« Agir ensemble » : le défilé militaire du 14 juillet invite à l’unité

 » La France a bien fait voir qu’étant unie elle est invincible,
et que de son union dépend sa grandeur,
comme sa ruine de sa division  »
Louis XIII

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Pour le défilé militaire du 14 juillet cette année 2019, le thème « agir ensemble » a été choisi. Il s’agit, dit-on de sources officielles, de marquer le côté international,  désormais inéluctable de nos engagements armés à l’extérieur. Plus aucune nation d’importance moyenne n’a la possibilité aujourd’hui d’œuvrer seule, à l’exception sans doute des trois super puissances, Etats-Unis, Russie et Chine. Ainsi, le programme cette année vise à saluer l’Initiative européenne d’intervention (IEI) ainsi que l’ensemble des opérations militaires que la France a conduites en coopération avec ses voisins européens. Né en juin 2018, ce rassemblement de pays européens vise à intensifier les échanges entre états-majors et ainsi muscler l’Europe de la défense.

Tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent à la chose militaire ne pourront que souscrire à un tel thème, malgré toutes les réserves pragmatiques ou doctrinales qui peuvent être émises sur les collaborations militaires entre alliés et même la construction, sans doute illusoire, d’une « défense européenne ». Pour l’avoir vécu et observer à l’humble place d’un aumônier militaire en opération, ces collaborations, malgré leurs difficultés inhérentes, sont nécessaires (on peut penser en particulier à la question du renseignement si dépendant de notre allié américain), mais en plus elles sont enrichissantes. Profiter du défilé du 14 juillet pour informer mieux les citoyens sur la réalité et les enjeux de ces collaboration est un choix judicieux.

Ce thème peut aussi se décliner en un autre sens, non pas contradictoire mais complémentaire. Dans une période où lé défilé du 14 juillet n’est plus tant l’objet d’intimider d’éventuels ennemis par nos capacités militaires, ni même de célébrer la première fête de la prise de la Bastille, le 14 juillet devrait être l’occasion de rappeler l’essentiel pour un pays : sa capacité à s’unir face aux dangers et à concentrer ses forces dans une action porteuse de sens. « Agir ensemble » pourrait  donc s’entendre aussi comme une invitation (une injonction ?) faite à tous les citoyens français de s’unir autour de leurs forces de l’ordre (extérieures ou intérieures). Dans un contexte d’implosion de la société française (cf. L’archipel français de Jérôme Fourquet, Seuil 2019), il est sans doute dommage de n’avoir pas profité de ce thème pour le décliner ainsi.

Or, l’une des spécificités de la nation française est de s’être cristallisée (bataille de Bouvines en 1214) et maintenue à travers bien des vicissitudes de son histoire autour de deux grandes institutions fondatrices, l’Église catholique et l’Armée française. Ce n’est pas un  hasard si Napoléon a créé l’Ecole Spéciale Militaire (Saint-Cyr) pour que puissent s’y réconcilier les fils de la noblesse et les nouveaux venus de la révolution, au service des armées de la France. Célébrer le 14 juillet est donc donner la possibilité à chaque français de connaître mieux cette institution si précieuse et à l’apprécier ; c’est aussi ouvrir de nouveau la voie de l’unité nationale autour de nos armées.

Les armées, au cours de ces dernières années (et plus particulièrement depuis le sanglant conflit afghan) ne s’y sont pas trompées, multipliant en cette occasion les rencontres fraternelles et amicales autours de nos soldats déployés en ce jour de fête nationale. ll est sans doute vrai que l’usage controversé des forces de l’ordre intérieures face au mouvement des « gilets jaunes » (ou plus anciennement face à « La manif pour tous »), vient tempéré ce propos (notons au passage que cet usage est d’abord et avant tout celui que fixe le politique). Pour autant, les armées restent loin devant, l’institution de la République qui recueille désormais dans les sondages auprès des Français, le maximum d’avis positif et de confiance. En particulier face à la crise terroriste et le déploiement de la force Sentinelle sur tout le territoire national.

Dans la très grave crise de société que traverse notre pays, qui est encore plus morale que matérielle, entourer nos soldats, applaudir nos armées, c’est aussi retrouver l’essence de ce qui fonde notre patrie : la capacité à se reconnaître frères, à donner un sens commun à notre action sur un socle de valeurs éthiques exigeant, à retrouver le sens du sacrifice pour le bien commun. En ce sens, parachever ce défile 2019 par un hommage aux blessés militaires et une visibilité du tout nouveau SNU (quoi qu’il en soit des polémiques ou interrogations qu’il suscite) est hautement symbolique. Puisse donc ce défilé militaire 2019, au-delà de la tradition républicaine respectée, de l’enseignement international porté, aider chaque Français à retrouver le sens et le devoir de son engagement personnel, où qu’il soit, au service de sa patrie terrestre.

