« Agir ensemble » : le défilé militaire du 14 juillet invite à l’unité

 » La France a bien fait voir qu’étant unie elle est invincible,
et que de son union dépend sa grandeur,
comme sa ruine de sa division  »
Louis XIII

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Pour le défilé militaire du 14 juillet cette année 2019, le thème « agir ensemble » a été choisi. Il s’agit, dit-on de sources officielles, de marquer le côté international,  désormais inéluctable de nos engagements armés à l’extérieur. Plus aucune nation d’importance moyenne n’a la possibilité aujourd’hui d’œuvrer seule, à l’exception sans doute des trois super puissances, Etats-Unis, Russie et Chine. Ainsi, le programme cette année vise à saluer l’Initiative européenne d’intervention (IEI) ainsi que l’ensemble des opérations militaires que la France a conduites en coopération avec ses voisins européens. Né en juin 2018, ce rassemblement de pays européens vise à intensifier les échanges entre états-majors et ainsi muscler l’Europe de la défense.

Tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent à la chose militaire ne pourront que souscrire à un tel thème, malgré toutes les réserves pragmatiques ou doctrinales qui peuvent être émises sur les collaborations militaires entre alliés et même la construction, sans doute illusoire, d’une « défense européenne ». Pour l’avoir vécu et observer à l’humble place d’un aumônier militaire en opération, ces collaborations, malgré leurs difficultés inhérentes, sont nécessaires (on peut penser en particulier à la question du renseignement si dépendant de notre allié américain), mais en plus elles sont enrichissantes. Profiter du défilé du 14 juillet pour informer mieux les citoyens sur la réalité et les enjeux de ces collaboration est un choix judicieux.

Ce thème peut aussi se décliner en un autre sens, non pas contradictoire mais complémentaire. Dans une période où lé défilé du 14 juillet n’est plus tant l’objet d’intimider d’éventuels ennemis par nos capacités militaires, ni même de célébrer la première fête de la prise de la Bastille, le 14 juillet devrait être l’occasion de rappeler l’essentiel pour un pays : sa capacité à s’unir face aux dangers et à concentrer ses forces dans une action porteuse de sens. « Agir ensemble » pourrait  donc s’entendre aussi comme une invitation (une injonction ?) faite à tous les citoyens français de s’unir autour de leurs forces de l’ordre (extérieures ou intérieures). Dans un contexte d’implosion de la société française (cf. L’archipel français de Jérôme Fourquet, Seuil 2019), il est sans doute dommage de n’avoir pas profité de ce thème pour le décliner ainsi.

Or, l’une des spécificités de la nation française est de s’être cristallisée (bataille de Bouvines en 1214) et maintenue à travers bien des vicissitudes de son histoire autour de deux grandes institutions fondatrices, l’Église catholique et l’Armée française. Ce n’est pas un  hasard si Napoléon a créé l’Ecole Spéciale Militaire (Saint-Cyr) pour que puissent s’y réconcilier les fils de la noblesse et les nouveaux venus de la révolution, au service des armées de la France. Célébrer le 14 juillet est donc donner la possibilité à chaque français de connaître mieux cette institution si précieuse et à l’apprécier ; c’est aussi ouvrir de nouveau la voie de l’unité nationale autour de nos armées.

Les armées, au cours de ces dernières années (et plus particulièrement depuis le sanglant conflit afghan) ne s’y sont pas trompées, multipliant en cette occasion les rencontres fraternelles et amicales autours de nos soldats déployés en ce jour de fête nationale. ll est sans doute vrai que l’usage controversé des forces de l’ordre intérieures face au mouvement des « gilets jaunes » (ou plus anciennement face à « La manif pour tous »), vient tempéré ce propos (notons au passage que cet usage est d’abord et avant tout celui que fixe le politique). Pour autant, les armées restent loin devant, l’institution de la République qui recueille désormais dans les sondages auprès des Français, le maximum d’avis positif et de confiance. En particulier face à la crise terroriste et le déploiement de la force Sentinelle sur tout le territoire national.

