Rentrée scolaire… catholique !

Chronique pour l’émission A la Source sur KTO – du 6 octobre 2017

 

 

Référence :

https://enseignement-catholique.fr/un-enjeu-dequite/

 

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Jacques Loew o.p.

L’obéissance au cœur de la sainteté

 

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La vie du père Jacques Loew est comme un condensé d’un parcours spirituel au XXe siècle. Jeune homme, il fait profession d’incroyance, comme tant de ses contemporains. La découverte du Christ, avec la lecture des Évangiles, l’entraîne jusqu’à la vocation. Au sein de l’ordre des frères prêcheurs, il sera dominicain. Une très solide formation intellectuelle, théologique et spirituelle, dont il rendra grâce toute sa vie, lui sera dispensée par ses maîtres à Saint-Maximin.

Ce qui le fera le plus connaître sera son engagement au sein du milieu ouvrier (en particulier avec les dockers) dans l’esprit de ce fameux appel du cardinal Suhard – alors archevêque de Paris – : « Un mur sépare l’Église du monde. Ce mur, il faut l’abattre à tout prix. » Un engagement généreux et dangereux dans cette expérience dite des « prêtres ouvriers ». Généreux, car mû par la volonté énergique de rejoindre les hommes sur leur lieu de travail pour leur annoncer Jésus-Christ, dans la crédibilité d’un travail rude partagé. Dangereux, car incompris en partie par les autorités ecclésiales et, par ailleurs, non sans ambiguïtés qui poussèrent nombre de ces nouveaux missionnaires à quitter le sacerdoce ou abandonner la foi, au profit du marxisme triomphant de ces années-là.

Quand les sanctions romaines tomberont sur ce mouvement, Jacques Loew fera montre de la plus belle obéissance qui soit. Il écrit, dès 1955, à l’un de ses frères dominicains : « A Rome, j’ai mieux senti cette nécessité de l’union absolue, de l’obéissance fidèle à l’Église, et comment Jésus continue à nous dire: « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Mais le moi actuel de Jésus, c’est l’Église, et dans l’Église, c’est la hiérarchie. Il faut donc essayer de vivre de plus en plus dans la logique de notre croyance en une Église surnaturelle, de qui nous tenons notre être de prêtres et de missionnaires. »

Seul un prêtre profondément ancré dans la prière et la foi pouvait réagir ainsi. Cherchons, nous-aussi, cette rude et exigeante fidélité au Christ en son Eglise. « La sainteté chrétienne, écrit toujours Jacques Loew, ne réside pas d’abord dans l’accumulation des œuvres, mais dans la disposition secrète, connu de Dieu seul, du cœur ».

 

Chronique parue dans Parole et Prière, octobre 2017

Préface

pour le livre de Martial LIMOUZIN, J’avais vingt ans en 1914 – Quelle connerie la guerre !

 

J'avais20ansLe Père Doncoeur, célèbre aumônier militaire durant toute la Grande Guerre, écrivait aux lendemains de cette atroce période de notre histoire européenne : « Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don… » C’est dans cet esprit que Martial Limouzin, pour lui rendre hommage, retrace, avec une plume alerte, le parcours militaire de son grand-père, de sa mobilisation en 14 à sa démobilisation en 18. L’immense majorité des familles françaises a été touchée par ce drame. Avec émotion, je garde un souvenir précis des journées passées en Artois, avec tous les descendants de mon arrière grand-père, jeune capitaine saint-cyrien, mort au champ d’honneur en 1915, à la tête de ses hommes dans les combats d’Hebuterne. Tant et tant de familles françaises tiennent, dans le cadre du centenaire de la guerre de 14-18, à manifester ainsi une piété filiale et patriotique, envers ceux qui ont sacrifié leur vie. Ce livre entre dans cet esprit. Si le grand-père Auguste n’y a pas laissé sa peau, ces pages évoquent en permanence les sacrifices terribles imposés aux soldats de 14-18. La séparation de leurs familles, de leurs fermes, de leur terre natale n’en est pas un des moindres. Les horreurs d’une guerre moderne et sans merci y ajoutent une cruauté, dont les conséquences se feront sentir toute leur vie durant.

