Un si petit geste…

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Commémorer les attentats, est-ce suffisant ?

11 novembre: « nous devons nous mettre à la hauteur du sacrifice de nos anciens » explique l’abbé Christian Venard

Vendredi, la France commémore la fin de la première guerre mondiale. L’un des conflits les plus meurtriers qu’ait connu l’Hexagone dans son histoire avec 1,4 million de morts.

Source : 11 novembre: « nous devons nous mettre à la hauteur du sacrifice de nos anciens » explique l’abbé Christian Venard

Se réarmer moralement

Source : La Nef N°276 de décembre 2015
Afficher l'image d'origineLa Nef – Le Président a reconnu que nous étions en guerre : mais de quel type de guerre s’agit-il et comment gagne-t-on de telles guerres ?
Non sans peine, nos hommes politiques et nos médias acceptent enfin de dire la vérité au peuple français : nous sommes entrés dans un état de guerre… depuis dix ans ! Certes il ne s’agit pas d’une guerre classique, mais de ce que les spécialistes appellent une guerre asymétrique, une guerre terroriste. La France y a déjà été confrontée, notamment en Indochine et en Algérie. Des militaires – comme le célèbre colonel Trinquier – ont même créé un corpus de doctrine sur ce type de guerre, repris d’ailleurs par les Américains. Ce type de guerre se gagne sur le terrain militaire et, surtout, sur le terrain doctrinal. C’est sur ce deuxième point que nous sommes aujourd’hui les plus vulnérables.

Qui dit guerre dit ennemi : pourquoi avons-nous une telle peur de nommer l’ennemi ? Et qui est-il dans ce type de guerre ? Un chrétien peut-il d’ailleurs avoir des ennemis ?

La réponse est en partie dans votre question ! D’abord parce que reconnaître des « ennemis », c’était reconnaître de fait un état de guerre. Mais il y a une autre cause plus dangereuse. Notre ennemi est doctrinalement alimenté par l’islamisme, qui est une idéologie issue de l’islam. Notre société (et ses « élites » surtout) avait décrété la mort du religieux et l’avènement définitif de l’homme-moderne-athée-consommateur-festif ! Le retour effroyable du religieux par ces événements souligne la vacuité de l’idéologie consumériste athée. Quant à savoir si un chrétien peut avoir des ennemis, Jésus lui-même, dans une demande radicale, nous fournit la réponse : « mais moi je vous dis : aimez vos ennemis » (Mt 5, 44).

Les islamistes sont forts de leur « foi », sans états d’âme : qu’avons-nous à leur opposer, qu’avons-nous à défendre en termes de civilisation, nous qui baignons dans le relativisme, l’hédonisme, le matérialisme et ne cessons de nous culpabiliser et de faire repentance ?

Comme vous le dites il semble bien, à ce jour, que nous n’ayons guère de fondements idéologiques à leur opposer. Non seulement nous baignons dans cette atmosphère délétère, mais pire encore, celle-ci a été encouragée, depuis des décennies par les « élites » de notre pays. Politiques, médias, intellectuels, tous ou presque, ont chanté le multiculturalisme, la haine du catholicisme, le rejet des autorités traditionnelles, le refus de l’engagement militaire, la négation de l’honneur de servir le bien commun. À cet égard, les élites catholiques françaises portent aussi une lourde responsabilité : elles ont abandonné le combat intellectuel, dès les années 70-80, pour entrer dans la jouissance et le compromis.

Plus que de la haine de « l’Occident décadent », les islamistes n’ont-ils pas d’abord la haine du christianisme comme le laisse indiquer le communiqué de Daech après les attentats ?

Il me semble que pour la grande majorité des combattants de l’État islamique (EI), il y a une confusion complète entre Occident corrompu et christianisme. Cette confusion est entretenue volontairement par leurs dirigeants, plus cultivés et, il faut avoir le courage de le dire, par une partie des universités islamiques à travers le monde, qui ne s’intéressent que très peu, sur le plan universitaire, à connaître notre civilisation.

Dans ce contexte, comment analysez-vous la situation de l’islam, un tel drame peut-il aider les musulmans à faire évoluer leur religion par une interprétation renouvelée du Coran qui relativiserait les versets les plus violents sur lesquels s’appuient les islamistes ?

Je ne suis pas un spécialiste de l’islam. J’y compte des amis réels, y compris des imams parmi les aumôniers militaires musulmans. Je l’avais déjà écrit immédiatement après les attentats parisiens du 7 janvier : bien sûr, cette violence pose des questions fortes à nos compatriotes musulmans. L’idéologie du « padamalgame » ne saurait les y aider. Nous devons, avec charité et amitié, supplier nos concitoyens de culte musulman, de travailler à renouveler leur théologie sur les rapports islam/violence, islam/État, islam/société. Donc, si de tels drames les y poussent, tant mieux. C’est une question interne à l’islam en France (et dans le monde) qui avait été soulignée par le pape Benoît XVI, dans son fameux discours de Ratisbonne. On se souvient, avec tristesse, des réactions de l’intelligentsia occidentale et des populations musulmanes. Le champ de travail est plus que vaste !

