De l’humour… toujours de l’humour !

 

Avec un grand merci au frère David Perrin o.p. du couvent de Bordeaux pour la source :

 « il est contraire à la raison d’être un poids pour autrui, de n’offrir aucun agrément et d’empêcher son prochain de se réjouir … ceux qui refusent de se distraire, qui ne racontent jamais de plaisanteries et rebutent ceux qui en disent, ceux-là sont vicieux, pénibles et mal élevés.»

S. Thomas d’Aquin, Somme de théologie (IIa IIae, Q168, a 4)

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Lettre à un ami évêque

Résultat de recherche d'images pour "bishops in rome"Mon ami évêque,

mon frère dans la Foi, mon père dans l’Église (Cf. S. Augustin : « avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque »), mais surtout j’insiste, mon ami ; te voilà rendu à Lourdes pour votre assemblée plénière de novembre, avec un temps d’automne mélancolique et tempétueux – et je ne parle pas que de la météo… Ces quelques mots voudraient t’encourager, au sens premier : te donner le courage, d’affronter, en vérité et en liberté, les difficultés rencontrées aujourd’hui par notre institution ecclésiale en France.

L’une d’elles me semble de nature à corrompre tout l’édifice, car elle tient aux rapports mêmes entre les évêques et les prêtres. Sans doute est-il temps de les rééquilibrer.  Cela veut dire déjà repenser le ministère de l’évêque dans l’humilité, après l’hubris qui a saisi ce corps épiscopal à la faveur d’un certain « hyper épiscopalisme », que l’on peut rencontrer dans les textes du concile Vatican II. La seule réception de l’épiscopat ne fait pas de vous des sur-hommes, et surtout des compétents en tout. Savoir accepter que de « simples » prêtres puissent être plus compétents en tel ou tel domaine n’entame en rien le ministère particulier de l’évêque. J’ai même le sentiment que cela rejoint le projet du Pape François quand il parle de la synodalité !  Sans doute faudrait-il aussi, pour vous aider, créer une véritable formation des évêques. On ne s’invente pas DRH, gestionnaire, chef, magistrat… du jour au lendemain. Il serait bien nécessaire enfin de repenser la place de la « parole épiscopale ».

voir aussi : L’Église  a-t-elle encore le droit à la parole ?

Mais cela veut dire aussi repenser la spécificité du prêtre diocésain comme collaborateur. Pas au sens où l’entendent les hommes politiques ou les « managers ». Le prêtre diocésain est, en quelque sorte, la présence « réelle » de l’évêque sur une portion de territoire donnée. Il est comme envoyé, donné, à tout un peuple, y compris les non baptisés d’un territoire. C’est de cette spécificité qu’il tire sa joie et plus encore son dynamisme missionnaire. Ce  peuple devient alors sa communauté naturelle (et non, ce n’est pas le presbyterium). Obliger les prêtres diocésains à vivre en communauté est une absurdité qui voudrait  reproduire le « système séminaire » (trop souvent un  système de pouvoirs et de violences), ou bien singer les véritable vies communautaires de nos frères religieux. Encore une fois : le prêtre diocésain trouve sa joie dans son intimité avec Jésus, dans la fraternité avec ses confrères, dans sa filiation avec son évêque… mais surtout dans ses liens profonds avec le peuple auquel il est envoyé et totalement donné.

voir aussi : Joie et spécificité du prêtre diocésain

Une réforme de la manière de vivre l’épiscopat nécessiterait aussi des formes de « contre  pouvoirs » qui n’existent plus, mais aussi belles et simples que pouvaient l’être les chapitres de chanoines. Dans le domaine du judiciaire, il y aurait urgence à recréer des juridictions indépendantes des évêques, tout particulièrement en matière de droit pénal. Contrairement à ce que semblent penser beaucoup d’évêques (qui voient là une diminution de leur pouvoir) cela les libérerait ! On ne peut pas, surtout en matière pénale, être à la fois celui qui condamne et celui qui accompagne la faiblesse d’un prêtre… Il n’est pas sain, même pour lui, que le simple fait d’être évêque donne tous les pouvoirs y compris dans le domaine des biens matériels qui ne sont évidemment pas sa propriété (ce que beaucoup de tes confrères évêques donnent l’impression de croire) mais celle d’une Église particulière dont ils sont serviteurs… temporaires.