 

tribune parue sur le site aleteia.fr

« Agir ensemble » : le défilé militaire du 14 juillet invite à l’unité

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Honorer ceux de 14-18 pour mieux servir aujourd’hui notre Patrie

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Défendre sa patrie est pour le chrétien une œuvre de charité. Honorer les combattants morts à la guerre est non seulement un devoir de piété filiale, mais plus encore une manière d’accepter avec courage de reprendre le flambeau qu’ils nous ont transmis.

 

article paru sur le site :  https://fr.aleteia.org/

 

 

Ces vers de Charles Péguy (Eve, 1913) semblent appartenir à un monde révolu, et ce n’est pas le spectacle désolant des controverses venues émailler le centenaire de l’armistice de 1918 qui démentira cette impression. 

« Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles.
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu,
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles.»

Il est vrai que l’effroyable massacre de la Première guerre mondiale a poussé les intellectuels européens vers des philosophies pacifistes et antimilitaristes, au point que la défense de la patrie a pu, jusqu’à une période très récente, apparaître comme une valeur réactionnaire, sinon « fascisante », à tout le moins définitivement dépassée.

 

Le chrétien défend sa patrie

Pour les fidèles, le Catéchisme de l’Église catholique (n°2239) est pourtant clair : «L’amour et le service de la Patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité.» Ces lignes n’induisent pas que la Foi catholique serait en elle-même porteuse de valeurs bellicistes ; bien au contraire : on le voit ainsi dans la manière dont, aujourd’hui, les théologiens évitent l’utilisation sémantique de la « guerre juste », les principes en étant saufs. De nombreux auteurs, ethnologues, paléontologues, philosophes, écrivains ou juristes ont cherché à comprendre si la guerre et la violence étaient inscrites au cœur même de l’être humain, et de la société. Pour nous chrétiens, cet état est la conséquence terrible du péché de nos premiers parents, de la destruction de l’harmonie voulue aux origines par le Créateur. Au travers de tant et tant de lettres et de témoignages des poilus de 14-18, on entend la lutte intérieure entre leur volonté de défendre la Patrie et leur aspiration à la paix. Leurs expériences décrivent tout à la fois ce désir de paix, de retour au foyer, l’absurdité de la guerre, mais aussi, la ferme décision de remplir leur devoir de Français, quoi qu’il en puisse coûter. Le saint prêtre Daniel Brottier disait : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est sur les champs de batailles.» Jésus lui-même, dans sa vie terrestre, exprime l’un de ses plus beaux compliments à un officier de l’armée romaine… d’occupation ! « Je vous le dis en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi », dit-il à son sujet à ceux qui le suivaient à Capharnaüm (Mt 8.10). La défense de la Cité, par la force armée, n’est pas contradictoire avec le désir de paix universelle que porte le message évangélique. Ainsi poursuit le Catéchisme (n°2310) : « Les pouvoirs publics ont dans ce cas le droit et le devoir d’imposer aux citoyens les obligations nécessaires à la défense nationale. Ceux qui se vouent au service de la patrie dans la vie militaire, sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples. S’ils s’acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix.»

 

Un devoir de piété filiale

Laissons donc les controverses benoîtement pacifistes aux oubliettes de l’histoire contemporaine et aux vieilles lunes soixante-huitardes. Un journaliste écrivait il y a quelques jours : « Ne pas placer les commémorations du 11 Novembre sous le signe de la victoire revient à nier la motivation patriotique des soldats français d’alors et à laisser entendre qu’ils sont morts pour rien. » Se pose néanmoins, au moment où nous commémorons la victoire de 1918 la question du pourquoi. Pourquoi commémorer tant de sacrifices consentis ? La première réponse semble évidente : par sens de l’honneur et par respect pour l’héritage reçu. Ainsi le père Doncoeur, célèbre aumônier des tranchées, s’écriait aux lendemain de la Grande Guerre : « Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don […] Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et –qui sait ?- peut-être demain à une mort analogue. » Oui c’est un devoir de piété filiale vis-à-vis de ceux qui sont morts, qui ont été blessés dans leur chair et très souvent dans leur âme. Comme le fit Judas Maccabées pour les soldats d’Israël morts au combat : « Car, s’il n’avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. Mais il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent avec piété : c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés.» (2M 12, 44-45).

