Madeleine Delbrêl

Un prêtre, vite… et un vrai !

 

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« L’absence d’un vrai prêtre dans une vie, c’est une misère sans nom, c’est la seule misère« , Madeleine Delbrêl a ici, comme souvent les spirituels, cette fulgurance de pensée qui nous ramène à l’essentiel. Pour élargir son propos : la perte de la transcendance est la plus grande des pauvretés, et le prêtre est  l’homme de la transcendance. Encore faut-il qu’il en accepte l’ascèse. Car Madeleine précise bien « un vrai prêtre ». Qu’entend-elle par là ?

Cette apôtre des banlieues, cette courageuse opposante à l’athéisme marxiste, cette novatrice dans la vie de l’Eglise, pose un regard exigeant sur la vie sacerdotale : « Dans le prêtre, on veut retrouver une vie vraiment humaine et une vie vraiment divine. Le malheur, c’est que beaucoup apparaissent comme amputés soit de l’une, soit de l’autre. Il y a des prêtres qui semblent n’avoir jamais eu de vie d’homme. Ils ne savent pas peser les difficultés d’un laïc, d’un père ou d’une mère de famille, à leur véritable poids humain. […] A condition toutefois que, s’il mêle sa vie à la nôtre, ce soit sans vivre tout à fait comme nous. Les prêtres ont longtemps traité les laïcs en mineurs ; aujourd’hui, certains, passant à l’autre extrême, deviennent des copains. On voudrait qu’ils restent pères… » En quelques lignes Madeleine montre à quel point elle connaît et aime les prêtres, à quel point elle a saisit le paradoxe crucifiant qui traverse leur vie : être d’ici et déjà témoigner de l’ailleurs.

Elle veut que le prêtre soit l’homme de la prière, l’homme de le joie, l’homme fort qui réconforte, l’homme sensible et discret qui écoute les souffrances et les garde en son cœur, l’homme de la vérité qui ne se compromet pas pour « arriver », le fils de l’Eglise mais qui ne se cléricalise pas : « Le prêtre devient [parfois] l’homme de la vie ecclésiastique, du « milieu clérical »; son vocabulaire, sa manière de vivre, sa façon d’appeler les choses, son goût des petits intérêts et des petites querelles d’influence, tout cela lui fait un masque qui nous cache douloureusement le prêtre ». Que tout cela est juste.

Alors… prions, prions pour les prêtres et pour les séminaristes. Oui, prions.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2017

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Tuerie de Montauban : le père Christian Venard se souvient

© PASCAL PAVANI / AFP

Le 15 mars 2012, trois parachutistes du 17e RGP étaient la cible des balles de Mohamed Merah. L’aumônier était sur place.

Le 15 mars 2012, à Montauban, le père Christian Venard prend un café dans la cour de la caserne du 17e Régiment du génie parachutiste (RGP) dont il est l’aumônier. Des coups de feu retentissent à l’extérieur. Mohamed Merah vient de tirer sur trois paras : Abel Chennouf, Mohamed Legouad et Loïc Liber. Les deux premiers expirent entre les bras du Padre, accouru sur place. Le dernier survit, grièvement blessé.

Aleteia : Cinq ans après avoir recueilli vos camarades au sol, diriez-vous que cette tragédie a changé votre vie ? De quelle manière ?
Père Christian Venard : Oui, bien sûr. Comment voudriez-vous rester indifférent, quand, sur notre sol national, à 50 mètres du PC de votre régiment, vous recueillez le dernier souffle de deux de vos camarades parachutistes — Mohamed Legouad et Abel Chennouf —, abattus parce qu’ils appartenaient à un régiment engagé en Afghanistan ? Je reste marqué dans ma chair et dans mon âme. Trois sentiments pour l’essentiel : tristesse face à ceux qui sont partis, combativité pour honorer leur mémoire, colère face au traitement politique et médiatique de cette tragédie.

Les militaires ont-ils gardé des séquelles ? Ont-ils su se reconstruire ?
Le 17e RGP a magnifiquement réagi, même si, cela a rendu la vie des paras de culte musulman plus délicate. Un certain nombre, comme moi, ont voulu aussi tourner la page et continuer de servir dans les armées, en s’éloignant de Montauban. Le régiment reste très proche et soudé auprès du seul rescapé, Loïc Liber, qui se bat courageusement, jour après jour, frappé par un très lourd handicap depuis cinq ans.

