Préface

pour le livre de Martial LIMOUZIN, J’avais vingt ans en 1914 – Quelle connerie la guerre !

 

J'avais20ansLe Père Doncoeur, célèbre aumônier militaire durant toute la Grande Guerre, écrivait aux lendemains de cette atroce période de notre histoire européenne : « Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don… » C’est dans cet esprit que Martial Limouzin, pour lui rendre hommage, retrace, avec une plume alerte, le parcours militaire de son grand-père, de sa mobilisation en 14 à sa démobilisation en 18. L’immense majorité des familles françaises a été touchée par ce drame. Avec émotion, je garde un souvenir précis des journées passées en Artois, avec tous les descendants de mon arrière grand-père, jeune capitaine saint-cyrien, mort au champ d’honneur en 1915, à la tête de ses hommes dans les combats d’Hebuterne. Tant et tant de familles françaises tiennent, dans le cadre du centenaire de la guerre de 14-18, à manifester ainsi une piété filiale et patriotique, envers ceux qui ont sacrifié leur vie. Ce livre entre dans cet esprit. Si le grand-père Auguste n’y a pas laissé sa peau, ces pages évoquent en permanence les sacrifices terribles imposés aux soldats de 14-18. La séparation de leurs familles, de leurs fermes, de leur terre natale n’en est pas un des moindres. Les horreurs d’une guerre moderne et sans merci y ajoutent une cruauté, dont les conséquences se feront sentir toute leur vie durant.

Ah oui, « quelle connerie la guerre » ! Aumônier militaire depuis vingt ans, les combats auxquels il m’a été donné de participer avec les armées françaises, sur de nombreux théâtres d’opérations, n’ont rien à voir en intensité avec ceux de la Grande Guerre. Pour autant, la violence qui les anime reste du même ordre. De nombreux auteurs, ethnologues, paléontologues, philosophes, écrivains ou juristes ont cherché à comprendre si la guerre et la violence étaient inscrites au cœur même de l’être humain, et de la société. Pour nous chrétiens, cet état est la conséquence terrible du péché de nos premiers parents, de la destruction de l’harmonie voulue aux origines par le Créateur. Au travers du récit, recomposé par Martial Limouzin, du parcours de son grand-père, on saisit, dans l’intimité d’un de ces combattants, la lutte intérieure entre la volonté de défendre la Patrie et l’aspiration à la paix. L’expérience d’Auguste décrit tout à la fois ce désir de paix, de retour au foyer, l’absurdité de la guerre, mais aussi, la ferme décision de remplir son devoir de Français, quoi qu’il en puisse coûter. Le saint père Daniel Brottier disait : « Si j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie, c’est sur les champs de batailles« . Ce livre fait entrer dans le quotidien d’un jeune paysan français. Pas de discours historique, même si l’auteur a suivi avec une précision méticuleuse le Journal de Campagne du régiment de son grand-père. Pas de grandes théories sur cette première guerre mondiale, même si chaque lecteur, au travers des réflexions d’Auguste, peut réaliser ce que pouvait penser un jeune conscrit de la 14.

Ce livre, issu de piété familiale et patriotique, est précieux enfin dans une période cruciale que traverse notre patrie. La simplicité de l’écriture, le témoignage sans fard, peuvent nous rejoindre dans nos combats d’aujourd’hui. Certes, la France n’a pas en face d’elle un Etat, ennemi héréditaire ; mais notre pays est engagé désormais dans une lutte sauvage, contre une idéologie islamique, dont les méthodes barbares et sanglantes rappellent, en effet, que la guerre est tragique, qu’elle est une « connerie ». L’exemple du grand-père Alexandre invite chaque lecteur à aimer sa patrie, son prochain et à remplir ses devoirs envers les uns et les autres, quoi qu’il puisse lui en coûter. En ce sens, la lecture de ce livre, prédispose le lecteur au cœur ouvert, à l’âme attentive, à se préparer moralement aux combats d’aujourd’hui que notre France doit livrer. Laissons alors résonner une dernière fois, avant de céder la parole au grand-père Alexandre, la voix du père Doncoeur : « Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et – qui sait?- peut-être demain à une mort analogue« .

