Église et sexualité

Entretien paru dans le bi-mensuel Église de Monaco d’avril-mai 2019

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Face aux scandales sexuels qui éclaboussent l’Église catholique à travers le monde, dont les plus graves relèvent de la pédocriminalité (voir l’encart), on peut légitimement se demander si l’Église a encore le droit de porter une parole dans le domaine de la morale sexuelle. Disons-le d’emblée, ce qui choque le monde actuel c’est d’abord le fait que l’Église catholique latine continue d’exiger le célibat pour ses prêtres (la continence : pas de relations sexuelles) et maintient, envers et contre tout, une doctrine sur la chasteté (c’est-à-dire un certain regard sur la sexualité qui n’est jamais vécue comme une fin en soi). Ce qui choque encore plus, et cela même à l’intérieur de l’Église, c’est que ceux qui sont sensés porter en priorité ce message semblent, pour nombre d’entre eux, ne pas l’appliquer dans leur propre vie ! Mais, avouons-le, dans tous ces domaines, la confusion règne dans beaucoup d’esprits, même chez les croyants, renforcée par la manière dont les grands médias se saisissent de ces questions. Passons en donc en revue quelques-unes ! Rencontre.

 

L’Église considère-t-elle la sexualité comme mauvaise ?

Bien sûr que non ! Ce serait en contradiction avec la Bible elle-même. Quand Dieu crée l’être humain, Il inscrit la polarité sexuelle au cœur même de sa créature : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu Il le créa, homme et femme Il les créa » (Gn 1, 27). En plus de cela, Dieu ordonne à l’homme et la femme de croître et de se multiplier, de ne former plus qu’une seule chair. C’est dire si la sexualité fait bien partie du projet d’un Dieu qui veut sa créature humaine comme procréateur, pour Lui adjoindre de nouveaux hommes à aimer et qui puissent L’aimer. Dans cet état de nature parfaite (s. Thomas d’Aquin écrit même que le plaisir sexuel y était plus intense qu’après la chute du péché originel !) l’homme et la femme vont nus, sans honte, car ils sont en parfaite harmonie, en eux-mêmes, entre eux, avec la création et avec le Créateur. Ce qui vient tout bouleverser, c’est ce fameux péché des origines, commis par Adam et Ève (cf. Gn 3), dont une des premières conséquences est bien de placer l’homme et la femme en dysharmonie en eux-mêmes, entre eux, avec la création et le Créateur. Dès lors, la sexualité sera, pour l’être humain, aussi un lieu de péché, de tentations, car il ne possède plus la maîtrise parfaite de lui-même. La vision de l’Église est donc très pragmatique en fait : elle reconnaît (et plus particulièrement depuis les grands enseignements de saint Jean-Paul II) la bonté de la sexualité ; mais elle en voit aussi tous les dangers, les contraintes, les tentations (ce que malheureusement notre propre expérience, tant et tant de faits divers, démontrent).

Qu’apporte donc de révolutionnaire en ce domaine l’enseignement de Jésus ?

Jésus exige de ses interlocuteurs et de ses disciples un regard renouvelé, qui n’était pas du tout évident à son époque. Ses disciples, face à ses enseignements moraux, iront même jusqu’à lui dire : « Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier. Il leur répondit : Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné… » (Mt 19, 9…). Jésus prêchera, de manière inouïe, la continence parfaite pour le Royaume des Cieux (Mt 19,12) :« il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. » Jésus invite finalement ses disciples à ne pas être esclaves de leurs pulsions, de leurs passions, mais à les dépasser en vue du royaume des cieux. Ce qui ne nous paraît guère facile aujourd’hui (par exemple ne pas avoir de relations sexuelles avant le mariage) ne l’était pas plus au temps de Jésus, dans cette Antiquité romaine où la débauche régnait !

Pourquoi les prêtres ne peuvent-ils pas se marier ?

De fait il n’en a pas toujours été ainsi ! Les Évangiles parlent de la belle-mère de saint Pierre, que Jésus guérit. D’ailleurs, aujourd’hui encore, même dans l’Église catholique, il existe des prêtres mariés (chez nos frères maronites du Liban par exemple). Mais attention : ce ne sont pas des prêtres qui se marient (même chez les Orthodoxes), ce sont des hommes mariés qui deviennent prêtres ! Dès les origines cependant, dans la vie de l’Église, le célibat des prêtres est apparu comme une situation préférable, non seulement pour des raisons pratiques ou économiques, mais surtout pour une profonde raison spirituelle : la ressemblance avec le Christ, unique et souverain prêtre. De nombreux conciles, tout au long de l’histoire de l’Église vont le rappeler, jusqu’à ce que, vers le XIe siècle en Occident, cela soit devenu la règle générale. Aujourd’hui encore, en s’engageant au célibat, le futur prêtre se rend ainsi totalement disponible à la mission et il cherche à ressembler, jusque dans son être le plus profond, au Christ son divin maître.

