Vous reprendrez bien un peu de Bernardins ?

Chronique pour A la source sur KTO.TV du 12 avril 2018

 

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In memoriam

Père Michel Koch

Un aumônier militaire comme on les aime

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Toute rencontre avec Michel ne pouvait être que source d’étonnements, tant sa personnalité sortait de l’ordinaire. D’autres l’ont beaucoup mieux connu que moi ; mais depuis l’annonce de sa mort, me tient le désir d’écrire quelques mots pour lui rendre hommage. En effet, malgré ses immenses qualités – souvent occultées par un abord rude et dérangeant – sa pudeur et son humilité pastorale ne lui vaudront, sans doute que peu d’hommages officiels de nos institutions communes – Église et Armées. Il fut pourtant un amoureux des deux.

Mon premier contact avec le père Michel Koch, fut d’aller le relever sur position au sud Liban, dans le cadre de la FINUL, en 2001. Un confrère m’avait prévenu : « Ah, tu vas relever Michel ! Bon courage… emporte avec toi quelques litres de Javel pour nettoyer tout. » Je découvris, en effet, que le bon père Michel, était fâché, de longue date, avec Mme Propreté, et je mis plus de quinze jours, à chasser du bungalow de l’aumônerie, les diverses odeurs qui s’y étaient accumulées depuis quatre mois, dont la moins désagréable était celle du cigare qu’il fumait, même au lit !

Au delà de cet aspect, Michel était une « grande gueule », comme on les aime dans les armées – mais à petite dose – et comme on les apprécie peu dans l’Église. Il disait tout haut et avec courage ce qu’il pensait, quitte à devoir parfois reconnaître ses erreurs. C’était un passionné du Christ ; et bien avant le Pape François, pour lui, les périphéries étaient concrètes. C’était d’abord le monde des appelés – puis celui des engagés -, qu’il préférait de loin aux « chafouineries tiédasses » du monde des officiers catholiques ! Il s’intéressa de près aussi au monde des « rave party », de la « techno », et était capable d’en parler avec des férus de ce genre musical.  Dans la même veine, il était proche des motards et a prêché le fameux pèlerinage de la Madone-des-Motards à Porcaro.

Derrière une apparence de soudard, avec sa voix tonitruente comme son rire, et son accent lorrain, Michel lisait beaucoup. De la spiritualité, de la théologie, de l’histoire, du vécu militaire. Son rêve, sur ce dernier point, aurait été d’être aumônier parachutiste. A défaut de pouvoir l’être, il eut toujours une profonde affection pour les paras, et devint même un ami du général Bigeard, qu’il visitait régulièrement. Les cadres d’une de mes compagnies du 3e RPIMa en gardèrent longtemps un souvenir ému, se souvenant du moment où, en manœuvres dans le grand Est, ils furent invités par le Padre Koch, qui leur servit la choucroute, directement à la main, de la soupière à la gamelle ! Cette proximité avec le monde para nous rapprocha, malgré toutes nos différences. Et Michel de s’écrier contre certains – il avait tendance à déformer tous les noms propres – :  « Vesnard (sic), je le connais moi Vesnard, c’est pas un intégriste : il a même lu Vatican II » ! C’est ainsi que, de mon côté, je réussis à convaincre le Père de Pommerol, qui était alors directeur de la délégation française du PMI, d’engager le père Koch, pour animer le chemin de croix des Français à Lourdes. Ce fut une immense joie pour Michel, et un chemin de croix « dépotant », dont beaucoup garderont un vif souvenir.