Les évêques, réunis à Lourdes, poseraient un acte prophétique très fort en demandant pardon aux prêtres de la manière dont ils ont été traités par le pouvoir épiscopal, depuis la fin de Vatican II. Je pense, entre autres, aux innombrables prêtres qui ont été martyrisés par les curies  épiscopales, en particulier dans la mise en œuvre de « l’esprit du concile ». Il y a sur cette sombre page de l’histoire de l’Église de France une omerta. Seule la vérité rend libre. Demander pardon aussi pour n’avoir pas su gouverner convenablement le peuple de Dieu, n’avoir pas su écarter les brebis galeuses et donc faire porter aujourd’hui l’opprobre de la pédophilie sur tous les prêtres. Pardon des évêques car pas assez à l’écoute, ils alimentent sans le vouloir les soupçons. Cela veut dire aussi réfléchir sur le relâchement des mœurs du clergé (rien de nouveau sous le soleil) mais surtout la complaisance et le laxisme dont les curies épiscopales ont fait preuve en ce domaine. La crise pédophile n’est que l’arbre hideux qui cache (mal) la forêt des abus spirituels en tout genre et des mœurs relâchées d’une petite partie du clergé.

voir aussi : Église et pédophilie : les supérieurs aussi doivent rendre des comptes

Pédophilie, gestion de crise et hiérarchie catholique

II faut dès maintenant (et dans 10 ans encore plus) repenser notre territorialité. Sur les 15.000 prêtres que comptaient encore la France en 2010, plus de la moitié avaient plus de 75 ans. Ce qui veut dire (nous sommes en 2018) que dans 5-6 ans, sans vouloir les enterrer trop vite, nous serons 5.000. On ne peut plus avancer comme ça.  Les prêtres sont écartelés ! Sans doute faudra-t-il accepter que l’on  « abandonne » une partie du territoire pour revenir aux fondamentaux : les sacrements. Nul n’ignore que les prêtres font trop souvent tout, sauf exercer leur sacerdoce. Il y a des aumôniers laïcs en hôpitaux (donc pas de sacrement des malades ou presque) ; plus beaucoup de funérailles célébrées et de rencontre avec les périphéries (baptêmes et mariage délégués aux diacres permanents pour la célébration et aux laïcs pour la préparation ; catéchèse déconnectée des prêtres par manque de temps et par soupçon exagéré de pédophilie…). on déconnecte de plus en plus le prêtre de son sacerdoce. L’accompagnement spirituel est souvent délaissé par manque de temps ! Il est temps de sortir des années 70-80… C’est-à-dire de revenir aux fondamentaux : nous sommes faits pour porter le Christ aux autres et annoncer la vérité du Salut en Jésus. Prêcher sur le Salut éternel. Prêcher sur les vertus théologales. Enseigner la Foi. Dispenser les sacrements. Et comme prêtres diocésains, par la réception même du sacrement de l’ordre, être porteurs, en notre faible humanité, du Christ auprès de nos frères humains, chrétiens ou non.

voir aussi : Pédophilie dans l’Église : la désacralisation en cause

Mon ami évêque, vous semblez tous si paralysés par la peur ! Peur de vous mêmes,  peur de vos prêtres, peur du peuple, peur des journalistes… et sans doute peur de vous confronter au monde moderne. Avez-vous collectivement réalisé que 98% des Français vivent sans vous connaître, sans connaître l’Église et le Christ… à part pour ânonner l’amalgame médiatique terrible « pédophilie = prêtre » ? Il est temps de sortir de la peur. Sortir des schémas préconçus, sortir des petits cercles choisis, sortir du confort des assemblées filtrées par les soins des services de la CEF, sortir de « l’ecclésio-polico-culturellement correct » (ça s’appelle juste la langue de buis !), sortir de vos évêchés, de vos réunions, de l’entre-soi confortable. Aller à la rencontre du monde… prendre des coups, en donner, ouvrir le dialogue, savoir le fermer, ouvrir sa gueule, savoir aussi la fermer, bouffer et boire avec les gens (les 98% qui ne viennent pas…. pas seulement les 2% habituels, qu’on aime bien aussi pourtant). Bref, vivez ! Respirez la joie de vivre : faire un bon repas, raconter des blagues, éclater de rire, ne pas se prendre au sérieux, mais faire ce qui le mérite avec sérieux…