Quelle doit être l’attitude des chrétiens face à une violence aussi barbare, quel rôle spécifique ont-ils à tenir ?

La première attitude est évidemment la prière. Prière pour les victimes, pour tous ceux qui, à tous les niveaux, œuvrent au service du bien commun et de la sécurité de notre pays. Cette prière doit se faire aussi insistante pour nous éviter d’entrer dans la spirale de la violence, et c’est pourquoi elle va jusqu’à l’exigeante demande évangélique de la prière pour les ennemis – pour leur conversion bien sûr. Cette prière n’est possible que si nous nous préservons des plages de silence. Le chrétien dans le monde ne peut se contenter de la prière – même si elle est le fondement de toute action. Il doit aussi agir. D’abord sur lui-même : à travers ces événements nous devons entendre un appel à notre propre conversion – dit autrement : avant de vouloir changer le monde, changeons-nous nous-mêmes ! Et puis, il y a le combat direct. Intellectuel d’abord : se réarmer moralement et doctrinalement exige un labeur quotidien. Enfin, chacun à sa place est invité à servir son pays et aider les forces de l’ordre.

Propos recueillis par Christophe Geffroy

Je suis français

Pour qui, comment quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences.

Barbara – Perlimpinpin

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« Je ne suis pas Charlie » et je ne soutiendrai jamais ce journal, dont la ligne éditoriale relève, à mon sens, plus de l’abus de la liberté d’expression que de la liberté en tant que telle. Je suis pour respecter infiniment la douleur, les souffrances et les morts, surtout quand il s’agit de policiers, de gendarmes ou de militaires dans l’exercice de leurs fonctions.

Mais je refuse que des journalistes puissent être victimes de violence parce qu’ils soutiennent des combats, même si ceux-ci ne sont pas les miens, voire dirigés contre ma Foi. Pour respecter la mort des journalistes de la rédaction de Charlie-Hebdo, encore faudrait-il avoir le courage aussi de s’interroger sur les fondements de la violence qui les a tués. Et à ce sujet, si l’on aimait vraiment nos concitoyens musulmans, qui vivent des moments difficiles aussi à travers ce drame, on ne se contenterait pas d’ânonner le fameux « padamalgame ». Nos amis journalistes devraient procéder enfin à une sérieuse autocritique. Leur incapacité tragique (à quelques louables et notables exceptions près) à sortir du panurgisme idéologique « laïco-bobo-écolo-relativiste » fera d’eux (et nous venons d’en voir l’horrible et triste application) les premières victimes du nouveau totalitarisme terroriste. Les bolchéviques ne s’y étaient pas trompés, purgeant et tuant à tour de bras les « idiots utiles ». La Révolution française, en est un autre exemple, qui tel Chronos, a avalé tout cru ses premiers soutiens. Il en sera de même avec le troupeau bêlant du « padamalgame », s’il ne se réforme pas intellectuellement, et tout de suite (Cf. l’excellent article de Jean-François Kahn, « secouer les médias », dans La Revue Civique, n° 14)

C’est qu’à un moment il faut bien nommer son ennemi si l’on souhaite le combattre avec efficacité. Et notre ennemi c’est le terrorisme islamiste sous toutes ses formes. Ce terrorisme est aussi une nouvelle forme de totalitarisme ; mais nous ne pouvons pas l’étudier si nous refusons de voir ses accointances avec l’islam et le Coran. Nous ne pouvons pas aimer en vérité nos frère Français musulmans, si nous ne les aidons pas à mener une réflexion en profondeur sur le statut de la violence dans l’islam et dans le Coran. Et pas seulement une réflexion, mais une action pour fonder, enfin, en dehors des influences étrangères délétères, un islam de France, respectueux des racines chrétiennes de notre pays et de ses traditions humanistes. Ces Français musulmans existent. Or ce ne sont pas eux que l’administration et les politiques écoutent et soutiennent. Nous en payons aujourd’hui, et les Français musulmans aussi, le prix fort.
Ces lignes ne se veulent pas polémiques, même si j’ai bien conscience qu’elles pourront heurter. Elles voudraient alerter sur l’urgence de revisiter les fondements intellectuels de nos combats. On ne peut se contenter d’invoquer (au risque de les dévaluer d’ailleurs), sur le mode incantatoire, les « valeurs de la République », face des barbares totalitaristes islamistes qui n’en ont cure ! Elles sont l’expression d’un citoyen français, prêtre catholique, au service depuis dix-sept ans de son pays dans le cadre particulier des armées. Et puisque les images de ces derniers jours ont, avec horreur, fait remonter en moi, celles d’une violence inouïe, de la mort de deux de mes paras dans mes bras, sur le sol montalbanais, tués par un certain Merah, qu’il me soit permis d’achever, sur une note d’une profonde tristesse, le cœur lourd et l’âme en peine, avec les mots de Barbara et de la même chanson qu’en exergue :

Vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner
Avec ivresse !