Alors que j’étais aumônier aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, je reçu pour deux jours la visite de ce cher Michel, qui venait en « repérage » à Porcaro, pour la Madone des Motards. Par précaution (sic) je le logeai au mess militaire, et l’invitai à dîner chez « Norby », un restaurant célèbre auprès des élèves. Pendant que nous y dînions, un groupe de saint-cyriens arrive. Avec politesse, ils viennent me saluer de nombreux « KOCHbonsoir Padre« , se demandant qui pouvait être le semi clochard, avec lequel se trouvait leur aumônier. Je leur enjoints donc de saluer, avec respect, l’aumônier Michel Koch, du camp de Bitche. Ils s’exécutèrent, malgré leur surprise et, de s’entendre répondre ceci : « Ah oui, les saints-cyriens ! Ah oui ! Ca, c’est petite bite ! Petite bite, les saints-cyriens ! A Saint-Cyr tout le monde salue l’aumônier, mais arrivé en régiment y’a plus personne. » Voilà, c’était toute la délicatesse « rentre-dedans » du cher Michel. Nous en avons bien ri après avec les élèves présents, qui ont, je l’espère retenu la leçon, lors de leur arrivée en régiment.

Beaucoup d’anecdotes pourraient encore être racontées sur ce personnage haut en couleur. Aujourd’hui un fond de tristesse m’habite, et m’habitera encore longtemps quand je penserai à lui : il me manquera.  Sa forte personnalité manquera singulièrement au diocèse aux armées. Cher Michel, merci de tout ce que tu nous as apporté dans notre aumônerie militaire. Nous serons nombreux à conserver ton souvenir, dans la prière d’abord, mais aussi en buvant un coup à ta santé et en nous remémorant tes « hauts faits » d’aumônier de terrain.

Tu avais une grande dévotion pour Jean-Paul II, une dévotion profonde à ton saint Patron. Puissent-ils désormais t’accueillir et intercéder pour toi auprès du Seigneur pour que tu trouves le repos du bon serviteur qui n’a pas ménagé sa peine au long du jour dans la vigne du Seigneur… et sur les bas côté de la vigne !

 

Bordeaux, 13 mars 2018

 

Sainteté

Soyons de bons tuyaux !

 

 

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Avouons-le, la sainteté nous effraie : c’est très bien… pour les autres. Nous sommes si attachés à nos « petits » défauts, à toutes ces « petites » infractions que nous nous permettons et qui nous rendent -selon nous- si sympathiques, que partir, droit au but, vers la sainteté finirait même par nous rebuter.

C’est décidément oublier que le Seigneur nous veut saints et irréprochables devant Lui, et qu’Il s’est livré à la Croix, pour nous rendre tels. C’est sans doute que nous entretenons une image faussée de la sainteté : souvent,nous imaginons le saint, compassé, figure de carême, redresseur torts, donneur de leçon, ascétique et mystique… Les canonisations qui ont émaillé le règne de Jean-Paul II et celles que nous propose Benoît XVI, montrent bien au contraire, des saints de notre temps, pas tristes du tout.

Ne prenons qu’un seul exemple, celui de Mère Teresa, qui décrétait qu’elle était la meilleure du monde… pour nettoyer les toilettes ! Je suggère, si vous voulez côtoyer quelques heures cette sainte de notre temps, l’excellent ouvrage de Mgr Léo Massburg – Fioretti de Mère Teresa, paru aux éditions de l’Emmanuel-.

Un court extrait : « Nous devons être comme des tuyaux. C’était là une des attitudes de base que Mère Teresa nous conseillait d’adopter. Elle disait que ce n’est pas important du tout que ces tuyaux soient en or, en argent ou en plastique, ce qui était important c’est ce qu’ils laissaient passer. Une fois elle a dit à ses sœurs : ‘ vous et moi, nous ne sommes rien, c’est à cela que l’on reconnaît l’Humilité fantastique de Dieu. Il est si grand et si merveilleux, qu’Il utilise ce qui n’est rien pour montrer son être grand. C’est pour cela qu’Il nous utilise. Tout ce que nous devons faire, c’est comme des tuyaux, laisser passer la grâce de Dieu.« 

Soyons donc de bons tuyaux… ça fait moins peur que de se dire « soyons des saints » ! N’est-ce pas ?

