Pierre Claverie

L’apostolat du dialogue

 

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France et Algérie, un amour compliqué, de passions et de haines, d’attirances et de répulsions. Algérie, terre kabyle des riches premières communautés chrétiennes, terre musulmane depuis des siècles désormais. Voilà, à Bab-El-Oued, dans quel terreau naît Pierre Claverie.

Voilà aussi pourquoi, attiré par ces contrastes et ces paradoxes, alors qu’il est devenu jeune père dominicain en France métropolitaine, il souhaite retourner dans son pays natal où débute non sans difficulté l’indépendance. Dès lors sa vie apostolique est marquée par le désir du dialogue avec ses frères algériens et donc pour l’immense majorité d’entre eux musulmans.

« Le maître mot de ma foi est aujourd’hui le dialogue, non par tactique ou par opportunisme, mais parce que le dialogue est constitutif de la relation de Dieu aux hommes et des hommes entre eux. » Qu’on ne s’y trompe pourtant pas, Pierre Claverie n’est pas un naïf. Il a bien su mettre en garde, dans le dialogue inter-religieux, contre des ressemblances qui sont des ressemblances apparentes. Même si nous nous y référons, chrétiens et musulmans, Abraham n’est pas le même dans nos deux religions. Que dire de ‘Issa, de Jésus ? Les références bibliques citées dans le Coran ne sont pas organisées de la même manière, ce qui en change parfois profondément le sens. De même l’unicité de Dieu sur lequel insiste tant le Coran ne réfère pas à la même expérience de Dieu que le Dieu trinitaire.

Pour dépasser ces oppositions théologiques lourdes, c’est dans l’ordre de la charité que Pierre Claverie souhaite que, chrétiens et musulmans, rivalisent. A cet égard, l’accompagnement après leur meurtre des sept moines de Tibhirine et son propre assassinat peu de temps après, reconnu désormais par l’Église comme martyre, en sont le sceau suprême.

Confions-lui donc le si nécessaire dialogue entre nos deux religions.

 

Paru dans Parole et Prière, octobre 2019

De l’humour… toujours de l’humour !

 

Avec un grand merci au frère David Perrin o.p. du couvent de Bordeaux pour la source :

 « il est contraire à la raison d’être un poids pour autrui, de n’offrir aucun agrément et d’empêcher son prochain de se réjouir … ceux qui refusent de se distraire, qui ne racontent jamais de plaisanteries et rebutent ceux qui en disent, ceux-là sont vicieux, pénibles et mal élevés.»

S. Thomas d’Aquin, Somme de théologie (IIa IIae, Q168, a 4)

Marie-Étienne Vayssière o.p.

Une vie dépouillée pour enrichir les autres

 

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Quelques mots du père Serge-Thomas Bonino, dominicain de la province de Toulouse lui aussi, résument toute la vie du Père Vayssière : « L’homme propose, Dieu dispose. Et c’est tant mieux ! Le cœur du jeune frère Étienne Vayssière fourmillait d’excellents projets. Dans la ligne de sa vocation dominicaine, il se voyait déjà en théologien, scrutant les richesses du Mystère de Dieu pour en nourrir la vie des croyants. Ou encore en prédicateur ardent convertissant les foules. Et soudain — il a vingt-quatre ans — tout s’effondre. Maux de tête, fatigue permanente, impuissance. Le verdict tombe : incurable. Il est alors relégué dans des couvents où il végète, s’ennuie, tourne en rond. Il échoue enfin à la grotte de la Sainte-Baume. Enterré vivant. Il ne peut ni prêcher, ni lire, ni même prier… Il n’a plus rien. Ou plutôt, dépouillé qu’il est de l’accessoire, il n’a plus que l’essentiel : l’adhésion de chaque instant à la volonté de Dieu ».

La Providence, par des chemins escarpés et humainement peu compréhensibles, en plaçant le frère Vayssière comme gardien à la Sainte-Baume, le transforme en père spirituel d’une multitude de pèlerins, venus trouver en lui son exquise spontanéité et sa flamme surnaturelle, dominicaine, magdaléenne et mariale. « Il avait conscience que la Sainte-Baume est le centre spirituel de la Provence, un lieu de prière et de bénédiction. Il s’ingéniait à multiplier au maximum pour les âmes les possibilités de bénéficier des grâces de la célèbre grotte de pénitence » (P. Philippon op).

