Sainte Marie-Madeleine

Amoureux de l’Amour

 

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La belle figure de sainte Marie Madeleine, me donne l’occasion d’un éloge appuyé du Dictionnaire amoureux de Jésus, écrit par l’excellent historien Jean-Christian Petitfils. Ce livre mérite d’être sur la table de chevet de nombreux chrétiens, tant il permet de reprendre les fondamentaux historiques de notre Foi et de les transcender, à chaque entrée, par des réflexions spirituelles partagées par l’auteur.

Grâce à lui, nous ferons bien sûr la distinction, désormais admise par tous, entre les trois Marie : Marie de Magdala, Marie de Béthanie et Marie la pécheresse évoquée par saint Luc (7,36-50). La confusion séculaire entre ces trois-là a néanmoins donné naissance à un culte quasi universel dans l’Eglise, à une floraison d’œuvres d’art incomparable, et à une spiritualité de la conversion proposée même aux plus pécheurs, que l’on se saurait ignorer. « Marie-Madeleine est l’une des plus grandes saintes, dont on a fait un modèle de piété et de contemplation. La ferveur magdaléenne a envahi la chrétienté entière. Des centaines d’églises ont été construites sous son invocation. Saint Augustin Sévère d’Antioche, Odon de Cluny, Raban de Maur, abbé de Fulda, saint Bonaventure, Denys le Chartreux, sainte Thérèse d’Avila, le cardinal de Bérulle, beaucoup d’autres encore ont exalté sa figure et disserté sur elle. »

A la suite de Jean-Christian Petitfils, il me plaît de retenir de Marie Madeleine cette course effrénée au petit matin de Pâques vers le tombeau du Bien-aimé. Plus encore cette rencontre bouleversante avec le pseudo jardinier et cette exclamation : « Rabbouni » ! « Très cher Maître, ou Maître chéri« . Comme nous aimerions nous aussi rencontrer l’Amour, ce Jésus, nous jeter à ses pieds, le couvrir de baisers et l’appeler « Rabbouni« . Mais Jésus de nous répondre, comme à Marie de Magdala : « Noli me tangere ». Ne me retiens pas ! En ce bas monde, la sequela Christi, la poursuite du Christ, nous laissera toujours un goût d’inachevé, jusqu’à l’ultime rencontre au jour de notre mort. Mais soyons et restons toujours des amoureux de Jésus.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, août 2017

Madeleine Delbrêl

Un prêtre, vite… et un vrai !

 

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« L’absence d’un vrai prêtre dans une vie, c’est une misère sans nom, c’est la seule misère« , Madeleine Delbrêl a ici, comme souvent les spirituels, cette fulgurance de pensée qui nous ramène à l’essentiel. Pour élargir son propos : la perte de la transcendance est la plus grande des pauvretés, et le prêtre est  l’homme de la transcendance. Encore faut-il qu’il en accepte l’ascèse. Car Madeleine précise bien « un vrai prêtre ». Qu’entend-elle par là ?

Cette apôtre des banlieues, cette courageuse opposante à l’athéisme marxiste, cette novatrice dans la vie de l’Eglise, pose un regard exigeant sur la vie sacerdotale : « Dans le prêtre, on veut retrouver une vie vraiment humaine et une vie vraiment divine. Le malheur, c’est que beaucoup apparaissent comme amputés soit de l’une, soit de l’autre. Il y a des prêtres qui semblent n’avoir jamais eu de vie d’homme. Ils ne savent pas peser les difficultés d’un laïc, d’un père ou d’une mère de famille, à leur véritable poids humain. […] A condition toutefois que, s’il mêle sa vie à la nôtre, ce soit sans vivre tout à fait comme nous. Les prêtres ont longtemps traité les laïcs en mineurs ; aujourd’hui, certains, passant à l’autre extrême, deviennent des copains. On voudrait qu’ils restent pères… » En quelques lignes Madeleine montre à quel point elle connaît et aime les prêtres, à quel point elle a saisit le paradoxe crucifiant qui traverse leur vie : être d’ici et déjà témoigner de l’ailleurs.

Elle veut que le prêtre soit l’homme de la prière, l’homme de le joie, l’homme fort qui réconforte, l’homme sensible et discret qui écoute les souffrances et les garde en son cœur, l’homme de la vérité qui ne se compromet pas pour « arriver », le fils de l’Eglise mais qui ne se cléricalise pas : « Le prêtre devient [parfois] l’homme de la vie ecclésiastique, du « milieu clérical »; son vocabulaire, sa manière de vivre, sa façon d’appeler les choses, son goût des petits intérêts et des petites querelles d’influence, tout cela lui fait un masque qui nous cache douloureusement le prêtre ». Que tout cela est juste.