Mon ami évêque, les temps sont durs. Je te connais et je sais aussi tous les doutes qui t’assaillent. Ta détresse humaine ou spirituelle parfois. Ton amertume quand des prêtres, comme moi, te semblent trop exigeants, ingrats, enfants gâtés. Ces quelques mots, dont tu as bien compris qu’ils se voulaient volontairement provocants,  ne sont là que pour exprimer à quel point l’on compte sur vous, à quel point l’on vous aime bien malgré tout : parce que sans vous, le service du Christ, de son Église et du peuple ne serait tout simplement pas possible.

« Duc in altum » !

 

+ Dimanche 4 novembre 2018

« oui, le célibat consacré est une croix »

Article paru sur le site de La Croix, le mercredi 17 octobre 2018 – https://www.la-croix.com/

 

Refuser d’évoquer dans l’Église la frustration affective et sexuelle qu’implique le célibat consacré est un véritable déni du réel. Ce n’est qu’en nommant les choses et en acceptant librement cette croix, que les consacrés pourront rendre ce sacrifice pleinement fécond.

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L’actualité a remis au premier plan la question du rapport de l’Église avec la sexualité. D’abord d’une manière désastreuse avec la multiplication des affaires de pédophilie sur fond d’homosexualité en son sein ; ensuite d’une façon marginale certes, mais plus heureuse, dans les débats qui se déroulent ces jours-ci au Synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, réuni à Rome à la demande du Pape François. Se pose ainsi avec acuité le problème des vocations religieuses et sacerdotales et celle du célibat consacré. Or, en interne, à l’exception de louables efforts, le discours généralement tenu reste trop souvent encore, de l’ordre du mystico-gélatineux, de l’à-peu-près psychologique, et un déni de la dure réalité que constitue l’appel à la continence parfaite et à la chasteté.

« C’est trop cool ! Quand on est prêtre ou religieux on n’est surtout pas coincé et encore moins frustré ! Oui, tu rencontreras des difficultés, mais plus tu aimeras Jésus et ton prochain et plus tu seras porté dans le célibat. Ta vie sera un long cœur à cœur affectif avec Jésus…» Ces propos lénifiants de l’institution ecclésiale visent à ne pas effrayer les candidats éventuels. Pourtant, ils ne sont pas à la hauteur de la gravité extrême de la crise pédophile, arbre hideux qui cache la forêt des mœurs relâchées d’une partie du clergé facilitées par le laxisme de l’autorité ecclésiale. Ils ne sont pas dignes non plus du respect dû aux intelligences et aux âmes des jeunes qui réfléchissent à un éventuel engagement religieux ou sacerdotal. L’expérience bimillénaire des saints, les écrits des théologiens et des mystiques, enseignent le contraire de cette séduisante thèse d’une conciliation possible entre la satisfaction affective et sexuelle, entre l’épanouissement humain total et le célibat consacré. A l’évidence, ce dernier reste une écharde, un objet de scandale pour le monde, une souffrance pour celui qui le vit, mais aussi un appel à voir plus haut vers le Royaume des Cieux. Les paroles mêmes du Christ l’attestent (Mt 19,12) : « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne.» On ne sache pas que l’eunuchisme fût un état désirable. Même dans l’antiquité !

