Un cardinal condamné… et après ?

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L’épilogue  – momentané puisque appel a été interjeté – de « l’affaire Barbarin » invite à en saisir quelques enjeux, mais surtout à envisager les leçons à en tirer pour l’Église et ceux qui y exercent des responsabilités.

 

La condamnation cette semaine du cardinal Barbarin est d’abord un symbole. En effet, depuis plusieurs années maintenant, « l’affaire Barbarin » était devenue emblématique à plus d’un titre : soit à cause de la gravité des faits qui sont reprochés au père Preynat – qui rappelons-le n’a pas encore été jugé – ; soit à cause d’une espèce d’empêtrement dans lequel semblait se trouver le cardinal Barbarin, reconnaissant d’un côté avoir commis des erreurs et demandant pardon aux victimes à plusieurs reprises, mais, par ailleurs, assurant avec ses avocats la défense de son innocence devant la justice française. Cette décision est inédite, d’abord parce qu’il s’agit d’un cardinal de l’Église catholique, et qu’il y a peu de cardinaux à travers le monde qui se retrouvent condamnés devant des justices civiles. Il y a déjà eu des évêques français condamnés par la justice française sur des cas similaires. Mais il y a, en l’occurrence, à Lyon, une charge émotionnelle extraordinaire, sans doute trop forte, comme le disent les plus fervents partisans du cardinal Barbarin. Cette charge émotionnelle est due à la forte personnalité, aux qualités indiscutables du cardinal (mais aussi à certains de ses défauts). Elle s’est cristallisée grâce à l’action courageuse des victimes, qui ont beaucoup œuvré pour faire avancer ces dossiers et, acceptons-le, pour obliger l’Église de France à prendre enfin conscience des véritables enjeux, en particulier du côté des victimes, derrière ces sordides et désastreuses affaires de mœurs.

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Pour être juste, il faut cependant rappeler qu’il y a déjà eu des changements importants dans l’Église catholique, en France en particulier, et depuis le pape Benoît XVI de manière éminente. Il y a peu d’institutions à travers le monde et en France qui l’ait fait jusqu’à présent, avec une telle énergie et une telle ampleur, ces dernières années. L’Église a mis en place des cellules d’écoute, des éléments de prévention, le Pape a convoqué une réunion spéciale à Rome, un certain nombre de procédures internes ont déjà été modifiées, etc. Bien sûr, il y aura un avant et un après, car aujourd’hui la justice demande à un évêque, et pas n’importe lequel, de répondre à titre personnel de sa gestion personnelle d’un dossier. Il faut admettre que, dans l’Église actuelle, nous avons un problème, car nos évêques n’ont en face d’eux, ou avec eux, aucun contrepoids. Du coup, ils se retrouvent souvent très seuls à prendre de graves décisions, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Cela devrait conduire les évêques et les supérieurs d’aujourd’hui à être plus prudents ; à savoir s’entourer d’autres types de prêtres que les habitués des cercles de pouvoir, mais surtout, pour ces situations complexes, de laïcs, hommes et femmes (femmes en particulier comme cette piste est souvent développée par le pape François). Quand on est chef et seul, la tentation est grande de vouloir protéger l’institution que l’on sert, au détriment de la vérité. Sur ce point, le pape Benoît XVI a créé un énorme changement, en demandant que les victimes soient toujours prises en considération en premier et que la vérité soit faite, même si c’est au détriment de l’institution cléricale.