 

Bordeaux, 5 juillet 2017

 

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Eglise et terrorisme

Se préparer à mourir demain

 

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Conférence donnée dans le cadre du colloque de l’Aide à l’Eglise en Détresse – Paris – 3 décembre 2016

Ce n’est pas un thème facile à aborder dans notre société qui a fait du sujet de la mort l’ultime tabou, dont on ne parle jamais et que l’on cache. Mes fonctions d’aumônier militaire m’ont amené à la côtoyer, et à la regarder en face. Ainsi, le 15 mars 2012, deux de mes parachutistes sont morts dans mes bras, mortellement touchés par Mohammed Merah. La guerre dans laquelle notre pays est plongé désormais date de cet événement-là. Car nous sommes effectivement dans une guerre, même si, comme l’ont dit différents intervenants, c’est une guerre très particulière qui nous touche sur notre territoire national. La mort, je l’ai côtoyée aussi en opération, je l’ai vu parfois droit dans les yeux. J’ai ainsi le souvenir très précis en Côte d’Ivoire d’avoir été pris sous le feu dans une embuscade montée par des rebelles à la sortie de Bouaké, ou encore ce tir de roquette sur le pont de Mitrovica au Kosovo, parti du côté albanais vers le côté serbe. La mort aussi, c’est celle que vous côtoyez quand vous accompagnez, ce qui a été mon cas, dix de vos camarades décédés en Afghanistan, pour des raisons dont, comme le rappelait précédemment Mgr Ravel, on peut encore parfois se demander la justification la plus profonde. La mort, c’est quand vous accompagnez une maman, une  veuve, des enfants, devant le cercueil de leur mari, de leur papa, de leur fils, qu’ils n’ont pas vu depuis plusieurs mois et qu’ils retrouvent mort.

Dans le conflit dans lequel nous sommes installés, nous allons tous, plus ou moins, individuellement et collectivement être confrontés à cette question de la mort. Cette guerre n’est pas qu’une guerre d’armes contre armes, elle n’est pas seulement une guerre avec une volonté de conquête… ou s’il y a une conquête, c’est d’abord une conquête des esprits. C’est une guerre idéologique, de colonisation des esprits. Je ne traiterai pas ici de notre autre ennemi idéologique qu’on retrouve sous différents noms : laïcisme, matérialisme, consumérisme…mais celui qui nous intéresse, est l’idéologie islamiste.

La question première que nous envoient cette guerre et notre ennemi, c’est le profond mépris qu’il a pour nous. Car nous ne savons plus, pour quoi et pour qui, nous voulons nous battre. Pour avoir côtoyé de nombreux musulmans dans des pays en guerre, et encore récemment au Liban et au Mali, pour essayer d’appréhender un peu ce qui peut animer l’âme de l’islam (et là, je ne dis pas islamiste), il faut comprendre qu’ils ont pour nous, chrétiens occidentaux, (car ils nous considèrent tous comme chrétiens ; l’homme politique français, aussi athée qu’il puisse être, est considéré comme chrétien, comme un chef de croisés), un profond mépris à cause de la décadence de notre société, et encore plus, si nous nous annonçons comme laïc et comme athée, nous sommes considérés alors comme moins qu’un chien …parce qu’au moins le chien, s’il ne peut pas honorer Allah, c’est parce qu’il n’est qu’un chien. Le musulman est prêt à donner sa vie pour sa foi. Mais nous Occidentaux ?

