Mais dans quel pays vit-on ?

 

Chronique du 1er mars 2018 pour l’émission « A la Source » sur KTO.TV

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In memoriam – Major David Lannes

Résultat de recherche d'images pour "david lannes bordeaux"Homélie prononcée lors de l’office religieux, présidé par SER Mgr Antoine de Romanet, évêque aux armées françaises, dans le cadre de l’hommage national rendu au Major David Lannes, mort en service, au cours d’un contrôle routier en Gironde le dimanche 4 février 2018

 

Chère famille du Major David Lannes, chers amis,

Au moment où nous accompagnons, par les prière de l’Église, notre frère, notre camarade David, voulez-vous permettre à un aumônier militaire de poser une question brutale ? Devient-on gendarme, pour mourir un dimanche sur une route de Gironde, percuté par un motocycliste en refus d’obtempérer ? La réponse fuse de vos cœurs et du mien : non ! Et pourtant, c’est bien comme cela qu’est mort votre mari, votre père, notre frère d’armes. Alors, pourquoi devient-on gendarme ? Pour devenir un héros ? Bien sûr que non. Alors, pourquoi David Lannes, ce mari aimant, ce père affectueux, ce camarade rempli d’humour et de bienveillance, a-t-il choisi, à la suite de son propre père, mort en service lui aussi, de devenir gendarme ?

Pour servir. Pour servir, à cause de cette force intérieure, qui ne dit pas toujours son nom par pudeur. Cette force, qui nous pousse à vouloir nous mettre au service de ce qui nous dépasse. Elle a un nom : c’est l’amour de notre pays, de notre patrie, la France, pour laquelle nous dépassons notre égoïsme, pour la servir au travers de ses enfants, nos concitoyens. Ce service, pour le gendarme, passe par le respect de la Loi ; il devient même un devoir, comme le dit la prière du gendarme : celui d’assurer sur le territoire national la paix, l’ordre et la sécurité, de sauver les vies menacées. Cet amour du pays, ce service, sont devenus d’autant plus exigeants pour le gendarme que la société actuelle, vit trop souvent à l’opposé de cet engagement, tant elle est marquée par le règne de l’argent roi, de l’individualisme, par les manques de respect, par l’hédonisme et l’égoïsme. Alors, parfois le gendarme lui-même se pose la question du sens de son engagement, et confronté à la mort d’un camarade se met à douter.

 C’est qu’il y a là un héroïsme du quotidien, dans le service de l’État au sein d’une société fragile et atomisée. Cet héroïsme est mal reconnu. D’abord parce que, pour que les héros soient reconnus, il est nécessaire que les vertus soient le référentiel de la société avec, en tête, la vertu de l’honneur. Nous en sommes loin ! Ensuite, il serait nécessaire que soit clair, pour tous les citoyens, que le soucis du Bien commun dépasse les intérêts individuels ou communautaires. Nous en sommes loin aussi. Enfin, pour que l’héroïsme soit justement reconnu, il exige que la société sorte d’un horizontalisme matérialiste et athée désespérant, pour retrouver le sens de la transcendance, de ce qui élève, de ce qui fait voir grand, beau et vrai ! Cet héroïsme du quotidien, habitait David Lannes. C’est dans cet amour de la Patrie, vécu humblement au quotidien, qu’il a puisé la force d’aller jusqu’au bout de son engagement, comme le dit encore la prière du gendarme : « s’il me faut aller jusqu’au sacrifice de ma fierté, de mon bien-être, de ma vie (..) Seigneur, soutien mon service, ranime mon courage et fortifie ma foi »

David Lannes a voulu être gendarme pour assumer ce service et cet amour de la Patrie. Il l’a vécu, jour après jour, durant sa vie. Cet engagement, héroïque et exigeant, de la quotidienneté du serviteur de la Loi, l’a mené jusqu’au sacrifice ultime, qui fait de lui désormais un héros ; si la société a du mal à reconnaître cela, notre devoir est de le clamer, et surtout, à la suite de son exemple d’être, à notre tour, par respect pour lui, vertueux et courageux, dans notre propre service des armes de la France.