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Tout le monde devrait sortir grandi quand la justice est rendue. La réaction digne des victimes, face à la décision de justice condamnant le cardinal Barbarin, montre que c’est un espoir qui leur a enfin été apporté par la justice civile et, souhaitons-le, de plus en plus par la justice ecclésiastique, afin qu’elles se sachent entendues. Dans l’affaire Preynat, et dans d’autres du même type, beaucoup de victimes ont le sentiment de n’avoir pas été prises au sérieux par l’Église et par ceux et celles qui en assurent le fonctionnement institutionnel. Cela va-t-il bouleverser l’Église ? Beaucoup de choses ont été déjà mises en place ; mais cette décision va obliger les responsables de l’Église à prendre encore plus au sérieux leurs devoir pour la vérité et la charité en faveur de victimes, avant la « miséricorde » pour les coupables. Il va falloir passer désormais, de la prise de conscience intellectuelle, qui avait déjà eu lieu et que l’on peut constater dans les déclarations individuelles ou collectives des évêques, à la réalité des actes. Les évêques et les supérieurs ne peuvent pas se défausser sur une responsabilité collective, en pointant uniquement un dysfonctionnement institutionnel, ou un « péché collectif » des membres de l’Église. Chacun doit assumer, et c’est ce que nous rappelle cette décision de justice, ses responsabilités personnelles, en tant que chef responsable. Personne n’est au dessus des lois, y compris dans l’Église ! Or, c’est une des difficultés que met en relief la décision de ce jour : la nécessité pour le droit de l’Église (le droit canonique) d’évoluer, dans sa théorie et surtout dans sa pratique, afin que les supérieurs rendent plus et mieux compte de la manière dont ils gèrent ces situations terribles. Tel est le chemin que semble vouloir prendre le pape François.

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Pauline Jaricot

Aimer et servir

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En 1800, Pie VII est élu Pape. Les relations de la France bonapartiste avec Rome sont tendues et les activités de Propaganda Fide (l’organisme chargé de l’œuvre d’évangélisation) sont bloquées. Avec la largeur d’esprit si caractéristique des « Lumières » (sic), il devient impossible d’aller vers les pays de mission. C’est alors qu’un laïcat catholique prend forme. Il affirme sa foi d’un côté, par le rejet du gallicanisme ; de l’autre, par des œuvres de charité, en particulier envers les nouveaux pauvres nés des ruines de l’Empire napoléonien, et enfin par un engagement missionnaire dynamique empreint d’une grande audace.

Dans ce contexte, au sein de cette église de Lyon si foisonnante,  émerge la figure d’une jeune fille, Pauline Jaricot, dont les pas vont ouvrir des perspectives missionnaires insoupçonnées pour l’Église universelle. Pauline, se dévouera toute sa vie pour les missions, et fera preuve d’une charité inventive et ingénieuse de tous les instants. Malgré tout, elle mourra déconsidérée, spoliée de son œuvre. Quel destin !

L’Église de France vit aujourd’hui l’épreuve du manque de vocations, de la désaffection d’une bonne partie de la jeunesse, d’une certaine fatigue de ses communautés chrétiennes, et d’une déconsidération au sein de la société civile. Pour autant, coopérer à la mission universelle de l’Église serait pour elle une source de renouveau et de dynamisme. Plus on se montre généreux, plus le Seigneur nous comble de grâces. L’avenir de l’Église en France passe certainement par une ouverture toujours plus grande et généreuse à la «coopération missionnaire», plutôt que par le « pillage » des vocations des pays africains ou sud-américains.

Paul Claudel met sur les lèvres de l’aveugle une question qui doit nous interpeller fortement : «Vous qui voyez, que faites-vous de votre lumière ?». Nous qui avons reçu gratuitement la lumière de la foi, que faisons-nous de cette foi? Comme saint Jean-Paul II s’était écrié : « France qu’as-tu fait de ton baptême », nous pouvons demander : « Église de France, qu’as-tu fait de ta mission? » La figure et l’œuvre de Pauline Marie Jaricot sont un modèle de réponse simple, décisive et actuelle.

Chronique parue dans Parole et Prière de décembre 2018

Henri Caffarel

Des vertus familiales

 

 

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Le 2 août 1903, Henri Caffarel était baptisé par l’un de ses oncles, l’abbé Louis Venard ; un de mes arrière-grands-oncles ! Lors du colloque qui lui a été consacré – en décembre 2010 aux Bernardins à Paris – l’importance de son milieu familial a été souligné avec netteté, devant plusieurs de ses petits neveux, devenus prêtres à leur tour !