Cette question de la mort qu’on m’a demandé de développer, est centrale. Elle nous ramène à la question essentielle de chacune de nos vies. Car vie et mort sont intimement liées. Est-ce que je suis prêt à risquer ma vie pour quelqu’un? Pour quelque chose? Or notre ennemi, lui, sent bien que nous ne sommes pas très fermes sur cette question-là. Il y aurait beaucoup de lectures sur ce sujet à vous conseiller. Par exemple le livre La bataille de Falloujah de David Bellavia, écrit officiellement par un sergent-chef de l’armée américaine (vraisemblablement c’est plutôt un collectif), à partir de faits réel. A un moment donné, pendant cette bataille de Falloujah, les combattants américains sont terrifiés par leurs ennemis musulmans. Pourquoi? Car l’ennemi est capable de se relever trois fois, quatre fois, alors qu’il a été atteint par les balles, en criant Allah wa kbar, et en continuant à venir à l’attaque des Américains pourtant lourdement plus armées. Alors, se mettent à circuler dans le rang de l’armée américaine des tas d’idées folles – parce quand on est dans le vide spirituel, c’est la place pour tout et n’importe quoi. Les soldats  américains pensent que les soldats qu’ils ont en face d’eux ont des pouvoirs spirituels qui leur permettent de vivre cela. Nous savons en fait que c’est lié en grande partie à l’usage de certaines drogues utilisées par les combattants dans l’islam. Mais, c’est aussi la conséquence de la conviction très forte pour les musulmans y compris pour les djihadistes, d’œuvrer pour une cause, pour Dieu, pour obtenir le paradis. On peut toujours trouver que le paradis d’Allah n’est pas le nôtre, et je le crois en effet en voyant les descriptions qu’en donne le Coran, mais ils se battent pour quelque chose. Cela nous renvoie à cette question du sens, qui, comme aumônier militaire, est prégnante à tous les instants, que ce soit comme je l’étais autrefois avec les parachutistes sur tous les théâtres d’opération, ou aujourd’hui sur le théâtre national auprès des gendarmes puisque je suis devenu aumônier d’une région de gendarmerie. Pourquoi nous battons nous ?

Cette question qui se pose à nous, comme chrétiens nous avons des éléments de réponses, et nous avons à nous engager pour les aborder. Quand on est placé face à la mort avec ses camarades soldats, croyez-moi, la première explication qu’ils attendent, ce n’est pas forcement qu’on sorte un crucifix et qu’on leur dise: « Crois en Dieu, et tu iras beaucoup mieux ». Ce serait souvent odieux. En en tout état de cause, nous sommes d’abord là pour rappeler que le soldat qui meurt pour sa Patrie est dépassé par une transcendance, parce qu’il s’est mis au service du bien commun. Comme prêtre catholique, je suis persuadée que, même si ce soldat ne menait peut-être pas une vie profondément chrétienne et catholique, son ultime sacrifice a du sens aux yeux de Dieu, d’un Dieu, qui a accepté que son propre Fils se sacrifie pour nous ; ce Jésus, l’Innocent sacrifié, c’était Dieu qui acceptait de porter en lui toutes les souffrances de l’humanité. Chacun d’entre nous, à chaque fois qu’il accepte cet esprit de sacrifice  – je pense particulièrement à mes soldats mais aussi à nos frères chrétiens d’Orient qui eux-mêmes vivent beaucoup de sacrifices, et y compris le sacrifice de la mort – peut s’associer au sacrifice du Christ et y trouver un sens ultime à sa vie. Trop souvent cela nous paraît absurde à nous Occidentaux qui avons perdu ce sens de la transcendance. Pourtant, tous ces sacrifices ont un sens, si on les met sous le regard de la Croix. Cela n’empêche pas la souffrance. Ni parfois l’absurdité de la violence qui peut surgir du cœur de l’homme, mais cela donne un sens, une espérance et aussi une manière de nous booster, de nous situer face à la mort et face à la violence. Et en général, à ce moment-là, on en retire beaucoup d’humilité. Parce que cette espérance que nous donne le Christ, cette confiance que nous donne la contemplation de la Croix et de la souffrance de l’innocent, ne nous empêche pas d’être en même temps profondément touchés et émus, comme j’ai pu l’être devant la mort de mes camarades, comme je reste encore aujourd’hui profondément touché et meurtri dans ma chair d’avoir recueilli le souffle d’Abel Chennouf et son camarade Mohamed Legouad tués par Merah. Jésus lui-même a pleuré devant la mort et Dieu a le cœur qui se sert devant la souffrance humaine.