 Au moment où nous allons lui dire un dernier adieu, nous le confions, par nos prières et nos pensées, ici à l’Église, par l’intercession de sainte Geneviève, au Seigneur Jésus. Puisse David entendre ces paroles du Christ : « Bon et fidèle serviteur entre dans la joie de ton maître ». Amen.

Père Christian Venard – aumônier militaire
Bordeaux, église Saint-Augustin, samedi 10 février 2018

En hommage à Christophe Marcille +

Homélie prononcée pour ses obsèques, le vendredi 29 décembre 2017, à Reims

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Christophe et son épouse Sabine – Il laisse neuf enfants –

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Mes enfants, mes petits enfants tant je vous connais, si je m’adresse à vous maintenant, dans ce moment terrible que nous vivons ensemble, ce n’est pas un effet de style, mais c’est ce que votre maman m’a demandé hier : « Padre, parlez aux enfants ». Je vais essayer de le faire. Mais que dit-on à des enfants qui ont perdu leur papa ? Que leur dit-on, quand soi-même, on a encore la chance d’avoir son propre père ? Alors, je me pose des questions, qui sans doute traversent votre esprit à cette heure, comme celui de tous ceux, si nombreux, qui sont venus nous rejoindre cet après-midi. A cette heure où Christophe, votre papa, nous laisse dans le désarroi en nous ayant quitté si vite.

La première question qui m’est venue est la suivante : est-ce que avoir la foi, ça aide ? Avoir la foi, rend-il les choses plus faciles ? Oui et non. Beaucoup de nos concitoyens, vous le savez, autour de nous, ne sont plus chrétiens que de nom, ou même font profession de ne croire en rien, d’être des athées. Ils pensent qu’avoir la foi, croire en Dieu, ce serait avoir des réponses définitives, immédiates, sur tous les sujets. Or, le Dieu auquel nous croyons, Celui dont l’Évangile vient d’être proclamé, c’est un Dieu d’amour, c’est un Dieu qui nous aime, c’est le Dieu qui a créé le monde, qui a créé l’homme et la femme, c’est le « bon Dieu » ! Et l’on y croit ! Mais alors, pourquoi le « bon Dieu » permet-il qu’un papa parte si tôt ? Si Dieu était Dieu, disent tant de nos contemporains, le mal ne serait pas là ! Chrétiens, nous devons avoir le courage de dire que la Foi n’est pas une réponse à tout ! Elle n’est pas une « assurance-tout-risque » ; la Foi ce n’est pas : « j’ai la Foi et plus ne rien me touche » ! Si c’était cela, ce serait atroce, inhumain. Ce serait odieux. La Foi, au contraire, pose sans cesse des questions. Elle interroge, elle interpelle. Celui qui est athée, qui a décidé que Dieu n’existe pas, possède sa réponse : tout est absurde, puisque après la mort il n’y a rien. Il n’y a donc plus de question ! Je ne dis pas que cela est facile à vivre… mais il n’y a plus de questionnement. Pour nous qui avons la Foi, comment arrivons-nous à concilier ce Dieu d’amour auquel nous adhérons de tout notre cœur, de toute notre âme, avec tout cela ? Pourquoi Dieu permet-il la souffrance ? Comment arrivons-nous à concevoir cela ? Pourquoi Dieu permet-il la mort ? Pourquoi Dieu me laisse-t-il vivre ce moment précis ? C’est une vraie question. Comment pouvons-nous répondre à cette question ? Y-a-t-il seulement une réponse ?

