Pédophilie… de quoi parle-t-on ?

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Pédophilie, gestion de crise et hiérarchie catholique

Précisions importantes : 1. – cet article n’entend en rien relativiser l’extrême gravité de la pédophilie, crime abominable que le pape François a même comparé à un culte rendu à Satan. Il s’agit de chercher à comprendre quels sont, au-delà des responsabilités personnelles des individus coupables de ces agissements,  les fondements institutionnels de cette grave crise qui secoue l’Eglise catholique.  2. – Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont l’Eglise catholique « pratique » les médias (non sans difficultés comme toutes les grandes institutions) ; j’ai volontairement mis de côté cet aspect du problème afin de ne pas allonger cet article et user la patience de mes lecteurs !

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L’émission Cash investigation relance le débat autours de la pédophilie dans l’Eglise – à charge si j’ai bien compris, ne l’ayant pas encore vue à l’heure où j’écris ; mais ayant lu avec attention les documents diffusés par les auteurs et les critiques déjà formulées par les autorités ecclésiales -. L’Eglise catholique en France a pris en compte cette terrible et difficile question, depuis les années 2000 et, en particulier en 2010, à la suite des demandes du pape Benoît XVI. Essentiellement sur un plan technique : dénonciation des prêtres ou des laïcs  – des écoles catholiques ou des mouvement de jeunesse – commettant ce genre de crimes, mise en place d’une cellule de veille, accueil des victimes, meilleur discernement pour les candidats au sacerdoce… Je ne veux pas entrer ici dans le débat des méthodes journalistiques utilisées – on en connaît le genre littéraire – mais je voudrais essayer de comprendre les fondements de cette crise que traverse l’Eglise.

La décadence générale des mœurs ne saurait justifier les carences du gouvernement ecclésial

Bien souvent, ce sont d’anciennes affaires qui remontent à  la surface, parfois de plus récentes. Mais comment expliquer que ces personnes exercent toujours des responsabilités, soient encore en charge de paroisses, et même tout simplement prêtres ? Sans doute à cause d’une forme d’incurie de la part de certains évêques et de leurs conseils. Ne sous-estimons pas, cependant, les dégâts que le relativisme moral des années 1970 a provoqué, même au sein de l’Eglise. Faut-il rappeler que certains people, encore très en vue aujourd’hui, et jamais mis en cause dans les grands médias, ont soutenu ouvertement la pédophilie dans ces années-là ? Ce contexte ne justifie pas, bien sûr, le maintient de prêtres « non sûrs » dans des fonctions paroissiales. S’il l’explique en partie, il ne l’excuse pas. Par ailleurs, la longévité des « carrières » ecclésiales est à prendre en compte. Ainsi certains ont pu commettre des actes répréhensibles vers la trentaine et être toujours en possibilité de travailler au sein de l’Eglise plus de quarante ans après ! Les décisions prises sous Jean-Paul II par le cardinal Ratzinger – futur Benoît XVI – devraient interdire désormais l’accès au sacerdoce à des candidats ne présentant pas une affectivité et une sexualité matures. Quant aux cas déjà présents, ce qui est incompréhensible c’est que l’on ait laissé ces prêtres en position de commettre de nouveaux dégâts, pire, on les a parfois promus. C’est incompréhensible et il est normal qu’on nous en fasse le reproche. Le Vatican a mis en place, sous Benoît XVI, des procédures de réduction à l’état laïc pour les prêtres qui deviennent, par la gravité de leur inconduite, incapables de mener une vie sacerdotale. Il ne s’agit pas, comme je l’ai lu ici ou là, de les jeter tels des malpropres, mais dans un accompagnement, judiciaire et s’il y a lieu, médical et humain, de les décharger du sacerdoce qu’ils ne peuvent objectivement plus réaliser, et de les mener vers une nouvelle vie laïque.

La faillite des « ressources humaines » dans l’Eglise de France à la base des difficultés de gestion de crise

