Dom Hélder Câmara

Une Église servante des pauvres

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Dom Hélder Câmara, dont le procès de béatification a été ouvert en 2013, fait partie de ces hommes qui ne laissent pas indifférent, et dont la personnalité provoque. Lui-même en était conscient qui disait : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste. »

D’autres ont connu aussi ce genre d’amalgame. Tant qu’il combattait le communisme, le saint pape Jean-Paul II fut le chouchou d’une bonne partie des médias occidentaux qui se retournèrent contre lui aussitôt que, le mur de Berlin tombé, le même Pape se mit à dénoncer les méfaits du capitalisme sauvage ! Avec toute une partie de l’intelligentsia catholique de l’époque, Dom Helder Camara sera profondément marqué par la lecture de L’humanisme intégral (1936), puis de Christianisme et démocratie (1943) de Jacques Maritain, prélude au Feu la chrétienté d’Emmanuel Mounier (1950). Appuyé sur cette vision d’un christianisme social moderne, il développe alors une pastorale de proximité avec les pauvres et de défense de leurs intérêts.

Dans un pays, le Brésil, où le partage des richesses révèle de très graves injustices, où un régime politique dictatorial fait peser de grands dangers sur les libertés du peuple, l’évêque Câmara met toute son énergie, toute son intelligence, à défendre les opprimés. Dans l’histoire du Brésil, Dom Hélder est celui qui a éveillé la conscience sociale à la nécessité et aux conditions d’une société plus juste, et défendu la cause des sans droits. Quelles qu’en soient les conséquences, dont il souffrit beaucoup : suspicions, dénonciations, marginalisation…

Ce type de combats en effet, ne va pas sans risques, sans se mettre en danger. Mais, il est du devoir de l’Église de se mettre toujours au service des plus pauvres, des plus déshérités, des plus fragiles : « Une Église servante des pauvres » aimait-il dire. Que l’exemple de Don Hélder Câmara nous donne ce courage, qui, avouons-le dans une église catholique française devenue bien bourgeoise, nous fait parfois défaut.

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L’Église face à la crise

 

Invité en ce lundi de Pâques par le journaliste Jean-Jacques Bourdin, dans son émission « Rien n’est impossible », pour parler de la crise de l’Église.

 

Une usine à fabriquer des saints !

 

Entretien sur le livre La sainteté de A à ZDopez votre spiritualité, avec Jean-Pierre Maugendre pour « TV-Libertés »

 

 

Liens :

https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/la-saintete-de-a-a-z-9791033607953

https://www.tvlibertes.com/

 

 

 

 

L’Église dans la fosse à purin…

Tirer sur l’Église est un sport facile

 

Ma réaction au livre de Frédéric Martel, Sodoma

Propos recueillis par Jérôme Cordelier pour Le Point

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« Cette lecture m’a accablé. Je suis prêtre, j’ai donné ma vie au Christ et à l’Eglise, et voir cette Eglise déformée me rend profondément triste. Mais cet accablement est aussi celui de quelqu’un qui, depuis des années, sait qu’il existe une part de réalité dans ce que décrit Frédéric Martel. Qu’il y ait des clercs dont les mœurs sont dépravées n’est pas un phénomène nouveau : l’histoire de l’Eglise est émaillée de ce genre de scandales ; il suffit de se rappeler les horreurs de la cour des Borgias. Il y a trente ans déjà, quand j’étudiais à Rome, l’homosexualité de certains cérémoniaires au Vatican (chargés de la liturgie) était connue. On disait : « Attention à celui-là, il a la main baladeuse ». J’avais même évoqué le sujet dans mon livre,  Un prêtre à la guerre (Tallandier). Mais à cause de la crise pédophile, qui a commencé depuis vingt ans, on pouvait espérer que de l’ordre avait été mis dans l’institution. Las, ce livre montre qu’il n’en est rien.

Qu’un de mes confrères puissent avoir des tendances homophiles, en soi ne me dérange pas. Mais s’il passe à la pratique, alors sa conduite devient désordonnée par rapport à l’engagement du célibat consacré qu’il a pris et au message qu’il porte. L’auteur a raison de souligner les incohérences d’une institution qui lutte aujourd’hui, quasiment seule, pour tenir un discours moral ferme et à contre-courant et certains de ses cadres, jusqu’à haut niveau, qui ne s’appliquent pas ces préceptes à eux-mêmes.

Maintenant, je m’interroge sur l’opportunité de cet ouvrage. L’Eglise est prise dans une vaste tempête, et voilà encore un coup de massue qui s’abat sur nous ! On peut se demander si Frédéric Martel n’en fait pas trop : que le cardinal Burke se montre trop souvent dans des cérémonies liturgiques quasi felliniennes et entouré d’éphèbes n’est vraiment pas ma tasse de thé ; mais user d’un procédé narratif tendancieux pour le suspecter d’homosexualité me paraît exagéré. Tirer sur l’Église est devenu un sport relativement facile ! Cela dit, comme le clame Cyrano au comte de Guiche : « On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » !

