La sainteté : un acte d’abandon

Entretien donné à la radio RCF au micro d’Etienne Pépin

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RCF AàZ

Dom Jean-Baptiste Porion

Du surnaturel en toute notre vie

 

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« Il y a bien des âmes qui, dans l’Église, s’efforcent de vivre honnêtement et cherchent à se rapprocher d’un certain idéal de pureté morale, mais combien peu savent se tenir élevées dans la foi, soutenues par l’espérance et embrasés de charité, pour participer complètement à la vie que Jésus veut nous communiquer.» Dès l’abord la figure spirituelle de Jean-Baptiste Porion nous place dans la radicalité de notre baptême. Quoi d’étonnant de la part d’un chartreux, amoureux du silence et de la prière ?

 

Nous attendons de nos frères moines et de nos sœurs moniales, par le choix résolu qu’ils ont accepté du rude combat de la vie contemplative, qu’ils nous recentrent par leur exemple et leurs enseignements sur l’essentiel : notre vie en Jésus. « Ne nous contentons pas de quelques actes de piété au commencement et au cours de nos journées. De telles pratiques ne constituent pas une Vie : ce nom suppose une activité permanente, continue. Or Notre Seigneur veut être notre vie :  » Je suis la Vie. » (Jean 11, 25) C’est donc sans cesse qu’il faut adhérer à Dieu. Jésus ne nous demande pas tel geste ou telle formule de piété ou de dévotion : Il nous demande tous nos instants, toutes nos forces, toute notre âme pour nous faire, en échange, commencer ici-bas notre vie éternelle.»

 

Alors que le monde nous plonge sans cesse dans le divertissement, nous pousse par toutes sortes de tentations à vivre comme hors de nous-mêmes, l’enseignement des contemplatifs nous oblige à élever nos regards vers la réalité surnaturelle qui transcende nos vies :  « Ce que j’ai considéré jusqu’ici comme obstacle sera dès maintenant un moyen : tentations, distractions, difficultés intérieures et extérieures. Jusqu’ici tout cela m’a arrêté et découragé ; dès maintenant tout cela me servira de tremplin pour m’élever vers Dieu en me dégageant de la créature. Je n’y verrai plus qu’une invitation pressante à m’unir davantage à mon Dieu par un acte de foi, de confiance, d’amour et d’abandon. Ces choses pénibles seront des grâces puisqu’elles me forceront à sortir de moi-même pour ne plus vivre qu’en Dieu. Si jusqu’ici l’empressement et la préoccupation ont dominé dans ma vie, maintenant je vivrai dans un esprit de confiance et d’abandon.»

 

Paru dans Parole et Prière, n°113, novembre 2019

Marcel Van

Les paradoxes de l’amour

 

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Malgré sa courte vie, Marcel Van nous donne de grandes leçons, à nous baptisés qui traversons une période bien cruelle de la vie de notre Église.

Dès son plus jeune âge, Marcel indique qu’il souhaite devenir prêtre. Placé chez un curé pour cela, il devra subir la méchanceté et les mauvais traitements de ce dernier, et même, thème ô combien trop actuel, la perversions d’un des catéchistes ! Pourtant son désir de se donner à Jésus reste intacte. Sur ce chemin vers la vie religieuse, il rencontre encore bien des difficultés. Pourtant sa persévérance, sa fidélité et sa confiance, lui permettront enfin d’accéder à la vie religieuse consacrée. Ses écrits sur le sacerdoce sont impressionnants.

Ainsi, dans la grande confusion créée par les scandales moraux révélés d’une frange odieuse du clergé, nous devons garder néanmoins un grand amour du sacerdoce catholique, immense don du Cœur du Christ à l’humanité. Comme me le disait un jeune étudiant en médecine, rencontré récemment dans un train : « je suis devenu plus méfiant vis-à-vis des prêtres, mais je reste confiant et reconnaissant pour le sacerdoce ». Retirons donc cette belle leçon d’amour du sacerdoce, de la vie et des écrits de Marcel Van.

Un autre aspect, en apparence tout aussi paradoxal, peut nous toucher dans la vie de Marcel. Alors qu’ il est vietnamien, dans son pays colonisé par le nôtre, il a développé un amour quasi charnel, pour la France. Cet amour de la patrie française transpire dans ses écrits jusqu’à cette si touchante prière pour la France. Sa fidélité à la France le conduira d’ailleurs à la mort. Comme nous devrions  aussi en tirer de bonnes résolutions pour savoir mieux aimer et servir notre patrie, prendre en considération dans nos vies cette réalité charnelle de notre existence et accepter que le service du bien commun vienne parfois bousculer notre individualisme de catholiques installés. Avec la figure lumineuse de Marcel Van restons fidèles aux fondamentaux de notre vie chrétienne, le regard fixé sur les beautés de la Foi et nos actions ancrées dans la réalité du service et de l’amour du prochain.