Cette épreuve de dépouillement, tôt venue dans sa vie, son attachement viscéral au Christ, ont fait du père Vayssière un maître spirituel véridique, dont nous pouvons suivre avec fruit les enseignements : « Vivons moins dans une activité impatiente, qui s’agite, que dans une filiale confiance, qui attend le bon plaisir divin, et ne veut vivre en tout que de lui seul. C’était l’attitude de Marie : “Je suis la servante du seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.”  »

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2018

Ambroise-Marie Carré op

Fidélité

 

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Même si  les frères dominicains nous ont habitués, de longue date, au prestige intellectuel de leur ordre, ce n’est pas rien, pour eux, de compter deux de leurs frères parmi les membres de l’Académie française, Lacordaire le plus connu, et le père Ambroise-marie Carré, le plus récent.

Un des aspects les plus frappants de cette riche personnalité, au travers de tant et tant d’activités, souvent menées de front, est sa fidélité. Fidélité dans les amitiés, fidélité à sa Patrie (il fut grand résistant au cours du deuxième conflit mondial), fidélité à sa vocation, fidélité à son Ordre et enfin fidélité à l’Église.

A ce sujet, l’académicien René Girard, qui lui succéda sous la Coupole, écrivit dans son éloge ces lignes révélatrices :  « Pendant les années troubles, le père Carré ne fit guère parler de lui, que par ses sermons et ses livres édifiants. Cette discrétion était si rare à l’époque, qu’elle attira sur lui l’attention des catholiques lucides, inquiets pour l’avenir de leur Église. Avec le temps, la blancheur de sa robe devient emblématique de tout ce que le chaos post-conciliaire dilapidait : le sens du péché, l’engagement sans retour, l’amour du dogme catholique, le mépris des polémiques vaines. Pour s’assurer que ces vertus n’étaient pas mortes, les fidèles se tournaient volontiers vers ce bloc immaculé de marbre blanc, comme les Hébreux vers le serpent d’airain« .

Puissions-nous, à l’image du Père Carré, dans une période non moins troublée de la vie de notre Église, vivre en vérité et avec intelligence,  cette fidélité à l’Église et à notre Foi.

Père Joseph-Marie Perrin op

L’amitié terreau de la sainteté

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« Notre liberté c’est de choisir les êtres auprès de qui nous nous sentons meilleurs. » En quelques mots ciblés, le Père Joseph Marie Perrin, décrit ce qui sera un des fondements de sa vie.

Dominicain, aveugle, toute sa vie sera marquée par des amitiés profondes, durables, et fructueuses. Parmi les plus célèbres : Simone Weil, la philosophe, qui écrira à son sujet : « La distance n’empêchera pas ma dette envers vous de s’accroître avec le temps, de jour en jour. Car elle ne m’empêchera pas de penser à vous. Et il est impossible de penser à vous sans penser à Dieu. » Quel hommage à l’amitié, quand celle-ci nous rapproche de Dieu lui-même. C’est une dimension parfois trop peu soulignée dans nos vies spirituelles : combien les bonnes amitiés nous construisent et nous mènent sur les pas de Dieu.

« Je voudrais rendre témoignage de ce que je dois à certaines rencontres d’hommes ou de femmes qui m’ont fait être ce que je suis. » écrit le père Perrin dans son autobiographie Comme un veilleur attend l’aurore. L’amitié vraie suppose une confiance absolue en l’autre, comme on peut se confier à Jésus l’Ami des amis. « Le propre de l’amitié est la parfaite transparence, la communion totale qui exclut les secrets, les attitudes prises. Pour tous, on est un personnage, un visage : pour l’ami, on est soi-même. » Combien ces paroles sont justes – en particulier pour les prêtres dont la vie les pousse à être bien souvent des « personnages », au risque de s’y perdre !

Prions le Seigneur d’envoyer auprès de nous de tels amis ! Prions-le de savoir les reconnaître et de nous obtenir la délicatesse qui entretient ces amitiés ! Durant notre pèlerinage terrestre, ces amitiés-là, sources de vraie joie, sont le terreau sur lequel germe, humblement, notre sainteté.

Chronique parue dans Parole et Prière janvier 2018

Jacques Loew o.p.

L’obéissance au cœur de la sainteté

 

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La vie du père Jacques Loew est comme un condensé d’un parcours spirituel au XXe siècle. Jeune homme, il fait profession d’incroyance, comme tant de ses contemporains. La découverte du Christ, avec la lecture des Évangiles, l’entraîne jusqu’à la vocation. Au sein de l’ordre des frères prêcheurs, il sera dominicain. Une très solide formation intellectuelle, théologique et spirituelle, dont il rendra grâce toute sa vie, lui sera dispensée par ses maîtres à Saint-Maximin.

