Les moines de Tibhirine

Au-delà de tout : l’amour des ennemis

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« Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. » Ainsi s’exprime le père Christian de Chergé dans son Testament, écrit en 1994, deux ans avant qu’une mort terrible ne viennent l’emporter ainsi que six de ses frères moines trappistes.

En quelques mots, le frère Christian nous place dans la radicalité de toute vie chrétienne, réellement vécue. Don de Dieu sans retour de la vie qui fait de chaque être humain, y compris le plus faible, une présence divine et lui confère une dignité absolue. Souffrance pour le croyant, par son propre péché, de participer au mal qui ronge le monde. Espoir mis en Dieu seul, et en sa Grâce, de dépasser cette triste condition de pécheur et d’atteindre le sublime commandement de l’amour du prochain jusqu’à l’ennemi.

C’est sur ce dernier point que les sept moines de Tibhirine ont sans doute le plus à nous apprendre. Au-delà de toutes les polémiques entourant leurs morts, au-delà de ce que les uns ou les autres retireront pour alimenter telle ou telle thèse dans les rapports entre catholicisme et islam, leurs vies données, dans la prière, l’amour de tous leurs frères algériens et jusque dans le martyre reconnu par la sainte Église, doivent nous inspirer pour nos propres vies.

Face au mal inévitable que nous rencontrons, face au scandale parfois des croix qui nous atteignent, ses lignes du frère Christophe peuvent nous éclairer : « L’office. Les mots des psaumes résistent, font corps avec la situation de violence, d’angoisse, de mensonge et d’injustice. Oui, il y a des ennemis. On ne peut pas nous contraindre à dire trop vite qu’on les aime sans faire injure à la mémoire des victimes dont chaque jour le nombre s’accroît. Dieu Saint. Dieu Fort. Viens à notre aide. Vite. Au secours. Et puis on reçoit des mots d’encouragement, de consolation, des mots qui font espérer et c’est là que lire l’Ecriture c’est vital. Il y a du sens (…) Et nous voici chargés de ce sens. Il s’accomplit : Amour en Croix. »

 

Publié dans Parole et Prière, décembre 2019

Pierre Claverie

L’apostolat du dialogue

 

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France et Algérie, un amour compliqué, de passions et de haines, d’attirances et de répulsions. Algérie, terre kabyle des riches premières communautés chrétiennes, terre musulmane depuis des siècles désormais. Voilà, à Bab-El-Oued, dans quel terreau naît Pierre Claverie.

Voilà aussi pourquoi, attiré par ces contrastes et ces paradoxes, alors qu’il est devenu jeune père dominicain en France métropolitaine, il souhaite retourner dans son pays natal où débute non sans difficulté l’indépendance. Dès lors sa vie apostolique est marquée par le désir du dialogue avec ses frères algériens et donc pour l’immense majorité d’entre eux musulmans.

« Le maître mot de ma foi est aujourd’hui le dialogue, non par tactique ou par opportunisme, mais parce que le dialogue est constitutif de la relation de Dieu aux hommes et des hommes entre eux. » Qu’on ne s’y trompe pourtant pas, Pierre Claverie n’est pas un naïf. Il a bien su mettre en garde, dans le dialogue inter-religieux, contre des ressemblances qui sont des ressemblances apparentes. Même si nous nous y référons, chrétiens et musulmans, Abraham n’est pas le même dans nos deux religions. Que dire de ‘Issa, de Jésus ? Les références bibliques citées dans le Coran ne sont pas organisées de la même manière, ce qui en change parfois profondément le sens. De même l’unicité de Dieu sur lequel insiste tant le Coran ne réfère pas à la même expérience de Dieu que le Dieu trinitaire.

Pour dépasser ces oppositions théologiques lourdes, c’est dans l’ordre de la charité que Pierre Claverie souhaite que, chrétiens et musulmans, rivalisent. A cet égard, l’accompagnement après leur meurtre des sept moines de Tibhirine et son propre assassinat peu de temps après, reconnu désormais par l’Église comme martyre, en sont le sceau suprême.