Ce qui nous manque le plus, à nous chrétiens d’Occident, à nous Occidentaux en général, à nous Français, c’est véritablement de découvrir ce sens de la transcendance. Dans le fond de nous poser cette question, aujourd’hui: pour qui, pour quoi, suis-je prêt à mourir? Et cela ne dépend pas de décision politique… Ça dépend d’abord de nous. L’État aujourd’hui, – je  suis au service de l’Eglise avant tout mais aussi de l’Etat depuis 20 ans-, est incapable de cela : nous porter vers la transcendance, car celle-ci a été évacuée du champ public par les idéologies matérialistes, athées et sécularistes. Les seuls qui sont capables de cela sont les militaires à cause de cette confrontation à la mort qui est a cœur de leur vocation. On le voit bien dans la manière dont ils sont capables de former des jeunes recrues, qui viennent de tous horizons, et de leur donner, en quelques semaines, le sens du bien commun et le sens du service. Avec bien sûr, des hauts et des bas, avec certains plus ou moins engagés, mais ce sont les seuls à arriver à cela. Il existe désormais une véritable expertise des armées de ce point de vue-là, dont il est regrettable que d’autres grandes institutions ne bénéficient pas plus. Ce qui permet cette pédagogie dans les armées – je ne dis pas que c’est le seul endroit, je dis que c’est une manière toute particulière dans les armées -, c’est parce que le militaire, forcément, ne peut pas ne pas se poser la question, à un moment donné, de la transcendance. Quand je parle de transcendance, je ne parle pas immédiatement de foi chrétienne (même si bien sûr en tant que prêtre c’est ce à quoi je pense et qui anime toute ma vie). Mais quand je dis transcendance, c’est déjà permettre à n’importe quel citoyen de ce pays de pouvoir, sans qu’on se moque de lui tout de suite, se poser des questions qui sont des questions d’ordre philosophique ; y-a-t-il une vie après la mort, ou suis-je condamner à ce matérialisme, à ce consumérisme athée qui est l’idéologie dominante et qui est quasiment la religion de l’État ?

Et sur ce sujet-là, n’attendons rien des politiques. Ce n’est pas par désespérance que je dis cela mais ils n’en sont pas capables. Car pour la plupart, l’éducation qu’ils ont reçue par ces grandes écoles dans lesquelles plusieurs ont grandi, est une éducation athée, antichrétienne, qui est à l’opposée de ce qui nous anime. C’est donc à nous, de l’intérieur, de ramener cela. Quelle que soit notre place dans la société, nous avons à témoigner de cela. La question est de savoir si nous le faisons intelligemment?

 Conclusion

Ma conviction la plus profonde, que vous retrouverez aussi dans mon livre Un prêtre à la guerre, c’est que face à ces problématiques de la guerre et du terrorisme, nos premières armes sont spirituelles et intellectuelles. Donc merci à l’AED d’avoir organiser ce colloque. Nous avons, chacun à notre place, à apporter une vraie réflexion. Notre pays en a besoin. L’Eglise a toujours été maîtresse de civilisation. Je crois que dans les circonstances très critiques que nous traversons, en Europe, et dans notre pays en particulier, il faut que les chrétiens en général et les catholiques en particulier, s’arment intellectuellement. Nous avons à travailler et trop souvent, osons le dire, nous sommes des feignants. Je crois qu’il faut avancer avec humilité et l’humilité c’est de partir d’une expérience concrète. N’allez pas expliquer à quelqu’un comment vivre la mort de son père si votre propre père n’est pas mort…vous n’en savez rien. Mais soyez présent. N’allez pas faire de grandes leçons sur la souffrance si vous n’avez jamais souffert. Mais soyez présent. Ne donnez pas de grandes leçons sur la mort si vous ne l’avez pas côtoyée….Mais soyez présents.

Armons-nous spirituellement, intellectuellement, parce que le combat de fond, c’est là qu’il se mène, avant celui des « armes de fer », selon l’expression utilisée par  Mgr Ravel. Comme le disait le cardinal Journet : « il faut s’opposer aux erreurs par les armes de lumière et non par les armes de la guerre ». L’idéologie islamique est avant tout une erreur de la pensée. Sachons la combattre en renforçant nos convictions et notre Foi chrétienne.