Dans la très grave crise de société que traverse notre pays, qui est encore plus morale que matérielle, entourer nos soldats, applaudir nos armées, c’est aussi retrouver l’essence de ce qui fonde notre patrie : la capacité à se reconnaître frères, à donner un sens commun à notre action sur un socle de valeurs éthiques exigeant, à retrouver le sens du sacrifice pour le bien commun. En ce sens, parachever ce défile 2019 par un hommage aux blessés militaires et une visibilité du tout nouveau SNU (quoi qu’il en soit des polémiques ou interrogations qu’il suscite) est hautement symbolique. Puisse donc ce défilé militaire 2019, au-delà de la tradition républicaine respectée, de l’enseignement international porté, aider chaque Français à retrouver le sens et le devoir de son engagement personnel, où qu’il soit, au service de sa patrie terrestre.

 

tribune parue sur le site aleteia.fr

« Agir ensemble » : le défilé militaire du 14 juillet invite à l’unité

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Deux charges pour un unique sacerdoce

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La crise de la pédophilie qui meurtrit l’Église de France, a révélé une crise latente des rapports et du dialogue entre évêques et prêtres. Il est temps d’engager une réflexion courageuse et sincère pour sortir de l’impasse par le haut.

 

 

Ayant déjà eu l’occasion d’évoquer ce thème dans une Lettre ouverte à un ami évêque, j’aimerais tenter d’approfondir ce qui me semble être une des pierres d’achoppement des difficultés qui minent la structure ecclésiale. Trop souvent, le ministère des évêques et leurs rapports aux prêtres sont mis en exergue, pour distinguer voire séparer le corps épiscopal du corps sacerdotal, et le placer ontologiquement dans une position supérieure et dissociée, plutôt que de voir l’unité fondamentale du sacerdoce catholique dérivant de l’unique sacerdoce du Christ. La difficulté naît alors d’un dialogue qui n’est plus celui de frères dans un même sacerdoce, ni même d’un père avec un fils issu de sa propre chair. Les rapports et le dialogue entre les évêques et les prêtres ne peuvent bien sur être résumés en quelques clichés, et, la diversité des uns et des autres apporte une richesse de situations diverses. Toutefois, il est juste de reconnaître que ce dialogue n’est pas toujours facile et que beaucoup de silences et de non-dits président souvent dans les rapports entre les évêques et les prêtres. Méfiance ou peur, parce que – justement – on ne sait pas toujours se situer ou quelle posture adopter. Pour l’évêque, parfois réduit à « machine à régler tous les problèmes », faut-il être fraternel, paternel, très présent ou plutôt distant, catégorique ou consensuel ? Pour le prêtre, plus ou moins conditionné par les avertissements des confrères, jusqu’où peut aller la franchise, comment les paroles seront comprises ou interprétées, quelle mutation non désirée risque de venir conclure la discussion, alors que l’on s’adresse à celui qui semble avoir tant de pouvoir ? Ce malaise dans le dialogue révèle une certaine souffrance des prêtres et des évêques de France.

Revenir à une certaine humilité dans la compréhension du rôle des évêques pourrait aider à renouer avec une parole confiante entre prêtres et évêques. Bien entendu, il n’est pas question de remettre en cause l’épiscopat comme plénitude du sacrement de l’Ordre (notons cependant d’ores et déjà que plénitude du sacrement ne veut pas dire perfection des aptitudes… l’humilité n’est-elle pas là aussi ?). L’épiscopat ne pourrait-il être envisagé d’abord sous l’angle de ce qui est commun à tous, prêtres et évêques, comme l’enseigne si bien le concile Vatican II (Lumen gentium, au n°28, évoque ainsi les prêtres unis aux évêques dans la dignité sacerdotale), plutôt que, trop souvent, sous celui de ce qui les séparerait voire, par des conséquences néfastes, pourrait conduire à sous-estimer le presbytérat ?