Deux charges pour un unique sacerdoce

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La crise de la pédophilie qui meurtrit l’Église de France, a révélé une crise latente des rapports et du dialogue entre évêques et prêtres. Il est temps d’engager une réflexion courageuse et sincère pour sortir de l’impasse par le haut.

 

 

Ayant déjà eu l’occasion d’évoquer ce thème dans une Lettre ouverte à un ami évêque, j’aimerais tenter d’approfondir ce qui me semble être une des pierres d’achoppement des difficultés qui minent la structure ecclésiale. Trop souvent, le ministère des évêques et leurs rapports aux prêtres sont mis en exergue, pour distinguer voire séparer le corps épiscopal du corps sacerdotal, et le placer ontologiquement dans une position supérieure et dissociée, plutôt que de voir l’unité fondamentale du sacerdoce catholique dérivant de l’unique sacerdoce du Christ. La difficulté naît alors d’un dialogue qui n’est plus celui de frères dans un même sacerdoce, ni même d’un père avec un fils issu de sa propre chair. Les rapports et le dialogue entre les évêques et les prêtres ne peuvent bien sur être résumés en quelques clichés, et, la diversité des uns et des autres apporte une richesse de situations diverses. Toutefois, il est juste de reconnaître que ce dialogue n’est pas toujours facile et que beaucoup de silences et de non-dits président souvent dans les rapports entre les évêques et les prêtres. Méfiance ou peur, parce que – justement – on ne sait pas toujours se situer ou quelle posture adopter. Pour l’évêque, parfois réduit à « machine à régler tous les problèmes », faut-il être fraternel, paternel, très présent ou plutôt distant, catégorique ou consensuel ? Pour le prêtre, plus ou moins conditionné par les avertissements des confrères, jusqu’où peut aller la franchise, comment les paroles seront comprises ou interprétées, quelle mutation non désirée risque de venir conclure la discussion, alors que l’on s’adresse à celui qui semble avoir tant de pouvoir ? Ce malaise dans le dialogue révèle une certaine souffrance des prêtres et des évêques de France.

Revenir à une certaine humilité dans la compréhension du rôle des évêques pourrait aider à renouer avec une parole confiante entre prêtres et évêques. Bien entendu, il n’est pas question de remettre en cause l’épiscopat comme plénitude du sacrement de l’Ordre (notons cependant d’ores et déjà que plénitude du sacrement ne veut pas dire perfection des aptitudes… l’humilité n’est-elle pas là aussi ?). L’épiscopat ne pourrait-il être envisagé d’abord sous l’angle de ce qui est commun à tous, prêtres et évêques, comme l’enseigne si bien le concile Vatican II (Lumen gentium, au n°28, évoque ainsi les prêtres unis aux évêques dans la dignité sacerdotale), plutôt que, trop souvent, sous celui de ce qui les séparerait voire, par des conséquences néfastes, pourrait conduire à sous-estimer le presbytérat ?

Les prêtres en effet « participent pour leur part à la fonction des Apôtres » (Presbyterorum ordinis, n°2), or, il arrive encore trop souvent qu’on les considère comme de simples collaborateurs de leur évêque, dont le sacerdoce tirerait sa substance de celui de l’évêque. Or, les prêtres, de par leur ordination intègrent, à la suite des évêques, la succession apostolique, mais à leur degré, c’est-à-dire sans la plénitude qui est attachée à l’ordre épiscopal (Cf. Lumen gentium, n°28). Par ailleurs, de même que l’évêque, uni au Pontife romain, par son appartenance au collège des évêques successeur de celui des Apôtres, participe à la sollicitude de toutes les Églises, le prêtre, uni à son évêque, devient coopérateur de tout l’ordre épiscopal, et non de son seul évêque (Cf. Christus Dominus n°28).

Le saint concile enseigne : « Tous les prêtres en union avec les évêques participent à l’unique sacerdoce et à l’unique ministère du Christ. » (Presbyterorum ordinis, n°7). Le respect de la plénitude de l’épiscopat et l’obéissance hiérarchique qui en découle, n’empêchent nullement de concevoir une forme de commune dignité dans le sacerdoce. A titre additionnel, une relecture rapide de ces grands textes montre que le concile utilise le terme de coopérateurs pour les prêtres et non de collaborateurs de l’ordre épiscopal. Les prêtres ont été comme les évêques « consacrés véritables prêtres du Nouveau Testament, pour être de prudents coopérateurs de l’ordre épiscopal. » (Christus Dominus, n°15). Le concile poursuit : « C’est donc l’unité même de consécration et de mission qui réclame leur communion hiérarchique avec l’ordre des évêques. » (Presbyterorum ordinis, n°7).