 

Reprendre le flambeau

La deuxième réponse est tout aussi impérieuse. À l’heure où nos pays européens, et la France notre patrie, sont confrontés à une nouvelle guerre totalitaire, face à l’islamisme combattant, il est du devoir de chacun d’entretenir la mémoire des héros passés, mais plus encore de relever les défis à venir. Or, pour ce faire, il importe que chaque citoyen sache quelles valeurs, quelles vertus, quelle société valent la peine d’y sacrifier son bien le plus cher : sa propre vie. Commémorer n’est donc pas seulement regarder avec respect et émotion le passé glorieux des soldats de 14-18, mais plus encore, accepter avec courage de prendre le flambeau transmis, de retrouver le sens de la transcendance dans une société qui en manque tant. Cela nécessite ce courage dont parlait si bien le père Jerzy Popielusko : « Malheur à la société dont les citoyens ne sont pas guidés par le courage ! Ils cessent alors d’être des citoyens pour devenir de simples esclaves. Si le citoyen renonce à la vertu du courage, il devient esclave et se cause le plus grand des torts, à lui-même, à sa personne, mais aussi à sa famille, à son groupe professionnel, à la Nation, à l’État et à l’Église ; même si la peur et la crainte lui font facilement obtenir du pain et des avantages secondaires… ».

En hommage à Arnaud Beltrame

Pourquoi un militaire donne-t-il sa vie ?

article paru sur le site du journal La Vie

Il y a tout juste six ans, le père Christian Venard recevait le dernier souffle de deux soldats tués par Mohammed Merah. Dans un texte écrit pour La Vie, il médite sur le sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, chrétien et serviteur de l’État.

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Est-ce parce qu’il était chrétien que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a accepté de sacrifier sa vie, ou parce qu’il était militaire et officier ? Les risques de réduire à son seul engagement catholique l’héroïsme d’Arnaud ont vite été balayés par l’annonce son appartenance à partir de 2008 à la Grande Loge de France – mystère d’une vie chrétienne en marche. Autre risque, non moins réel, celui d’une vision laïciste de son engagement, alors que la vie de foi de notre héros national était évidente – voire rayonnante.

Soldat chrétien ou gendarme républicain ? Chercher à distinguer, c’est participer d’une représentation artificiellement clivée de l’engagement publique, trop fréquente chez certains officiels. « Je suis chrétien, disent-ils, mais cela est du ressort du privé, et dans mes fonctions, je suis capable de prendre des décisions directement contraires à ma foi. » Une des leçons que nous pouvons tirer de l’exemple donné par Arnaud Beltrame, c’est qu’un vrai serviteur chrétien de l’État ne saurait vivre dans cette dualité. Bien au contraire, c’est la cohérence entre l’intime et le publique qui lui confère sa vraie force.

Les « valeurs » qui animent les « sentinelles de la société » sont bien souvent aux antipodes de celles qui meuvent cette même société. L’esprit de sacrifice, inculqué dans les armées dès la formation initiale, se heurte à l’individualisme contemporain. La cohésion du groupe, la force du binôme, la capacité à accepter la souffrance, à se dépasser, à continuer la mission même dans des conditions dégradées… tout cela se heurte au matérialisme ambiant, à l’hédonisme, à l’égoïsme. Enfin, l’idéal même d’une vie consacrée à ce qui la dépasse – le bien commun – est directement contraire à l’horizontalité désespérante d’une laïcité, devenue trop souvent laïcisme ou athéisme militant.

Cette dichotomie entre les « valeurs » de la société et celles exigées des serviteurs de l’État, en charge de la sécurité de cette même société, provoque bien souvent, chez ces derniers, de véritables implosions morales – décrochage intérieur, burn-out, états de stress dépassé… C’est une urgence professionnelle pour eux, pour leurs institutions, de retrouver les bases philosophiques, éthiques et métaphysiques du sens de leur action. Sur ce chemin, il est évident, que parmi eux, ceux qui ont la chance d’être porteurs de la foi chrétienne – par héritage ou par recherche personnelle – y sont aidés. En effet, nombre de ces « valeurs » trouvent leur déploiement dans la « morale chrétienne », et la grâce opérante de Dieu en ses sacrements leur est d’un secours précieux.

