Église et pédophilie : les supérieurs aussi doivent rendre des comptes

Entretien pour le site Boulevard Voltaire

 

Résultat de recherche d'images pour "bishops holy peter's place"

Boulevard Voltaire :

Sur votre blog[1] ou dans votre chronique mensuelle pour la télévision KTO[2], vous avez fait partie des quelques prêtres qui ont eu une voix forte pour dénoncer non seulement la pédophilie mais la mauvaise gestion de celle-ci dans l’Église. Que pensez-vous de la toute récente lettre[3] du Pape François adressée à tous les fidèles ?

CV

A mon sens, il s’agit d’abord, au sens technique, d’une communication de crise. L’affaire épouvantable de l’Église catholique en Pennsylvanie (plus de trois cents prêtres incriminés aux États-Unis) exigeait une réponse forte. Le Pape avait déjà écrit une lettre – pas assez commentée malheureusement – aux fidèles chiliens [4]. Dans cette dernière lettre le Pape insiste sur le fait que les fautes de quelques-uns rejaillissent sur tous, et que les souffrances des victimes font souffrir aussi tout le corps de l’Église. Pour le Pape, la réponse n’est pas que l’affaire des autorités mais de toute le Peuple de Dieu :  » L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. » Comme beaucoup de prêtres, je reste pourtant encore déçu. Au-delà des paroles et des lettres, nous voudrions enfin des actes forts, à la hauteur des enjeux, non seulement dans l’accompagnement des victimes, mais aussi dans la justice, c’est-à-dire des sanctions sévères pour les coupables et pour les supérieurs qui n’ont pas su, ou pas voulu, prendre leur responsabilité.

BV

Pourtant beaucoup a été fait ? Ne craignez-vous pas de jeter l’opprobre sur tous les évêques avec de tels propos ?

CV

S’il y a, dès aujourd’hui, amalgame affreux et opprobre, ce ne sont pas les évêques qui en souffrent, mais les simples prêtres. C’est une triste réalité objective : dans l’opinion publique, désormais, tout prêtre est considéré comme un pédophile en puissance. C’est atroce. Ce sont les supérieurs qui sont responsables, par leur manque de clarté, de vigilance et de courage, de cette situation. Il est donc normal qu’ils en portent leur part de responsabilité. Une partie de la défiance actuelle dans l’Église vient de ce que, trop souvent, ces supérieurs ne rendent pas de comptes, qu’ils semblent intouchables et irresponsables.

BV

Mais y aurait-il des solutions efficaces à mettre en œuvre ?

 CV

Je ne suis qu’un simple prêtre – qui plus est aumônier militaire !- ; mais cela dit deux éléments me semblent de nature à être mis en œuvre rapidement. Tout d’abord que le Pape crée une instance indépendante, chargée de juger les évêques et les supérieurs religieux, dotée de larges pouvoirs et capable d’entrer en relation aussi avec les autorités judiciaires civiles. La composition de cette instance doit être telle, qu’aucune influence cléricale ne puisse s’y faire sentir pour camoufler, minimiser, les faits. Cette instance, rendant compte directement au Pape, devrait rendre ses conclusions publiques. Il existe déjà aujourd’hui des procédures spécifiques romaines pour juger les clercs auteurs d’actes pédophiles. Il s’agit désormais de juger ceux qui n’ont pas pris les bonnes décisions et ont ainsi mis en danger des innocents et plus largement la vie de l’institution. Cela doit se traduire, dans les faits, par des démissions et des peines canoniques publiques. Par ailleurs, plus en amont, il y a sans doute à réformer en profondeur la procédure de choix (trop souvent de cooptation) des évêques. On ne peut continuer à choisir des évêques avec des procédures qui remontent souvent au XVIIIe siècle ! Les progrès des sciences humaines devraient évidemment intervenir, comme cela se fait dans beaucoup de milieux professionnels, en particulier au travers de tests psychologiques très performants aujourd’hui.

BV

A ce propos, en France, un prêtre a lancé une pétition afin de demander au Cardinal Barbarin de démissionner.

CV

Il ne m’appartient pas de juger le cardinal Barbarin. Le fait que ce prêtre – canoniste, c’est-à-dire spécialiste du droit de l’Église – lance cette pétition, montre l’ampleur du désarroi chez beaucoup de prêtres, face à ce qui apparaît comme mollesse ou inaction de nos prélats dans ce domaine. Pour ce que je sais de l’affaire Preynat/Barbarin, je peux comprendre que l’on estime incohérent de la part de l’évêque de Lyon de n’avoir pas, de lui-même, renoncé à sa charge après tant d’erreurs commises. Peut-être l’a-t-il proposé au Pape ? Peut-être celui l’a refusé. Cela pose quand même question.

BV

Une dernière question: pensez-vous que la crise sera durable et profonde ?

