Une usine à fabriquer des saints !

 

Entretien sur le livre La sainteté de A à ZDopez votre spiritualité, avec Jean-Pierre Maugendre pour « TV-Libertés »

 

 

Liens :

https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/la-saintete-de-a-a-z-9791033607953

https://www.tvlibertes.com/

 

 

 

 

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Un cardinal condamné… et après ?

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L’épilogue  – momentané puisque appel a été interjeté – de « l’affaire Barbarin » invite à en saisir quelques enjeux, mais surtout à envisager les leçons à en tirer pour l’Église et ceux qui y exercent des responsabilités.

 

La condamnation cette semaine du cardinal Barbarin est d’abord un symbole. En effet, depuis plusieurs années maintenant, « l’affaire Barbarin » était devenue emblématique à plus d’un titre : soit à cause de la gravité des faits qui sont reprochés au père Preynat – qui rappelons-le n’a pas encore été jugé – ; soit à cause d’une espèce d’empêtrement dans lequel semblait se trouver le cardinal Barbarin, reconnaissant d’un côté avoir commis des erreurs et demandant pardon aux victimes à plusieurs reprises, mais, par ailleurs, assurant avec ses avocats la défense de son innocence devant la justice française. Cette décision est inédite, d’abord parce qu’il s’agit d’un cardinal de l’Église catholique, et qu’il y a peu de cardinaux à travers le monde qui se retrouvent condamnés devant des justices civiles. Il y a déjà eu des évêques français condamnés par la justice française sur des cas similaires. Mais il y a, en l’occurrence, à Lyon, une charge émotionnelle extraordinaire, sans doute trop forte, comme le disent les plus fervents partisans du cardinal Barbarin. Cette charge émotionnelle est due à la forte personnalité, aux qualités indiscutables du cardinal (mais aussi à certains de ses défauts). Elle s’est cristallisée grâce à l’action courageuse des victimes, qui ont beaucoup œuvré pour faire avancer ces dossiers et, acceptons-le, pour obliger l’Église de France à prendre enfin conscience des véritables enjeux, en particulier du côté des victimes, derrière ces sordides et désastreuses affaires de mœurs.

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Pour être juste, il faut cependant rappeler qu’il y a déjà eu des changements importants dans l’Église catholique, en France en particulier, et depuis le pape Benoît XVI de manière éminente. Il y a peu d’institutions à travers le monde et en France qui l’ait fait jusqu’à présent, avec une telle énergie et une telle ampleur, ces dernières années. L’Église a mis en place des cellules d’écoute, des éléments de prévention, le Pape a convoqué une réunion spéciale à Rome, un certain nombre de procédures internes ont déjà été modifiées, etc. Bien sûr, il y aura un avant et un après, car aujourd’hui la justice demande à un évêque, et pas n’importe lequel, de répondre à titre personnel de sa gestion personnelle d’un dossier. Il faut admettre que, dans l’Église actuelle, nous avons un problème, car nos évêques n’ont en face d’eux, ou avec eux, aucun contrepoids. Du coup, ils se retrouvent souvent très seuls à prendre de graves décisions, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Cela devrait conduire les évêques et les supérieurs d’aujourd’hui à être plus prudents ; à savoir s’entourer d’autres types de prêtres que les habitués des cercles de pouvoir, mais surtout, pour ces situations complexes, de laïcs, hommes et femmes (femmes en particulier comme cette piste est souvent développée par le pape François). Quand on est chef et seul, la tentation est grande de vouloir protéger l’institution que l’on sert, au détriment de la vérité. Sur ce point, le pape Benoît XVI a créé un énorme changement, en demandant que les victimes soient toujours prises en considération en premier et que la vérité soit faite, même si c’est au détriment de l’institution cléricale.

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Tout le monde devrait sortir grandi quand la justice est rendue. La réaction digne des victimes, face à la décision de justice condamnant le cardinal Barbarin, montre que c’est un espoir qui leur a enfin été apporté par la justice civile et, souhaitons-le, de plus en plus par la justice ecclésiastique, afin qu’elles se sachent entendues. Dans l’affaire Preynat, et dans d’autres du même type, beaucoup de victimes ont le sentiment de n’avoir pas été prises au sérieux par l’Église et par ceux et celles qui en assurent le fonctionnement institutionnel. Cela va-t-il bouleverser l’Église ? Beaucoup de choses ont été déjà mises en place ; mais cette décision va obliger les responsables de l’Église à prendre encore plus au sérieux leurs devoir pour la vérité et la charité en faveur de victimes, avant la « miséricorde » pour les coupables. Il va falloir passer désormais, de la prise de conscience intellectuelle, qui avait déjà eu lieu et que l’on peut constater dans les déclarations individuelles ou collectives des évêques, à la réalité des actes. Les évêques et les supérieurs ne peuvent pas se défausser sur une responsabilité collective, en pointant uniquement un dysfonctionnement institutionnel, ou un « péché collectif » des membres de l’Église. Chacun doit assumer, et c’est ce que nous rappelle cette décision de justice, ses responsabilités personnelles, en tant que chef responsable. Personne n’est au dessus des lois, y compris dans l’Église ! Or, c’est une des difficultés que met en relief la décision de ce jour : la nécessité pour le droit de l’Église (le droit canonique) d’évoluer, dans sa théorie et surtout dans sa pratique, afin que les supérieurs rendent plus et mieux compte de la manière dont ils gèrent ces situations terribles. Tel est le chemin que semble vouloir prendre le pape François.

