Du courage toujours…

 

pour affronter en Eglise la crise pédophile et l’évangélisation du monde numérique !

 

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Jean-Emile Anizan

De la dure vie en Eglise…

Fondateur, à la fin de sa vie, des Fils de la Charité et des Auxiliatrices de la Charité, le père Anizan est une figure emblématique de ce catholicisme français de la fin du XIXe siècle et des débuts du XXe, issu de la terrible crise anti catholique révolutionnaire, tourmenté par la question sociale en externe et la crise moderniste en interne, confronté à la violence laïcarde de la IIIe République.

 

Très tôt, son désir, comme prêtre, de se mettre au service des plus pauvres devient prééminent. Il doit, avec patience, attendre l’autorisation de son évêque à Orléans, pour entrer chez les frères de Saint-Vincent-de-Paul. Il y fait si bien, se dévouant corps et âme aux œuvres, qu’en 1907 il en sera élu supérieur général. Tout semblait lui réussir, quand la crise moderniste vient frapper sa congrégation et, après une enquête romaine, il est destitué pour « modernisme ». Beaucoup de ses frères demanderont alors à être relever de leurs vœux et quittent la congrégation. Ce sont eux qui, quelques années après formeront la base lors de la création des Fils de la Charité, fondation soutenue par le même Saint-Siège (mais on avait changé de pape) qui avait destitué le père Anizan !

 

Cet épisode – qui révèle aussi la profonde spiritualité du père Anizan et son obéissance – nous invite à une saine vision de l’institution ecclésiale (ou du « système » clérical) dans l’Eglise. Même au plus haut niveau celle-ci n’est pas infaillible dans ses décisions disciplinaires. Nombre de saints ont été ainsi persécutés et condamnés dans un premier temps par des clercs en charge du pouvoir, avant d’être réhabilités par l’Eglise – de leur vivant ou non. Soyons donc des fils obéissants de l’Eglise – et cela passe par le respect en effet de sa hiérarchie – , mais non pas aveugles – par peur ou lâchetés – sur les déficiences, parfois énormes, qui entachent cette même hiérarchie.

 

Il y a là un difficile équilibre à trouver. Mais le Seigneur Jésus ne nous a jamais promis la facilité en ce monde !

Lettre à un ami évêque

Résultat de recherche d'images pour "bishops in rome"Mon ami évêque,

mon frère dans la Foi, mon père dans l’Église (Cf. S. Augustin : « avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque »), mais surtout j’insiste, mon ami ; te voilà rendu à Lourdes pour votre assemblée plénière de novembre, avec un temps d’automne mélancolique et tempétueux – et je ne parle pas que de la météo… Ces quelques mots voudraient t’encourager, au sens premier : te donner le courage, d’affronter, en vérité et en liberté, les difficultés rencontrées aujourd’hui par notre institution ecclésiale en France.

L’une d’elles me semble de nature à corrompre tout l’édifice, car elle tient aux rapports mêmes entre les évêques et les prêtres. Sans doute est-il temps de les rééquilibrer.  Cela veut dire déjà repenser le ministère de l’évêque dans l’humilité, après l’hubris qui a saisi ce corps épiscopal à la faveur d’un certain « hyper épiscopalisme », que l’on peut rencontrer dans les textes du concile Vatican II. La seule réception de l’épiscopat ne fait pas de vous des sur-hommes, et surtout des compétents en tout. Savoir accepter que de « simples » prêtres puissent être plus compétents en tel ou tel domaine n’entame en rien le ministère particulier de l’évêque. J’ai même le sentiment que cela rejoint le projet du Pape François quand il parle de la synodalité !  Sans doute faudrait-il aussi, pour vous aider, créer une véritable formation des évêques. On ne s’invente pas DRH, gestionnaire, chef, magistrat… du jour au lendemain. Il serait bien nécessaire enfin de repenser la place de la « parole épiscopale ».

voir aussi : L’Église  a-t-elle encore le droit à la parole ?