CV

Oui, je le crains…

Profonde certainement, car c’est la confiance du Peuple de Dieu envers ses pasteurs (les prêtres, les évêques) qui est remise en cause, sur des faits d’une ampleur et d’une gravité exceptionnelles. Toute forme de relativisation en la matière est d’ailleurs odieuse pour les victimes.

Durable. Cela pourrait l’être moins, si des mesures énergiques, concrètes, si des sanctions publiques et réelles (déplacer un clerc de poste n’est pas une sanction aux yeux du public, bien au contraire cela s’apparente à de la protection de coupable !) sont prises. C’est tout l’enjeux actuel.

Quand le Saint-Père nous invite aujourd’hui au jeûne et à la prière, c’est dans cet esprit : que par nos sacrifices, nous nous rendions proches des victimes et implorions la miséricorde de Dieu ; qu’à nos prières, Dieu donne à son Église courage et force pour accomplir les réformes nécessaires, quel qu’en soit le prix.  » La pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux (…). Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. » Il en va de la crédibilité de notre témoignage. Il y a urgence.

 

 

Notes :

[1] https://blogdupadrevenard.wordpress.com/2017/03/21/pedophilie-gestion-de-crise-et-hierarchie-catholique/

[2] https://blogdupadrevenard.wordpress.com/2017/03/31/pedophilie-de-quoi-parle-t-on/

[3] https://eglise.catholique.fr/vatican/messages-du-saint-pere/459286-lettre-pape-francois-peuple-de-dieu/

[4] https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Documentation-catholique/Actes-du-pape/lettre-pape-Francois-catholiques-chiliens-2018-06-04-1200944296

article paru sur Boulevard Voltaire

http://www.bvoltaire.fr/abbe-christian-venard-au-dela-des-paroles-et-des-lettres-nous-voudrions-enfin-des-actes-forts/

Publicités

Marie-Étienne Vayssière o.p.

Une vie dépouillée pour enrichir les autres

 

Résultat de recherche d'images pour "marie étienne vayssière"

Quelques mots du père Serge-Thomas Bonino, dominicain de la province de Toulouse lui aussi, résument toute la vie du Père Vayssière : « L’homme propose, Dieu dispose. Et c’est tant mieux ! Le cœur du jeune frère Étienne Vayssière fourmillait d’excellents projets. Dans la ligne de sa vocation dominicaine, il se voyait déjà en théologien, scrutant les richesses du Mystère de Dieu pour en nourrir la vie des croyants. Ou encore en prédicateur ardent convertissant les foules. Et soudain — il a vingt-quatre ans — tout s’effondre. Maux de tête, fatigue permanente, impuissance. Le verdict tombe : incurable. Il est alors relégué dans des couvents où il végète, s’ennuie, tourne en rond. Il échoue enfin à la grotte de la Sainte-Baume. Enterré vivant. Il ne peut ni prêcher, ni lire, ni même prier… Il n’a plus rien. Ou plutôt, dépouillé qu’il est de l’accessoire, il n’a plus que l’essentiel : l’adhésion de chaque instant à la volonté de Dieu ».

La Providence, par des chemins escarpés et humainement peu compréhensibles, en plaçant le frère Vayssière comme gardien à la Sainte-Baume, le transforme en père spirituel d’une multitude de pèlerins, venus trouver en lui son exquise spontanéité et sa flamme surnaturelle, dominicaine, magdaléenne et mariale. « Il avait conscience que la Sainte-Baume est le centre spirituel de la Provence, un lieu de prière et de bénédiction. Il s’ingéniait à multiplier au maximum pour les âmes les possibilités de bénéficier des grâces de la célèbre grotte de pénitence » (P. Philippon op).

Cette épreuve de dépouillement, tôt venue dans sa vie, son attachement viscéral au Christ, ont fait du père Vayssière un maître spirituel véridique, dont nous pouvons suivre avec fruit les enseignements : « Vivons moins dans une activité impatiente, qui s’agite, que dans une filiale confiance, qui attend le bon plaisir divin, et ne veut vivre en tout que de lui seul. C’était l’attitude de Marie : “Je suis la servante du seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.”  »

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2018

Sainte Marie-Madeleine

Amoureux de l’Amour

 

Image associée

La belle figure de sainte Marie Madeleine, me donne l’occasion d’un éloge appuyé du Dictionnaire amoureux de Jésus, écrit par l’excellent historien Jean-Christian Petitfils. Ce livre mérite d’être sur la table de chevet de nombreux chrétiens, tant il permet de reprendre les fondamentaux historiques de notre Foi et de les transcender, à chaque entrée, par des réflexions spirituelles partagées par l’auteur.