Ah oui, « quelle connerie la guerre » ! Aumônier militaire depuis vingt ans, les combats auxquels il m’a été donné de participer avec les armées françaises, sur de nombreux théâtres d’opérations, n’ont rien à voir en intensité avec ceux de la Grande Guerre. Pour autant, la violence qui les anime reste du même ordre. De nombreux auteurs, ethnologues, paléontologues, philosophes, écrivains ou juristes ont cherché à comprendre si la guerre et la violence étaient inscrites au cœur même de l’être humain, et de la société. Pour nous chrétiens, cet état est la conséquence terrible du péché de nos premiers parents, de la destruction de l’harmonie voulue aux origines par le Créateur. Au travers du récit, recomposé par Martial Limouzin, du parcours de son grand-père, on saisit, dans l’intimité d’un de ces combattants, la lutte intérieure entre la volonté de défendre la Patrie et l’aspiration à la paix. L’expérience d’Auguste décrit tout à la fois ce désir de paix, de retour au foyer, l’absurdité de la guerre, mais aussi, la ferme décision de remplir son devoir de Français, quoi qu’il en puisse coûter. Le saint père Daniel Brottier disait : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est sur les champs de batailles« . Ce livre fait entrer dans le quotidien d’un jeune paysan français. Pas de discours historique, même si l’auteur a suivi avec une précision méticuleuse le Journal de Campagne du régiment de son grand-père. Pas de grandes théories sur cette première guerre mondiale, même si chaque lecteur, au travers des réflexions d’Auguste, peut réaliser ce que pouvait penser un jeune conscrit de la 14.

Ce livre, issu de piété familiale et patriotique, est précieux enfin dans une période cruciale que traverse notre patrie. La simplicité de l’écriture, le témoignage sans fard, peuvent nous rejoindre dans nos combats d’aujourd’hui. Certes, la France n’a pas en face d’elle un Etat, ennemi héréditaire ; mais notre pays est engagé désormais dans une lutte sauvage, contre une idéologie islamique, dont les méthodes barbares et sanglantes rappellent, en effet, que la guerre est tragique, qu’elle est une « connerie ». L’exemple du grand-père Alexandre invite chaque lecteur à aimer sa patrie, son prochain et à remplir ses devoirs envers les uns et les autres, quoi qu’il puisse lui en coûter. En ce sens, la lecture de ce livre, prédispose le lecteur au cœur ouvert, à l’âme attentive, à se préparer moralement aux combats d’aujourd’hui que notre France doit livrer. Laissons alors résonner une dernière fois, avant de céder la parole au grand-père Alexandre, la voix du père Doncoeur : « Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et – qui sait?- peut-être demain à une mort analogue« .

 

Bordeaux, 5 juillet 2017

 

Madeleine Delbrêl

Un prêtre, vite… et un vrai !

 

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« L’absence d’un vrai prêtre dans une vie, c’est une misère sans nom, c’est la seule misère« , Madeleine Delbrêl a ici, comme souvent les spirituels, cette fulgurance de pensée qui nous ramène à l’essentiel. Pour élargir son propos : la perte de la transcendance est la plus grande des pauvretés, et le prêtre est  l’homme de la transcendance. Encore faut-il qu’il en accepte l’ascèse. Car Madeleine précise bien « un vrai prêtre ». Qu’entend-elle par là ?

Cette apôtre des banlieues, cette courageuse opposante à l’athéisme marxiste, cette novatrice dans la vie de l’Eglise, pose un regard exigeant sur la vie sacerdotale : « Dans le prêtre, on veut retrouver une vie vraiment humaine et une vie vraiment divine. Le malheur, c’est que beaucoup apparaissent comme amputés soit de l’une, soit de l’autre. Il y a des prêtres qui semblent n’avoir jamais eu de vie d’homme. Ils ne savent pas peser les difficultés d’un laïc, d’un père ou d’une mère de famille, à leur véritable poids humain. […] A condition toutefois que, s’il mêle sa vie à la nôtre, ce soit sans vivre tout à fait comme nous. Les prêtres ont longtemps traité les laïcs en mineurs ; aujourd’hui, certains, passant à l’autre extrême, deviennent des copains. On voudrait qu’ils restent pères… » En quelques lignes Madeleine montre à quel point elle connaît et aime les prêtres, à quel point elle a saisit le paradoxe crucifiant qui traverse leur vie : être d’ici et déjà témoigner de l’ailleurs.

Elle veut que le prêtre soit l’homme de la prière, l’homme de le joie, l’homme fort qui réconforte, l’homme sensible et discret qui écoute les souffrances et les garde en son cœur, l’homme de la vérité qui ne se compromet pas pour « arriver », le fils de l’Eglise mais qui ne se cléricalise pas : « Le prêtre devient [parfois] l’homme de la vie ecclésiastique, du « milieu clérical »; son vocabulaire, sa manière de vivre, sa façon d’appeler les choses, son goût des petits intérêts et des petites querelles d’influence, tout cela lui fait un masque qui nous cache douloureusement le prêtre ». Que tout cela est juste.

Alors… prions, prions pour les prêtres et pour les séminaristes. Oui, prions.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2017