Les prêtres en effet « participent pour leur part à la fonction des Apôtres » (Presbyterorum ordinis, n°2), or, il arrive encore trop souvent qu’on les considère comme de simples collaborateurs de leur évêque, dont le sacerdoce tirerait sa substance de celui de l’évêque. Or, les prêtres, de par leur ordination intègrent, à la suite des évêques, la succession apostolique, mais à leur degré, c’est-à-dire sans la plénitude qui est attachée à l’ordre épiscopal (Cf. Lumen gentium, n°28). Par ailleurs, de même que l’évêque, uni au Pontife romain, par son appartenance au collège des évêques successeur de celui des Apôtres, participe à la sollicitude de toutes les Églises, le prêtre, uni à son évêque, devient coopérateur de tout l’ordre épiscopal, et non de son seul évêque (Cf. Christus Dominus n°28).

Le saint concile enseigne : « Tous les prêtres en union avec les évêques participent à l’unique sacerdoce et à l’unique ministère du Christ. » (Presbyterorum ordinis, n°7). Le respect de la plénitude de l’épiscopat et l’obéissance hiérarchique qui en découle, n’empêchent nullement de concevoir une forme de commune dignité dans le sacerdoce. A titre additionnel, une relecture rapide de ces grands textes montre que le concile utilise le terme de coopérateurs pour les prêtres et non de collaborateurs de l’ordre épiscopal. Les prêtres ont été comme les évêques « consacrés véritables prêtres du Nouveau Testament, pour être de prudents coopérateurs de l’ordre épiscopal. » (Christus Dominus, n°15). Le concile poursuit : « C’est donc l’unité même de consécration et de mission qui réclame leur communion hiérarchique avec l’ordre des évêques. » (Presbyterorum ordinis, n°7).

Bien sûr, après le Concile Vatican II, certains évêques ont tôt su considérer leurs prêtres comme des « coopérateurs ». Ainsi, dans la plupart des diocèses français, l’évêque reçoit le même traitement que ses prêtres. Sur le plan du gouvernement, la création des conseils presbytéraux, des assemblées régionales évêques-prêtres avait cette ambition d’associer de près les prêtres au ministère apostolique. Cela a parfois eu pour inconvénient de constituer des groupes de prêtres qui l’étaient plus que les autres, en ayant des responsabilités diocésaines et/ou une participation plus habituelle aux prises de décisions… L’honnêteté oblige à dire que parfois, l’attitude de ces prêtres a été fautive, quand, au lieu de représenter humblement leurs confrères, ils ont mis en avant leurs idées personnelles pour tenter de les imposer. Quand des évêques se sont coupés de leurs prêtres « de base », ce fut souvent parce qu’ils étaient accaparés par des prêtres en responsabilité, choisis par eux — ce qui n’annule pas leur responsabilité mais la partage.

A la faveur des idées nouvelles et de l’application – souvent abusive – de la réforme liturgique, on a aussi parfois constaté une confusion des genres : des évêques refusaient de recevoir les marques propres de vénération de la sacra potestas dont ils sont investis, car ils le vivaient eux-mêmes comme une dévotion à leur propre personne – ce qui montre ici la quasi absence de conscience de la différence entre l’individu qu’ils sont et le prodigieux mystère de la permanence de la succession apostolique qui passe par eux. Un vieux prêtre disait : autrefois les évêques avaient beaucoup plus d’autorité et beaucoup moins de pouvoir ! Au final, cette confusion de l’ego et de la charge apostolique rend insupportable leur mode de gouvernement ! Devenus narcissiques, ultra susceptibles, ils ont tendance à créer des petits cercles de courtisans à l’intérieur desquels seront dénichés les futurs candidats…