C’est la richesse chrétienne de la vie familiale lyonnaise qui a fortement influencé la pensée d’Henri Caffarel, et son engagement, dès les années 1940, dans la pastorale des couples chrétiens – d’où surgira la fondation des Equipes Notre-Dame. Une famille enracinée dans les devoirs que constitue un riche héritage chrétien – plusieurs ancêtres, prêtres ou non, tués an haine de la Foi, sous la révolution française -. Une famille marquée aussi par l’accueil de la vie et la joie de voir grandir de nombreux enfants en son sein.Une famille où la foi chrétienne est reçue comme le lait maternel, où l’éducation de l’intelligence et de la sensibilité se réalise dans la lumière de l’Eglise, où l’on n’aime guère se payer de mot – jusqu’à manquer parfois, en apparence, de savoir montrer sa tendresse – , mais plutôt de l’exemple des vertus humaines et spirituelles vécues au quotidien. Une famille où l’amour de la Vierge Marie et du Pape reste le fil conducteur, évitant ainsi les écueils du jansénisme, du gallicanisme ou du modernisme. Une famille profondément catholique, avec ses qualités réelles, mais aussi ses parts de difficultés, d’ombres, d’amertumes, de croix, mais toujours relevée par la vertu d’espérance, ancrée, chevillée au corps.

Dans cette période où nous fêtons le Prince de la Paix, venu en notre chair, dans une famille humaine, prions pour que toutes nos familles s’enracinent dans la joie de Noël et témoignent devant toute la société du bonheur profond et durable de vivre en baptisés, selon la loi du Christ.

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2011

Irénée de Lyon

Une Eglise, une et diverse !

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Saint Irénée nous plonge dans les premiers temps de l’Eglise, puisqu’il a connu saint Polycarpe qui fut ordonné par saint Jean lui-même. Cet oriental, de langue et de culture grecques, vient vivre en Occident à Lyon auprès de saint Pothin, auquel il succédera comme évêque. Bel exemple, dans ces premiers pas de l’Eglise catholique, de l’ensemencement réciproque entre l’Orient et l’Occident. Cette double appartenance permettra à Irénée d’éviter une grave crise entre chrétiens orientaux et occidentaux (au sujet de la date de Pâques). Combien devrions-nous nous réjouir, aujourd’hui encore, de toute la diversité dont est constituée notre Eglise catholique ! Nous voyons ainsi comment un pape argentin vient « bousculer » parfois nos raisonnements et nos habitudes européennes.

Avouons que trop souvent les catholiques vivent un peu renfermés sur eux-mêmes, ayant parfois du mal à accepter le prêtre… de la paroisse d’à côté, ou le chrétien nouvellement converti qui les dérangent… Comme cela est affligeant et opposé à l’esprit des Évangiles. Comme il est triste de voir des catholiques se tourner vers le protestantisme évangélique, faute d’avoir trouvé des communautés catholiques ouvertes et accueillantes. Sans tomber dans une béate idéologie, on ne saurait concevoir un christianisme qui ne soit universellement ouvert à tous, sans autre condition que de reconnaître le Christ comme unique Sauveur – Ceux qu’il a rachetés Dieu veut qu’ils soient sauvés par le moyen de la foi et de l’amour envers le Fils de Dieu dans la nouveauté de la parole –  et l’Eglise comme son Corps – Les Apôtres eux-mêmes ont constitué les organes par lesquels ils ont voulu que leur enseignement soit transmis. Seuls ces organes institués par les Apôtres ont l’autorité des Apôtres. Ce sont eux seuls qui sont les critères des doctrines et qui garantissent leur conformité avec la révélation- .

Que saint Irénée, le Smyrniote venu à Lyon, nous aide à bâtir cette église intelligente, qui grandit toujours grâce à la diversité de ses membres et non leur uniformité !

Chronique parue dans Parole et Prière, juin 2015