C’est ce que rappelle, avec grande force, le jésuite Albert Chapelle, dans un livre peu égalé, Sexualité et sainteté (1977). « Qui n’accepte pas de ressentir le célibat de manière douloureuse ne sait pas ce qu’est le célibat. Le célibat appauvrit au niveau pulsionnel ; le célibat est renoncement au complément d’humanité qu’un partenaire de vie peut apporter. L’eunuchisme est centré sur le mystère pascal : y ressuscite qui en est mort », souligne le théologien. Renoncement volontaire à un complément d’humanité, le célibat consacré entraîne qui veut y vivre à une véritable mort de la sensualité, ô combien exigeante pour la sexualité masculine, et à une mort de l’affectivité, que ressentent  sans doute davantage les femmes en renonçant à la maternité. Qu’on ne cherche surtout pas en ce domaine à minimiser la frustration profonde qui en découle. « Dans le célibat volontaire (…) la sexualité est vécue comme une plénitude et comme une frustration. Une frustration douloureuse, car c’est en vain (frustra) que l’affectivité surprise par le désir, éprise de solitude ou de communion voudrait avoir prise sur cette transcendance qui l’encombre et la travaille », note encore le père Chapelle.

Il est de notre devoir de dire, avec courage, la vérité du prix à payer, aux jeunes qui voudraient s’engager, sur l’appel du Seigneur, dans le célibat consacré.  A moins de chercher soi-même à se leurrer… et pire encore à entraîner dès lors des âmes dans un choix intenable. L’acceptation volontaire de cette frustration nécessite précisément qu’elle soit perçue, nommée, étudiée et surtout pas récusée ou ignorée. La frustration ainsi vécue est à l’opposé de l’aliénation ; elle devient alors, dans un complexe paradoxe, source de souffrance et de vie, car elle est un appel au dépassement, un élan de vitalité vers un « ailleurs ». C’est ainsi que, depuis notre naissance, la frustration de la complétude intra utérine est à la fois source de souffrances, mais aussi capacité de dépassement et d’aller de l’avant dans notre vie. Oui, le célibat consacré est une croix, plus encore, c’est une passion et une mort choisies avec Jésus, pour pouvoir, un jour, ressusciter avec Lui. Dans l’incarnation et dans le quotidien, il est bien sûr source de frustrations et de désirs inassouvis. Il est aussi porteur de fécondité, de vie et d’élan. Dès ici-bas, une forme de résurrection est ainsi déjà promise au consacré par le Christ, au cœur de cette mort ; mais à l’image de celle de Lazare (Jn 11, 1-57), ce n’est pas encore la résurrection définitive. Par cette ré-animation, le Christ invite le consacré à sortir du tombeau de ses passions, à ôter les bandelettes de ses péchés de luxure et à avancer vers la Lumière et la Vie.

Si tel est l’appel reçu de Dieu vers le célibat consacré, les paroles de l’Ecclésiastique (Eccl. 2, 1-5) résonnent alors d’une manière particulière : « Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve. Fais-toi un cœur droit, arme-toi de courage, ne te laisse pas entraîner, au temps de l’adversité. Attache-toi à lui, ne t’éloigne pas, afin d’être exalté à ton dernier jour. Tout ce qui t’advient, accepte-le et, dans les vicissitudes de ta pauvre condition, montre-toi patient, car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation ». Car le célibat consacré, par la  frustration sexuelle qu’il implique, est bien à vue humaine, une forme d’humiliation. Beaucoup de jeunes hommes le pressentent : seront-ils encore considérés comme de vrais hommes ? Et combien plus les jeunes femmes qui n’auront pas d’enfants ? Sur ce chemin, les tentations ne manqueront pas, dans un monde où l’érotisme règne en maître et où le dévergondage est devenu la règle. Les chutes seront possibles. Voilà ce qu’il convient d’enseigner à de jeunes âmes. Finalement, comme l’écrit Albert Chapelle, « il importe relativement peu que le célibat soit au fil des années vécu dans la tranquillité ou le trouble  sexuel. Il importe absolument qu’il soit vécu dans le Christ Jésus, dans la vérité et l’humilité spirituelles, dans l’union au Dieu de l’espérance et des miséricordes (…). Le célibat trouve sa solidité là où l’homme, humble et pauvre, s’en est remis à Dieu dans les respect de ses propres énergies, de ses déficiences psychiques et spirituelles. A cette heure, l’homme touche Dieu, parce que touché par Lui en son corps et en son cœur : il est transfiguré ».