Raymond Halter

Reconstruire nos âmes

 

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Comme pour un saint Ignace de Loyola blessé et obligé de garder le lit, le père Raymond Halter voit sa vie spirituelle basculer, après un accident de voiture en 1972. Entré chez les Marianistes, prêtre depuis 1957, il était alors aumônier d’étudiants à Bordeaux. Bien souvent, dans nos propres vies, Dieu agit ainsi. Par les méandres mystérieux des événements, parfois dramatiques, Dieu nous invite à le rencontrer plus intimement, à prendre plus au sérieux son appel d’amour.

Ainsi, après cet accident, Raymond Halter redécouvre la prière intérieure et, au même moment, rencontre le Renouveau charismatique. Il en devient même une des grandes figures et sera ainsi désigné en 1983 comme expert auprès de la Conférence des Évêques de France sur les sujets touchant aux mouvements charismatiques. En ce sens, la figure du Père Raymond Halter est assez emblématique de cette Église de France des années 80-90, dans laquelle beaucoup de fidèles catholiques trouvèrent refuge auprès des mouvements charismatiques pour asseoir une vie spirituelle qui leur semblait, trop souvent négligée par le clergé diocésain, lancé dans de nombreuses expériences apostoliques activistes.

La vie spirituelle du père Raymond a toujours été marquée, dès ses débuts, par une grande dévotion à la Vierge Marie. Assez naturellement, en 1989, à la demande du cardinal archevêque d’Abidjan, il rejoint la Côte d’Ivoire, pour créer un grand sanctuaire marial avec l’aide du Renouveau charismatique. Il exercera alors une profonde influence sur le catholicisme ivoirien, par ses enseignements, mais plus encore par sa disponibilité à exercer les charismes de délivrance et de consolation des âmes. Dans notre période vouée au chaos et au matérialisme, la réponse qu’il fit au grand écrivain Marek Halter résonne prophétiquement : « – Pourquoi prêtre ? – Parce que j’ai compris que le désastre n’était pas seulement physique, mais moral. Qu’il fallait reconstruire le monde, certes, mais aussi l’âme de l’homme.»

 

Paru dans Parole et Prière, mars 2019

L’Église dans la fosse à purin…

Tirer sur l’Église est un sport facile

 

Ma réaction au livre de Frédéric Martel, Sodoma

Propos recueillis par Jérôme Cordelier pour Le Point

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« Cette lecture m’a accablé. Je suis prêtre, j’ai donné ma vie au Christ et à l’Eglise, et voir cette Eglise déformée me rend profondément triste. Mais cet accablement est aussi celui de quelqu’un qui, depuis des années, sait qu’il existe une part de réalité dans ce que décrit Frédéric Martel. Qu’il y ait des clercs dont les mœurs sont dépravées n’est pas un phénomène nouveau : l’histoire de l’Eglise est émaillée de ce genre de scandales ; il suffit de se rappeler les horreurs de la cour des Borgias. Il y a trente ans déjà, quand j’étudiais à Rome, l’homosexualité de certains cérémoniaires au Vatican (chargés de la liturgie) était connue. On disait : « Attention à celui-là, il a la main baladeuse ». J’avais même évoqué le sujet dans mon livre,  Un prêtre à la guerre (Tallandier). Mais à cause de la crise pédophile, qui a commencé depuis vingt ans, on pouvait espérer que de l’ordre avait été mis dans l’institution. Las, ce livre montre qu’il n’en est rien.

Qu’un de mes confrères puissent avoir des tendances homophiles, en soi ne me dérange pas. Mais s’il passe à la pratique, alors sa conduite devient désordonnée par rapport à l’engagement du célibat consacré qu’il a pris et au message qu’il porte. L’auteur a raison de souligner les incohérences d’une institution qui lutte aujourd’hui, quasiment seule, pour tenir un discours moral ferme et à contre-courant et certains de ses cadres, jusqu’à haut niveau, qui ne s’appliquent pas ces préceptes à eux-mêmes.

Maintenant, je m’interroge sur l’opportunité de cet ouvrage. L’Eglise est prise dans une vaste tempête, et voilà encore un coup de massue qui s’abat sur nous ! On peut se demander si Frédéric Martel n’en fait pas trop : que le cardinal Burke se montre trop souvent dans des cérémonies liturgiques quasi felliniennes et entouré d’éphèbes n’est vraiment pas ma tasse de thé ; mais user d’un procédé narratif tendancieux pour le suspecter d’homosexualité me paraît exagéré. Tirer sur l’Église est devenu un sport relativement facile ! Cela dit, comme le clame Cyrano au comte de Guiche : « On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » !

De mon point de vue, il y a plus grave : je suis radicalement en désaccord avec l’auteur quand il assure que seuls quelques mystiques, à la marge, seraient en cohérence avec leur engagement de chasteté. C’est tout simplement faux. J’affirme que l’immense majorité des religieux, religieuses et prêtres vivent dans la fidélité à cet engagement. Cela, évidemment, ne se fait pas sans combats intérieurs. Le célibat volontaire au service de Dieu entraîne, bien entendu, au sens technique, une frustration. Selon Frédéric Martel, dont la pensée est moderne, une telle conduite est source de comportements déviants, en tout cas hypocrites. Pour moi, adepte d’une pensée classique, en référence aux travaux du célèbre père jésuite Albert Chapelle et en m’appuyant sur Freud et la psychanalyse, la frustration permet bien au contraire la construction de l’individu. On a trop vite oublié que quand Françoise Dolto disait « Il est interdit d’interdire », elle ajoutait aussitôt : « sans donner l’explication de l’interdit ». L’interdit sexuel pour un clerc n’a de sens que dans sa finalité : c’est parce qu’il a le désir de se donner totalement à Dieu qu’il accepte ce sacrifice, car c’est un sacrifice. Nous vivons dans un monde où la notion de sacrifice est largement déconsidéré, alors que pour l’Eglise elle reste une vertu majeure, positive, indispensable à la vie chrétienne.

Avec 20 siècles d’histoire, l’Eglise a toujours été un élément de contradiction dans le monde. Dans le miroir grossissant que nous tend Frédéric Martel, je lis, y compris de sa part, que l’on attend mieux de l’Eglise. Mais soyons juste : qui soigne le plus de malades du sida dans tant et tant de pays pauvres ? C’est l’Eglise catholique. Qui fait tenir debout un minimum de structures sociales et médicales dans un certain nombre de pays ? L’Eglise ! Le Christ est venu nous apporter un message d’amour et de vérité, mais aussi de libération par rapport à nos pulsions, ce déterminisme qui nous pousserait à assumer tous nos penchants, nos fantasmes. L’être humain n’est pas esclave de ses pulsions. Voilà ce que nous dit le Christ. Voilà ce dont essaie de témoigner l’immense majorité des religieuses, religieux et prêtres.

 

 

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Pauline Jaricot

Aimer et servir

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En 1800, Pie VII est élu Pape. Les relations de la France bonapartiste avec Rome sont tendues et les activités de Propaganda Fide (l’organisme chargé de l’œuvre d’évangélisation) sont bloquées. Avec la largeur d’esprit si caractéristique des « Lumières » (sic), il devient impossible d’aller vers les pays de mission. C’est alors qu’un laïcat catholique prend forme. Il affirme sa foi d’un côté, par le rejet du gallicanisme ; de l’autre, par des œuvres de charité, en particulier envers les nouveaux pauvres nés des ruines de l’Empire napoléonien, et enfin par un engagement missionnaire dynamique empreint d’une grande audace.

Dans ce contexte, au sein de cette église de Lyon si foisonnante,  émerge la figure d’une jeune fille, Pauline Jaricot, dont les pas vont ouvrir des perspectives missionnaires insoupçonnées pour l’Église universelle. Pauline, se dévouera toute sa vie pour les missions, et fera preuve d’une charité inventive et ingénieuse de tous les instants. Malgré tout, elle mourra déconsidérée, spoliée de son œuvre. Quel destin !

L’Église de France vit aujourd’hui l’épreuve du manque de vocations, de la désaffection d’une bonne partie de la jeunesse, d’une certaine fatigue de ses communautés chrétiennes, et d’une déconsidération au sein de la société civile. Pour autant, coopérer à la mission universelle de l’Église serait pour elle une source de renouveau et de dynamisme. Plus on se montre généreux, plus le Seigneur nous comble de grâces. L’avenir de l’Église en France passe certainement par une ouverture toujours plus grande et généreuse à la «coopération missionnaire», plutôt que par le « pillage » des vocations des pays africains ou sud-américains.

Paul Claudel met sur les lèvres de l’aveugle une question qui doit nous interpeller fortement : «Vous qui voyez, que faites-vous de votre lumière ?». Nous qui avons reçu gratuitement la lumière de la foi, que faisons-nous de cette foi? Comme saint Jean-Paul II s’était écrié : « France qu’as-tu fait de ton baptême », nous pouvons demander : « Église de France, qu’as-tu fait de ta mission? » La figure et l’œuvre de Pauline Marie Jaricot sont un modèle de réponse simple, décisive et actuelle.

Chronique parue dans Parole et Prière de décembre 2018