Il existe aussi, sans doute depuis fort longtemps, dans l’épiscopat français un amateurisme quasi criminel en matière de gestion des ressources humaines. Ce qui est intéressant est de chercher à comprendre le pourquoi, alors que la plupart des personnes en charge sont plutôt intelligentes et compétentes par ailleurs. Nous héritons, des années 60-70, d’un système d’organisation ecclésiale en France d’ordre « marxiste » ! Avec une « langue de buis » effroyable, incompréhensible d’ailleurs d’une large partie de la population. Les prêtres et les évêques en responsabilité ont été formés – déformés trop souvent !- dans un cadre de pensée hégélien ou kantien, dans le diktat de la lutte des classes, souvent incompatible avec les réalités de la Foi et la recherche du réel. Ce n’est pas pour rien si, avec justesse et a contrario, l’Eglise continue de promouvoir la philosophie aristotélicienne et le thomisme, comme base de sa réflexion. Plus lointainement, l’histoire particulière de l’Eglise de France depuis le Concordat avec Bonaparte, l’adossement à la mentalité bourgeoise du XIXe siècle, la crise du ralliement à la République, a poussé l’Eglise dans des positions ultra « légitimistes ». Elle souffre d’une gestion de ses cadres où, bien souvent, seuls les gens sans odeur, sans couleur ni saveur peuvent parvenir au sommet, tant les autres font peur ! Bien sûr, je caricature en quelques lignes des éléments qui nécessiteraient bien des nuances ; mais au fond, il y a là une base qui explique humainement bien des dérives, bien des incapacités à réagir sainement face aux crises.

Au-delà de la pédophilie, c’est la crédibilité du discours moral de l’Eglise qui est en jeu

Au-delà de la question pédophile, la question qui se pose à l’Eglise catholique en France, c’est celle, plus générale, des prêtres ou des religieux dont le mode de vie n’est pas conforme aux exigences de leur état – prêtres concubinaires ou pratiquant une sexualité active hétéro ou homosexuelle. Or, sur ce point, dans de nombreux diocèses, fidèles et prêtres, constatent trop souvent, de véritables carences de gouvernement au sein de l’Eglise en France. On a l’impression dérangeante que l’autorité épiscopale ne veut pas, ne peut pas, s’exercer contre ces prêtres immoraux. Du coup, les prêtres pédophiles ont pu avoir le sentiment, en se mêlant aux autres cas, de pouvoir bénéficier de cette « largeur de vue » (sic). C’est destructeur à plus d’un titre. D’abord en externe, parce que l’Eglise est, dans une époque vouée au relativisme moral, l’une des dernières institutions à oser prêcher une « morale », des normes affectives et sexuelles. Or si l’on découvre qu’en son sein évoluent des prêtres, des religieux, des responsables laïcs qui ne respectent pas, de manière grave, ces fondements moraux et qu’ils semblent avoir bénéficier d’une connivence – au moins passive -, c’est une très grave crise de crédibilité de la parole de l’Eglise qui s’ouvre. Pour être très direct, on ne peut pas prendre de manière médiatique les positions que nous avons tenues sur le « mariage pour tous » et se montrer incapable de balayer devant notre porte ! Ensuite, en interne, c’est une injustice grave qui est faite à tous les prêtres – l’immense, l’écrasante majorité – qui se donnent à fond et avec sérieux dans la mission d’évangélisation. C’est ce qu’a d’ailleurs développé Mgr Centène, évêque de Vannes, dans un éditorial de sa revue diocésaine. (http://www.vannes.catholique.fr/9329-2/)

Une voie de sortie : le courage

 Comment pourrions-nous sortir de cette terrible crise de confiance ? Il ne faut pas avoir peur et prendre nos responsabilités. De toute évidence, il y a eu, il y a encore, des carences dans la gestion d’un nombre non négligeable de dossiers de prêtres pédophiles et/ou menant des vies non conformes à l’enseignement de l’Eglise. Osons le dire et surtout agissons, pour ne pas donner l’impression qu’au-delà des paroles, l’omerta se poursuit. Bien sûr, il ne s’agit pas de lancer des chasses aux sorcières dans tous les diocèses. Mais ici ou là, de vrais scandales durent parfois depuis de nombreuses années, plus ou moins camouflés : il est temps encore d’y mettre de l’ordre. Dire cela ce n’est pas s’attaquer à l’Eglise. Benoît XVI lui même a écrit : « Nous devons accueillir cette humiliation comme une exhortation à la vérité et un appel au renouvellement. Seule la vérité sauve. Nous devons nous interroger sur ce que nous pouvons faire pour réparer le plus possible l’injustice qui a eu lieu. Nous devons nous demander ce qui était erroné dans notre annonce, dans notre façon tout entière de configurer l’être chrétien, pour qu’une telle chose ait pu arriver. » Trop de catholiques, et ne parlons pas des autres, confondent encore la « structure » humaine et faillible de l’institution ecclésiale avec l’Eglise elle-même, une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Seule une véritable opération « mani pulite » serait à même de restaurer la confiance des chrétiens envers leur hiérarchie et au-delà, de la population française avec l’Eglise catholique. Oui avoir le courage, avec la mise en place par exemple d’une commission indépendante, d’une enquête approfondie sur tous les diocèses de France et dont les résultats, tous les résultats, seraient rendus publiques.

