Un si petit geste…

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Abus sexuels dans l’Église : retour sur la lettre de Benoît XVI

 

 

Lire la lettre du Pape émérite Benoît XVI :

https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Documentation-catholique/Eglise-dans-le-Monde/LEglise-scandale-abus-sexuels-article-pape-emerite-Benoit-XVI-2019-04-16-1201016056

Après avoir lu pas mal de commentaires sur ce texte et sur ma chronique un petit ajout :

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En hommage à Christophe Marcille +

Homélie prononcée pour ses obsèques, le vendredi 29 décembre 2017, à Reims

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Christophe et son épouse Sabine – Il laisse neuf enfants –

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Mes enfants, mes petits enfants tant je vous connais, si je m’adresse à vous maintenant, dans ce moment terrible que nous vivons ensemble, ce n’est pas un effet de style, mais c’est ce que votre maman m’a demandé hier : « Padre, parlez aux enfants ». Je vais essayer de le faire. Mais que dit-on à des enfants qui ont perdu leur papa ? Que leur dit-on, quand soi-même, on a encore la chance d’avoir son propre père ? Alors, je me pose des questions, qui sans doute traversent votre esprit à cette heure, comme celui de tous ceux, si nombreux, qui sont venus nous rejoindre cet après-midi. A cette heure où Christophe, votre papa, nous laisse dans le désarroi en nous ayant quitté si vite.

La première question qui m’est venue est la suivante : est-ce que avoir la foi, ça aide ? Avoir la foi, rend-il les choses plus faciles ? Oui et non. Beaucoup de nos concitoyens, vous le savez, autour de nous, ne sont plus chrétiens que de nom, ou même font profession de ne croire en rien, d’être des athées. Ils pensent qu’avoir la foi, croire en Dieu, ce serait avoir des réponses définitives, immédiates, sur tous les sujets. Or, le Dieu auquel nous croyons, Celui dont l’Évangile vient d’être proclamé, c’est un Dieu d’amour, c’est un Dieu qui nous aime, c’est le Dieu qui a créé le monde, qui a créé l’homme et la femme, c’est le « bon Dieu » ! Et l’on y croit ! Mais alors, pourquoi le « bon Dieu » permet-il qu’un papa parte si tôt ? Si Dieu était Dieu, disent tant de nos contemporains, le mal ne serait pas là ! Chrétiens, nous devons avoir le courage de dire que la Foi n’est pas une réponse à tout ! Elle n’est pas une « assurance-tout-risque » ; la Foi ce n’est pas : « j’ai la Foi et plus ne rien me touche » ! Si c’était cela, ce serait atroce, inhumain. Ce serait odieux. La Foi, au contraire, pose sans cesse des questions. Elle interroge, elle interpelle. Celui qui est athée, qui a décidé que Dieu n’existe pas, possède sa réponse : tout est absurde, puisque après la mort il n’y a rien. Il n’y a donc plus de question ! Je ne dis pas que cela est facile à vivre… mais il n’y a plus de questionnement. Pour nous qui avons la Foi, comment arrivons-nous à concilier ce Dieu d’amour auquel nous adhérons de tout notre cœur, de toute notre âme, avec tout cela ? Pourquoi Dieu permet-il la souffrance ? Comment arrivons-nous à concevoir cela ? Pourquoi Dieu permet-il la mort ? Pourquoi Dieu me laisse-t-il vivre ce moment précis ? C’est une vraie question. Comment pouvons-nous répondre à cette question ? Y-a-t-il seulement une réponse ?

A une époque, il n’y a pas si longtemps, j’ai dû accompagner de nombreuses familles de nos militaires morts en Afghanistan. Les journalistes rencontrés me demandaient : « Comment faites-vous ? Que leur dites-vous ? » Mais quelles paroles voulez-vous prononcer, quand vous emmenez des enfants, des mamans, des épouses, des pères, devant la dépouille de celui qu’ils ont définitivement perdu ? On ne peut pas vivre le deuil d’une famille à sa place. On peut juste être avec une famille dans son deuil. « Mais vous, mon père, insistaient-ils ? Mais vous ? » Alors je leur répondais : je rentre chez moi, dans ma chapelle, je me place face au Saint-Sacrement, dans le silence. Là, j’interroge mon Dieu : pourquoi ? Pourquoi ? Soudain ce sont les larmes qui surgissent, des pleurs qui viennent rejoindre ceux-là mêmes que Jésus, notre Dieu, a versés : sur son ami Lazare, sur les femmes de Jérusalem… Paradoxe ensuite, car au milieu de ces larmes, une espérance surgit, mes chers enfants : la mort n’est pas une création de Dieu. Dieu n’a pas voulu la mort. Non, la mort est entrée dans le monde à cause du péché des hommes, à cause de la folie de nos premiers parents qui ont voulu se faire les égaux de Dieu. Ce n’était pas le projet de Dieu ! Dieu n’est pas dans la mort. Dieu n’a pas créé la mort ! Dieu est allé beaucoup plus loin : Dieu s’est fait homme. En Jésus, Il est venu vivre la mort avec nous, pour nous délivrer d’elle. Projet insensé aux yeux des hommes ; la folie de Dieu : venir rejoindre l’homme au cœur même de la mort.