A une époque, il n’y a pas si longtemps, j’ai dû accompagner de nombreuses familles de nos militaires morts en Afghanistan. Les journalistes rencontrés me demandaient : « Comment faites-vous ? Que leur dites-vous ? » Mais quelles paroles voulez-vous prononcer, quand vous emmenez des enfants, des mamans, des épouses, des pères, devant la dépouille de celui qu’ils ont définitivement perdu ? On ne peut pas vivre le deuil d’une famille à sa place. On peut juste être avec une famille dans son deuil. « Mais vous, mon père, insistaient-ils ? Mais vous ? » Alors je leur répondais : je rentre chez moi, dans ma chapelle, je me place face au Saint-Sacrement, dans le silence. Là, j’interroge mon Dieu : pourquoi ? Pourquoi ? Soudain ce sont les larmes qui surgissent, des pleurs qui viennent rejoindre ceux-là mêmes que Jésus, notre Dieu, a versés : sur son ami Lazare, sur les femmes de Jérusalem… Paradoxe ensuite, car au milieu de ces larmes, une espérance surgit, mes chers enfants : la mort n’est pas une création de Dieu. Dieu n’a pas voulu la mort. Non, la mort est entrée dans le monde à cause du péché des hommes, à cause de la folie de nos premiers parents qui ont voulu se faire les égaux de Dieu. Ce n’était pas le projet de Dieu ! Dieu n’est pas dans la mort. Dieu n’a pas créé la mort ! Dieu est allé beaucoup plus loin : Dieu s’est fait homme. En Jésus, Il est venu vivre la mort avec nous, pour nous délivrer d’elle. Projet insensé aux yeux des hommes ; la folie de Dieu : venir rejoindre l’homme au cœur même de la mort.

Ce n’est pas une réponse que je suis en train de vous donner : j’essaie de méditer avec vous comment, comme chrétiens, nous n’avons plus à avoir peur de la mort. Elle est un châtiment. A cause de ce fichu péché originel de nos premiers parents, nous devons tous passer par la mort ; la mort nous blesse, car elle détruit une vie, elle défait des liens d’affections que nous avions tissés. Mais nous le savons, Dieu lui-même a traversé la mort ; ce Dieu auquel nous croyons, dont nous venons de célébrer à Noël l’Incarnation. Ce petit Enfant dans la Crèche, nous pouvons dire d’une certaine façon qu’il est né… pour mourir. Avec le sacrifice de sa vie, Il nous rend, par la Croix, la vie éternelle. Il nous réconcilie avec son Père. Ah certes, ce n’est pas une réponse, au sens mathématique, comme deux et deux font quatre ! Là commence la Foi : nous commençons à entrapercevoir une lumière dans les ténèbres. Dieu invisible s’est rendu visible, Lumière de Lumière, Il est venu dans nos ténèbres pour les dissiper. Là, c’est notre cœur qui commence à comprendre, à saisir avant même notre intelligence : Dieu est venu nous rejoindre au plus profond du mystère de nos souffrances. Là est notre consolation : Dieu ne vient pas supprimer nos souffrances, Il vient les vivre avec nous. Au moment où votre papa a vécu ce passage, que nous appelons la mort, au moment, pour reprendre les mots de saint Paul, où il est passé de l’autre côté du miroir, vous pouvez être certains qu’il n’était pas seul : Dieu était avec lui ! Comment en serait-il autrement, alors que juste avant de partir de la maison, il récitait le chapelet – à sa demande – avec votre maman. Oui, dans ce grand moment de sa vie, soyons certains que la Vierge Marie, Notre Seigneur Jésus, étaient avec lui.