Grâce à lui, nous ferons bien sûr la distinction, désormais admise par tous, entre les trois Marie : Marie de Magdala, Marie de Béthanie et Marie la pécheresse évoquée par saint Luc (7,36-50). La confusion séculaire entre ces trois-là a néanmoins donné naissance à un culte quasi universel dans l’Eglise, à une floraison d’œuvres d’art incomparable, et à une spiritualité de la conversion proposée même aux plus pécheurs, que l’on se saurait ignorer. « Marie-Madeleine est l’une des plus grandes saintes, dont on a fait un modèle de piété et de contemplation. La ferveur magdaléenne a envahi la chrétienté entière. Des centaines d’églises ont été construites sous son invocation. Saint Augustin Sévère d’Antioche, Odon de Cluny, Raban de Maur, abbé de Fulda, saint Bonaventure, Denys le Chartreux, sainte Thérèse d’Avila, le cardinal de Bérulle, beaucoup d’autres encore ont exalté sa figure et disserté sur elle. »

A la suite de Jean-Christian Petitfils, il me plaît de retenir de Marie Madeleine cette course effrénée au petit matin de Pâques vers le tombeau du Bien-aimé. Plus encore cette rencontre bouleversante avec le pseudo jardinier et cette exclamation : « Rabbouni » ! « Très cher Maître, ou Maître chéri« . Comme nous aimerions nous aussi rencontrer l’Amour, ce Jésus, nous jeter à ses pieds, le couvrir de baisers et l’appeler « Rabbouni« . Mais Jésus de nous répondre, comme à Marie de Magdala : « Noli me tangere ». Ne me retiens pas ! En ce bas monde, la sequela Christi, la poursuite du Christ, nous laissera toujours un goût d’inachevé, jusqu’à l’ultime rencontre au jour de notre mort. Mais soyons et restons toujours des amoureux de Jésus.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, août 2017

Non, le pape n’est pas responsable de la crise migratoire

 

Résultat de recherche d'images pour "dandrieu immigration et eglise"

On ne peut que remercier Laurent Dandrieu et son dernier livre  – Eglise et immigration : le grand malaise – Presses de La Renaissance – de nous déranger. Bien construit, avec une argumentation fouillée et fournie, il oblige à réagir, réfléchir, argumenter, et, c’est sans doute le plus marquant, à revenir aux fondamentaux de notre positionnement en tant que catholiques. Ce livre est à lire, bien sûr. Il est à étudier même. Il nécessite néanmoins pour cela de bonnes clefs de lectures. Je n’en partage ni la méthodologie, ni les conclusions ; que cependant son auteur, avant que je ne le critique, soit remercié publiquement de ce pavé jeté dans la mare.

Deux faux procès

Ce livre repose sur un double faux procès. Le premier semble rendre responsables de la crise migratoire l’Eglise et le pape. Or, il conviendrait de rappeler que ni le pape, ni l’Eglise, n’ont ouvert le processus migratoire économique au milieu du XXe siècle, quand les puissances d’argent ont décidé que faire venir la main d’œuvre étrangère était nécessaire et intéressant. Ce ne sont ni le pape, ni l’Eglise qui ont mis en place le regroupement familial. De même, qu’on veuille bien accorder au pape et à l’Eglise de n’être en rien responsables de la déstabilisation totale du Moyen Orient ces dix dernières années et de la crise migratoire à laquelle l’Europe doit faire face, de ce fait. Non seulement les papes et l’Eglise n’en sont pas responsables, mais plus encore, par leur action et par leurs appels, ils n’ont cessé de réclamer plus de justice et d’équité dans le traitement de ces questions internationales. Faute d’identifier les vrais responsables de cette immense tragédie, qui compte des morts par dizaine de milliers et des déplacés par centaines, le livre de Dandrieu semble en accuser l’Eglise et les papes.

Par ailleurs, concernant le « suicide » de l’Europe, je constate le même faux procès qui repose sur une absence de mise en perspective. Je veux bien admettre que, par naïveté parfois, mais surtout par une idéologie que le cardinal Ratzinger et Benoît XVI ensuite a épinglée, l’Eglise – ou plus exactement les hommes d’Eglise – ait pu participer à la marge à une forme de suicide moral de l’Europe… mais là aussi, ils n’en sont pas les principaux responsables. Les responsables du suicide européen… ce sont les Européens eux-mêmes ! La lente agonie démographique des vieux peuples d’Europe ne doit rien, bien au contraire à l’Eglise. Qu’on ne s’y trompe pas, le suicide de l’Europe découle directement de l’apostasie généralisée des peuples européens, ayant abandonné la Foi et la pratique religieuse de leurs ancêtres. Il suffit de relire le texte grandiose et prophétique de saint Jean-Paul II, après le Synode sur l’Europe, Ecclesia in Europa, qui n’a pas pris une ride. On relira aussi avec intérêt La crise de la conscience européenne de Paul Hazard – Paris, 1935 –  pour redécouvrir les sources intellectuelles et laïques du mal-être européen. Aujourd’hui, une apostasie généralisée, une conception étriquée d’une laïcité prétendument salvatrice, une volonté de certains gouvernants de combattre la foi chrétienne, voilà les vrais responsables. Ne pas rappeler cela de manière forte dans ce livre, conduit insensiblement le lecteur à en rendre responsable le Saint-Père et l’Eglise – et donc à ne pas voir les vraies sources du problème.