De mon point de vue, il y a plus grave : je suis radicalement en désaccord avec l’auteur quand il assure que seuls quelques mystiques, à la marge, seraient en cohérence avec leur engagement de chasteté. C’est tout simplement faux. J’affirme que l’immense majorité des religieux, religieuses et prêtres vivent dans la fidélité à cet engagement. Cela, évidemment, ne se fait pas sans combats intérieurs. Le célibat volontaire au service de Dieu entraîne, bien entendu, au sens technique, une frustration. Selon Frédéric Martel, dont la pensée est moderne, une telle conduite est source de comportements déviants, en tout cas hypocrites. Pour moi, adepte d’une pensée classique, en référence aux travaux du célèbre père jésuite Albert Chapelle et en m’appuyant sur Freud et la psychanalyse, la frustration permet bien au contraire la construction de l’individu. On a trop vite oublié que quand Françoise Dolto disait « Il est interdit d’interdire », elle ajoutait aussitôt : « sans donner l’explication de l’interdit ». L’interdit sexuel pour un clerc n’a de sens que dans sa finalité : c’est parce qu’il a le désir de se donner totalement à Dieu qu’il accepte ce sacrifice, car c’est un sacrifice. Nous vivons dans un monde où la notion de sacrifice est largement déconsidéré, alors que pour l’Eglise elle reste une vertu majeure, positive, indispensable à la vie chrétienne.

Avec 20 siècles d’histoire, l’Eglise a toujours été un élément de contradiction dans le monde. Dans le miroir grossissant que nous tend Frédéric Martel, je lis, y compris de sa part, que l’on attend mieux de l’Eglise. Mais soyons juste : qui soigne le plus de malades du sida dans tant et tant de pays pauvres ? C’est l’Eglise catholique. Qui fait tenir debout un minimum de structures sociales et médicales dans un certain nombre de pays ? L’Eglise ! Le Christ est venu nous apporter un message d’amour et de vérité, mais aussi de libération par rapport à nos pulsions, ce déterminisme qui nous pousserait à assumer tous nos penchants, nos fantasmes. L’être humain n’est pas esclave de ses pulsions. Voilà ce que nous dit le Christ. Voilà ce dont essaie de témoigner l’immense majorité des religieuses, religieux et prêtres.

 

 

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In memoriam

Père Michel Koch

Un aumônier militaire comme on les aime

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Toute rencontre avec Michel ne pouvait être que source d’étonnements, tant sa personnalité sortait de l’ordinaire. D’autres l’ont beaucoup mieux connu que moi ; mais depuis l’annonce de sa mort, me tient le désir d’écrire quelques mots pour lui rendre hommage. En effet, malgré ses immenses qualités – souvent occultées par un abord rude et dérangeant – sa pudeur et son humilité pastorale ne lui vaudront, sans doute que peu d’hommages officiels de nos institutions communes – Église et Armées. Il fut pourtant un amoureux des deux.

Mon premier contact avec le père Michel Koch, fut d’aller le relever sur position au sud Liban, dans le cadre de la FINUL, en 2001. Un confrère m’avait prévenu : « Ah, tu vas relever Michel ! Bon courage… emporte avec toi quelques litres de Javel pour nettoyer tout. » Je découvris, en effet, que le bon père Michel, était fâché, de longue date, avec Mme Propreté, et je mis plus de quinze jours, à chasser du bungalow de l’aumônerie, les diverses odeurs qui s’y étaient accumulées depuis quatre mois, dont la moins désagréable était celle du cigare qu’il fumait, même au lit !

Au delà de cet aspect, Michel était une « grande gueule », comme on les aime dans les armées – mais à petite dose – et comme on les apprécie peu dans l’Église. Il disait tout haut et avec courage ce qu’il pensait, quitte à devoir parfois reconnaître ses erreurs. C’était un passionné du Christ ; et bien avant le Pape François, pour lui, les périphéries étaient concrètes. C’était d’abord le monde des appelés – puis celui des engagés -, qu’il préférait de loin aux « chafouineries tiédasses » du monde des officiers catholiques ! Il s’intéressa de près aussi au monde des « rave party », de la « techno », et était capable d’en parler avec des férus de ce genre musical.  Dans la même veine, il était proche des motards et a prêché le fameux pèlerinage de la Madone-des-Motards à Porcaro.

Derrière une apparence de soudard, avec sa voix tonitruente comme son rire, et son accent lorrain, Michel lisait beaucoup. De la spiritualité, de la théologie, de l’histoire, du vécu militaire. Son rêve, sur ce dernier point, aurait été d’être aumônier parachutiste. A défaut de pouvoir l’être, il eut toujours une profonde affection pour les paras, et devint même un ami du général Bigeard, qu’il visitait régulièrement. Les cadres d’une de mes compagnies du 3e RPIMa en gardèrent longtemps un souvenir ému, se souvenant du moment où, en manœuvres dans le grand Est, ils furent invités par le Padre Koch, qui leur servit la choucroute, directement à la main, de la soupière à la gamelle ! Cette proximité avec le monde para nous rapprocha, malgré toutes nos différences. Et Michel de s’écrier contre certains – il avait tendance à déformer tous les noms propres – :  « Vesnard (sic), je le connais moi Vesnard, c’est pas un intégriste : il a même lu Vatican II » ! C’est ainsi que, de mon côté, je réussis à convaincre le Père de Pommerol, qui était alors directeur de la délégation française du PMI, d’engager le père Koch, pour animer le chemin de croix des Français à Lourdes. Ce fut une immense joie pour Michel, et un chemin de croix « dépotant », dont beaucoup garderont un vif souvenir.