Mais cela veut dire aussi repenser la spécificité du prêtre diocésain comme collaborateur. Pas au sens où l’entendent les hommes politiques ou les « managers ». Le prêtre diocésain est, en quelque sorte, la présence « réelle » de l’évêque sur une portion de territoire donnée. Il est comme envoyé, donné, à tout un peuple, y compris les non baptisés d’un territoire. C’est de cette spécificité qu’il tire sa joie et plus encore son dynamisme missionnaire. Ce  peuple devient alors sa communauté naturelle (et non, ce n’est pas le presbyterium). Obliger les prêtres diocésains à vivre en communauté est une absurdité qui voudrait  reproduire le « système séminaire » (trop souvent un  système de pouvoirs et de violences), ou bien singer les véritable vies communautaires de nos frères religieux. Encore une fois : le prêtre diocésain trouve sa joie dans son intimité avec Jésus, dans la fraternité avec ses confrères, dans sa filiation avec son évêque… mais surtout dans ses liens profonds avec le peuple auquel il est envoyé et totalement donné.

voir aussi : Joie et spécificité du prêtre diocésain

Une réforme de la manière de vivre l’épiscopat nécessiterait aussi des formes de « contre  pouvoirs » qui n’existent plus, mais aussi belles et simples que pouvaient l’être les chapitres de chanoines. Dans le domaine du judiciaire, il y aurait urgence à recréer des juridictions indépendantes des évêques, tout particulièrement en matière de droit pénal. Contrairement à ce que semblent penser beaucoup d’évêques (qui voient là une diminution de leur pouvoir) cela les libérerait ! On ne peut pas, surtout en matière pénale, être à la fois celui qui condamne et celui qui accompagne la faiblesse d’un prêtre… Il n’est pas sain, même pour lui, que le simple fait d’être évêque donne tous les pouvoirs y compris dans le domaine des biens matériels qui ne sont évidemment pas sa propriété (ce que beaucoup de tes confrères évêques donnent l’impression de croire) mais celle d’une Église particulière dont ils sont serviteurs… temporaires.

Les évêques, réunis à Lourdes, poseraient un acte prophétique très fort en demandant pardon aux prêtres de la manière dont ils ont été traités par le pouvoir épiscopal, depuis la fin de Vatican II. Je pense, entre autres, aux innombrables prêtres qui ont été martyrisés par les curies  épiscopales, en particulier dans la mise en œuvre de « l’esprit du concile ». Il y a sur cette sombre page de l’histoire de l’Église de France une omerta. Seule la vérité rend libre. Demander pardon aussi pour n’avoir pas su gouverner convenablement le peuple de Dieu, n’avoir pas su écarter les brebis galeuses et donc faire porter aujourd’hui l’opprobre de la pédophilie sur tous les prêtres. Pardon des évêques car pas assez à l’écoute, ils alimentent sans le vouloir les soupçons. Cela veut dire aussi réfléchir sur le relâchement des mœurs du clergé (rien de nouveau sous le soleil) mais surtout la complaisance et le laxisme dont les curies épiscopales ont fait preuve en ce domaine. La crise pédophile n’est que l’arbre hideux qui cache (mal) la forêt des abus spirituels en tout genre et des mœurs relâchées d’une petite partie du clergé.

voir aussi : Église et pédophilie : les supérieurs aussi doivent rendre des comptes

Pédophilie, gestion de crise et hiérarchie catholique

II faut dès maintenant (et dans 10 ans encore plus) repenser notre territorialité. Sur les 15.000 prêtres que comptaient encore la France en 2010, plus de la moitié avaient plus de 75 ans. Ce qui veut dire (nous sommes en 2018) que dans 5-6 ans, sans vouloir les enterrer trop vite, nous serons 5.000. On ne peut plus avancer comme ça.  Les prêtres sont écartelés ! Sans doute faudra-t-il accepter que l’on  « abandonne » une partie du territoire pour revenir aux fondamentaux : les sacrements. Nul n’ignore que les prêtres font trop souvent tout, sauf exercer leur sacerdoce. Il y a des aumôniers laïcs en hôpitaux (donc pas de sacrement des malades ou presque) ; plus beaucoup de funérailles célébrées et de rencontre avec les périphéries (baptêmes et mariage délégués aux diacres permanents pour la célébration et aux laïcs pour la préparation ; catéchèse déconnectée des prêtres par manque de temps et par soupçon exagéré de pédophilie…). on déconnecte de plus en plus le prêtre de son sacerdoce. L’accompagnement spirituel est souvent délaissé par manque de temps ! Il est temps de sortir des années 70-80… C’est-à-dire de revenir aux fondamentaux : nous sommes faits pour porter le Christ aux autres et annoncer la vérité du Salut en Jésus. Prêcher sur le Salut éternel. Prêcher sur les vertus théologales. Enseigner la Foi. Dispenser les sacrements. Et comme prêtres diocésains, par la réception même du sacrement de l’ordre, être porteurs, en notre faible humanité, du Christ auprès de nos frères humains, chrétiens ou non.