L’idée d’une espèce de supériorité absolue de l’épiscopat s’appuie en grande part sur la « sacramentalité de l’épiscopat », qui aurait été définitivement définie par Vatican II (Lumen gentium, n°21). Pourtant, sans entrer dans une controverse universitaire, notons d’emblée que si le schéma De Ecclesia de 1962 voulait dirimer solennellement cette question séculaire, le schéma de 1963 n’affirme que la supériorité pour les munera de gouvernement et d’enseignement (quant à la sanctification le schéma ne veut plus affirmer l’exclusivité de l’évêque comme ministre de la confirmation et de l’ordre). Enfin, le schéma de 1964 sort du ton polémique des précédents, en se contentant de l’expression « le saint concile enseigne » plutôt que « enseigne solemniter ». Il est honnête d’en tirer comme conclusion que Vatican II n’a pas souhaité donner ici une définition dogmatique de la sacramentalité de l’épiscopat, même s’il retient cette doctrine comme doctrine commune (sententia certa). Il semble bien qu’en ce domaine, ce qui intéressait en premier les Pères était moins de traiter de l’épiscopat en rapport au presbytérat, que d’étayer la doctrine de la collégialité et ses conséquences (synodalité).

Il est regrettable qu’une vision trop « élitiste » de l’épiscopat finisse par donner à croire qu’il serait la seule issue de « carrière » envisageable pour un bon prêtre. Ainsi, dans le roman de ce cher Jean Mercier, Monsieur le curé fait sa crise, l’auteur (pourtant averti et peu enclin au cléricalisme !) n’arrive pas à envisager une autre happy end que la nomination de son héros à l’épiscopat. Ceci laisse entendre qu’une vie sacerdotale réussie ou complète passerait forcément par l’accès à l’épiscopat… Ce n’est pas sans rapport avec la dévalorisation du presbytérat (aujourd’hui et pas seulement dans les années d’immédiat après concile) que beaucoup de prêtres ressentent.

Dans le climat ecclésial difficile que traverse l’Église de France, il y aurait sans doute une réflexion à poursuivre sur ces thèmes, afin de combler un fossé trop souvent perceptible entre prêtres et évêques, dont, d’ailleurs se plaignent autant les uns que les autres. L’exemple d’un saint Thomas d’Aquin, nous montre qu’en théologie, la recherche de ce qui unit est toujours plus fructueuse. Pour laisser une dernière fois la parole au saint concile : « En raison de cette communion dans le même sacerdoce et le même ministère, les évêques doivent donc considérer leurs prêtres comme des frères et des amis. » (Presbyterorum ordinis, n°7). Des frères… des amis… Quel équipage évangélique pour rendre présent le ministère des Apôtres, et édifier, chemin faisant, le Peuple de Dieu !

 

article paru dans le journal L’Homme nouveau du  juin 2019

https://www.hommenouveau.fr/

Abus sexuels dans l’Église. Le pape François jette un pavé dans la mare

 

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Nombre de prêtres français continuent de s’interroger sur la réelle prise de conscience par l’institution ecclésiale et en particulier par sa hiérarchie de l’extrême gravité de la crise dans laquelle est plongée l’Église. Une majorité d’entre eux se plaint de ce qui peut apparaître comme condescendance des évêques de France dans leurs documents, donnant l’impression de limiter tous les crimes ou délits sexuels aux faits des seuls prêtres, ce qu’une religieuse Véronique Margron qualifie, dans son livre Un moment de vérité (Albin Michel), de complexe d’une église « surplombante ».

Dans ce contexte, le dernier texte du Pape François jette un pavé dans la mare. Motu proprio (http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/motu_proprio/documents/papa-francesco-motu-proprio-20190507_vos-estis-lux-mundi.html) écrit à la suite de la réunion, en février à Rome, des présidents des conférences épiscopales du monde entier, ce texte comporte deux « titres » (chapitres). Le premier, généraliste, dispose notamment dans son article 3 qu’un clerc, informé de l’existence d’un délit sexuel commis sur mineur ou personne vulnérable, « a l’obligation de le signaler ». Le deuxième, soit la moitié de ce document, est, quant à lui, exclusivement consacré à préciser les modalités d’enquêtes sur les cardinaux, évêques, les prélats et autres membres du haut clergé soupçonnés de crimes sexuels ou d’entraves dans des enquêtes sur des crimes sexuels. C’est là une avancée sans précédent.