Mais, en matière civique, l’éthique chrétienne trouve la majeure part de ses sources dans la philosophie grecque, en particulier chez Aristote et Platon. Transmise tout au long du Moyen Âge, cette éthique a irrigué en profondeur notre conscience européenne. On songe en particulier ici au développement de la chevalerie, permettant de christianiser, de civiliser, l’usage de la force au service de ce qui dépasse l’intérêt immédiat, au service du suzerain, dans le respect du faible, de la femme, de l’orphelin, et des droits de Dieu.

Aujourd’hui, retrouver le sens du bien commun, en connaître les fondements philosophique et les exigences dans l’action, est une nécessité vitale pour tous les serviteurs de l’État… et au-delà, dans le cadre de notre lutte contre le terrorisme, pour tous les citoyens. Quelles que soient ses convictions religieuses, philosophiques, politiques – et l’on comprend ici ce que veut dire la neutralité des militaires – le serviteur armé de l’État doit avoir, très tôt dans sa formation, acquis une intime conviction. Celle qui vous anime au moment de la crise : que le sacrifice ultime de sa vie vaut la peine, même si, la société même qu’il défend, a bien du mal à le comprendre. Sur ce chemin ardu, la figure héroïque d’Arnaud Beltrame nous offre un témoignage de plus. Que son sacrifice soit porteur de renouveau et de courage pour notre patrie.

 

 

version en ligne :

http://www.lavie.fr/actualite/billets/pourquoi-un-militaire-donne-t-il-sa-vie-25-03-2018-88950_288.php

 

Densifions-nous !

 

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Couverture densification

Aumônier et… « militaire non-pratiquant »

Article paru sur le site CathoBel
[http://www.cathobel.be/]

 

Nous connaissons leur existence, mais que sait-on vraiment de ces prêtres qui servent au sein des forces armées? De leurs motivations, de leurs missions? Pas grand-chose. Rencontre avec l’un d’entre eux: Christian Venard. Devenu aumônier militaire en 1998, le « Padre » a longtemps servi au sein des troupes parachutistes françaises (17e RGP).

Quel parcours singulier que celui du Padre Venard! Ce prêtre au look classique de para a décidé un jour de se placer au service de Dieu, de sa Patrie et de ses frères d’armes. Il s’en est déjà confié dans un livre*. Mais celui qui a vu mourir dans ses bras deux de ses paras, en mars 2012, assassinés par le terroriste islamiste Mohamed Merah, a accepté de revenir pour Dimanche sur son engagement si particulier.

En quoi consiste concrètement votre fonction d’aumônier militaire? 

Nos fonctions d’aumôniers militaires sont délimitées par la loi et les règlements militaires. Nous sommes d’abord chargés d’assurer la possibilité du culte au sein des armées. Tout particulièrement en opération extérieure sur les théâtres où nos camarades militaires sont déployés. A cela vient s’ajouter un accompagnement humain pour tous et un rôle de conseiller pour le commandement en matière religieuse et humaine. On devient aumônier militaire en étant recruté par la direction de l’aumônerie – catholique en ce qui me concerne – et selon les procédures mises en place par l’administration militaire (enquête de moralité, diplômes, signature de contrat avec le Ministère des armées, etc.).

En ce qui me concerne, toute ma famille est marquée depuis des générations par l’armée, mon propre père étant officier. Et c’est assez naturellement que j’ai souhaité, quand j’ai reçu l’appel de Dieu à devenir prêtre, pouvoir me mettre au service de mes frères militaires, en tant que religieux.

Que pouvez-vous apporter à un soldat en plein doute, traumatisé par les scènes de guerre?

D’abord une présence humaine et une écoute gratuite et compatissante. Compatir, c’est accepter d’entendre la souffrance de l’autre et d’être avec lui dans cette souffrance. Ensuite, c’est aussi essayer d’y porter un regard d’homme, au milieu des affres de la guerre. Enfin, quand cette parole peut être entendue – et ce n’est pas toujours le cas – une parole de Foi… Mais bien souvent, le silence fraternel est plus significatif encore. Sur ce point, outre mon expérience personnelle, j’ai été très marqué par la lecture du livre du philosophe américain Jesse Glenn Gray, « Au combat – Réflexions sur les hommes et la guerre. »

Qui sont les soldats qui viennent vous consulter?

