Aimer l’Église et la distinguer de l’institution cléricale

Chronique sur KTO du 6 septembre 2018

 

« Ce n’est pas la parole de l’Église qui nous fait accepter Jésus, mais c’est la parole de Jésus qui nous fait accepter l’Église »

Père R. Cantalamessa, Aimer l’Église, Ed des béatitudes 2005, p. 21

 

 

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Église et pédophilie : les supérieurs aussi doivent rendre des comptes

Entretien pour le site Boulevard Voltaire

 

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Boulevard Voltaire :

Sur votre blog[1] ou dans votre chronique mensuelle pour la télévision KTO[2], vous avez fait partie des quelques prêtres qui ont eu une voix forte pour dénoncer non seulement la pédophilie mais la mauvaise gestion de celle-ci dans l’Église. Que pensez-vous de la toute récente lettre[3] du Pape François adressée à tous les fidèles ?

CV

A mon sens, il s’agit d’abord, au sens technique, d’une communication de crise. L’affaire épouvantable de l’Église catholique en Pennsylvanie (plus de trois cents prêtres incriminés aux États-Unis) exigeait une réponse forte. Le Pape avait déjà écrit une lettre – pas assez commentée malheureusement – aux fidèles chiliens [4]. Dans cette dernière lettre le Pape insiste sur le fait que les fautes de quelques-uns rejaillissent sur tous, et que les souffrances des victimes font souffrir aussi tout le corps de l’Église. Pour le Pape, la réponse n’est pas que l’affaire des autorités mais de toute le Peuple de Dieu :  » L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. » Comme beaucoup de prêtres, je reste pourtant encore déçu. Au-delà des paroles et des lettres, nous voudrions enfin des actes forts, à la hauteur des enjeux, non seulement dans l’accompagnement des victimes, mais aussi dans la justice, c’est-à-dire des sanctions sévères pour les coupables et pour les supérieurs qui n’ont pas su, ou pas voulu, prendre leur responsabilité.

BV

Pourtant beaucoup a été fait ? Ne craignez-vous pas de jeter l’opprobre sur tous les évêques avec de tels propos ?

CV

S’il y a, dès aujourd’hui, amalgame affreux et opprobre, ce ne sont pas les évêques qui en souffrent, mais les simples prêtres. C’est une triste réalité objective : dans l’opinion publique, désormais, tout prêtre est considéré comme un pédophile en puissance. C’est atroce. Ce sont les supérieurs qui sont responsables, par leur manque de clarté, de vigilance et de courage, de cette situation. Il est donc normal qu’ils en portent leur part de responsabilité. Une partie de la défiance actuelle dans l’Église vient de ce que, trop souvent, ces supérieurs ne rendent pas de comptes, qu’ils semblent intouchables et irresponsables.

BV

Mais y aurait-il des solutions efficaces à mettre en œuvre ?

 CV

Je ne suis qu’un simple prêtre – qui plus est aumônier militaire !- ; mais cela dit deux éléments me semblent de nature à être mis en œuvre rapidement. Tout d’abord que le Pape crée une instance indépendante, chargée de juger les évêques et les supérieurs religieux, dotée de larges pouvoirs et capable d’entrer en relation aussi avec les autorités judiciaires civiles. La composition de cette instance doit être telle, qu’aucune influence cléricale ne puisse s’y faire sentir pour camoufler, minimiser, les faits. Cette instance, rendant compte directement au Pape, devrait rendre ses conclusions publiques. Il existe déjà aujourd’hui des procédures spécifiques romaines pour juger les clercs auteurs d’actes pédophiles. Il s’agit désormais de juger ceux qui n’ont pas pris les bonnes décisions et ont ainsi mis en danger des innocents et plus largement la vie de l’institution. Cela doit se traduire, dans les faits, par des démissions et des peines canoniques publiques. Par ailleurs, plus en amont, il y a sans doute à réformer en profondeur la procédure de choix (trop souvent de cooptation) des évêques. On ne peut continuer à choisir des évêques avec des procédures qui remontent souvent au XVIIIe siècle ! Les progrès des sciences humaines devraient évidemment intervenir, comme cela se fait dans beaucoup de milieux professionnels, en particulier au travers de tests psychologiques très performants aujourd’hui.

BV

A ce propos, en France, un prêtre a lancé une pétition afin de demander au Cardinal Barbarin de démissionner.

CV

Il ne m’appartient pas de juger le cardinal Barbarin. Le fait que ce prêtre – canoniste, c’est-à-dire spécialiste du droit de l’Église – lance cette pétition, montre l’ampleur du désarroi chez beaucoup de prêtres, face à ce qui apparaît comme mollesse ou inaction de nos prélats dans ce domaine. Pour ce que je sais de l’affaire Preynat/Barbarin, je peux comprendre que l’on estime incohérent de la part de l’évêque de Lyon de n’avoir pas, de lui-même, renoncé à sa charge après tant d’erreurs commises. Peut-être l’a-t-il proposé au Pape ? Peut-être celui l’a refusé. Cela pose quand même question.

BV

Une dernière question: pensez-vous que la crise sera durable et profonde ?

CV

Oui, je le crains…

Profonde certainement, car c’est la confiance du Peuple de Dieu envers ses pasteurs (les prêtres, les évêques) qui est remise en cause, sur des faits d’une ampleur et d’une gravité exceptionnelles. Toute forme de relativisation en la matière est d’ailleurs odieuse pour les victimes.