D’où parle le pape ?

Un autre point me gêne dans la démarche de Laurent Dandrieu. Les critiques qu’il formule à l’encontre des conférences épiscopales semblent en partie justes quoique très dures. On ne peut en effet se contenter, comme trop souvent en France, quand on représente l’Eglise enseignante, de copier-coller les déclarations du Conseil Pontifical pour les Migrants, comme solde de tout compte intellectuel. Par ailleurs, on ne peut – sous peine de grande confusion intellectuelle et donc de disqualification – s’abaisser à entrer dans le champ politique pour condamner le Front National et ses positions, et, quand on est interrogé sur la catholicité des autres partis, se réfugier derrière une position « d’autorité morale ». Le pape François ne relève pas de cette catégorie. D’abord parce qu’il est le Pontife suprême auquel est confiée la Barque de Pierre, et ensuite parce qu’il est chef d’Etat. Or, c’est cette distinction qui manque cruellement aux critiques de Dandrieu. En tant que chef d’Etat, le pape a des moyens techniques et diplomatiques pour faire connaître ses positions aux Etats, par le biais normal du droit international et des règles diplomatiques. Si donc, nous voulons bâtir une critique politique des positions du pape François, il nous faut nous en tenir aux textes « politiques » émis dans ce cadre précis. Ce n’est pas ce que fait ce livre qui utilise, pour une critique politique, des textes ou des déclarations qui ne sont pas, par nature politique – même si elles abordent des sujets politiques – mais morales. Hormis les cas – finalement minoritaires – où le pape se place en chef d’Etat, tous les discours du Souverain Pontife doivent être considérés comme émanant d’une autorité spirituelle – et quelle autorité spirituelle ! -. Ces discours ne s’adressent donc pas aux Etats pour la mise en place d’une politique précise, mais aux hommes et aux femmes – y compris responsables politiques bien sûr – et à la conscience individuelle et collective des uns et des autres. Pour le résumer en deux mots : ces textes émanent d’une auctoritas et non d’une potestas. Ils ne sont pas politiques même quand ils abordent des sujets politiques. On peut songer ainsi à ce que les papes disent de l’avortement ou de l’euthanasie. Cette distinction est à la base d’une saine ecclésiologie. Elle n’est pas, quoi qu’en disent certains contradicteurs, un « sophisme jésuite » ou une simple distinction intellectuelle – sauf à tomber dans un nominalisme réducteur. C’est une réalité dont la méconnaissance conduit inévitablement à de graves contresens.

Se tromper avec le pape ou avoir raison contre lui ?

Venons en au fond. Laurent Dandrieu veut voir un changement de doctrine de la part de l’Eglise, sous le pontificat de Pie XII. Quand jusque-là, l’Eglise mettait en première ligne la défense de la Patrie et de ses citoyens, vient désormais au premier chef l’accueil de l’étranger. On comprend bien que les circonstances terribles de la deuxième guerre mondiale sont à l’origine de cette nouvelle réflexion. Notre auteur montre qu’à partir de Pie XII l’enseignement constant du magistère ordinaire de l’Eglise – en particulier donc par la voix des papes – s’oriente vers la défense et l’accueil du migrant, au nom de la dignité intrinsèque de la personne humaine, allant sous saint Jean XXIII jusqu’à souhaiter, face à l’instauration d’un mondialisme conquérant, des institutions de gouvernance mondiale, ou sous Benoît XVI à définir un « droit fondamental » de la personne humaine à s’installer où bon lui paraît dans le nouveau « village planétaire », si son bien-être ou celui de sa famille en dépend. Laurent Dandrieu réserve ensuite ses flèches les plus acérées au pape François, dont le mode de communication – de fait parfois surprenant – devient chez notre auteur une tentative de déstabilisation de l’Europe et de collaboration à l’islamisation des vieilles terres chrétiennes.