Une autre question m’a traversé l’esprit, comme à bien d’autres ici. Pourquoi Dieu permet-il qu’un si grand malheur vienne vous toucher, alors que votre maman a déjà connu la souffrance de perdre son premier mari, tout jeune, le lieutenant Efflam Huon de Penanster, mort en Somalie ? J’entends votre maman m’annonçant le décès de votre père, disant : « mais qu’est-ce que le bon Dieu a dans la tête ? » Si nous pouvions répondre à cette question, alors nous serions  Dieu nous-mêmes ! Là aussi, à défaut de réponse, on peut sans doute entrevoir une lueur. Je me suis rappelé les écrits d’une grande sainte polonaise, sainte Faustine, apôtre de la Miséricorde divine. Vous savez, nous avons débuté cette messe à trois heures de l’après-midi, un vendredi, précisément parce que votre maman voulait que nous commencions à l’heure de la Miséricorde, l’heure de la mort de Jésus en Croix. L’heure où Dieu veut étendre sa Miséricorde sur les âmes. Quelle réponse à ma question ? Je ne sais pas, mais sainte Faustine nous donne une piste dans son Petit journal : Dieu choisit certaines âmes, que sainte Faustine appelle les âmes privilégiées. A ces âmes, Il demande plus qu’aux autres. C’est ainsi qu’avec humour une autre grande sainte, sainte Thérèse d’Avila, interpellait avec vigueur le Seigneur : « Si c’est ainsi que vous traitez vos amis, il n’est pas étonnant que vous en ayez si peu ». Les âmes privilégiés ne sont pas des âmes qui bénéficieraient de privilèges comme le monde les entend. Pas du tout : leur grand privilège, c’est d’être associées, d’une manière toute spéciale, à la Croix du Seigneur Jésus. Regardez la sainte Vierge qui emmène, avec saint Joseph, l’Enfant Jésus au Temple. Elle s’entend dire cette parole par le vieillard Siméon : « Et toi un glaive transpercera ton cœur ». Drôle de manière de célébrer la joie d’une naissance. Regardez, comment, la divine liturgie de l’Eglise, au cœur même du mystère si joyeux de la Nativité, plante pour ainsi dire le mystère de la Croix et de la souffrance : les saints innocents de Béthéem, le protomartyr Etienne… Ce ne sont pas des réponses bien sûr, mais c’est déjà un chemin qui se dessine. Il nous faut beaucoup d’humilité pour réaliser que tout cela dépasse notre entendement. Que pouvons-nous répondre face au mal : ouvrir notre cœur.

Au moment d’ouvrir mon cœur, me revient le souvenir de votre papa que j’ai le désir, cet après-midi, de vous partager. Son humilité. Sa simplicité. Son sens de l’accueil, quand je me suis retrouvé ici à Reims, dans une période difficile de ma vie de prêtre. Votre cher papa m’a toujours reçu avec charité… même si je venais « flinguer » sa cave à whiskys ! Il était là, accueillant, simple, modeste, fidèle en amitié. Fidélité : un mot qui le caractérise aussi. Fidélité au devoir d’état, même et surtout quand cela coûte. Fidélité aux traditions. Pas aux traditions au sens étriqué du mot : on fait comme ça parce que on a toujours fait comme ça. Non, le sens des traditions françaises, comme quelque chose de vivant, qu’il aimait, qu’il avait appris à connaître, sur lequel il avait réfléchi, auquel il adhérait de tout son être. L’amour de la France, dont il était fier de servir le drapeau dans la Réserve opérationnelle de l’Armée de Terre, l’amour de l’Église et de sa liturgie, l’amour des belles choses héritées de nos ancêtres. En accueillant, pour créer un foyer avec amour, votre maman après son premier veuvage, c’était aussi une manière pour lui d’aimer la France et de rendre hommage au sacrifice du lieutenant Huon de Penanster. C’est tout cela que vous lègue votre papa. Regardez aujourd’hui dans cette église de Reims ! Regardez le nombre de prêtres, sept un chiffre biblique – et pourtant votre cher papa trouvait qu’à partir de deux présents, c’était tout juste supportable ! -. Regardez tous les amis ici présents, toute votre famille, tous ces militaires en tenues ou non. Tout cela représente bien ce qu’était votre papa, l’héritage de fidélités qu’il vous lègue, la beauté de la vie qu’il a menée. De cette vision vient aussi notre espérance. C’est pourquoi, à la fin de cette messe de Requiem, vous avez choisi de chanter le chant de Noël Adeste fideles. Nous allons chanter joyeusement : allons à la crèche ! Pour votre papa, c’est fait : il y est pour de vrai à la Crèche, il nous y précède. Du moins, c’est ce que nous voulons pour lui. Il n’était pas parfait. Comme nous, il a redit des centaines de fois « priez pour nous pauvres pécheurs » ; et nos prières pour lui implorent le Seigneur pour qu’il soit désormais au pied de la Crèche en Paradis. Pas pour se reposer… il ne manquerait plus que cela ! Mais pour veiller sur vous. Dieu sait qu’il a déjà beaucoup fait pour chacun de vous, mais désormais, en Dieu, il pourra œuvrer encore plus et veiller sur chacun de vous.

Vous voyez, mes petits enfants, chers amis, nous autres, pauvres humains, nous avons peu de réponses ; mais Dieu nous envoient tant de signes de sa présence, même au cœur de la souffrance et de la mort que nous pouvons alors nous écrier, malgré tout : tout est beau !