voir aussi : Pédophilie dans l’Église : la désacralisation en cause

Mon ami évêque, vous semblez tous si paralysés par la peur ! Peur de vous mêmes,  peur de vos prêtres, peur du peuple, peur des journalistes… et sans doute peur de vous confronter au monde moderne. Avez-vous collectivement réalisé que 98% des Français vivent sans vous connaître, sans connaître l’Église et le Christ… à part pour ânonner l’amalgame médiatique terrible « pédophilie = prêtre » ? Il est temps de sortir de la peur. Sortir des schémas préconçus, sortir des petits cercles choisis, sortir du confort des assemblées filtrées par les soins des services de la CEF, sortir de « l’ecclésio-polico-culturellement correct » (ça s’appelle juste la langue de buis !), sortir de vos évêchés, de vos réunions, de l’entre-soi confortable. Aller à la rencontre du monde… prendre des coups, en donner, ouvrir le dialogue, savoir le fermer, ouvrir sa gueule, savoir aussi la fermer, bouffer et boire avec les gens (les 98% qui ne viennent pas…. pas seulement les 2% habituels, qu’on aime bien aussi pourtant). Bref, vivez ! Respirez la joie de vivre : faire un bon repas, raconter des blagues, éclater de rire, ne pas se prendre au sérieux, mais faire ce qui le mérite avec sérieux…

Mon ami évêque, les temps sont durs. Je te connais et je sais aussi tous les doutes qui t’assaillent. Ta détresse humaine ou spirituelle parfois. Ton amertume quand des prêtres, comme moi, te semblent trop exigeants, ingrats, enfants gâtés. Ces quelques mots, dont tu as bien compris qu’ils se voulaient volontairement provocants,  ne sont là que pour exprimer à quel point l’on compte sur vous, à quel point l’on vous aime bien malgré tout : parce que sans vous, le service du Christ, de son Église et du peuple ne serait tout simplement pas possible.

« Duc in altum » !

 

+ Dimanche 4 novembre 2018

Aimer l’Église et la distinguer de l’institution cléricale

Chronique sur KTO du 6 septembre 2018

 

« Ce n’est pas la parole de l’Église qui nous fait accepter Jésus, mais c’est la parole de Jésus qui nous fait accepter l’Église »

Père R. Cantalamessa, Aimer l’Église, Ed des béatitudes 2005, p. 21

 

 

Père Jérôme

Un phare dans la nuit

 

Image associéeLa découverte, tout jeune homme, des premiers écrits du Père Jérôme, publiés par son disciple le Père Nicolas, fut un éblouissement et contribua beaucoup à la fortification de ma vocation sacerdotale.C’est donc peu, de dire à quel point je recommande la lecture de ce grand maître de la vie spirituelle. La biographie, fort réussie, que lui a consacrée Anne Bernet (éditions du Cerf) permet de suivre, pas à pas, la consécration d’un jeune homme suisse, puis d’un moine trappiste, à une unique aventure : celle de la prière, de l’amitié avec le seul Ami, Jésus.

Plus encore, la lecture, des écrits de Père Jérôme nous entraîne, à sa suite, dans cette œuvre laborieuse de toute vie chrétienne : bâtir son intimité spirituelle, dans le silence, la prière et la contemplation.  Père Jérôme ne se paye pas de mot, et dans les sages conseils qu’il prodigue au jeune père Nicolas, le premier de tous est de lui apprendre l’âpreté de la vie spirituelle et de prière. Vivre un « cœur à cœur » avec le Christ, c’est vouloir tenir dans ses bras Celui qui est insaisissable – Car toujours dure longtemps, 1986. Pas de mensonge sous la plume de celui qui en sait le prix et en avertit son jeune ami. Deuxième leçon, sur ce rude chemin, il est nécessaire de trouver un père, des maîtres et des amis ; on ne peut s’y aventurer seul et sans guide, comme dans les montagnes qui furent chères au jeune suisse – L’art d’être disciple, 1988. Seul un homme qui accepte la solitude du silence et les combats les plus concrets qu’elle exige, peut entrer dans la paix de l’intimité divine – Vigilant dan la nuit, 1995.