Nous n’entrerons pas dans le détail de l’argumentation qui nécessiterait d’amples développements, mais qu’il nous soit ici permis de nous étonner de la démarche. Si je suis placé face à « un enseignement constant du magistère ordinaire » depuis plus de cinquante ans, la seule attitude du fidèle catholique devrait être : comment intégrer cet enseignement, même s’il me choque ou me dérange ? Laurent Dandrieu me cite dans son ouvrage comme archétype d’une pensée catholique « stérilisée » par sa papolâtrie et qui finit par se suicider, en citant mon article intitulé par Aletéia d’une des phrases qu’il contenait Je préfère me tromper avec le pape qu’avoir raison contre lui. Je réitère ici mon explication, des plus classique en catholicisme : l’adhésion libre, pleine et adulte de mon intelligence à un enseignement du magistère – fût-il ordinaire – est non seulement un acte de la volonté et de l’intelligence, mais aussi un signe sain de catholicité ; en un mot il s’agit d’un acte de foi. Comme je l’ai déjà écrit, un acte de foi non pas envers chacune des paroles prononcées, mais un acte de foi envers le Successeur de Pierre à qui, seul, ont été confiées les clefs du Royaume. J’accorde bien volontiers par amitié fraternelle à Laurent Dandrieu le droit très légitime et bienvenu de poser des questions ; je reste très réservé sur celui qu’il se donne de s’opposer ouvertement au magistère et de lui refuser une obéissance filiale.

Accueillir l’étranger : une priorité

La question nécessite finalement des nuances de pensées théologiques qui semblent échapper à l’analyse journalistique ou politique. A l’inverse de ce qu’écrit Laurent Dandrieu, je ne vois pas dans l’enseignement ordinaire et constant du magistère depuis cinquante ans un refus de reconnaître les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, à se défendre, à préserver leurs spécificités. Bien au contraire. Les appels constants des papes modernes à l’Europe pour qu’elle retrouve ses racines en sont la preuve. Saint Jean-Paul II frise parfois avec un messianisme patriotique polonais – un poète polonais, Julius Slowacki fin XIXe, ultra fervent patriote annonce la venue d’un pape polonais – ce que Jean-Paul II s’attribuera ! – Ses discours lors des voyages apostoliques en Pologne le soulignent – notamment le tout premier où il revient comme « fils de la Pologne » –  jusqu’à son dernier ouvrage, Mémoire et Identité, où, n’en déplaise à Le Morhedec, il associe pensée identitaire et foi catholique. Il y a des chapitres entiers sur l’idée de nation, son lien avec la Pologne, son passé toujours vivant, présent. Il a parlé à la France comme à une personne en la tutoyant (1981) et est venu à Reims en 1996. Pour Benoit XVI, le rapport à la patrie est blessé chez les Allemands, mais il a exprimé aussi dans Ma Vie et dans son voyage apostolique en Bavière ses attaches patriotiques. Quant au pape François, il a gardé son passeport argentin au lieu d’en prendre un du Vatican… Il s’agit cependant de ne pas se tromper sur ces vraies racines : non pas un « catholicisme culturel » – que je ne méprise pas, loin de là mais qui est bien insuffisant à répondre aux défis de la crise migratoire. Non, ces racines sont en particulier marquées par les exigences mêmes de l’Evangile – dont l’accueil de l’étranger, avec son fondement vétérotestamentaire, est une des marques de l’universalité de la Bonne Nouvelle en Jésus-Christ – et sans lesquelles toute tentative de restauration d’une forme de « chrétienté » ne serait qu’un générique maurassien mal digéré !

Dépasser la dialectique

La pensée de l’Eglise n’est donc pas négation de ce qu’elle soutenait avant : le droit des peuples à se défendre et le devoir de charité envers la patrie – que l’on retrouve avec facilité dans le catéchisme de l’Eglise catholique et tant de textes pontificaux. Laurent Dandrieu crée ici une dialectique dure. Or ce n’est  pas le discours de l’Eglise, qui est plutôt remise en perspective et inversion de priorité. Désormais, dans un monde devenu un village – en acceptant la mondialisation comme un fait objectif certes bien imparfait dans ses modalités – l’accueil de l’étranger devient pour l’Eglise la priorité première au nom de la dignité humaine et de la justice. Il est anormal que 10% de la population mondiale usent de 90% des ressources et donc, il est compréhensible que les populations défavorisées se déplacent vers les lieux où ces richesses se concentrent. La défense de nos modes de vies, de nos patries, de nos valeurs devient une priorité seconde. Seconde ne veut pas dire niée, comme semble le penser Laurent Dandrieu. On regrette alors que notre auteur n’ait finalement fait que la moitié de son étude, qui se serait affinée, nuancée et enrichie en y ajoutant tout l’enseignement ecclésial sur les patries terrestre et le bien commun des nations.