Oui mes petits enfants, avec Dieu, tout est beau.

Jean Rodhain

Une charité inventive

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« Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » Ce passage de la première lettre de l’apôtre saint Jean (4,21-22) semble être le résumé parfait de la vie et de l’apostolat de Jean Rhodain.

Dès son ordination en 1924, et sa nomination comme vicaire à Épinal, sa charité se fait inventive pour se mettre au service des pauvres, quitte à déplaire à son curé et à certains confrères. Tout au long de sa vie sacerdotale, Jean Rhodain sera à la pointe des besoins actualisés des pauvres dans l’Église : auprès du monde ouvrier dans les grandes années de la question ouvrière au sein de l’Eglise ; au services des prisonniers de guerre durant le second conflit mondial ; à la direction de l’aumônerie des armées à la fin de la guerre, auprès des pauvres des banlieues de l’après-guerre ; de la création du Secours Catholique à celle de la Caritas internationalis, élargissant son horizon de la France au monde entier.

Aujourd’hui encore, tant et tant de pauvres frappent à notre porte et réclament de nous, catholiques, une charité qui se fasse inventive et concrète : pauvres issues des phénomènes migratoires, pauvres frappés par l’appétit de jouissance des plus riches et laissés-pour-compte de la mondialisation, pauvres embryons tués dès le sein de leurs mères, pauvres handicapés si peu acceptés dans nos sociétés, et tant et tant de pauvres « d’esprit » à qui l’on refuse l’héritage spirituel, moral, intellectuel de leur pays… Qu’à notre tour l’amour de Dieu nous pousse, chacun à notre niveau, le plus humble soit-il, à nous mettre au service de tous ces pauvres ; car comme l’écrit notre auteur : « J’ai trouvé la joie du jour où j’ai moins pensé à moi. Mes soucis sont mon huis-clos. Je tourne en rond dans la prison de mes ennuis personnels […] J’apprends le courage des autres. Ils ont ouvert des fenêtres dans mes mesquines murailles ; le soleil est entré ! »

 

Paru dans Parole et Prière, novembre 2017

Joseph Wresinski

Pauvreté, misère, dignité

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Rien n’est plus terrible que la pauvreté quand elle devient misère. Voilà ce qu’en dit Joseph Wresinski, qui a connu les deux, non seulement pour les avoir accompagnées toute sa vie de prêtre, mais pour les avoir vécues dans sa chair, dès son plus jeune âge. « La pauvreté, le dénuement matériel, l’oppression infligée par plus fort que soi, sont difficiles à supporter. Mais est proprement insoutenable le mépris, le rappel perpétuel d’être un inférieur et totalement inutile. Est intolérable d’être traité, même par ses proches, comme un homme sans dignité […] La différence entre la pauvreté et la misère est là. L’homme misérable est dans une situation insupportable, tenu pour quantité négligeable ou même pis : pour un être néfaste qui n’aurait jamais dû naître, alors qu’au plus profond de lui il sait qu’il est pourtant un homme. Vouloir la dignité, rêver d’être quelqu’un et se le voir refuser […] c’est cela la misère« .

Force est de constater, à la lumière de la sociologie, que le catholicisme français s’est « embourgeoisé », au cours des cinquante dernières années, et que les classes sociales économiquement les plus faibles, en ont quasiment disparu. Diverses raisons en sont la cause. Cela devrait pourtant nous poser de vraies questions. Certes, des mouvements catholiques ou chrétiens, dont ATD-Quart Monde fondé par le père Wresinski, ou le Secours catholique, et tant d’autres, œuvrent sur le terrain. Mais que faisons-nous tous pour tendre la main aux plus pauvres, aux miséreux ? Pour leur rendre cette dignité dont ils ont encore plus besoin que de notre aumône ? Sur ce chemin les intuitions du père Wresinski ne peuvent que nous aider. « Les plus pauvres que les hommes rejettent, dès qu’on leur fait confiance. Nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, que les plus pauvres sont le levain au cœur du monde ».

Laissons donc nos cœurs s’émouvoir.

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2017