Tuerie de Montauban : le père Christian Venard se souvient

© PASCAL PAVANI / AFP

Le 15 mars 2012, trois parachutistes du 17e RGP étaient la cible des balles de Mohamed Merah. L’aumônier était sur place.

Le 15 mars 2012, à Montauban, le père Christian Venard prend un café dans la cour de la caserne du 17e Régiment du génie parachutiste (RGP) dont il est l’aumônier. Des coups de feu retentissent à l’extérieur. Mohamed Merah vient de tirer sur trois paras : Abel Chennouf, Mohamed Legouad et Loïc Liber. Les deux premiers expirent entre les bras du Padre, accouru sur place. Le dernier survit, grièvement blessé.

Aleteia : Cinq ans après avoir recueilli vos camarades au sol, diriez-vous que cette tragédie a changé votre vie ? De quelle manière ?
Père Christian Venard : Oui, bien sûr. Comment voudriez-vous rester indifférent, quand, sur notre sol national, à 50 mètres du PC de votre régiment, vous recueillez le dernier souffle de deux de vos camarades parachutistes — Mohamed Legouad et Abel Chennouf —, abattus parce qu’ils appartenaient à un régiment engagé en Afghanistan ? Je reste marqué dans ma chair et dans mon âme. Trois sentiments pour l’essentiel : tristesse face à ceux qui sont partis, combativité pour honorer leur mémoire, colère face au traitement politique et médiatique de cette tragédie.

Les militaires ont-ils gardé des séquelles ? Ont-ils su se reconstruire ?
Le 17e RGP a magnifiquement réagi, même si, cela a rendu la vie des paras de culte musulman plus délicate. Un certain nombre, comme moi, ont voulu aussi tourner la page et continuer de servir dans les armées, en s’éloignant de Montauban. Le régiment reste très proche et soudé auprès du seul rescapé, Loïc Liber, qui se bat courageusement, jour après jour, frappé par un très lourd handicap depuis cinq ans.

Le père Christian Venard

Pensez-vous que cet épisode marque une rupture profonde à l’échelle de la Nation ? La population et les pouvoirs publics en ont-ils pris la mesure ?
L’affaire Merah marque, bien sûr, un tournant décisif et l’entrée en guerre contre l’islamisme. La veulerie, l’idéologie des politiques et des médias empêchent d’en rendre un compte exact et surtout d’en tirer les vraies conclusions. La différence de traitement par exemple entre « Charlie » et « Merah » est significative d’une caste repliée sur elle-même et assez indifférente au sort de ceux qui pourtant veillent sur elle : les militaires et les forces de l’ordre.

En ce jour anniversaire, quelle prière cette tragédie peut-elle inspirer au croyant ?
Prier pour demander le courage de résister malgré tout, comme l’inspire la prière du parachutiste. Prier pour la consolation des familles — je songe aussi aux familles juives de Toulouse, à la famille Ibn Ziaten. Prier pour les morts et les blessés. Prier pour notre patrie engagée dans une guerre sans merci contre l’islamisme. Et enfin, si l’on y arrive, avec la grâce de Dieu, arriver à prier même pour ceux qui nous persécutent.

Inhumation d’Abel Chennouf

Abel Chennouf – assassiné par le terroriste Mohamed Merah

 

Cimetière de Manduel

Jeudi 22 mars 2012

 

Abel, mon camarade parachutiste, mon frère, voilà une semaine, jour pour jour et presque heure pour heure, je tenais ta main, encore chaude de la vie que venait de te prendre un assassin.

 

Je tenais ta main en priant pour toi, en pensant à ta maman et en te confiant à notre Maman du Ciel, la Vierge Marie. Je ne connaissais pas encore Caroline, mais si tel avait été le cas, je t’aurais aussi parlé pour elle et pour ce petit bébé que vous attendez. Puis je me suis penché sur ton camarade Mohamed Legouad qu’essayaient de maintenir en vie les remarquables équipes d’urgentistes. Enfin, j’ai assisté au départ vers l’hôpital de Loïc Liber, qui à cette heure même se bat, entouré de son papa et de sa maman, pour rester en vie. Que de souffrances. Que d’incompréhensions. Mais aussi que de solidarité, de soutien, d’hommages et, pour nous chrétiens, de foi (comme le rappelait hier l’évêque aux armées en la cathédrale de Montauban) et d’espérance, malgré tout !

