Abus sexuels dans l’Église. Le pape François jette un pavé dans la mare

 

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Nombre de prêtres français continuent de s’interroger sur la réelle prise de conscience par l’institution ecclésiale et en particulier par sa hiérarchie de l’extrême gravité de la crise dans laquelle est plongée l’Église. Une majorité d’entre eux se plaint de ce qui peut apparaître comme condescendance des évêques de France dans leurs documents, donnant l’impression de limiter tous les crimes ou délits sexuels aux faits des seuls prêtres, ce qu’une religieuse Véronique Margron qualifie, dans son livre Un moment de vérité (Albin Michel), de complexe d’une église « surplombante ».

Dans ce contexte, le dernier texte du Pape François jette un pavé dans la mare. Motu proprio (http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/motu_proprio/documents/papa-francesco-motu-proprio-20190507_vos-estis-lux-mundi.html) écrit à la suite de la réunion, en février à Rome, des présidents des conférences épiscopales du monde entier, ce texte comporte deux « titres » (chapitres). Le premier, généraliste, dispose notamment dans son article 3 qu’un clerc, informé de l’existence d’un délit sexuel commis sur mineur ou personne vulnérable, « a l’obligation de le signaler ». Le deuxième, soit la moitié de ce document, est, quant à lui, exclusivement consacré à préciser les modalités d’enquêtes sur les cardinaux, évêques, les prélats et autres membres du haut clergé soupçonnés de crimes sexuels ou d’entraves dans des enquêtes sur des crimes sexuels. C’est là une avancée sans précédent.

On est loin de certains documents qui s’interrogent sur la manière de « surveiller » les prêtres, de « vérifier » les aptitudes séminaristes, de « fliquer » en quelques sortes tout le clergé sauf… les « chefs » ! Si la vigilance s’impose, elle s’impose alors à tous les niveaux de la hiérarchie. De fait, si le premier titre apporte des clarifications souhaitées et nécessaires, il n’est pas anodin que le pape François ait voulu prendre des mesures très fortes contre les membres pervertis ou compromis du haut clergé qui, trop souvent, apparaissaient intouchables, puisqu’il était inimaginable, dans l’esprit de certains, que ce dernier puisse être infecté.

Ce texte est un coup de tonnerre qui éclate dans un ronronnement ecclésial, où de déclarations de proximité avec les victimes en temps de prières et de réparation, rien de bien concret ne semblait ressortir. C’est donc un engagement fort et public de la part du Souverain Pontife. Une mise au point nécessaire pour tenter de redonner confiance au Peuple de Dieu – et au-delà – dans l’Église et ses institutions. Tolérance zéro… même aux plus hauts niveaux.

 

 

article paru sur le site du journal Le Point :

https://www.lepoint.fr/societe/abbe-christian-venard-le-texte-du-pape-est-un-coup-de-tonnerre-dans-un-ronronnement-ecclesial-11-05-2019-2311993_23.php

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Abus sexuels dans l’Église : retour sur la lettre de Benoît XVI

 

 

Lire la lettre du Pape émérite Benoît XVI :

https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Documentation-catholique/Eglise-dans-le-Monde/LEglise-scandale-abus-sexuels-article-pape-emerite-Benoit-XVI-2019-04-16-1201016056

Après avoir lu pas mal de commentaires sur ce texte et sur ma chronique un petit ajout :

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L’Église face à la crise

 

Invité en ce lundi de Pâques par le journaliste Jean-Jacques Bourdin, dans son émission « Rien n’est impossible », pour parler de la crise de l’Église.

 

Tirer sur l’Église est un sport facile

 

Ma réaction au livre de Frédéric Martel, Sodoma

Propos recueillis par Jérôme Cordelier pour Le Point

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« Cette lecture m’a accablé. Je suis prêtre, j’ai donné ma vie au Christ et à l’Eglise, et voir cette Eglise déformée me rend profondément triste. Mais cet accablement est aussi celui de quelqu’un qui, depuis des années, sait qu’il existe une part de réalité dans ce que décrit Frédéric Martel. Qu’il y ait des clercs dont les mœurs sont dépravées n’est pas un phénomène nouveau : l’histoire de l’Eglise est émaillée de ce genre de scandales ; il suffit de se rappeler les horreurs de la cour des Borgias. Il y a trente ans déjà, quand j’étudiais à Rome, l’homosexualité de certains cérémoniaires au Vatican (chargés de la liturgie) était connue. On disait : « Attention à celui-là, il a la main baladeuse ». J’avais même évoqué le sujet dans mon livre,  Un prêtre à la guerre (Tallandier). Mais à cause de la crise pédophile, qui a commencé depuis vingt ans, on pouvait espérer que de l’ordre avait été mis dans l’institution. Las, ce livre montre qu’il n’en est rien.

Qu’un de mes confrères puissent avoir des tendances homophiles, en soi ne me dérange pas. Mais s’il passe à la pratique, alors sa conduite devient désordonnée par rapport à l’engagement du célibat consacré qu’il a pris et au message qu’il porte. L’auteur a raison de souligner les incohérences d’une institution qui lutte aujourd’hui, quasiment seule, pour tenir un discours moral ferme et à contre-courant et certains de ses cadres, jusqu’à haut niveau, qui ne s’appliquent pas ces préceptes à eux-mêmes.