Ce n’est pas une réponse que je suis en train de vous donner : j’essaie de méditer avec vous comment, comme chrétiens, nous n’avons plus à avoir peur de la mort. Elle est un châtiment. A cause de ce fichu péché originel de nos premiers parents, nous devons tous passer par la mort ; la mort nous blesse, car elle détruit une vie, elle défait des liens d’affections que nous avions tissés. Mais nous le savons, Dieu lui-même a traversé la mort ; ce Dieu auquel nous croyons, dont nous venons de célébrer à Noël l’Incarnation. Ce petit Enfant dans la Crèche, nous pouvons dire d’une certaine façon qu’il est né… pour mourir. Avec le sacrifice de sa vie, Il nous rend, par la Croix, la vie éternelle. Il nous réconcilie avec son Père. Ah certes, ce n’est pas une réponse, au sens mathématique, comme deux et deux font quatre ! Là commence la Foi : nous commençons à entrapercevoir une lumière dans les ténèbres. Dieu invisible s’est rendu visible, Lumière de Lumière, Il est venu dans nos ténèbres pour les dissiper. Là, c’est notre cœur qui commence à comprendre, à saisir avant même notre intelligence : Dieu est venu nous rejoindre au plus profond du mystère de nos souffrances. Là est notre consolation : Dieu ne vient pas supprimer nos souffrances, Il vient les vivre avec nous. Au moment où votre papa a vécu ce passage, que nous appelons la mort, au moment, pour reprendre les mots de saint Paul, où il est passé de l’autre côté du miroir, vous pouvez être certains qu’il n’était pas seul : Dieu était avec lui ! Comment en serait-il autrement, alors que juste avant de partir de la maison, il récitait le chapelet – à sa demande – avec votre maman. Oui, dans ce grand moment de sa vie, soyons certains que la Vierge Marie, Notre Seigneur Jésus, étaient avec lui.

Une autre question m’a traversé l’esprit, comme à bien d’autres ici. Pourquoi Dieu permet-il qu’un si grand malheur vienne vous toucher, alors que votre maman a déjà connu la souffrance de perdre son premier mari, tout jeune, le lieutenant Efflam Huon de Penanster, mort en Somalie ? J’entends votre maman m’annonçant le décès de votre père, disant : « mais qu’est-ce que le bon Dieu a dans la tête ? » Si nous pouvions répondre à cette question, alors nous serions  Dieu nous-mêmes ! Là aussi, à défaut de réponse, on peut sans doute entrevoir une lueur. Je me suis rappelé les écrits d’une grande sainte polonaise, sainte Faustine, apôtre de la Miséricorde divine. Vous savez, nous avons débuté cette messe à trois heures de l’après-midi, un vendredi, précisément parce que votre maman voulait que nous commencions à l’heure de la Miséricorde, l’heure de la mort de Jésus en Croix. L’heure où Dieu veut étendre sa Miséricorde sur les âmes. Quelle réponse à ma question ? Je ne sais pas, mais sainte Faustine nous donne une piste dans son Petit journal : Dieu choisit certaines âmes, que sainte Faustine appelle les âmes privilégiées. A ces âmes, Il demande plus qu’aux autres. C’est ainsi qu’avec humour une autre grande sainte, sainte Thérèse d’Avila, interpellait avec vigueur le Seigneur : « Si c’est ainsi que vous traitez vos amis, il n’est pas étonnant que vous en ayez si peu ». Les âmes privilégiés ne sont pas des âmes qui bénéficieraient de privilèges comme le monde les entend. Pas du tout : leur grand privilège, c’est d’être associées, d’une manière toute spéciale, à la Croix du Seigneur Jésus. Regardez la sainte Vierge qui emmène, avec saint Joseph, l’Enfant Jésus au Temple. Elle s’entend dire cette parole par le vieillard Siméon : « Et toi un glaive transpercera ton cœur ». Drôle de manière de célébrer la joie d’une naissance. Regardez, comment, la divine liturgie de l’Eglise, au cœur même du mystère si joyeux de la Nativité, plante pour ainsi dire le mystère de la Croix et de la souffrance : les saints innocents de Béthéem, le protomartyr Etienne… Ce ne sont pas des réponses bien sûr, mais c’est déjà un chemin qui se dessine. Il nous faut beaucoup d’humilité pour réaliser que tout cela dépasse notre entendement. Que pouvons-nous répondre face au mal : ouvrir notre cœur.