Ainsi, l’enseignement du magistère ordinaire, dans un domaine qui n’est certes pas de fide – dogmatique – mais qui touche à la dignité de la personne humaine et au partage des richesses de la Création, don de Dieu à l’Humanité, ne peut être traité comme une simple option, dont je pourrais me débarrasser par quelques raisonnements politiques. Il devient un appel, pressant à la Foi et à la Charité des croyants – et au-delà d’eux de tout homme. Appel aussi à la générosité et à la confiance. C’est, in fine, un appel aux peuples d’Europe à la conversion du cœur. On ne voit pas quel discours autre un pape pourrait tenir. Il m’amuse d’ailleurs de remarquer que Dandrieu en appelle au Camp des saints de Jean Raspail pour son propos. Livre, d’un pessimisme noir, dans lequel Raspail montre un pape qui tient un discours fort proche de celui du pape François, sans que Raspail lui en fasse le reproche constatant que « son » pape ne saurait en tenir un autre ! Je songe aussi à l’une des thèse favorites de feu Vladimir Volkof sur la guerre d’Algérie, dont il pensait qu’elle aurait pu être politiquement gagnée si la générosité des Français vis-à-vis des Algériens avait été jusqu’au bout et ne s’était heurtée au racisme latent et à l’égoïsme d’une nation française « de souche » repliée sur elle et refusant obstinément les mêmes droits à des arabes musulmans. La fameuse citation du général De Gaulle reste emblématique :  » Si nous faisons l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! « 

Immigration et identité

 Le problème de la crise identitaire de la civilisation européenne –  suicide de l’Europe chez Dandrieu et tant d’auteurs depuis le fameux livre d’Eric Zemmour –  n’est pas d’abord un problème douanier. Il l’est partiellement, et du point de vue politique seulement ;  mais il est surtout un problème spirituel, anthropologique. Les papes l’abordent sous cet angle. Pour le résoudre, faut-il seulement sortir de Schengen et remettre des frontières ou faut-il aussi, et d’abord, recréer un lien amoureux avec sa patrie, exalter ses héros, l’esprit de sacrifice, de générosité  ? Dans  l’anti-immigrationisme actuel, il y a chez quelques-uns une belle angoisse pour le devenir de la patrie, et chez beaucoup l’obscur désir soixante-huitard de jouir sans entrave, en égoïste des biens matériels hérités de nos pères. Ce n’est pas sur ce terrain que renaîtra l’amour de la patrie ou sa défense face au terrorisme islamique. C’est au contraire en le flagellant et en le ramenant à la notion de sacrifice, au cœur de l’amour de la patrie. Au XIXe siècle, les frontières de la Pologne ont totalement disparu, le pays a cessé d’exister légalement comme tel. Depuis 1918, elles ont considérablement évolué, mais la Pologne a continué à vivre dans le cœur des Polonais en exil sur plus de trois générations. C’est à ce niveau intime de l’âme que doit renaître l’amour de la patrie. De ce point de vue, Laurent Dandrieu passe à côté de la vraie crise de la conscience européenne et de la réponse catholique qui lui convient.

La capacité à se confronter à l’autre et à tenter de le comprendre – que j’admire tant chez nos soldats français déployés en opération extérieure et qui constitue la french touch de l’armée française – voilà l’une des racines de notre culture française universaliste, qu’elle tient de sa matrice chrétienne. C’est à cette capacité qu’en appelle l’enseignement de l’Eglise aujourd’hui. Que les citoyens engagés en politiques, que les journalistes – dont Laurent Dandrieu que l’on ne saurait encore une fois trop remercié de nous agacer – s’interrogent sur les modalités de la mise en œuvre de cette générosité, dans le cadre du respect de l’héritage reçu de nos pères – la patrie – voilà qui est légitime. L’analyse de Dandrieu pèche, et c’est un paradoxe, par une approche presque exclusivement ecclésiastique de la question, sans offrir une contribution de laïc catholique dans la sphère politique qui n’est pas celle de la hiérarchie ecclésiale. Légitime, aussi et enfin, cet appel constant désormais depuis cinquante ans de nos Pères dans la Foi que sont les papes, à dépasser nos peurs et à poursuivre l’œuvre d’évangélisation de ses nouvelles populations – sans oublier les anciennes déchristianisées –  : Duc in altum ! Ne restons pas au cabotage auprès des côtes, mais allons de l’avant, fermement ancrés dans notre Foi et persuadés que celui qui tient en main la barre de Barque de Pierre ne saurait nous engager sur un chemin autre que celui voulu par Dieu dans sa Providence. Ubi Petrus ibi Ecclesia.

article paru sur le site aleteia :   http://fr.aleteia.org/2017/02/14/non-le-pape-nest-pas-responsable-de-la-crise-migratoire/

"2 S" – Pour les Saint-Cyriens morts pour la France

Afficher l'image d'origine« Le juste même s’il meurt avant l’âge trouve le repos… Les foules voient cela sans comprendre », entendions-nous, au début de cette messe, dans la première lecture, tirée du Livre de la Sagesse. Oui, combien sont-ils ces Saint-cyriens, jeunes le plus souvent, à avoir fait le sacrifice de leur vie dans les circonstances dramatiques des guerres et des opérations ? Plus de dix mille… partis dans la fleur de l’âge… « Et la gloire planait là-dessus dénombrant les héros… C’était un enfant de vingt ans… La gloire n’eut point de mal à reconnaître un Saint-Cyrien. » Les textes sacrés que nous avons entendus semblent avoir été écrit pour eux… « Si le grain de blé ne tombe en terre… » Toutes ces morts, souvent pour des politiques absurdes, par la folie des hommes, l’incompétence ou la pusillanimité des gouvernements, nous interpellent. Quel sens cela-a-t-il ? « Pour qui meurt-on ? » a écrit voilà quelques temps un officier.