Le célibat consacré ne peut être réduit à une conséquence disciplinaire de la vocation. Il est un appel spécifique lancé par Dieu à mener une vie prophétique, dans l’Église et pour le monde. Il est condition et nécessité pour construire une relation libre avec autrui. Dans la réponse généreuse à cet appel reçu, le consacré trouve, au cœur de la croix perçue, vécue, acceptée, la source de la fécondité apostolique, et plus encore une véritable joie. Non pas une joie émotionnelle, sentimentale, purement humaine ; mais cette joie des Béatitudes que promet le Seigneur Jésus (Mt 5): « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! (…) Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’ils ont persécuté les prophètes qui ont été avant vous ». C’est donc en partant d’une juste et courageuse anthropologie du célibat consacré, dans un appel eschatologique plein d’espérance, avec la confiance en l’infinie Miséricorde de Dieu, que, porté par cette dimension prophétique, le consacré vivra pleinement de la joie de son Maître, passant comme Lui de mort à Résurrection. Puisqu’il permet ainsi le don de soi à Dieu, à l’Église, au monde et à autrui, le célibat demeure certes une croix… mais surtout pas un calvaire.

Nouvelle année

Un an pour le Seigneur

 

 

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Et voilà… nouvelle année commence. Nous lirons, ici ou là, dans les médias, de belles considérations sur les résolutions à prendre – du régime physique au ressourcement spirituel -, sur le fait de ne surtout pas prendre de résolutions, etc.

Et si nous profitions de ce changement d’année pour réfléchir sur ce temps qui nous est donné par Dieu ? Dieu, maître du temps. Oui, dans le fond, je ne suis pas propriétaire de mon temps, je n’en suis en fait que le locataire… et je devrai, un jour, rendre compte de l’utilisation de mon temps, au seul à qui il appartient, le Seigneur Dieu qui m’en a fait le don.

Voilà peut-être une bonne façon de considérer cette nouvelle année. Dans l’humilité de celui qui sait que Dieu connaît déjà de quoi seront remplis ces 365 jours ; dans la confiance envers le Berger puissant qui nous guidera, jour après jour ; dans l’espérance, car, si le chemin sera parfois rude, chaque jour nous rapprochera du but : Jésus lui-même ; dans la force de l’Esprit, pour remplir ces semaines et ces mois du poids d’amour que le Seigneur attend de nous pour Lui et notre prochain.

Si pour Dieu tout est éternel présent, nous devons, quant à nous, nous inscrire dans le temps – comme Lui-même l’a assumé dans son humanité en Jésus-Christ -. Il nous revient, sans passivité, d’inscrire nos pas dans sa sainte volonté : ne serait-ce pas là une bonne définition de notre liberté chrétienne ?

Ayons donc de l’ambition pour vivre une bonne année, une grande année, une excellente année, une sainte année… de Foi, d’Espérance, de Charité, où toutes nos activités seraient ordonnées à leur fin ultime : aimer et rencontrer Dieu.

Comme l’avait si bien prêché le cher abbé Jean-Paul Hyvernat (1), quelques jours avant sa mort : « L’important ce n’est pas de vivre vingt ans, cinquante ans ou cent ans. C’est de vivre pleinement l’instant présent, où Dieu est blotti« .

(1) prêtre rayonnant du diocèse de Versailles. Décédé accidentellement en montagne à l’âge de 34 ans.

Chronique parue dans Parole et Prière,  janvier 2011

Pier Giorgio Frassati

Catholique de combat

 

Afficher l'image d'origineDans ces temps où, du fait du calendrier électoral, nous sommes plongés en permanence dans le débat politique, la figure de Pier Giorgio Frassati est bienvenue.