Alors… prions, prions pour les prêtres et pour les séminaristes. Oui, prions.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2017

Aelred de Rievaulx

De l’amitié et de l’amour

Résultat de recherche d'images pour "aelred of rievaulx"Aelred de Rievaulx nous convie en cette Europe du XIIe siècle, couverte de monastères, et en particulier dans son Angleterre natale, marquée par l’ordre cistercien. Eduqué à la cour du roi, destiné par son père à devenir évêque, il choisit, en toute liberté, de devenir moine. Elu abbé de Rielvaux en 1146, il devient le père et le frère de plus de trois cents moines et aussi le supérieur de toutes les abbayes cisterciennes de son pays. Homme d’action, ce sont pourtant surtout ses écrits qui, dès sa vie et plus encore après sa mort, en font un des grands maîtres de la vie spirituelle chrétienne.

Aelred est, en quelque sorte, à travers ses écrits, le Docteur de l’amour spirituel, c’est-à-dire de l’amour humain devenu charité. L’éros – cette fonction d’amour humain marquée par la sensualité – maîtrisé par un travail sur la nature et par la grâce de Dieu, devient, par une transformation propre à la touche de l’Esprit-Saint, agapè. Aelred, en particulier dans son traité de l’amitié spirituelle n’entend pas nier les inclinations naturelles de l’amour humain. Bien au contraire. Il veut se servir d’elles, mais aussi les purifier, les transcender, en ordonnant toute amitié, tout amour, au premier amour, au premier ami : Jésus lui-même. C’est cette présence du Christ au sein même de l’amitié humaine qui permet à celle-ci de s’exprimer, y compris dans l’affection et les sentiments, sans tomber dans le péché, la recherche de soi-même et l’abus du prochain.

La spiritualité d’Aelred est une spiritualité de remise en ordre de l’amour, par la conversion de la puissance d’aimer (affectus) et le ‘labeur spirituel ‘ (labor spiritualis) dans le renoncement progressif à la volonté propre, et, pour le moine, dans le cadre nécessaire de la schola caritatis qu’est le monastère cistercien. En notre époque où il est souvent bien difficile de sortir du diktat de l’émotionnel, de trouver des équilibres affectifs, la lecture de ce maître est toujours éclairante et réconfortante.

Paru dans Parole et Prière, juin 2017

Louis Lochet

Sacerdos in aeternum

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Au moment même où je découvre, avec bonheur, la très belle figure de l’abbé Louis Lochet, deux affaires, concernant des prêtres, agitent le monde catholique : le départ avec une femme d’un médiatique curé de Lyon, et l’ouverture d’un procès canonique pénal pour un non moins médiatique prélat psychanalyste de Paris… Grand écart de la vie sacerdotale, grand écart au final de la vie de chaque baptisé, tiraillés entre les tentations de ce monde et l’idéal de la sainteté. Ce paradoxe chrétien prend une dimension particulière pour le prêtre, consacré à Dieu et à l’Eglise, par le sacrement de l’Ordre, et chargé, comme pasteur du troupeau de lui indiquer les chemin à suivre et de lui en conférer les moyens par la dispensation de la Parole de Dieu et des sacrements de vie.

Le prêtre est choisi, par Dieu, dans son peuple. C’est un choix gratuit, qui ne doit rien aux qualités propres de l’individu – rappelons que Judas lui-même fut choisi par Jésus et ordonné prêtre, comme les autres apôtres, le soir de la Cène ! Par ce choix, médiatisé au sein de l’Eglise par la reconnaissance épiscopale de la vocation, Dieu dépose de manière irrévocable, au jour de l’ordination, un trésor inestimable… dans un vase d’argile. Deux écueils marquent souvent la vision du monde et des catholiques du sacerdoce : le trop ou le pas assez ! Trop de déférence qui semble oublier que le prêtre est un homme – oui un homme !- et un pécheur, et qui voudrait en faire une espèce d’ange. Pas assez, qui tenterait de ne voir dans le prêtre qu’un animateur social, une espèce de psychologue engagé.

L’abbé Louis Lochet par sa vie montre l’exemple d’un prêtre hautement spirituel – il suffit pour s’en convaincre de voir l’ensemble de ses livres – et, dans le même temps, plongé dans les difficultés de son temps et dans les exigences concrètes de l’annonce de l’Evangile dans ce XXe siècle marqué par l’athéisme matérialiste.

Chronique parue dans Parole et Prière, mai 2017