Le Livre de la Sagesse nous fournit une première réflexion. En effet, il nous convie à sortir de nos pensées trop humaines et à nous placer sur un autre plan. Il nous amène à voir les choses en Dieu et non plus seulement sur l’axe horizontal du jugement humain. Comme en écho nous pouvons déjà entendre les paroles de l’Apôtre Paul : « la Croix du Christ est scandale pour les hommes et sagesse aux yeux de Dieu« , ou ces paroles de Jésus lui-même : « vos pensées ne sont pas mes pensées« . Oui, Dieu voit chacun d’entre nous sur un tout autre plan que celui dont nous avons l’habitude. Car Lui, et Lui seul, examine les reins et les cœurs. Lui et Lui seul, sait de quoi l’homme est fait. Lui et Lui seul, a connu jusqu’au plus profond de leur être chacun de ces Saint-cyriens morts pour la France. Or, sous le regard de Dieu, c’est ce qu’exprime précisément ce texte de la Sagesse : il n’y a pas d’âge pour mourir ! Pensons à tel ou tel grand saint : sainte Thérèse de l’Enfant Jésus morte à 23 ans ! Le jeune Louis de Gonzague, mort au même âge, la jeune Maria Goretti et tant d’autres ; l’Eglise allant même jusqu’à fêter les Saints Innocents, ces jeunes enfants morts de la main cruelle d’Hérode peu après la naissance du Sauveur ! Alors, si la Foi ne nous donne pas une réponse, au sens mathématique du mot, elle nous invite à dépasser notre incompréhension humaine et à accepter, pour le comprendre, que le regard de Dieu est plus sage que le nôtre et qu’il nous est bon de lui faire confiance, plus qu’à notre petit entendement.

Et pourquoi de telles morts, au-delà de la question de la jeunesse, nous touchent-t-elles autant ? C’est qu’elles nous renvoient inévitablement à notre propre mort, à notre destin de créature finie, dont la mort est inéluctable. Et par bien des aspects cela nous est insupportable. D’abord parce que nous vivons dans une société occidentale qui n’accepte plus la mort, car elle choque trop son orgueil ; ensuite parce que, nul ne peut se représenter la mort puisqu’il s’agit d’une expérience unique et définitive ! Trop souvent nous sommes déjà pris par « la malice qui altère le jugement, par la fascination du mal  qui obscurcit le bien et la convoitise qui gâte l’esprit.« 

Alors, mes frères, nous pouvons bien nous abuser avec des grands mots, de belles idées ; mais tant que nous ne nous serons pas confrontés avec notre propre mort, avec celle d’un de nos soldats, tout cela risque d’être bien inutile au moment crucial. Si la sainte Ecriture nous fournit matière à réflexion et plus encore un guide sûr, si la contemplation et la méditation de la mort du seul Juste, Jésus-Christ est indispensable à notre compréhension, seule l’expérience de la mort à soi-même, nous permettra une préparation réelle à l’éventuel sacrifice ultime de notre propre vie.

C’est une des grandes leçons que nous pouvons tirer de la vie de votre illustre ancien, le Bienheureux Charles de Foucauld, dont la fête liturgique tombe précisément aujourd’hui. Mourir à soi, peu à peu, et si Dieu veut, finir par le don total de sa vie, par amour. J’ai peur parfois qu’une mauvaise interprétation du don de la mort ne soit que celle issue d’un sport extrême de plus, une sensation à la fois absurde et plus forte que les autres et non plus un suprême abandon d’amour… amour du prochain, amour de la Patrie, amour de Dieu. S’y préparer, c’est accepter chaque jour de mourir déjà à soi-même, mourir à son orgueil, mourir à ses vaines pensées de carrière, mourir à l’idée même de son honneur ou de sa réputation. Découvrir la pauvreté du désert, découvrir la bonté de Dieu dans l’épreuve et la tourmente, découvrir l’apparente inutilité de notre vie. « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur » ! Or, mes amis, c’est la Croix que Jésus désigne par ses paroles ! Et c’est un honneur, c’est même le seul honneur à désirer : « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera« , bien loin des récompenses et des citations…

Pas d’autre route, pas d’autre chemin de vérité et de vie : la Croix et la mort à soi-même. C’est dans cette abnégation quotidienne que vous trouverez la fidélité au témoignage exaltant, et par certains aspects écrasant, des dix mille Saint-cyriens pour lesquels et avec lesquels nous prions aujourd’hui. Ce qu’attendent de nous tous ces morts écrivait le Père Doncoeur  « c’est une fidélité. Une famille signée d’héroïsme accepte une contrainte […] Elle interdit une vie désormais quelconque. Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don […] Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et –qui sait ?- peut-être demain à une mort analogue. »

« Les foules voient cela sans comprendre« , mes frères, allons-nous continuer à faire partie de ces foules ?