 

Il y a deux mille sept cents ans, à Rome, au cœur même du forum, symbole et centre de la vie de la Cité, un gouffre s’ouvrit. L’oracle consulté livra cette réponse : pour combler ce gouffre, Rome devait y engloutir ce qu’elle avait de plus précieux. Chacun s’interrogeait encore sur ce qui pouvait être de plus précieux, quand un jeune cavalier, un jeune homme armée, Curtius, se jeta avec son cheval dans le gouffre qui se referma aussitôt. Oui, ce que Rome avait de plus précieux était un jeune militaire défenseur de la Cité.

 

Le criminel terroriste qui a mené ces actions dans lesquelles tu as perdu la vie, Abel, a tenté d’ouvrir un gouffre. Le prix à payer pour le combler est bien sûr infiniment trop lourd ; mais mon ami Abel, tu es devenu, comme Curtius, symbole de ce que notre pays, la France, possède de plus précieux. Et désormais, c’est ainsi que tu nous apparais : jeune caporal parachutiste, mort pour la France, dans un attentat terroriste qui voulait mettre à bas notre Patrie.

 

Abel, je veux aller encore plus loin. C’est parce que tu portais l’uniforme français, parce que tu étais fier de ton béret rouge, que ce criminel t’a visé. Ce que ce meurtrier ne pouvait savoir c’est aussi tout ce que tu représentes aujourd’hui pour notre Patrie. Issue d’une famille à la fois alsacienne (avec tout ce que cette région fait ressortir en notre pays des souffrances liées aux deux conflits mondiaux) et kabyle (et comment ne pas évoquer ici les douloureux événements d’Algérie), ta famille choisit la France avec (et je reprends les mots mêmes de ton cher papa), avec toutes ses traditions, y compris ses racines les plus profondes, qui sont chrétiennes. Comment ne pas voir, mon ami Abel, dans une telle accumulation de symboles, ce que nous avons de plus précieux cette capacité que possède notre Patrie française de prendre en son sein, tous ceux qui veulent devenir ses fils.

 

Au moment où nous allons te porter en terre, dans cette terre pétrie des ossements de nos pères (c’est cela la Patrie aussi), Abel, avec toute ta famille, tes amis, tes camarades parachutistes, je te fais le serment que nous soutiendrons Caroline et ton enfant. Que nous resterons présent auprès des tiens. Désormais c’est à Dieu que nous te confions, au travers des rites catholiques qui accompagnent nos défunts. Nous savons que tu es vivant auprès du Père. Tu as rejoint Jésus, ce Dieu fait Homme, cet innocent mort à cause de la méchanceté et la violence qui habitent trop souvent le cœur des hommes. Ton sacrifice se trouve comme enveloppé dans celui du Christ Jésus. En te retrouvant jeudi dernier, gisant sur le sol montalbanais, en prenant ta main et en voyant couler de tes blessures ce sang si rouge et si pur, je confiais au Seigneur de la Vie, cette vie qui s’écoulait de toi. Et si aucune larme ne sortait de mes yeux, comme tant de tes camarades, c’est mon cœur qui pleurait sur toute violence faite aux innocents sur cette pauvre terre. Et c’est à l’Innocent qui a versé son Sang pour nous réconcilier avec son Père, qui a versé son propre Sang en rançon pour toutes les violences, que je confiais ta belle âme.

 

Abel, français d’origine alsacienne et kabyle, catholique par choix, parachutiste au service de la France, que notre grand saint patron, que l’Archange saint Michel t’accueille et te fasse entrer au sein du Père, avec le Fils et le Saint-Esprit. Amen.