Confions-lui donc le si nécessaire dialogue entre nos deux religions.

 

Paru dans Parole et Prière, octobre 2019

Une usine à fabriquer des saints !

 

Entretien sur le livre La sainteté de A à ZDopez votre spiritualité, avec Jean-Pierre Maugendre pour « TV-Libertés »

 

 

Liens :

https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/la-saintete-de-a-a-z-9791033607953

https://www.tvlibertes.com/

 

 

 

 

Jerzy Popielusko

Le courage de l’amour et de la vérité

 

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« Seule une nation libre spirituellement et amoureuse de la vérité peut durer et créer pour l’avenir », cette citation de Jerzy Popielusko pourrait, à elle seule, nous servir de guide dans notre propre vie : seule une âme libre spirituellement et amoureuse de la vérité peut construire son avenir ! La liberté spirituelle c’est de nous savoir attachés à un seul être, par dessus tous les autres amours, Jésus – celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi… -. Difficile détachement des nos amours terrestres pour mettre Dieu au-dessus de tout et Lui obéir en tout, quoi qu’il puisse nous en coûter.

Etre amoureux de la vérité n’est pas moins exigeant, surtout dans notre société occidentale où règne en maître un relativisme dogmatique, qui arrive à s’insinuer même dans les intelligences chrétiennes. Etre amoureux de la vérité, c’est comme Jerzy Popielusko accepter de se mettre en danger par amour de Celui qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Sommes-nous encore capables d’une telle exigence, nous qui restons si habitués aux accommodements et aux compromissions ? Il est sans doute temps de nous secouer et d’appeler à l’aide saint Jerzy qui sut, lui, donner sa vie pour ceux qu’ils aimaient par amour de la vérité, du Christ.

Il en va, non seulement de notre vie spirituelle intime, mais aussi de celle de notre Patrie: « Malheur à la société dont les citoyens ne sont pas guidés par le courage ! Ils cessent alors d’être des citoyens pour devenir de simples esclaves. Si le citoyen renonce à la vertu du courage, il devient esclave et se cause le plus grand des torts, à lui-même, à sa personne, mais aussi à sa famille, à son groupe professionnel, à la Nation, à l’Etat et à l’Eglise ; même si la peur et la crainte lui font facilement obtenir du pain et des avantages secondaires… »

On ne saurait mieux dire.

 

Paru dans Parole et Prière, septembre 2017

 

 

Une foi noble et exigeante

JMJ de Madrid – enracinés dans la Foi

 

 

 

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Alors que certains d’entre nous profiteront d’un repos estival mérité – sans oublier le Bon Dieu, n’est-ce pas ?- , les plus jeunes, en nombre nous l’espérons, se retrouveront en Espagne, pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, autour du pape Benoît XVI.  Ne nous y trompons pas, le message adressé par le pape aux jeunes nous concerne tous, et de près : « A l’heure où l’Europe a un très grand besoin de retrouver ses racines chrétiennes, nous avons rendez-vous à Madrid, avec les thèmes Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la Foi (cf. Col 2,7) » -message pour les 26e JMJ-.

En allant marcher sur les routes d’Espagne, cette jeunesse nous entraîne à la suite des grands saints qui ont marqué cette terre et toute notre vieille Europe. D’Isidore de Séville à Ignace de Loyola, de Thérèse d’Avila aux martyrs de la guerre civile, en passant par Dominique de Guzman et Jean de la Croix, tous nous ont montré une foi exigeante et lumineuse. Cette terre d’Espagne qui a connu la soumission à l’islam autrefois et la Reconquista, ainsi que les terribles affrontements avec le communisme, nous invite à conserver espoir dans l’avenir du christianisme en Europe.