Alors que j’étais aumônier aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, je reçu pour deux jours la visite de ce cher Michel, qui venait en « repérage » à Porcaro, pour la Madone des Motards. Par précaution (sic) je le logeai au mess militaire, et l’invitai à dîner chez « Norby », un restaurant célèbre auprès des élèves. Pendant que nous y dînions, un groupe de saint-cyriens arrive. Avec politesse, ils viennent me saluer de nombreux « KOCHbonsoir Padre« , se demandant qui pouvait être le semi clochard, avec lequel se trouvait leur aumônier. Je leur enjoints donc de saluer, avec respect, l’aumônier Michel Koch, du camp de Bitche. Ils s’exécutèrent, malgré leur surprise et, de s’entendre répondre ceci : « Ah oui, les saints-cyriens ! Ah oui ! Ca, c’est petite bite ! Petite bite, les saints-cyriens ! A Saint-Cyr tout le monde salue l’aumônier, mais arrivé en régiment y’a plus personne. » Voilà, c’était toute la délicatesse « rentre-dedans » du cher Michel. Nous en avons bien ri après avec les élèves présents, qui ont, je l’espère retenu la leçon, lors de leur arrivée en régiment.

Beaucoup d’anecdotes pourraient encore être racontées sur ce personnage haut en couleur. Aujourd’hui un fond de tristesse m’habite, et m’habitera encore longtemps quand je penserai à lui : il me manquera.  Sa forte personnalité manquera singulièrement au diocèse aux armées. Cher Michel, merci de tout ce que tu nous as apporté dans notre aumônerie militaire. Nous serons nombreux à conserver ton souvenir, dans la prière d’abord, mais aussi en buvant un coup à ta santé et en nous remémorant tes « hauts faits » d’aumônier de terrain.

Tu avais une grande dévotion pour Jean-Paul II, une dévotion profonde à ton saint Patron. Puissent-ils désormais t’accueillir et intercéder pour toi auprès du Seigneur pour que tu trouves le repos du bon serviteur qui n’a pas ménagé sa peine au long du jour dans la vigne du Seigneur… et sur les bas côté de la vigne !

 

Bordeaux, 13 mars 2018

 

Femmes… je vous aime !

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« Nous devons […] à saint Paul une plus ample documentation sur la dignité et sur le rôle ecclésial de la femme. Il part du principe fondamental selon lequel pour les baptisés, non seulement « il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre », mais également « il n’y a ni homme ni femme ». La raison est que « tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28), c’est-à-dire que tous sont unis par la même dignité fondamentale, bien que chacun soit doté de fonctions spécifiques (cf. 1 Co 12, 27-30). » Ainsi s’exprimait le pape Benoît XVI, le 14 février 2007. Évoquer Georgette Blaquières, dont j’ai beaucoup utilisé le livre Oser vivre l’amour dans le cadre de préparations au mariage, permet une brève réflexion sur la place de la femme au sein de notre Église.

Tordons le cou à deux revendications « égalitaristes ». Il est du dépôt révélé que les femmes ne peuvent recevoir le sacrement de l’ordre : « Je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (…), que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église » écrivait saint Jean-Paul II en 1994. Quant à offrir plus de postes de gouvernement au Vatican à des femmes, c’est un sujet de vastes discussions. La stricte parité homme-femme dans les gouvernements occidentaux ne semble pas, en tant que telle, porteuse d’une efficacité plus grande. Si le pape François nomme quelques femmes à des postes clefs, c’est pour aider l’Église à poser un regard renouvelé sur notre monde, aux côtés des ministres ordonnés devant la gouverner avec lui.

Le rôle et l’importance des femmes dans l’Église ne peut se satisfaire de mesures « à la mode ». En contemplant la Vierge Marie, aucune misogynie ne saurait tenir. Bien au contraire, l’apport des femmes, en particulier dans la transmission de la foi, dans l’action caritative et dans le domaine de la réflexion théologique est indispensable. Leur intériorité, leur capacité affective, leur sens de la maternité, doivent sans cesse être mis plus à l’honneur. Enfin, sans l’intimité priante de tant et tant de femmes à travers le monde, disciples des heures sombres, fidèles au delà de toute fidélité, mères et sœurs courage pour tant et tant de prêtres et de fidèles, notre Église ne saurait survivre. Mais cela, seul un regard surnaturel permet de le comprendre et d’en rendre grâce au Seigneur.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2018