 

 

 

"2 S" – Pour les Saint-Cyriens morts pour la France

Afficher l'image d'origine« Le juste même s’il meurt avant l’âge trouve le repos… Les foules voient cela sans comprendre », entendions-nous, au début de cette messe, dans la première lecture, tirée du Livre de la Sagesse. Oui, combien sont-ils ces Saint-cyriens, jeunes le plus souvent, à avoir fait le sacrifice de leur vie dans les circonstances dramatiques des guerres et des opérations ? Plus de dix mille… partis dans la fleur de l’âge… « Et la gloire planait là-dessus dénombrant les héros… C’était un enfant de vingt ans… La gloire n’eut point de mal à reconnaître un Saint-Cyrien. » Les textes sacrés que nous avons entendus semblent avoir été écrit pour eux… « Si le grain de blé ne tombe en terre… » Toutes ces morts, souvent pour des politiques absurdes, par la folie des hommes, l’incompétence ou la pusillanimité des gouvernements, nous interpellent. Quel sens cela-a-t-il ? « Pour qui meurt-on ? » a écrit voilà quelques temps un officier.

Le Livre de la Sagesse nous fournit une première réflexion. En effet, il nous convie à sortir de nos pensées trop humaines et à nous placer sur un autre plan. Il nous amène à voir les choses en Dieu et non plus seulement sur l’axe horizontal du jugement humain. Comme en écho nous pouvons déjà entendre les paroles de l’Apôtre Paul : « la Croix du Christ est scandale pour les hommes et sagesse aux yeux de Dieu« , ou ces paroles de Jésus lui-même : « vos pensées ne sont pas mes pensées« . Oui, Dieu voit chacun d’entre nous sur un tout autre plan que celui dont nous avons l’habitude. Car Lui, et Lui seul, examine les reins et les cœurs. Lui et Lui seul, sait de quoi l’homme est fait. Lui et Lui seul, a connu jusqu’au plus profond de leur être chacun de ces Saint-cyriens morts pour la France. Or, sous le regard de Dieu, c’est ce qu’exprime précisément ce texte de la Sagesse : il n’y a pas d’âge pour mourir ! Pensons à tel ou tel grand saint : sainte Thérèse de l’Enfant Jésus morte à 23 ans ! Le jeune Louis de Gonzague, mort au même âge, la jeune Maria Goretti et tant d’autres ; l’Eglise allant même jusqu’à fêter les Saints Innocents, ces jeunes enfants morts de la main cruelle d’Hérode peu après la naissance du Sauveur ! Alors, si la Foi ne nous donne pas une réponse, au sens mathématique du mot, elle nous invite à dépasser notre incompréhension humaine et à accepter, pour le comprendre, que le regard de Dieu est plus sage que le nôtre et qu’il nous est bon de lui faire confiance, plus qu’à notre petit entendement.

Et pourquoi de telles morts, au-delà de la question de la jeunesse, nous touchent-t-elles autant ? C’est qu’elles nous renvoient inévitablement à notre propre mort, à notre destin de créature finie, dont la mort est inéluctable. Et par bien des aspects cela nous est insupportable. D’abord parce que nous vivons dans une société occidentale qui n’accepte plus la mort, car elle choque trop son orgueil ; ensuite parce que, nul ne peut se représenter la mort puisqu’il s’agit d’une expérience unique et définitive ! Trop souvent nous sommes déjà pris par « la malice qui altère le jugement, par la fascination du mal  qui obscurcit le bien et la convoitise qui gâte l’esprit.« 

Alors, mes frères, nous pouvons bien nous abuser avec des grands mots, de belles idées ; mais tant que nous ne nous serons pas confrontés avec notre propre mort, avec celle d’un de nos soldats, tout cela risque d’être bien inutile au moment crucial. Si la sainte Ecriture nous fournit matière à réflexion et plus encore un guide sûr, si la contemplation et la méditation de la mort du seul Juste, Jésus-Christ est indispensable à notre compréhension, seule l’expérience de la mort à soi-même, nous permettra une préparation réelle à l’éventuel sacrifice ultime de notre propre vie.