On est loin de certains documents qui s’interrogent sur la manière de « surveiller » les prêtres, de « vérifier » les aptitudes séminaristes, de « fliquer » en quelques sortes tout le clergé sauf… les « chefs » ! Si la vigilance s’impose, elle s’impose alors à tous les niveaux de la hiérarchie. De fait, si le premier titre apporte des clarifications souhaitées et nécessaires, il n’est pas anodin que le pape François ait voulu prendre des mesures très fortes contre les membres pervertis ou compromis du haut clergé qui, trop souvent, apparaissaient intouchables, puisqu’il était inimaginable, dans l’esprit de certains, que ce dernier puisse être infecté.

Ce texte est un coup de tonnerre qui éclate dans un ronronnement ecclésial, où de déclarations de proximité avec les victimes en temps de prières et de réparation, rien de bien concret ne semblait ressortir. C’est donc un engagement fort et public de la part du Souverain Pontife. Une mise au point nécessaire pour tenter de redonner confiance au Peuple de Dieu – et au-delà – dans l’Église et ses institutions. Tolérance zéro… même aux plus hauts niveaux.

 

 

article paru sur le site du journal Le Point :

https://www.lepoint.fr/societe/abbe-christian-venard-le-texte-du-pape-est-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ronronnement-ecclesial-11-05-2019-2311993_23.php

Abus sexuels dans l’Église : retour sur la lettre de Benoît XVI

 

 

Lire la lettre du Pape émérite Benoît XVI :

https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Documentation-catholique/Eglise-dans-le-Monde/LEglise-scandale-abus-sexuels-article-pape-emerite-Benoit-XVI-2019-04-16-1201016056

Après avoir lu pas mal de commentaires sur ce texte et sur ma chronique un petit ajout :

CaptureCivilization

L’Église face à la crise

 

Invité en ce lundi de Pâques par le journaliste Jean-Jacques Bourdin, dans son émission « Rien n’est impossible », pour parler de la crise de l’Église.

 

Église et sexualité

Entretien paru dans le bi-mensuel Église de Monaco d’avril-mai 2019

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Face aux scandales sexuels qui éclaboussent l’Église catholique à travers le monde, dont les plus graves relèvent de la pédocriminalité (voir l’encart), on peut légitimement se demander si l’Église a encore le droit de porter une parole dans le domaine de la morale sexuelle. Disons-le d’emblée, ce qui choque le monde actuel c’est d’abord le fait que l’Église catholique latine continue d’exiger le célibat pour ses prêtres (la continence : pas de relations sexuelles) et maintient, envers et contre tout, une doctrine sur la chasteté (c’est-à-dire un certain regard sur la sexualité qui n’est jamais vécue comme une fin en soi). Ce qui choque encore plus, et cela même à l’intérieur de l’Église, c’est que ceux qui sont sensés porter en priorité ce message semblent, pour nombre d’entre eux, ne pas l’appliquer dans leur propre vie ! Mais, avouons-le, dans tous ces domaines, la confusion règne dans beaucoup d’esprits, même chez les croyants, renforcée par la manière dont les grands médias se saisissent de ces questions. Passons en donc en revue quelques-unes ! Rencontre.

 

L’Église considère-t-elle la sexualité comme mauvaise ?