Durable. Cela pourrait l’être moins, si des mesures énergiques, concrètes, si des sanctions publiques et réelles (déplacer un clerc de poste n’est pas une sanction aux yeux du public, bien au contraire cela s’apparente à de la protection de coupable !) sont prises. C’est tout l’enjeux actuel.

Quand le Saint-Père nous invite aujourd’hui au jeûne et à la prière, c’est dans cet esprit : que par nos sacrifices, nous nous rendions proches des victimes et implorions la miséricorde de Dieu ; qu’à nos prières, Dieu donne à son Église courage et force pour accomplir les réformes nécessaires, quel qu’en soit le prix.  » La pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux (…). Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. » Il en va de la crédibilité de notre témoignage. Il y a urgence.

 

 

Notes :

[1] https://blogdupadrevenard.wordpress.com/2017/03/21/pedophilie-gestion-de-crise-et-hierarchie-catholique/

[2] https://blogdupadrevenard.wordpress.com/2017/03/31/pedophilie-de-quoi-parle-t-on/

[3] https://eglise.catholique.fr/vatican/messages-du-saint-pere/459286-lettre-pape-francois-peuple-de-dieu/

[4] https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Documentation-catholique/Actes-du-pape/lettre-pape-Francois-catholiques-chiliens-2018-06-04-1200944296

article paru sur Boulevard Voltaire

http://www.bvoltaire.fr/abbe-christian-venard-au-dela-des-paroles-et-des-lettres-nous-voudrions-enfin-des-actes-forts/

Ambroise-Marie Carré op

Fidélité

 

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Même si  les frères dominicains nous ont habitués, de longue date, au prestige intellectuel de leur ordre, ce n’est pas rien, pour eux, de compter deux de leurs frères parmi les membres de l’Académie française, Lacordaire le plus connu, et le père Ambroise-marie Carré, le plus récent.

Un des aspects les plus frappants de cette riche personnalité, au travers de tant et tant d’activités, souvent menées de front, est sa fidélité. Fidélité dans les amitiés, fidélité à sa Patrie (il fut grand résistant au cours du deuxième conflit mondial), fidélité à sa vocation, fidélité à son Ordre et enfin fidélité à l’Église.

A ce sujet, l’académicien René Girard, qui lui succéda sous la Coupole, écrivit dans son éloge ces lignes révélatrices :  « Pendant les années troubles, le père Carré ne fit guère parler de lui, que par ses sermons et ses livres édifiants. Cette discrétion était si rare à l’époque, qu’elle attira sur lui l’attention des catholiques lucides, inquiets pour l’avenir de leur Église. Avec le temps, la blancheur de sa robe devient emblématique de tout ce que le chaos post-conciliaire dilapidait : le sens du péché, l’engagement sans retour, l’amour du dogme catholique, le mépris des polémiques vaines. Pour s’assurer que ces vertus n’étaient pas mortes, les fidèles se tournaient volontiers vers ce bloc immaculé de marbre blanc, comme les Hébreux vers le serpent d’airain« .

Puissions-nous, à l’image du Père Carré, dans une période non moins troublée de la vie de notre Église, vivre en vérité et avec intelligence,  cette fidélité à l’Église et à notre Foi.

Vous reprendrez bien un peu de Bernardins ?

Chronique pour A la source sur KTO.TV du 12 avril 2018

 

Femmes… je vous aime !

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« Nous devons […] à saint Paul une plus ample documentation sur la dignité et sur le rôle ecclésial de la femme. Il part du principe fondamental selon lequel pour les baptisés, non seulement « il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre », mais également « il n’y a ni homme ni femme ». La raison est que « tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28), c’est-à-dire que tous sont unis par la même dignité fondamentale, bien que chacun soit doté de fonctions spécifiques (cf. 1 Co 12, 27-30). » Ainsi s’exprimait le pape Benoît XVI, le 14 février 2007. Évoquer Georgette Blaquières, dont j’ai beaucoup utilisé le livre Oser vivre l’amour dans le cadre de préparations au mariage, permet une brève réflexion sur la place de la femme au sein de notre Église.

Tordons le cou à deux revendications « égalitaristes ». Il est du dépôt révélé que les femmes ne peuvent recevoir le sacrement de l’ordre : « Je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (…), que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église » écrivait saint Jean-Paul II en 1994. Quant à offrir plus de postes de gouvernement au Vatican à des femmes, c’est un sujet de vastes discussions. La stricte parité homme-femme dans les gouvernements occidentaux ne semble pas, en tant que telle, porteuse d’une efficacité plus grande. Si le pape François nomme quelques femmes à des postes clefs, c’est pour aider l’Église à poser un regard renouvelé sur notre monde, aux côtés des ministres ordonnés devant la gouverner avec lui.

Le rôle et l’importance des femmes dans l’Église ne peut se satisfaire de mesures « à la mode ». En contemplant la Vierge Marie, aucune misogynie ne saurait tenir. Bien au contraire, l’apport des femmes, en particulier dans la transmission de la foi, dans l’action caritative et dans le domaine de la réflexion théologique est indispensable. Leur intériorité, leur capacité affective, leur sens de la maternité, doivent sans cesse être mis plus à l’honneur. Enfin, sans l’intimité priante de tant et tant de femmes à travers le monde, disciples des heures sombres, fidèles au delà de toute fidélité, mères et sœurs courage pour tant et tant de prêtres et de fidèles, notre Église ne saurait survivre. Mais cela, seul un regard surnaturel permet de le comprendre et d’en rendre grâce au Seigneur.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2018