Bien sûr, après le Concile Vatican II, certains évêques ont tôt su considérer leurs prêtres comme des « coopérateurs ». Ainsi, dans la plupart des diocèses français, l’évêque reçoit le même traitement que ses prêtres. Sur le plan du gouvernement, la création des conseils presbytéraux, des assemblées régionales évêques-prêtres avait cette ambition d’associer de près les prêtres au ministère apostolique. Cela a parfois eu pour inconvénient de constituer des groupes de prêtres qui l’étaient plus que les autres, en ayant des responsabilités diocésaines et/ou une participation plus habituelle aux prises de décisions… L’honnêteté oblige à dire que parfois, l’attitude de ces prêtres a été fautive, quand, au lieu de représenter humblement leurs confrères, ils ont mis en avant leurs idées personnelles pour tenter de les imposer. Quand des évêques se sont coupés de leurs prêtres « de base », ce fut souvent parce qu’ils étaient accaparés par des prêtres en responsabilité, choisis par eux — ce qui n’annule pas leur responsabilité mais la partage.

A la faveur des idées nouvelles et de l’application – souvent abusive – de la réforme liturgique, on a aussi parfois constaté une confusion des genres : des évêques refusaient de recevoir les marques propres de vénération de la sacra potestas dont ils sont investis, car ils le vivaient eux-mêmes comme une dévotion à leur propre personne – ce qui montre ici la quasi absence de conscience de la différence entre l’individu qu’ils sont et le prodigieux mystère de la permanence de la succession apostolique qui passe par eux. Un vieux prêtre disait : autrefois les évêques avaient beaucoup plus d’autorité et beaucoup moins de pouvoir ! Au final, cette confusion de l’ego et de la charge apostolique rend insupportable leur mode de gouvernement ! Devenus narcissiques, ultra susceptibles, ils ont tendance à créer des petits cercles de courtisans à l’intérieur desquels seront dénichés les futurs candidats…

L’idée d’une espèce de supériorité absolue de l’épiscopat s’appuie en grande part sur la « sacramentalité de l’épiscopat », qui aurait été définitivement définie par Vatican II (Lumen gentium, n°21). Pourtant, sans entrer dans une controverse universitaire, notons d’emblée que si le schéma De Ecclesia de 1962 voulait dirimer solennellement cette question séculaire, le schéma de 1963 n’affirme que la supériorité pour les munera de gouvernement et d’enseignement (quant à la sanctification le schéma ne veut plus affirmer l’exclusivité de l’évêque comme ministre de la confirmation et de l’ordre). Enfin, le schéma de 1964 sort du ton polémique des précédents, en se contentant de l’expression « le saint concile enseigne » plutôt que « enseigne solemniter ». Il est honnête d’en tirer comme conclusion que Vatican II n’a pas souhaité donner ici une définition dogmatique de la sacramentalité de l’épiscopat, même s’il retient cette doctrine comme doctrine commune (sententia certa). Il semble bien qu’en ce domaine, ce qui intéressait en premier les Pères était moins de traiter de l’épiscopat en rapport au presbytérat, que d’étayer la doctrine de la collégialité et ses conséquences (synodalité).

Il est regrettable qu’une vision trop « élitiste » de l’épiscopat finisse par donner à croire qu’il serait la seule issue de « carrière » envisageable pour un bon prêtre. Ainsi, dans le roman de ce cher Jean Mercier, Monsieur le curé fait sa crise, l’auteur (pourtant averti et peu enclin au cléricalisme !) n’arrive pas à envisager une autre happy end que la nomination de son héros à l’épiscopat. Ceci laisse entendre qu’une vie sacerdotale réussie ou complète passerait forcément par l’accès à l’épiscopat… Ce n’est pas sans rapport avec la dévalorisation du presbytérat (aujourd’hui et pas seulement dans les années d’immédiat après concile) que beaucoup de prêtres ressentent.

Dans le climat ecclésial difficile que traverse l’Église de France, il y aurait sans doute une réflexion à poursuivre sur ces thèmes, afin de combler un fossé trop souvent perceptible entre prêtres et évêques, dont, d’ailleurs se plaignent autant les uns que les autres. L’exemple d’un saint Thomas d’Aquin, nous montre qu’en théologie, la recherche de ce qui unit est toujours plus fructueuse. Pour laisser une dernière fois la parole au saint concile : « En raison de cette communion dans le même sacerdoce et le même ministère, les évêques doivent donc considérer leurs prêtres comme des frères et des amis. » (Presbyterorum ordinis, n°7). Des frères… des amis… Quel équipage évangélique pour rendre présent le ministère des Apôtres, et édifier, chemin faisant, le Peuple de Dieu !

 

article paru dans le journal L’Homme nouveau du  juin 2019

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