Bien sûr que non ! Ce serait en contradiction avec la Bible elle-même. Quand Dieu crée l’être humain, Il inscrit la polarité sexuelle au cœur même de sa créature : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu Il le créa, homme et femme Il les créa » (Gn 1, 27). En plus de cela, Dieu ordonne à l’homme et la femme de croître et de se multiplier, de ne former plus qu’une seule chair. C’est dire si la sexualité fait bien partie du projet d’un Dieu qui veut sa créature humaine comme procréateur, pour Lui adjoindre de nouveaux hommes à aimer et qui puissent L’aimer. Dans cet état de nature parfaite (s. Thomas d’Aquin écrit même que le plaisir sexuel y était plus intense qu’après la chute du péché originel !) l’homme et la femme vont nus, sans honte, car ils sont en parfaite harmonie, en eux-mêmes, entre eux, avec la création et avec le Créateur. Ce qui vient tout bouleverser, c’est ce fameux péché des origines, commis par Adam et Ève (cf. Gn 3), dont une des premières conséquences est bien de placer l’homme et la femme en dysharmonie en eux-mêmes, entre eux, avec la création et le Créateur. Dès lors, la sexualité sera, pour l’être humain, aussi un lieu de péché, de tentations, car il ne possède plus la maîtrise parfaite de lui-même. La vision de l’Église est donc très pragmatique en fait : elle reconnaît (et plus particulièrement depuis les grands enseignements de saint Jean-Paul II) la bonté de la sexualité ; mais elle en voit aussi tous les dangers, les contraintes, les tentations (ce que malheureusement notre propre expérience, tant et tant de faits divers, démontrent).

Qu’apporte donc de révolutionnaire en ce domaine l’enseignement de Jésus ?

Jésus exige de ses interlocuteurs et de ses disciples un regard renouvelé, qui n’était pas du tout évident à son époque. Ses disciples, face à ses enseignements moraux, iront même jusqu’à lui dire : « Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier. Il leur répondit : Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné… » (Mt 19, 9…). Jésus prêchera, de manière inouïe, la continence parfaite pour le Royaume des Cieux (Mt 19,12) :« il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. » Jésus invite finalement ses disciples à ne pas être esclaves de leurs pulsions, de leurs passions, mais à les dépasser en vue du royaume des cieux. Ce qui ne nous paraît guère facile aujourd’hui (par exemple ne pas avoir de relations sexuelles avant le mariage) ne l’était pas plus au temps de Jésus, dans cette Antiquité romaine où la débauche régnait !

Pourquoi les prêtres ne peuvent-ils pas se marier ?

De fait il n’en a pas toujours été ainsi ! Les Évangiles parlent de la belle-mère de saint Pierre, que Jésus guérit. D’ailleurs, aujourd’hui encore, même dans l’Église catholique, il existe des prêtres mariés (chez nos frères maronites du Liban par exemple). Mais attention : ce ne sont pas des prêtres qui se marient (même chez les Orthodoxes), ce sont des hommes mariés qui deviennent prêtres ! Dès les origines cependant, dans la vie de l’Église, le célibat des prêtres est apparu comme une situation préférable, non seulement pour des raisons pratiques ou économiques, mais surtout pour une profonde raison spirituelle : la ressemblance avec le Christ, unique et souverain prêtre. De nombreux conciles, tout au long de l’histoire de l’Église vont le rappeler, jusqu’à ce que, vers le XIe siècle en Occident, cela soit devenu la règle générale. Aujourd’hui encore, en s’engageant au célibat, le futur prêtre se rend ainsi totalement disponible à la mission et il cherche à ressembler, jusque dans son être le plus profond, au Christ son divin maître.

Ce célibat exigé des prêtres catholiques est-il encore vivable ?