Au moment d’ouvrir mon cœur, me revient le souvenir de votre papa que j’ai le désir, cet après-midi, de vous partager. Son humilité. Sa simplicité. Son sens de l’accueil, quand je me suis retrouvé ici à Reims, dans une période difficile de ma vie de prêtre. Votre cher papa m’a toujours reçu avec charité… même si je venais « flinguer » sa cave à whiskys ! Il était là, accueillant, simple, modeste, fidèle en amitié. Fidélité : un mot qui le caractérise aussi. Fidélité au devoir d’état, même et surtout quand cela coûte. Fidélité aux traditions. Pas aux traditions au sens étriqué du mot : on fait comme ça parce que on a toujours fait comme ça. Non, le sens des traditions françaises, comme quelque chose de vivant, qu’il aimait, qu’il avait appris à connaître, sur lequel il avait réfléchi, auquel il adhérait de tout son être. L’amour de la France, dont il était fier de servir le drapeau dans la Réserve opérationnelle de l’Armée de Terre, l’amour de l’Église et de sa liturgie, l’amour des belles choses héritées de nos ancêtres. En accueillant, pour créer un foyer avec amour, votre maman après son premier veuvage, c’était aussi une manière pour lui d’aimer la France et de rendre hommage au sacrifice du lieutenant Huon de Penanster. C’est tout cela que vous lègue votre papa. Regardez aujourd’hui dans cette église de Reims ! Regardez le nombre de prêtres, sept un chiffre biblique – et pourtant votre cher papa trouvait qu’à partir de deux présents, c’était tout juste supportable ! -. Regardez tous les amis ici présents, toute votre famille, tous ces militaires en tenues ou non. Tout cela représente bien ce qu’était votre papa, l’héritage de fidélités qu’il vous lègue, la beauté de la vie qu’il a menée. De cette vision vient aussi notre espérance. C’est pourquoi, à la fin de cette messe de Requiem, vous avez choisi de chanter le chant de Noël Adeste fideles. Nous allons chanter joyeusement : allons à la crèche ! Pour votre papa, c’est fait : il y est pour de vrai à la Crèche, il nous y précède. Du moins, c’est ce que nous voulons pour lui. Il n’était pas parfait. Comme nous, il a redit des centaines de fois « priez pour nous pauvres pécheurs » ; et nos prières pour lui implorent le Seigneur pour qu’il soit désormais au pied de la Crèche en Paradis. Pas pour se reposer… il ne manquerait plus que cela ! Mais pour veiller sur vous. Dieu sait qu’il a déjà beaucoup fait pour chacun de vous, mais désormais, en Dieu, il pourra œuvrer encore plus et veiller sur chacun de vous.

Vous voyez, mes petits enfants, chers amis, nous autres, pauvres humains, nous avons peu de réponses ; mais Dieu nous envoient tant de signes de sa présence, même au cœur de la souffrance et de la mort que nous pouvons alors nous écrier, malgré tout : tout est beau !

Oui mes petits enfants, avec Dieu, tout est beau.

Pie XII

Le réformateur

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Pie XII… Trop souvent en France, le nom de ce grand pape semble associer à une prétendue collaboration avec le régime nazi en Allemagne, et, à tout le moins, suscite polémiques et disputes, même chez les catholiques, dont bon nombre pensent qu’il fut un pape rétrograde. Et pourtant ! Sait-on, par exemple, qu’après la Sainte Ecriture, ce sont les écrits du pape Pie XII qui sont le plus cités dans le concile Vatican II ? La pensée de Pie XII se révèle novatrice et prophétique dans au moins trois domaines essentiels de la foi catholique.

Il a été un pape réformateur de la liturgie avec l’encyclique Mediator Dei. Comme il le rappelle, « ceux qui entendent par liturgie uniquement la partie extérieure et visible du culte, ou un digne cérémonial, ignorent la vraie définition et le vrai sens de la sainte Liturgie « . Dans la continuité du mouvement liturgique de la fin du XIXe siècle, le pape s’attache à redonner à la liturgie sa dimension la plus profonde : don de Dieu et participation à l’éternelle liturgie de gloire qui s’offre à Dieu le Père, par le Fils et sous l’action de l’Esprit Saint. Pie XII réformera ainsi toute la semaine sainte.

Pie XII a aussi voulu faire évoluer en profondeur les études bibliques, avec l’encyclique Divino afflante Spiritu.  Il cherche à équilibrer le débat entre les tenants de l’historico-critique pure et dure et ceux des fermes condamnations de l’exégèse moderne. Il propose une vision renouvelée des études bibliques sur la base des « quatre sens » possibles et concomitants de la Bible pour une lecture spirituelle et littérale.