Le père Christian Venard

Pensez-vous que cet épisode marque une rupture profonde à l’échelle de la Nation ? La population et les pouvoirs publics en ont-ils pris la mesure ?
L’affaire Merah marque, bien sûr, un tournant décisif et l’entrée en guerre contre l’islamisme. La veulerie, l’idéologie des politiques et des médias empêchent d’en rendre un compte exact et surtout d’en tirer les vraies conclusions. La différence de traitement par exemple entre « Charlie » et « Merah » est significative d’une caste repliée sur elle-même et assez indifférente au sort de ceux qui pourtant veillent sur elle : les militaires et les forces de l’ordre.

En ce jour anniversaire, quelle prière cette tragédie peut-elle inspirer au croyant ?
Prier pour demander le courage de résister malgré tout, comme l’inspire la prière du parachutiste. Prier pour la consolation des familles — je songe aussi aux familles juives de Toulouse, à la famille Ibn Ziaten. Prier pour les morts et les blessés. Prier pour notre patrie engagée dans une guerre sans merci contre l’islamisme. Et enfin, si l’on y arrive, avec la grâce de Dieu, arriver à prier même pour ceux qui nous persécutent.

Nouvelle année

Un an pour le Seigneur

 

 

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Et voilà… nouvelle année commence. Nous lirons, ici ou là, dans les médias, de belles considérations sur les résolutions à prendre – du régime physique au ressourcement spirituel -, sur le fait de ne surtout pas prendre de résolutions, etc.

Et si nous profitions de ce changement d’année pour réfléchir sur ce temps qui nous est donné par Dieu ? Dieu, maître du temps. Oui, dans le fond, je ne suis pas propriétaire de mon temps, je n’en suis en fait que le locataire… et je devrai, un jour, rendre compte de l’utilisation de mon temps, au seul à qui il appartient, le Seigneur Dieu qui m’en a fait le don.

Voilà peut-être une bonne façon de considérer cette nouvelle année. Dans l’humilité de celui qui sait que Dieu connaît déjà de quoi seront remplis ces 365 jours ; dans la confiance envers le Berger puissant qui nous guidera, jour après jour ; dans l’espérance, car, si le chemin sera parfois rude, chaque jour nous rapprochera du but : Jésus lui-même ; dans la force de l’Esprit, pour remplir ces semaines et ces mois du poids d’amour que le Seigneur attend de nous pour Lui et notre prochain.

Si pour Dieu tout est éternel présent, nous devons, quant à nous, nous inscrire dans le temps – comme Lui-même l’a assumé dans son humanité en Jésus-Christ -. Il nous revient, sans passivité, d’inscrire nos pas dans sa sainte volonté : ne serait-ce pas là une bonne définition de notre liberté chrétienne ?

Ayons donc de l’ambition pour vivre une bonne année, une grande année, une excellente année, une sainte année… de Foi, d’Espérance, de Charité, où toutes nos activités seraient ordonnées à leur fin ultime : aimer et rencontrer Dieu.

Comme l’avait si bien prêché le cher abbé Jean-Paul Hyvernat (1), quelques jours avant sa mort : « L’important ce n’est pas de vivre vingt ans, cinquante ans ou cent ans. C’est de vivre pleinement l’instant présent, où Dieu est blotti« .

(1) prêtre rayonnant du diocèse de Versailles. Décédé accidentellement en montagne à l’âge de 34 ans.

Chronique parue dans Parole et Prière,  janvier 2011

Henri Caffarel

Des vertus familiales

 

 

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Le 2 août 1903, Henri Caffarel était baptisé par l’un de ses oncles, l’abbé Louis Venard ; un de mes arrière-grands-oncles ! Lors du colloque qui lui a été consacré – en décembre 2010 aux Bernardins à Paris – l’importance de son milieu familial a été souligné avec netteté, devant plusieurs de ses petits neveux, devenus prêtres à leur tour !

C’est la richesse chrétienne de la vie familiale lyonnaise qui a fortement influencé la pensée d’Henri Caffarel, et son engagement, dès les années 1940, dans la pastorale des couples chrétiens – d’où surgira la fondation des Equipes Notre-Dame. Une famille enracinée dans les devoirs que constitue un riche héritage chrétien – plusieurs ancêtres, prêtres ou non, tués an haine de la Foi, sous la révolution française -. Une famille marquée aussi par l’accueil de la vie et la joie de voir grandir de nombreux enfants en son sein.Une famille où la foi chrétienne est reçue comme le lait maternel, où l’éducation de l’intelligence et de la sensibilité se réalise dans la lumière de l’Eglise, où l’on n’aime guère se payer de mot – jusqu’à manquer parfois, en apparence, de savoir montrer sa tendresse – , mais plutôt de l’exemple des vertus humaines et spirituelles vécues au quotidien. Une famille où l’amour de la Vierge Marie et du Pape reste le fil conducteur, évitant ainsi les écueils du jansénisme, du gallicanisme ou du modernisme. Une famille profondément catholique, avec ses qualités réelles, mais aussi ses parts de difficultés, d’ombres, d’amertumes, de croix, mais toujours relevée par la vertu d’espérance, ancrée, chevillée au corps.