C’est une des grandes leçons que nous pouvons tirer de la vie de votre illustre ancien, le Bienheureux Charles de Foucauld, dont la fête liturgique tombe précisément aujourd’hui. Mourir à soi, peu à peu, et si Dieu veut, finir par le don total de sa vie, par amour. J’ai peur parfois qu’une mauvaise interprétation du don de la mort ne soit que celle issue d’un sport extrême de plus, une sensation à la fois absurde et plus forte que les autres et non plus un suprême abandon d’amour… amour du prochain, amour de la Patrie, amour de Dieu. S’y préparer, c’est accepter chaque jour de mourir déjà à soi-même, mourir à son orgueil, mourir à ses vaines pensées de carrière, mourir à l’idée même de son honneur ou de sa réputation. Découvrir la pauvreté du désert, découvrir la bonté de Dieu dans l’épreuve et la tourmente, découvrir l’apparente inutilité de notre vie. « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur » ! Or, mes amis, c’est la Croix que Jésus désigne par ses paroles ! Et c’est un honneur, c’est même le seul honneur à désirer : « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera« , bien loin des récompenses et des citations…

Pas d’autre route, pas d’autre chemin de vérité et de vie : la Croix et la mort à soi-même. C’est dans cette abnégation quotidienne que vous trouverez la fidélité au témoignage exaltant, et par certains aspects écrasant, des dix mille Saint-cyriens pour lesquels et avec lesquels nous prions aujourd’hui. Ce qu’attendent de nous tous ces morts écrivait le Père Doncoeur  « c’est une fidélité. Une famille signée d’héroïsme accepte une contrainte […] Elle interdit une vie désormais quelconque. Nos morts ont des droits sur nous. Ils exigent autre chose qu’une démarche : un engagement et un don […] Une main vigoureuse nous entraîne au sacrifice, en des modes différents mais également impérieux, et –qui sait ?- peut-être demain à une mort analogue. »

« Les foules voient cela sans comprendre« , mes frères, allons-nous continuer à faire partie de ces foules ?

Homélie prononcée en la chapelle S. Paul des Ecoles de St-Cyr Coëtquidan
le 1er décembre 2007

Résurrection

« Gueules de ressuscités »

 

 

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Aurons-nous le dimanche matin de Pâques des « gueules de ressuscités »?

Oui, de vraies « gueules de ressuscités »! Finies les « faces de carêmes », les figures de « pisse-vinaigre » distillant à petites gouttes leur morale tristounette ; finis les airs faussement compassés dégoulinant de componction, les trombines chafouines de chrétiens « cul-serrés »!

Aurons nous enfin le courage de nous laisser soulever, transporter, déborder, exploser par la Joie de la Résurrection ? Allons-nous enfin partir en courant, en bondissant telles les collines à l’image des béliers, porter cette bonne nouvelle au monde : ce Jésus, Fils de l’Homme, il est mort mais aujourd’hui nous vous l’annonçons : IL EST RESSUCITÉ !

Pour y parvenir, aurons nous su nous laisser toucher par le Flagellé, le Transpercé, le Couronné, le Crucifié ? Aurons- nous pleuré amèrement nos péchés à ses pieds dans la longue attente du Triduum ? Aurons-nous vécu au plus profond de notre être la douleur de nous savoir responsables de Ses Souffrances – « C’était NOS péchés qu’Il portait ! » – ? C’est ce que nous pouvons nous souhaiter les uns les autres, afin de devenir en vérité ses témoins. Dans ce monde des ténèbres, que nous devenions, par la force même du Ressuscité des « porteurs de Lumière ».

Nous l’aurons célébré dans la nuit pascale, allumant notre petit cierge au Cierge Pascal. Nous l’aurons chanté par trois fois : « Lumen Christi« , nous l’aurons acclamé par nos alléluias, nous l’aurons entendu dans Sa Parole, nous l’aurons reçu Corps et Sang ! Alors, transfigurés, plongés une fois de plus dans sa mort et sa résurrection, recréés en icônes lumineuses de Son Visage nous pourrons nous écrier : oui, Seigneur, donne-moi une « gueule de ressuscité » !

Paru dans Parole et Prière en avril 2011