Enfin Pie XII est le pape du renouveau de l’ecclésiologie avec l’encyclique Divini mystici corporis. Avec cette encyclique, le pape insiste sur l’Eglise comme « Corps mystique du Christ ». Il cherche à lutter contre une vision purement juridique et hiérarchique de l’Eglise. Le pape tente un difficile équilibre entre la vision christocentrique et spirituelle de l’Eglise et sa nécessaire visibilité, d’origine divine car instituée par le Christ, de sa hiérarchie.

Certes il reviendra au saint pape Jean XXIII d’ouvrir le Concile Vatican II, mais l’on peut dire sans se tromper, que son véritable initiateur et inspirateur fut le pape Pie XII. Sachons lui en être reconnaissants.

Chronique parue dans Parole et prière mars 2017

Avent

Se préparer à Noël

 

 

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Quatre toutes petites semaines… seulement quatre pour se préparer à la fête de Noël. Ce temps de l’Avent passe si vite, que bien souvent, nous nous retrouvons le 24 décembre midi, épuisés, vidés, par tant d’agitations stériles autour des cadeaux, des menus, des préparatifs de toute sorte. Or, bien  au contraire, le temps de l’Avent nous invite avec force, à mûrir dans le silence de nos cœurs, le mystère immense de l’Incarnation du Sauveur.

Comme le rappelle si bien la Collecte du 2e dimanche de l’Avent : « Seigneur, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais, éveille en nous cette intelligence du cœur, qui nous prépare à l’accueillir. » Cette intelligence du cœur peut s’ouvrir en nous par la lecture quotidienne des textes de la liturgie, cette pédagogie de Dieu et de l’Eglise pour nous faire entrer dans la longue attente par le Peuple élu d’un Messie, d’un Sauveur.

Quelles beautés que ces préfigurations vétérotestamentaires du Messie ! Méditons sur cette immense espérance du Salut, qui habitait le peuple Hébreu, et, à travers lui, l’humanité entière : l’accomplissement de la promesse divine, après l’horrible chute du péché des origines, d’envoyer un Messie. Qu’à l’approche de la solennité de l’Incarnation de Dieu, notre être tout entier réalise mieux l’invraisemblable plan d’amour de Dieu : devenir homme en toute chose excepté le péché, pour réconcilier l’homme avec Lui.

Folie de Dieu qui est sa vraie Sagesse !

Rentrons dans ce temps de l’Avent en demandant au Seigneur d’attiser en nous le désir de sa venue. Que tout notre être soit tendu dans l’espérance de son nouveau retour. Il est venu. Il reviendra. Amen ! Viens Seigneur Jésus !

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2010

 

Le temps de la mission

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Les dimanches « en vert » sont de retour ! En effet, après toutes les fêtes pascales, la Pentecôte, toutes ces belles solennités, nous voilà revenus, dans le calendrier liturgique, à ce fameux temps dit ordinaire, avec sa couleur liturgique verte. Pas si ordinaire pourtant, puisque le latin dit Tempus Ecclesiae : temps de l’Eglise ! C’est le temps de la mission, le temps confié par le Christ à son Eglise, pour répandre dans le temps et dans l’espace, la Bonne Nouvelle du Salut. Il est vrai pourtant, que ce temps nous confronte à une certaine quotidienneté de la vie chrétienne.

Toute notre existence ne peut se consumer en continuels « moments forts ». Le Christ et son Eglise nous invitent à vivre dans la persévérance et dans l’humilité du « jour-après-jour », notre foi, notre espérance, notre charité. Pour nombre d’entre nous, le mois de juillet marque le début des vacances ou, à tout le moins, de la période estivale. C’est le moment ou jamais, de vivre cette expérience de la présence, au quotidien, de Dieu et de son amour dans notre vie : prendre enfin du temps avec Lui, dans une vie moins trépidante, plus équilibrée.

Notre revue s’inspire plus spécialement de saint Bonaventure pour ce mois. Je ne retiendrai que son nom : Bonne Aventure ! Et si nous faisions de notre vie vie une aventure spirituelle, toute tendue vers l’union mystique de paix et d’amour avec Dieu – cf. s. Bonaventure dans L’itinéraire de l’âme vers Dieu – ? Cherchons sans relâche notre Amour, ce Jésus qui se découvre dans l’humilité de chaque jour, comme l’a écrit Christian Bobin dans L’éloignement du monde, « cet art éblouissant qui est le plus grand art : jouir de l’éternel en prenant soin de l’éphémère« .

 

Parue dans Parole et Prière, juillet 2011