La question mérite d’être posée, tant les scandales récents peuvent donner l’impression que les prêtres ne respecteraient pas leurs engagements en ce domaine et seraient à tout le moins des hypocrites, au pire des pervers. D’abord soyons clairs : le mariage n’est pas un remède contre la perversité ou les dévoiements… cela se saurait ! Ensuite, osons le dire avec fermeté : l’immense majorité des prêtres, des religieux, des religieuses, vivent avec fidélité leur engagement dans la continence. Vivre avec fidélité, cela ne veut pas dire que cela soit facile ! En acceptant le célibat (qui n’est pas la forme de vie ordinaire, et en ce sens, on ne comprend plus très bien d’ailleurs l’expression parfois utilisée de « vocation au mariage »), le futur consacré doit savoir qu’il entre dans un combat physique, psychique et spirituel. Car, bien sûr, cela crée en lui une frustration, physique et affective. Normalement, les années de formation au séminaire (ou de noviciat pour un religieux) ont dû lui permettre de l’expérimenter. Mais c’est tout au long de sa vie que, de ce lieu de blessure intime, jaillira aussi la source de sa fécondité spirituelle. L’important sur ce rude chemin, n’est pas tant qu’il y ait des tentations ou même des chutes, que le désir de vivre tout cela dans l’intimité du Christ. Il y a donc une nécessité absolue pour le consacré d’une vie spirituelle active, d’un sentiment profond de la dignité de sa consécration, un mode de vie différent et prudent du reste des fidèles et de la société, une conviction très forte du sacré et de la transcendance. Cela dit, pour les couples chrétiens, vivre la fidélité et l’indissolubilité du mariage n’en est pas moins une gageure aussi à notre époque. Ainsi, c’est moins la question sexuelle qui est en jeu, que celle de la capacité à être fidèle aux engagements pris et à ne pas se laisser conduire par ses seuls sentiments, pulsions, passions du moment…

Des écrits récents semblent dire que l’homosexualité serait très répandue dans le clergé. Est-ce vrai ?

Pour commencer, il convient de rappeler que dans l’enseignement de l’Église, les actes homosexuels sont une déviance, en ce sens qu’ils ne respectent pas la finalité (le but) première de la sexualité qui est la transmission de la vie. En utilisant les mots « actes homosexuels », on évite ainsi de condamner des personnes sur leurs tendance sexuelles. Pour beaucoup, l’homosexualité n’est pas un choix. Elle s’impose à eux. En revanche, c’est toujours un choix personnel que d’avoir ou non des relations (hétéro ou homo) sexuelles. Donc en soi, le simple fait d’avoir des tendances homosexuelles, non seulement n’empêche pas de pouvoir être un bon chrétien, mais, nonobstant des textes assez durs du Vatican, ne devraient pas obligatoirement interdire l’accès au sacerdoce (et encore moins à la vie religieuse). Toutefois, il est à noter que le « psychisme homosexuel », souvent ne facilite pas une pratique et une vision de la paternité qui elles, sont d’une nécessité absolue pour la vie sacerdotale. Y-a-t-il plus d’homosexuels dans l’Église qu’ailleurs ? Il est très difficile de répondre à cette question, car on ne tient pas des statistiques officielles ! Aux États-Unis des enquêtes ont été menées. Là-bas, il semblerait que, sur la période 1950-1990, la réponse serait plutôt oui. En Europe, deux éléments pourraient concourir à une présence homosexuelle un peu plus forte dans le clergé : sans doute, depuis les années 1960, la prééminence de la «culture gay» dans les domaines de la culture (et le spirituel relève de la culture) ; par ailleurs, il est possible que certains jeunes hommes chrétiens, aux tendances homosexuelles, aient pu voir dans le sacerdoce un refuge. In fine, la question encore une fois est moins de savoir quelles sont les attirances sexuelles des candidats au sacerdoce, que leur capacité, éprouvée et réelle, à tenir les engagements propres à la vie consacrée.

Le livre de Frédéric Martel, Sodoma, est très sévère pour le Vatican et les responsables dans l’Église. Vous avez déjà répondu à l’auteur dans le journal Le Point, mais qu’auriez-vous envie d’ajouter pour nos lecteurs ?