Maintenant, je m’interroge sur l’opportunité de cet ouvrage. L’Eglise est prise dans une vaste tempête, et voilà encore un coup de massue qui s’abat sur nous ! On peut se demander si Frédéric Martel n’en fait pas trop : que le cardinal Burke se montre trop souvent dans des cérémonies liturgiques quasi felliniennes et entouré d’éphèbes n’est vraiment pas ma tasse de thé ; mais user d’un procédé narratif tendancieux pour le suspecter d’homosexualité me paraît exagéré. Tirer sur l’Église est devenu un sport relativement facile ! Cela dit, comme le clame Cyrano au comte de Guiche : « On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » !

De mon point de vue, il y a plus grave : je suis radicalement en désaccord avec l’auteur quand il assure que seuls quelques mystiques, à la marge, seraient en cohérence avec leur engagement de chasteté. C’est tout simplement faux. J’affirme que l’immense majorité des religieux, religieuses et prêtres vivent dans la fidélité à cet engagement. Cela, évidemment, ne se fait pas sans combats intérieurs. Le célibat volontaire au service de Dieu entraîne, bien entendu, au sens technique, une frustration. Selon Frédéric Martel, dont la pensée est moderne, une telle conduite est source de comportements déviants, en tout cas hypocrites. Pour moi, adepte d’une pensée classique, en référence aux travaux du célèbre père jésuite Albert Chapelle et en m’appuyant sur Freud et la psychanalyse, la frustration permet bien au contraire la construction de l’individu. On a trop vite oublié que quand Françoise Dolto disait « Il est interdit d’interdire », elle ajoutait aussitôt : « sans donner l’explication de l’interdit ». L’interdit sexuel pour un clerc n’a de sens que dans sa finalité : c’est parce qu’il a le désir de se donner totalement à Dieu qu’il accepte ce sacrifice, car c’est un sacrifice. Nous vivons dans un monde où la notion de sacrifice est largement déconsidéré, alors que pour l’Eglise elle reste une vertu majeure, positive, indispensable à la vie chrétienne.

Avec 20 siècles d’histoire, l’Eglise a toujours été un élément de contradiction dans le monde. Dans le miroir grossissant que nous tend Frédéric Martel, je lis, y compris de sa part, que l’on attend mieux de l’Eglise. Mais soyons juste : qui soigne le plus de malades du sida dans tant et tant de pays pauvres ? C’est l’Eglise catholique. Qui fait tenir debout un minimum de structures sociales et médicales dans un certain nombre de pays ? L’Eglise ! Le Christ est venu nous apporter un message d’amour et de vérité, mais aussi de libération par rapport à nos pulsions, ce déterminisme qui nous pousserait à assumer tous nos penchants, nos fantasmes. L’être humain n’est pas esclave de ses pulsions. Voilà ce que nous dit le Christ. Voilà ce dont essaie de témoigner l’immense majorité des religieuses, religieux et prêtres.

 

 

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Jean-Emile Anizan

De la dure vie en Eglise…

Fondateur, à la fin de sa vie, des Fils de la Charité et des Auxiliatrices de la Charité, le père Anizan est une figure emblématique de ce catholicisme français de la fin du XIXe siècle et des débuts du XXe, issu de la terrible crise anti catholique révolutionnaire, tourmenté par la question sociale en externe et la crise moderniste en interne, confronté à la violence laïcarde de la IIIe République.

 

Très tôt, son désir, comme prêtre, de se mettre au service des plus pauvres devient prééminent. Il doit, avec patience, attendre l’autorisation de son évêque à Orléans, pour entrer chez les frères de Saint-Vincent-de-Paul. Il y fait si bien, se dévouant corps et âme aux œuvres, qu’en 1907 il en sera élu supérieur général. Tout semblait lui réussir, quand la crise moderniste vient frapper sa congrégation et, après une enquête romaine, il est destitué pour « modernisme ». Beaucoup de ses frères demanderont alors à être relever de leurs vœux et quittent la congrégation. Ce sont eux qui, quelques années après formeront la base lors de la création des Fils de la Charité, fondation soutenue par le même Saint-Siège (mais on avait changé de pape) qui avait destitué le père Anizan !

 

Cet épisode – qui révèle aussi la profonde spiritualité du père Anizan et son obéissance – nous invite à une saine vision de l’institution ecclésiale (ou du « système » clérical) dans l’Eglise. Même au plus haut niveau celle-ci n’est pas infaillible dans ses décisions disciplinaires. Nombre de saints ont été ainsi persécutés et condamnés dans un premier temps par des clercs en charge du pouvoir, avant d’être réhabilités par l’Eglise – de leur vivant ou non. Soyons donc des fils obéissants de l’Eglise – et cela passe par le respect en effet de sa hiérarchie – , mais non pas aveugles – par peur ou lâchetés – sur les déficiences, parfois énormes, qui entachent cette même hiérarchie.

 

Il y a là un difficile équilibre à trouver. Mais le Seigneur Jésus ne nous a jamais promis la facilité en ce monde !