Ce qui le fera le plus connaître sera son engagement au sein du milieu ouvrier (en particulier avec les dockers) dans l’esprit de ce fameux appel du cardinal Suhard – alors archevêque de Paris – : « Un mur sépare l’Église du monde. Ce mur, il faut l’abattre à tout prix. » Un engagement généreux et dangereux dans cette expérience dite des « prêtres ouvriers ». Généreux, car mû par la volonté énergique de rejoindre les hommes sur leur lieu de travail pour leur annoncer Jésus-Christ, dans la crédibilité d’un travail rude partagé. Dangereux, car incompris en partie par les autorités ecclésiales et, par ailleurs, non sans ambiguïtés qui poussèrent nombre de ces nouveaux missionnaires à quitter le sacerdoce ou abandonner la foi, au profit du marxisme triomphant de ces années-là.

Quand les sanctions romaines tomberont sur ce mouvement, Jacques Loew fera montre de la plus belle obéissance qui soit. Il écrit, dès 1955, à l’un de ses frères dominicains : « A Rome, j’ai mieux senti cette nécessité de l’union absolue, de l’obéissance fidèle à l’Église, et comment Jésus continue à nous dire: « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Mais le moi actuel de Jésus, c’est l’Église, et dans l’Église, c’est la hiérarchie. Il faut donc essayer de vivre de plus en plus dans la logique de notre croyance en une Église surnaturelle, de qui nous tenons notre être de prêtres et de missionnaires. »

Seul un prêtre profondément ancré dans la prière et la foi pouvait réagir ainsi. Cherchons, nous-aussi, cette rude et exigeante fidélité au Christ en son Eglise. « La sainteté chrétienne, écrit toujours Jacques Loew, ne réside pas d’abord dans l’accumulation des œuvres, mais dans la disposition secrète, connu de Dieu seul, du cœur ».

 

Chronique parue dans Parole et Prière, octobre 2017

Ste Catherine de Sienne

Se sanctifier dans et pour l’Eglise

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Le pèlerin à Rome qui entre dans l’église Santa Maria sopra Minerva est tout d’abord surpris, au milieu de tant et tant d’édifices baroques, de se trouver plongé dans une église gothique d’une grande pureté. Son étonnement passé, il sera comme attiré, aimanté pour ainsi dire, par le maître autel et le reliquaire en dessous, dans lequel il découvrira le corps d’une des plus grande sainte du moyen-âge, mystique stigmatisée, femme politique, patronne de l’Italie, dominicaine, première femme déclarée docteur de l’Eglise, sainte Catherine de Sienne.

En regardant la vie de sainte Catherine, comme avec tant de saints l’on est époustouflé de tout ce qu’elle a pu réaliser en trente-trois ans seulement, et avec une santé fragile de plus ! C’est dire si l’on y admire, une fois de plus, l’action même de Dieu. Ses écrits spirituels – qu’elle dictait car elle ne savais pas écrire – sont d’une incroyable richesse. N’hésitons pas à nous les procurer et à les lire : notre âme en tirera grand profit. En ces temps, parfois difficiles, son action pour la défense de la papauté et de l’Eglise, paraît exemplaire. Son attachement profond à l’Eglise de Rome – elle fera tout pour que le pape installé en Avignon revienne dans La Ville -, son indéfectible fidélité à l’Eglise, pourtant ravagée par les mauvaises mœurs de ses ministres, nous sont un exemple à suivre. Elle établit un lien direct entre les difficultés rencontrées par l’Eglise, et le manque de foi, de piété, de vertus des fidèles et spécialement des prêtres, des évêques et des cardinaux.

Les choses n’ont guère changées… au lieu de nous plaindre sans cesse de ceci ou de cela dans notre Eglise, sommes-nous prêts à nous convertir, à nous purifier, à nous sacrifier ? Pour cela, sainte Catherine nous livre  elle-même le chemin, plutôt que la critique stérile: « C’est la voie du Christ crucifié qui nous donnera toujours la lumière et la grâce. Mais si nous suivons une autre voie, nous marcherons de ténèbres en ténèbres et finalement à la mort éternelle« .

Paru dans Parole et Prière, avril 2017