Ce catholique convaincu aurait pu se contenter d’une vie facile, procurée par la réussite professionnelle de son père – fondateur du groupe de presse La Stampa, ambassadeur, etc. Or, très tôt, il conçoit que c’est au nom même de sa foi qu’il doit s’engager dans la société. Il vivra cet engagement à un double niveau : dans l’humilité et la discrétion en servant chaque jour les plus pauvres ; sous la lumière en participant au combat politique. L’ancrage dans une vraie vie de prière, le service des plus pauvres au quotidien, voilà ce qui légitime et crédibilise l’engagement plus politique, plus partisan. C’est déjà une grande leçon pour chacun de nous !

Sur ces fondations, c’est d’un vrai courage politique dont fait preuve Pier Giorgio, qui n’a pas peur de monter au front. Dès septembre 1921, il manifeste avec des amis de la Jeunesse catholique italienne ; il se fait arrêter par la Police et, quand on apprend qu’il est fils d’ambassadeur, refuse d’être libéré de ce fait même. L’année suivante, il est profondément choqué de constater que le Parti populaire italien du démocrate chrétien De Gaspari,  auquel il adhère, s’allie – pour peu de temps en fait – aux fascistes de Mussolini. Et quand le journal auquel il participe finit par adhérer aux idées fascistes, il n’hésite pas et en démissionne.

En quelques mots il nous livre ce qui pourrait nous servir de programme pour nos propres engagements en cette période cruciale pour notre pays :  « Chaque jour, je comprends davantage quelle grande grâce c’est d’être catholique. Malheureux, oui malheureux, ceux qui n’ont pas la foi ! Vivre sans la foi, sans ce patrimoine à défendre, sans soutenir par une lutte de tous les instants la vérité, ce n’est pas vivre sa vie, c’est la gâcher. A nous, il n’est pas permis de vivoter. Nous devons vivre et nous souvenir que, même au milieu de toutes les désillusions de l’existence, nous sommes les seuls qui possédions la vérité. Nous avons une foi à défendre, une espérance, celle de la Patrie pour nous soutenir. Trêve donc à toute mélancolie […] En avant pour le triomphe du Christ dans la société !« 

Chronique parue dans Parole et Prière, janvier 2017

 

Résurrection

« Gueules de ressuscités »

 

 

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Aurons-nous le dimanche matin de Pâques des « gueules de ressuscités »?

Oui, de vraies « gueules de ressuscités »! Finies les « faces de carêmes », les figures de « pisse-vinaigre » distillant à petites gouttes leur morale tristounette ; finis les airs faussement compassés dégoulinant de componction, les trombines chafouines de chrétiens « cul-serrés »!

Aurons nous enfin le courage de nous laisser soulever, transporter, déborder, exploser par la Joie de la Résurrection ? Allons-nous enfin partir en courant, en bondissant telles les collines à l’image des béliers, porter cette bonne nouvelle au monde : ce Jésus, Fils de l’Homme, il est mort mais aujourd’hui nous vous l’annonçons : IL EST RESSUCITÉ !

Pour y parvenir, aurons nous su nous laisser toucher par le Flagellé, le Transpercé, le Couronné, le Crucifié ? Aurons- nous pleuré amèrement nos péchés à ses pieds dans la longue attente du Triduum ? Aurons-nous vécu au plus profond de notre être la douleur de nous savoir responsables de Ses Souffrances – « C’était NOS péchés qu’Il portait ! » – ? C’est ce que nous pouvons nous souhaiter les uns les autres, afin de devenir en vérité ses témoins. Dans ce monde des ténèbres, que nous devenions, par la force même du Ressuscité des « porteurs de Lumière ».

Nous l’aurons célébré dans la nuit pascale, allumant notre petit cierge au Cierge Pascal. Nous l’aurons chanté par trois fois : « Lumen Christi« , nous l’aurons acclamé par nos alléluias, nous l’aurons entendu dans Sa Parole, nous l’aurons reçu Corps et Sang ! Alors, transfigurés, plongés une fois de plus dans sa mort et sa résurrection, recréés en icônes lumineuses de Son Visage nous pourrons nous écrier : oui, Seigneur, donne-moi une « gueule de ressuscité » !

Paru dans Parole et Prière en avril 2011