Il n’y a pas de profil type. Même si, bien sûr, les militaires catholiques iront plus volontiers trouver leur aumônier. Par expérience, je sais que chacun de nous possède une faille, une faiblesse profonde, un point de fracture psychique qui peut surgir dans des moments extrêmes. Du simple soldat à l’officier général, tous doivent pouvoir dans ces moments-là trouver auprès de l’aumônier, en toute liberté et confidentialité une oreille attentive, un regard d’amour, une parole de réconfort. Et l’aumônier se doit d’être à tous, croyants ou non. C’est pourquoi il doit aussi faire preuve de grandes vertus humaines.

Comment se vit la spiritualité au sein de ce monde de rudesse virile qu’est l’armée?

Le plus souvent avec modestie. C’est un milieu où l’on n’aime guère ceux qui « se payent de mots » (même chez les chefs). Alors, la spiritualité s’y vit le plus souvent, comme tant d’autres « sentiments », de manière pudique. Et ce, d’autant plus que les règlements laïques obligent à cette discrétion.

Avez-vous connu l’échec dans l’aide à apporter à un soldat?

Oui bien sûr! L’aumônier n’est pas un surhomme. Il peut se tromper dans la réponse à apporter. Le militaire peut aussi refuser cette aide. Mais cette expérience de l’échec est importante pour l’aumônier: elle le conduit à l’humilité dans son action et à se remettre en question.

Vous avez participé à beaucoup d’opérations extérieures en Afrique, en Afghanistan, au Liban, au Kosovo… Quel bilan personnel tirez-vous de ces engagements? 

J’en tire d’abord une expérience, inégalable pour un prêtre, du monde, de la guerre, des hommes, de la souffrance, de la mort. Et une grande admiration pour mes frères d’armes. C’est ce que j’ai essayé de transcrire dans mon livre, précisément pour rendre hommage à l’engagement de ces « sentinelles » de la société. Est-ce que l’on en revient plus fort? Oui et non. Oui, parce que placé parfois face à l’indicible, on est obligé de creuser au fond de soi les vraies raisons de son engagement. Non, car cela laisse des cicatrices dans le psychisme, dans l’âme, de ces blessures invisibles qui nous rendent humbles. Alors, en effet, joie et tristesse se mêlent, ainsi qu’espoir et colère. Mais avec cette envie chevillée de toujours remonter la pente et de repartir sur « la piste garce et cruelle » [chant parachutiste].

Quel est votre pire souvenir d’aumônier militaire? Et le plus beau?

Le pire: avoir subi l’incompréhension et la défiance de mes chefs militaires et religieux, ce que j’ai vécu à Coëtquidan, quand j’étais aumônier des écoles d’officiers de l’armée de terre par exemple. A l’opposé, les plus beaux souvenirs sont ceux où des militaires de tout grade vous acceptent comme un frère d’armes (ô paradoxe pour un aumônier qui n’en porte pas!) et vous disent pudiquement combien votre présence les aide et les soutient dans leurs combats.

Avec cette nouvelle guerre qu’est le terrorisme, ne ressentez-vous pas de découragement face à cet ennemi nihiliste? Ou même de la colère?

Oui, comme tout un chacun. Et peut-être encore plus par tempérament, la colère me saisit face à la barbarie à laquelle nous sommes confrontés. Mais, de cette colère doit surgir une énergie nouvelle, intelligente et contrôlée pour lutter. Sur ce point, mon discours a peu évolué: j’insiste à temps et à contretemps sur le fait que ce ne sont pas les armes technologiques, ou même le renseignement le plus pointu qui nous feront gagner cette bataille. Nous avons besoin pour cela de mieux asseoir le fondement doctrinal de notre combat: pour quoi, pour qui sommes-nous prêts à sacrifier notre vie? Donc pas de découragement, mais au contraire, chaque jour renouvelé, la ferme conviction du petit rôle à jouer – mais à jouer à fond – dans ce combat, à ma place d’aumônier militaire.

En guise de conclusion, auriez-vous une dernière anecdote positive ou drôle à apporter, tirée de vos années d’aumônier militaire?

Peut-être cette remarque extraordinaire, d’un adjudant-chef, pas spécialement porté sur la religion: « Le Padre? Ah oui, on l’aime bien, même si c’est un militaire non-pratiquant! »

Propos recueillis par Philippe DEGOUY

* Christian Venard et Guillaume Zeller,
« Un prêtre à la guerre ». Ed. Tallandier, 2013, 290 pages – blogdupadrevenard.wordpress.com