Le premier point le plus déroutant dans le livre de Frédéric Martel n’est pas qu’il y ait de mauvais prêtres ou prélats, aux mœurs débauchées. Il n’y a là rien de bien nouveau, même si c’est, quelle que soit l’époque, infiniment regrettable (ne serait-ce qu’en envisageant, avec tristesse et inquiétude, le salut éternel de ces âmes consacrées). Non ce qui est déroutant c’est l’apparente faiblesse de la hiérarchie ecclésiastique, voire, selon Martel, de sa corruption. Il faut distinguer les deux. La faiblesse est réelle malheureusement. Bien des prêtres ou des fidèles, à travers le monde, pourraient témoigner dans leurs diocèses ou dans leurs congrégations de l’injustice avec laquelle les supérieurs ont laissé de mauvais prêtres œuvrer, sans jamais les punir véritablement. Il est certain qu’aujourd’hui, même si beaucoup a été fait, pour retrouver confiance, nous avons besoin d’une évolution du droit pénal de l’Église pour obliger les supérieurs à plus de sérieux dans les affaires de mœurs du clergé et à devoir rendre des comptes. Quant à la corruption, cela est encore plus nocif. On peut noter, ici ou là, de véritable sphères d’influence, de protection, jusqu’aux plus hauts niveaux dans l’Église qui bénéficient à des prêtres aux mœurs dévoyées. Quand on le peut, on a le devoir de le dénoncer. Cela nous fait mal et discrédite terriblement le discours de l’Église, quel que soit le domaine, mais en particulier son discours moral. La Vierge Marie, les papes du XXe siècle, nous ont prévenus : c’est une forme d’apostasie du clergé qui persécute le plus l’Église, quand les pasteurs se transforment en prédateurs… Mais nous devons être courageux et confiants : le Christ a définitivement vaincu sur la Croix. À nous de le suivre en nous convertissant aussi chaque jour un peu plus, en offrant nos vies et nos petits sacrifices pour la sanctification de l’Église et de ses membres. Sainte Teresa de Calcutta, à qui l’on demandait ce qu’il fallait changer dans l’Église, répondait : « vous et moi » !

 

 

Encart pédophilie

Résultat de recherche d'images pour "la justice"On raconte beaucoup de stupidités sur ce sujet, sans doute car il remet en cause aujourd’hui beaucoup de comportements de la société tout entière, et pas seulement de l’Église. Je suis assez d’accord d’ailleurs pour que l’on opte désormais pour le mot « pédocriminalité ». Pour être précis nous sommes confrontés à trois définitions de ce mot :

– Pour le droit pénal français, il s’agit pour un adulte majeur d’avoir une relation sexuelle avec un enfant de moins de 14 ans. Tout citoyen au courant de tels agissements est dans l’obligation de les dénoncer.

– Pour la psychiatrie, la pédophilie est une attirance pour une relation sexuelle avec un enfant ne présentant pas de caractère sexuel (non pubère). En ce sens, un adolescent pubère de 15 ans pourrait être pédophile, s’il a une relation sexuelle avec un enfant non pubère.

– Pour le droit de l’Église (canonique), est considérée comme pédophilie tout acte à caractère sexuel (jusque par exemple un échange de photographies pornographiques) entre un adulte et un mineur de moins de 18 ans.

On le voit, ce différentes définitions rendent encore plus complexe cette question. Par ailleurs, dans la société en général, les actes pédophiles sont commis à plus de 90% dans les familles et en sont victimes des filles, abusées par des proches. Il s’agit donc d’hétérosexualité. Une étude a été menée dans le clergé américain qui montre, en revanche, que dans 80% des cas recensés, c’était l’attirance vers de jeunes garçons (donc de nature homosexuelle). En tout état de cause, la situation gravissime dans laquelle se trouve l’Église aujourd’hui du fait de cette crise, invite les pasteurs, les responsables de mouvements chrétiens, à la plus extrême prudence dans leurs activités avec les jeunes. Mais pour dire vrai, une vie spirituelle intense, du bon sens et un véritable professionnalisme dans le contact avec les jeunes, devraient être de bons remparts à toute dérive !