Homélie prononcée en la chapelle S. Paul des Ecoles de St-Cyr Coëtquidan
le 1er décembre 2007

Résurrection

« Gueules de ressuscités »

 

 

Afficher l'image d'origine

Aurons-nous le dimanche matin de Pâques des « gueules de ressuscités »?

Oui, de vraies « gueules de ressuscités »! Finies les « faces de carêmes », les figures de « pisse-vinaigre » distillant à petites gouttes leur morale tristounette ; finis les airs faussement compassés dégoulinant de componction, les trombines chafouines de chrétiens « cul-serrés »!

Aurons nous enfin le courage de nous laisser soulever, transporter, déborder, exploser par la Joie de la Résurrection ? Allons-nous enfin partir en courant, en bondissant telles les collines à l’image des béliers, porter cette bonne nouvelle au monde : ce Jésus, Fils de l’Homme, il est mort mais aujourd’hui nous vous l’annonçons : IL EST RESSUCITÉ !

Pour y parvenir, aurons nous su nous laisser toucher par le Flagellé, le Transpercé, le Couronné, le Crucifié ? Aurons- nous pleuré amèrement nos péchés à ses pieds dans la longue attente du Triduum ? Aurons-nous vécu au plus profond de notre être la douleur de nous savoir responsables de Ses Souffrances – « C’était NOS péchés qu’Il portait ! » – ? C’est ce que nous pouvons nous souhaiter les uns les autres, afin de devenir en vérité ses témoins. Dans ce monde des ténèbres, que nous devenions, par la force même du Ressuscité des « porteurs de Lumière ».

Nous l’aurons célébré dans la nuit pascale, allumant notre petit cierge au Cierge Pascal. Nous l’aurons chanté par trois fois : « Lumen Christi« , nous l’aurons acclamé par nos alléluias, nous l’aurons entendu dans Sa Parole, nous l’aurons reçu Corps et Sang ! Alors, transfigurés, plongés une fois de plus dans sa mort et sa résurrection, recréés en icônes lumineuses de Son Visage nous pourrons nous écrier : oui, Seigneur, donne-moi une « gueule de ressuscité » !

Paru dans Parole et Prière en avril 2011

Charles de Foucauld

Chercheur d’Absolu !

 

 

Dans la forte personnalité de Charles de Foucauld beaucoup d’aspects peuvent nous attirer et nous aider dans nos vies  chrétiennes. L’un d’entre eux me touche tout particulièrement : Charles a été, depuis sa petite enfance si marquée par le malheur et l’austérité, un chercheur d’absolu.

Le Bienheureux Charles de Foucauld vient secouer le « bon  catho estampillé » de sa torpeur, de ses tiédeurs. Certes, à l’image d’un saint Augustin, il s’est d’abord trompé dans sa quête d’absolu, le poursuivant dans une débauche esthétique et provocante. Cette vie de luxure le mènera, tel le fils prodigue, à un dégoût de lui-même et des autres… Il se lancera, éperdu, vers l’aventure extraordinaire de la découverte du Maroc interdit – comme quelques-uns de nos contemporains se lancent dans l’humanitaire ! -. Mais ce n’est qu’auprès de Dieu, grâce à une famille chrétienne et aimante, grâce à la présence providentielle du bon abbé Huvelin, qu’il parviendra à la seule et unique aventure, la plus prodigieuse qui nous soit proposée : devenir ami de Dieu !

Dans cette nouvelle équipée, c’est peu à peu l’appel du désert – géographique, physique, moral, spirituel – qui surgit. C’est le dépouillement du vieil homme, absolu, sans retour en arrière, dans la pauvreté d’une vie en apparence vouée à l’échec. Et c’est ce chemin désertique qui porte, des dizaines d’années après les fruits que nous savons. Mon ami, Charles, aide-moi je t’en prie, à me dépouiller chaque jour un peu plus, conduit-moi avec toi, dans ces déserts où l’on rencontre Dieu, donne-moi la force d’être un chrétien, un vrai, loin des tiédeurs nauséabondes du respect humain qui se cachent sous l’apparence de sagesse humaine, loin des compromis qui se transforment toujours en compromissions. Oui, mon ami Charles, dans ces temps troublés, prie le Seigneur pour que je sois, à mon tour, un chercheur d’Absolu !

Paru dans Parole et Prière, 2011