Le pape nous y invite aussi en nous proposant de nous plonger « aux racines ». C’est-à-dire à bien comprendre qu’à la source des « combats politiques et civils », et pour les préparer, doit se trouver le Christ lui-même : « la première image est celle de l’arbre, solidement planté au sol par ses racines, qui le stabilisent et le nourrissent. Sans racines, il serait emporté par le vent et mourrait. Quelles sont nos racines ? Il y a bien sûr nos parents, notre famille et la culture de notre pays, qui constituent un aspect très important de notre identité. La Bible en dévoile un autre. Le prophète Jérémie écrit : ‘ Béni l’homme qui se confie dans le Seigneur, dont le Seigneur est la foi. Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant : il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert ; dans une année de sécheresse, il est sans inquiétude et ne cesse de porter du fruit’ (Jr. 17, 7-8) » – Benoît XVI.

Et nous… où trouvons nous les racines de nos combats ?

Chronique parue dans Parole et Prièreaoût 2011

 

Les martyrs romains

Premiers témoins de notre foi

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Les premiers témoins de la foi, pour nous catholiques d’Occident, sont ces innombrables martyrs romains, dont le sang a ensemencé les fondations de notre Eglise. Une lecture superficielle pourrait nous laisser penser qu’ils furent tuer par haine de Jésus-Christ. Si, en effet, leurs persécuteurs, sans en être conscients, furent les collaborateurs des forces de Satan, ils ne connaissaient rien à la foi en Jésus, et même, la plupart d’entre eux étaient des personnes que nous qualifierions aujourd’hui de « très ouvertes, très tolérantes ». Agrippa, au cœur même Rome, n’a-t-il pas fait ériger un temple en l’honneur de tous les dieux que l’on aurait pu oublier – le fameux Panthéon – ?

Alors, pourquoi tant de haine ? Relisons les Actes des martyrs. Parce que nos premiers pères dans la foi refusaient de sacrifier à l’empereur.  » Mais quoi, dit le juge, crois ce que tu veux de ton Jésus, je te demande seulement, au nom de l’ordre public, de brûler quelques bâtonnets d’encens pour l’empereur ! » Et le martyr de répondre : « Nul ne peut se déclarer dieu, hormis Jésus-Christ. Je refuse de reconnaître une quelconque divinité à l’empereur ! »

Ces premiers témoins de la foi sont tombés par amour de Jésus, et plus précisément, pour défendre les droits de l’Homme-Dieu sur eux. J’appartiens à Jésus, et l’Etat -représenté par l’empereur- doit accepter les limites de son pouvoir sur moi. Belle leçon pour nous autres, vingt siècles après, vivant dans ce monde occidental hyper sécularisé et laïciste. Soyons à notre tour des témoins de la foi. La voix des papes contemporains ne nous dit pas autre chose ! Oserons-nous témoigner de notre différence au milieu du monde ? « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » nous a prévenu ce même Jésus.

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2011

Edith Stein

Devenir des âmes ardentes

 

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Avec Edith Stein, nous voilà dramatiquement plongés dans une des périodes les plus affreuses de notre histoire européenne.
Edith naît dans une famille juive, attirée par les études de philosophie, elle passe par l’athéisme, avant de découvrir, au terme d’un cheminement courageux, la foi catholique. Et non seulement elle se convertit, mais elle entre au Carmel.
Malgré les iniques lois nazies, elle décide de rentrer en Allemagne pour vivre la persécution avec ses frères juifs. Internés à Auschwitz, elle y partage jusqu’à la mort leur sort. C’est le Pape Jean-Paul II qui la canonisera.
A travers ce parcours, c’est toute notre histoire européenne contemporaine qui prend un éclairage de Salut. Je ne voudrais cependant pas que nous en restions à quelque considération « intellectuelle » ! Plongez-vous dans les écrits d’Edith, et vous y découvrirez une âme ardente. Une âme comme Jésus les aime : palpitante, pleine de vie, qui affronte avec courage toutes les difficultés inhérentes à chaque vie humaine.
Pour ma part, c’est sans doute le récit autobiographique de sa vie qui me touche le plus : entrer dans l’intimité d’une famille juive… qui a donné une sainte catholique ! Découvrir, à travers la simple quotidienneté, l’amour enveloppant d’un Dieu très aimant qui « forge » une âme de sainte.

 

Edith Stein, Vie d’une famille juive (1891-1942), éditions Ad Solem, 2001
 
Publié dans Parole et Prière de juillet 2012