Dans cette période où nous fêtons le Prince de la Paix, venu en notre chair, dans une famille humaine, prions pour que toutes nos familles s’enracinent dans la joie de Noël et témoignent devant toute la société du bonheur profond et durable de vivre en baptisés, selon la loi du Christ.

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2011

Avent

Se préparer à Noël

 

 

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Quatre toutes petites semaines… seulement quatre pour se préparer à la fête de Noël. Ce temps de l’Avent passe si vite, que bien souvent, nous nous retrouvons le 24 décembre midi, épuisés, vidés, par tant d’agitations stériles autour des cadeaux, des menus, des préparatifs de toute sorte. Or, bien  au contraire, le temps de l’Avent nous invite avec force, à mûrir dans le silence de nos cœurs, le mystère immense de l’Incarnation du Sauveur.

Comme le rappelle si bien la Collecte du 2e dimanche de l’Avent : « Seigneur, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais, éveille en nous cette intelligence du cœur, qui nous prépare à l’accueillir. » Cette intelligence du cœur peut s’ouvrir en nous par la lecture quotidienne des textes de la liturgie, cette pédagogie de Dieu et de l’Eglise pour nous faire entrer dans la longue attente par le Peuple élu d’un Messie, d’un Sauveur.

Quelles beautés que ces préfigurations vétérotestamentaires du Messie ! Méditons sur cette immense espérance du Salut, qui habitait le peuple Hébreu, et, à travers lui, l’humanité entière : l’accomplissement de la promesse divine, après l’horrible chute du péché des origines, d’envoyer un Messie. Qu’à l’approche de la solennité de l’Incarnation de Dieu, notre être tout entier réalise mieux l’invraisemblable plan d’amour de Dieu : devenir homme en toute chose excepté le péché, pour réconcilier l’homme avec Lui.

Folie de Dieu qui est sa vraie Sagesse !

Rentrons dans ce temps de l’Avent en demandant au Seigneur d’attiser en nous le désir de sa venue. Que tout notre être soit tendu dans l’espérance de son nouveau retour. Il est venu. Il reviendra. Amen ! Viens Seigneur Jésus !

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2010

 

Bx Guillaume-Joseph Chaminade

Un exemple à suivre

 

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Me permettrez-vous ici quelques mots plus personnels ? C’est que notre saint, le bienheureux Guillaume-Joseph Chaminade, est né – en 1761 – dans ces  vieux quartiers qui entourent la cathédrale Saint-Front de Périgueux, tout comme mon grand-père maternel ! Ce Périgord vous façonne des hommes solidement implantés dans une histoire, qui remonte… à l’Homme de Cro-Magnon ; des hommes de culture et d’esprit, marqués par des paysages multiséculaires, imprégnés d’esprit celte, tout enchâssés dans de magnifiques vallées ombrageuses, et des causses calcaires désertiques ; des hommes souriant, à la faconde méridionale – car nous sommes bien du duché d’Aquitaine -, un brin tentés par l’esprit de fronde et de dérision.

La révolution française, dans tous ses aspects violemment anticatholiques, trouvera notre saint en pleine force de l’âge, religieux de vingt-neuf ans. Il voit alors toutes les congrégations dissoutes, et découvre atterré, la promulgation de la Constitution civile du Clergé, qui entend soumettre au pouvoir civil, la religion catholique. Ce sera alors pour lui l’exil et la souffrance. Dès qu’il le peut, après cette période de persécution affreuse – il rentre à Bordeaux en 1801 -, il retrousse ses bonnes manches de Périgourdin, et fonde la Société des Marianistes, afin d’aider à l’éducation de la jeunesse dans la foi et les vertus chrétiennes.

Ce que le père Chaminade a connu n’est peut-être pas si loin de ce que nous vivons. Nous-mêmes, catholiques français du XXIe siècle, ne sommes-nous pas tentés par la compromission et le désir d’entrer dans des formes de « constitution civile », d’autant plus pernicieuse, qu’elle ne dit pas son nom ? Nous voulons bien être catholique, mais que surtout cela ne dérange pas le voisin, et surtout ne mette pas en péril notre petit confort bourgeois ! Ainsi, toute position un peu claire de notre part, sera vite qualifiée – parfois même en interne – d’intégriste, d’intolérante, etc. Allez ! Oust ! Suivons l’exemple du bon père Chaminade : œuvrons avec courage, charité et persévérance à transmettre intégralement  le contenu de la foi et les vertus chrétiennes.

Chronique parue dans Parole et Prière,  octobre 2011