Tuerie de Montauban : le père Christian Venard se souvient

© PASCAL PAVANI / AFP

Le 15 mars 2012, trois parachutistes du 17e RGP étaient la cible des balles de Mohamed Merah. L’aumônier était sur place.

Le 15 mars 2012, à Montauban, le père Christian Venard prend un café dans la cour de la caserne du 17e Régiment du génie parachutiste (RGP) dont il est l’aumônier. Des coups de feu retentissent à l’extérieur. Mohamed Merah vient de tirer sur trois paras : Abel Chennouf, Mohamed Legouad et Loïc Liber. Les deux premiers expirent entre les bras du Padre, accouru sur place. Le dernier survit, grièvement blessé.

Aleteia : Cinq ans après avoir recueilli vos camarades au sol, diriez-vous que cette tragédie a changé votre vie ? De quelle manière ?
Père Christian Venard : Oui, bien sûr. Comment voudriez-vous rester indifférent, quand, sur notre sol national, à 50 mètres du PC de votre régiment, vous recueillez le dernier souffle de deux de vos camarades parachutistes — Mohamed Legouad et Abel Chennouf —, abattus parce qu’ils appartenaient à un régiment engagé en Afghanistan ? Je reste marqué dans ma chair et dans mon âme. Trois sentiments pour l’essentiel : tristesse face à ceux qui sont partis, combativité pour honorer leur mémoire, colère face au traitement politique et médiatique de cette tragédie.

Les militaires ont-ils gardé des séquelles ? Ont-ils su se reconstruire ?
Le 17e RGP a magnifiquement réagi, même si, cela a rendu la vie des paras de culte musulman plus délicate. Un certain nombre, comme moi, ont voulu aussi tourner la page et continuer de servir dans les armées, en s’éloignant de Montauban. Le régiment reste très proche et soudé auprès du seul rescapé, Loïc Liber, qui se bat courageusement, jour après jour, frappé par un très lourd handicap depuis cinq ans.

Le père Christian Venard

Pensez-vous que cet épisode marque une rupture profonde à l’échelle de la Nation ? La population et les pouvoirs publics en ont-ils pris la mesure ?
L’affaire Merah marque, bien sûr, un tournant décisif et l’entrée en guerre contre l’islamisme. La veulerie, l’idéologie des politiques et des médias empêchent d’en rendre un compte exact et surtout d’en tirer les vraies conclusions. La différence de traitement par exemple entre « Charlie » et « Merah » est significative d’une caste repliée sur elle-même et assez indifférente au sort de ceux qui pourtant veillent sur elle : les militaires et les forces de l’ordre.

En ce jour anniversaire, quelle prière cette tragédie peut-elle inspirer au croyant ?
Prier pour demander le courage de résister malgré tout, comme l’inspire la prière du parachutiste. Prier pour la consolation des familles — je songe aussi aux familles juives de Toulouse, à la famille Ibn Ziaten. Prier pour les morts et les blessés. Prier pour notre patrie engagée dans une guerre sans merci contre l’islamisme. Et enfin, si l’on y arrive, avec la grâce de Dieu, arriver à prier même pour ceux qui nous persécutent.

Portrait dans La Nef – 289

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Se réarmer moralement

Source : La Nef N°276 de décembre 2015
Afficher l'image d'origineLa Nef – Le Président a reconnu que nous étions en guerre : mais de quel type de guerre s’agit-il et comment gagne-t-on de telles guerres ?
Non sans peine, nos hommes politiques et nos médias acceptent enfin de dire la vérité au peuple français : nous sommes entrés dans un état de guerre… depuis dix ans ! Certes il ne s’agit pas d’une guerre classique, mais de ce que les spécialistes appellent une guerre asymétrique, une guerre terroriste. La France y a déjà été confrontée, notamment en Indochine et en Algérie. Des militaires – comme le célèbre colonel Trinquier – ont même créé un corpus de doctrine sur ce type de guerre, repris d’ailleurs par les Américains. Ce type de guerre se gagne sur le terrain militaire et, surtout, sur le terrain doctrinal. C’est sur ce deuxième point que nous sommes aujourd’hui les plus vulnérables.

Qui dit guerre dit ennemi : pourquoi avons-nous une telle peur de nommer l’ennemi ? Et qui est-il dans ce type de guerre ? Un chrétien peut-il d’ailleurs avoir des ennemis ?