Pas un jour je n’ai regretté la rencontre, par les livres,  de Père Jérôme, il est devenu au fil des ans un véritable père, un premier de cordée, bien souvent dans les moments de doute un phare qui éclaire mes propres nuits, et dont les rayons chassent en partie les peurs et les découragements. Merci à Dieu d’avoir placé en ce siècle un tel témoin. Merci à ses frères trappistes de nous en conserver et livrer l’héritage.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, septembre 2018

Pierre-Joseph de Clorivière

Un Jésuite face à la révolution

 

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« Quoique la destruction totale de la religion chrétienne soit le but principal que se proposent, dans la Révolution présente, les puissances des ténèbres, ainsi que les agents en chef dont elles se servent pour l’opérer, cependant c’est avec le soin de ne pas montrer au grand jour cette intention perverse. »

Avec ces quelques lignes, on ne peut pas dire le père de Clorivière, soit un grand soutien de la révolution française ! Déjà dans la période prérévolutionnaire, il a vu son ordre (les Jésuites) expulsé de France par le roi, puis interdit d’exister par le pape lui même. Quand la révolution éclate, il en discerne avec clarté les objectifs anti chrétiens. Pourtant, loin de fuir, malgré même les propositions du premier évêque américain de rejoindre le nouveau monde, c’est en France qu’il veut combattre, au risque de sa vie.

Il devra vivre caché, recherché. Il subira même la prison pendant cinq années sous le Consulat. Malgré ce qu’il perçoit des fondements anti catholique de la révolution, il se consacre à l’organisation de groupes de vie religieuse adaptés aux circonstances révolutionnaires de son époque. Ce seront des « religieux dans le monde » ne vivant pas en communauté et ne portant pas d’habit distinctif. Ainsi, avec quelques prêtres, il forme la Société du Cœur de Jésus, ou Prêtres du Coeur de Jésus et, avec la collaboration de Adélaïde-Marie Champion de Cicé, il fonde la Société du Cœur de Marie, ou Filles du Cœur de Marie en 1790.

Son attitude au cours de la révolution est exemplaire pour nous. Le régime politique dans lequel nous vivons se réclame des « valeurs » révolutionnaires, sans avoir jamais eu le courage de la repentance pour ce qu’elles avaient pu engendrer d’horreurs, de persécutions contre la religion et une part importante de la population. Sachons néanmoins, avec intelligence et espérance, à l’image du Père de Clorivière, nous mettre toujours au service de notre pays.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, août 2018

 

Ambroise-Marie Carré op

Fidélité

 

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Même si  les frères dominicains nous ont habitués, de longue date, au prestige intellectuel de leur ordre, ce n’est pas rien, pour eux, de compter deux de leurs frères parmi les membres de l’Académie française, Lacordaire le plus connu, et le père Ambroise-marie Carré, le plus récent.

Un des aspects les plus frappants de cette riche personnalité, au travers de tant et tant d’activités, souvent menées de front, est sa fidélité. Fidélité dans les amitiés, fidélité à sa Patrie (il fut grand résistant au cours du deuxième conflit mondial), fidélité à sa vocation, fidélité à son Ordre et enfin fidélité à l’Église.

A ce sujet, l’académicien René Girard, qui lui succéda sous la Coupole, écrivit dans son éloge ces lignes révélatrices :  « Pendant les années troubles, le père Carré ne fit guère parler de lui, que par ses sermons et ses livres édifiants. Cette discrétion était si rare à l’époque, qu’elle attira sur lui l’attention des catholiques lucides, inquiets pour l’avenir de leur Église. Avec le temps, la blancheur de sa robe devient emblématique de tout ce que le chaos post-conciliaire dilapidait : le sens du péché, l’engagement sans retour, l’amour du dogme catholique, le mépris des polémiques vaines. Pour s’assurer que ces vertus n’étaient pas mortes, les fidèles se tournaient volontiers vers ce bloc immaculé de marbre blanc, comme les Hébreux vers le serpent d’airain« .

Puissions-nous, à l’image du Père Carré, dans une période non moins troublée de la vie de notre Église, vivre en vérité et avec intelligence,  cette fidélité à l’Église et à notre Foi.