Chronique parue dans Parole et Prière, novembre 2011

G.-K Chesterton

Bannir la paresse intellectuelle !

 

 

Afficher l'image d'origineSi Dieu est amour, Il est aussi humour ! Voilà un adage qui n’aurait certes pas déplu à Chesterton, dont nombre de saillies sont passées à la postérité, celle-ci l’illustrant à la perfection : « La vie est une chose trop importante pour être prise au sérieux ». On ne saurait cependant réduire son œuvre à d’aimables plaisanteries, sans se tromper lourdement.
Chesterton fut un penseur, un intellectuel catholique, un polémiste redouté et un défenseur de l’intelligence chrétienne hors pair. Son influence littéraire et politique est indéniable – il s’opposa ainsi avec vigueur à Winston Churchill au sujet d’une loi de stérilisation des handicapés mentaux… Certes la nature (ou Dieu) l’avait doté de rares talents, mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est aussi par un travail acharné que Chesterton s’est hissé à la place des « grands » auteurs catholiques du siècle passé. C’est cela sans doute qui manque trop souvent à l’intelligence chrétienne.
Certains catholiques s’endorment sur les dogmes enseignés – or « Un dogme, ce n’est pas l’absence de réflexion, mais sa fin » écrit Chesterton ; d’autres au nom d’une charité mal comprise – qui confine souvent au relativisme ambiant -, se croient dispensés d’un véritable travail intellectuel, d’une authentique curiosité  – « Il n’existe pas de sujet peu intéressant, il n’y a que des personnes peu intéressées ! » Tous, par paresse d’héritiers essaient de se dispenser du labeur, parfois besogneux, toujours rude, de la recherche de la vérité. Cette vérité qui  » doit forcément être plus étrange que la fiction, car la fiction n’est qu’une création de l’esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure. »
 Au travail !
Chronique parue dans Parole et Prière, mars 2014

Résurrection

« Gueules de ressuscités »

 

 

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Aurons-nous le dimanche matin de Pâques des « gueules de ressuscités »?

Oui, de vraies « gueules de ressuscités »! Finies les « faces de carêmes », les figures de « pisse-vinaigre » distillant à petites gouttes leur morale tristounette ; finis les airs faussement compassés dégoulinant de componction, les trombines chafouines de chrétiens « cul-serrés »!

Aurons nous enfin le courage de nous laisser soulever, transporter, déborder, exploser par la Joie de la Résurrection ? Allons-nous enfin partir en courant, en bondissant telles les collines à l’image des béliers, porter cette bonne nouvelle au monde : ce Jésus, Fils de l’Homme, il est mort mais aujourd’hui nous vous l’annonçons : IL EST RESSUCITÉ !

Pour y parvenir, aurons nous su nous laisser toucher par le Flagellé, le Transpercé, le Couronné, le Crucifié ? Aurons- nous pleuré amèrement nos péchés à ses pieds dans la longue attente du Triduum ? Aurons-nous vécu au plus profond de notre être la douleur de nous savoir responsables de Ses Souffrances – « C’était NOS péchés qu’Il portait ! » – ? C’est ce que nous pouvons nous souhaiter les uns les autres, afin de devenir en vérité ses témoins. Dans ce monde des ténèbres, que nous devenions, par la force même du Ressuscité des « porteurs de Lumière ».

Nous l’aurons célébré dans la nuit pascale, allumant notre petit cierge au Cierge Pascal. Nous l’aurons chanté par trois fois : « Lumen Christi« , nous l’aurons acclamé par nos alléluias, nous l’aurons entendu dans Sa Parole, nous l’aurons reçu Corps et Sang ! Alors, transfigurés, plongés une fois de plus dans sa mort et sa résurrection, recréés en icônes lumineuses de Son Visage nous pourrons nous écrier : oui, Seigneur, donne-moi une « gueule de ressuscité » !

Paru dans Parole et Prière en avril 2011