La réponse est en partie dans votre question ! D’abord parce que reconnaître des « ennemis », c’était reconnaître de fait un état de guerre. Mais il y a une autre cause plus dangereuse. Notre ennemi est doctrinalement alimenté par l’islamisme, qui est une idéologie issue de l’islam. Notre société (et ses « élites » surtout) avait décrété la mort du religieux et l’avènement définitif de l’homme-moderne-athée-consommateur-festif ! Le retour effroyable du religieux par ces événements souligne la vacuité de l’idéologie consumériste athée. Quant à savoir si un chrétien peut avoir des ennemis, Jésus lui-même, dans une demande radicale, nous fournit la réponse : « mais moi je vous dis : aimez vos ennemis » (Mt 5, 44).

Les islamistes sont forts de leur « foi », sans états d’âme : qu’avons-nous à leur opposer, qu’avons-nous à défendre en termes de civilisation, nous qui baignons dans le relativisme, l’hédonisme, le matérialisme et ne cessons de nous culpabiliser et de faire repentance ?

Comme vous le dites il semble bien, à ce jour, que nous n’ayons guère de fondements idéologiques à leur opposer. Non seulement nous baignons dans cette atmosphère délétère, mais pire encore, celle-ci a été encouragée, depuis des décennies par les « élites » de notre pays. Politiques, médias, intellectuels, tous ou presque, ont chanté le multiculturalisme, la haine du catholicisme, le rejet des autorités traditionnelles, le refus de l’engagement militaire, la négation de l’honneur de servir le bien commun. À cet égard, les élites catholiques françaises portent aussi une lourde responsabilité : elles ont abandonné le combat intellectuel, dès les années 70-80, pour entrer dans la jouissance et le compromis.

Plus que de la haine de « l’Occident décadent », les islamistes n’ont-ils pas d’abord la haine du christianisme comme le laisse indiquer le communiqué de Daech après les attentats ?

Il me semble que pour la grande majorité des combattants de l’État islamique (EI), il y a une confusion complète entre Occident corrompu et christianisme. Cette confusion est entretenue volontairement par leurs dirigeants, plus cultivés et, il faut avoir le courage de le dire, par une partie des universités islamiques à travers le monde, qui ne s’intéressent que très peu, sur le plan universitaire, à connaître notre civilisation.

Dans ce contexte, comment analysez-vous la situation de l’islam, un tel drame peut-il aider les musulmans à faire évoluer leur religion par une interprétation renouvelée du Coran qui relativiserait les versets les plus violents sur lesquels s’appuient les islamistes ?

Je ne suis pas un spécialiste de l’islam. J’y compte des amis réels, y compris des imams parmi les aumôniers militaires musulmans. Je l’avais déjà écrit immédiatement après les attentats parisiens du 7 janvier : bien sûr, cette violence pose des questions fortes à nos compatriotes musulmans. L’idéologie du « padamalgame » ne saurait les y aider. Nous devons, avec charité et amitié, supplier nos concitoyens de culte musulman, de travailler à renouveler leur théologie sur les rapports islam/violence, islam/État, islam/société. Donc, si de tels drames les y poussent, tant mieux. C’est une question interne à l’islam en France (et dans le monde) qui avait été soulignée par le pape Benoît XVI, dans son fameux discours de Ratisbonne. On se souvient, avec tristesse, des réactions de l’intelligentsia occidentale et des populations musulmanes. Le champ de travail est plus que vaste !

Quelle doit être l’attitude des chrétiens face à une violence aussi barbare, quel rôle spécifique ont-ils à tenir ?

La première attitude est évidemment la prière. Prière pour les victimes, pour tous ceux qui, à tous les niveaux, œuvrent au service du bien commun et de la sécurité de notre pays. Cette prière doit se faire aussi insistante pour nous éviter d’entrer dans la spirale de la violence, et c’est pourquoi elle va jusqu’à l’exigeante demande évangélique de la prière pour les ennemis – pour leur conversion bien sûr. Cette prière n’est possible que si nous nous préservons des plages de silence. Le chrétien dans le monde ne peut se contenter de la prière – même si elle est le fondement de toute action. Il doit aussi agir. D’abord sur lui-même : à travers ces événements nous devons entendre un appel à notre propre conversion – dit autrement : avant de vouloir changer le monde, changeons-nous nous-mêmes ! Et puis, il y a le combat direct. Intellectuel d’abord : se réarmer moralement et doctrinalement exige un labeur quotidien. Enfin, chacun à sa place est invité à servir son pays et aider les forces de l’ordre.

Propos recueillis par Christophe Geffroy

Une belle recension

sur le blog « Milittéraire – une Plume pour l’Épée »

 

Source : « Un prêtre à la guerre », padre Christian Venard, aumônier, Ed. Taillandier