce sont des moments où la présence de l’homme de Dieu se révèle indispensable. Plongés dans l’horreur de la mort, camarades et proches, sentent confusément « qu’on ne peut pas en rester là », qu’il doit y avoir une espérance. Je me souviens si bien d’une épouse – non baptisée et incroyante – d’un de ceux-là, auprès de laquelle j’avais évoqué notre espérance chrétienne d’une vie au-delà de la mort, sans que cela semble la toucher vraiment. Et voilà… nous nous trouvons dans la grande cours d’honneur des Invalides, accueillant le corps de son mari qui arrivait d’Afghanistan. Elle se tient là, menue et courageuse, avec ses trois enfants orphelins désormais, encadrés par les plus hautes autorités militaires françaises. Soudain elle se retourne, les yeux brillants : « Padre, padre, il faut que je vous dise quelque chose ». Je me penche vers elle, et elle me souffle : « Vous aviez raison, il est là, il est vivant et je le sais ».

 

Résultat de recherche d'images pour "groupement commando parachutiste"Il me serait loisible d’évoquer ainsi un très grand nombre d’anecdotes, allant toutes dans le même sens. Qu’on me permette d’en citer une dernière. Il s’agit de la réaction d’un adjudant, au terme d’une belle carrière, presque exclusivement vécue comme commando-parachutiste. Nous sommes au terme d’une journée de formation sur la prévention du trauma psychique de guerre, organisée en pleine OPEX « Licorne », en Côte d’Ivoire, avec mon ami le docteur Chaput, au profit du GCP[4] . Et voici son témoignage : « Le sujet qui m’a le plus interpellé, et sur lequel bien des éléments de réponse ou même de réflexion me manquaient, concernait la mort. Bête noire de mes pensées, elle était le sujet tabou qui m’a souvent préoccupé l’esprit, voire même rendu insomniaque ! Il est bien dommage dans une carrière de soldat d’attendre si longtemps pour que nous soit offert une telle chance. Depuis ce jour, je m’endors plus facilement ; certaines de mes pensées qui me tourmentaient disparaissent de mon esprit presque aussi vite qu’elles arrivent ; certaines de mes réactions s’en trouvent apaisées, voire plus réfléchies […] Apprendre à mieux se connaître, donc à se définir, permet à un soldat digne de ce nom de mieux définir ces réalités et, pourquoi pas, le sens de sa vie.« 

 

De mon expérience d’aumônier militaire, au bout de vingt ans, je retiens que plus encore que les autres, les combattants ont besoin de mettre du sens dans leur action. Plus que les autres, car confrontés au mystère du mal et de la violence, ils requièrent une formation spécifique qui ne soit pas que technique, mais qui prenne en compte l’intégralité de la personne humaine :  corps-esprit-âme ou sarx, soma, psychè. Tout ce qui peut concourir à cette prise de conscience est de nature à renforcer les capacités de résistance du combattant. Ce qui est vrai pour lui, l’est bien sûr pour tous les individus de notre société touchée durablement par des antagonismes internes et l’horreur du terrorisme. Aujourd’hui, plus qu’hier, les risques de mourir existent, mais plus encore ceux de perdre son âme. Une vie spirituelle – au sens large – et/ou religieuse, ancrée dans le nécessaire silence intérieur, dans un dialogue des profondeurs avec la conscience ouverte, s’il se peut sur l’Absolu – qui est Dieu -, viendront forger des hommes et des femmes dignes et résistants. Le combattant devient ainsi, selon les grandes traditions des arts martiaux, mais aussi de la chevalerie et de la noblesse, un porteur de sens, un témoin éthique. Car c’est l’esprit qui permet de (con)vaincre l’ennemi plus que l’arme elle-même.

 

[1] Cf. le livre écrit en collaboration avec Guillaume ZELLER, Un prêtre à la guerre, Tallandier, 2013.

[2] Cf. le livre écrit en collaboration avec Gérard CHAPUT et Guillaume VENARD, La densification de l’être – se préparer aux situations difficiles, Prividef, 2014.

[3] 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine. Régiment créé par Bigeard et stationnant à Carcassonne.

[4] Groupement des Commandos Parachutistes