Ce célibat exigé des prêtres catholiques est-il encore vivable ?

La question mérite d’être posée, tant les scandales récents peuvent donner l’impression que les prêtres ne respecteraient pas leurs engagements en ce domaine et seraient à tout le moins des hypocrites, au pire des pervers. D’abord soyons clairs : le mariage n’est pas un remède contre la perversité ou les dévoiements… cela se saurait ! Ensuite, osons le dire avec fermeté : l’immense majorité des prêtres, des religieux, des religieuses, vivent avec fidélité leur engagement dans la continence. Vivre avec fidélité, cela ne veut pas dire que cela soit facile ! En acceptant le célibat (qui n’est pas la forme de vie ordinaire, et en ce sens, on ne comprend plus très bien d’ailleurs l’expression parfois utilisée de « vocation au mariage »), le futur consacré doit savoir qu’il entre dans un combat physique, psychique et spirituel. Car, bien sûr, cela crée en lui une frustration, physique et affective. Normalement, les années de formation au séminaire (ou de noviciat pour un religieux) ont dû lui permettre de l’expérimenter. Mais c’est tout au long de sa vie que, de ce lieu de blessure intime, jaillira aussi la source de sa fécondité spirituelle. L’important sur ce rude chemin, n’est pas tant qu’il y ait des tentations ou même des chutes, que le désir de vivre tout cela dans l’intimité du Christ. Il y a donc une nécessité absolue pour le consacré d’une vie spirituelle active, d’un sentiment profond de la dignité de sa consécration, un mode de vie différent et prudent du reste des fidèles et de la société, une conviction très forte du sacré et de la transcendance. Cela dit, pour les couples chrétiens, vivre la fidélité et l’indissolubilité du mariage n’en est pas moins une gageure aussi à notre époque. Ainsi, c’est moins la question sexuelle qui est en jeu, que celle de la capacité à être fidèle aux engagements pris et à ne pas se laisser conduire par ses seuls sentiments, pulsions, passions du moment…

Des écrits récents semblent dire que l’homosexualité serait très répandue dans le clergé. Est-ce vrai ?

Pour commencer, il convient de rappeler que dans l’enseignement de l’Église, les actes homosexuels sont une déviance, en ce sens qu’ils ne respectent pas la finalité (le but) première de la sexualité qui est la transmission de la vie. En utilisant les mots « actes homosexuels », on évite ainsi de condamner des personnes sur leurs tendance sexuelles. Pour beaucoup, l’homosexualité n’est pas un choix. Elle s’impose à eux. En revanche, c’est toujours un choix personnel que d’avoir ou non des relations (hétéro ou homo) sexuelles. Donc en soi, le simple fait d’avoir des tendances homosexuelles, non seulement n’empêche pas de pouvoir être un bon chrétien, mais, nonobstant des textes assez durs du Vatican, ne devraient pas obligatoirement interdire l’accès au sacerdoce (et encore moins à la vie religieuse). Toutefois, il est à noter que le « psychisme homosexuel », souvent ne facilite pas une pratique et une vision de la paternité qui elles, sont d’une nécessité absolue pour la vie sacerdotale. Y-a-t-il plus d’homosexuels dans l’Église qu’ailleurs ? Il est très difficile de répondre à cette question, car on ne tient pas des statistiques officielles ! Aux États-Unis des enquêtes ont été menées. Là-bas, il semblerait que, sur la période 1950-1990, la réponse serait plutôt oui. En Europe, deux éléments pourraient concourir à une présence homosexuelle un peu plus forte dans le clergé : sans doute, depuis les années 1960, la prééminence de la «culture gay» dans les domaines de la culture (et le spirituel relève de la culture) ; par ailleurs, il est possible que certains jeunes hommes chrétiens, aux tendances homosexuelles, aient pu voir dans le sacerdoce un refuge. In fine, la question encore une fois est moins de savoir quelles sont les attirances sexuelles des candidats au sacerdoce, que leur capacité, éprouvée et réelle, à tenir les engagements propres à la vie consacrée.

Le livre de Frédéric Martel, Sodoma, est très sévère pour le Vatican et les responsables dans l’Église. Vous avez déjà répondu à l’auteur dans le journal Le Point, mais qu’auriez-vous envie d’ajouter pour nos lecteurs ?

Le premier point le plus déroutant dans le livre de Frédéric Martel n’est pas qu’il y ait de mauvais prêtres ou prélats, aux mœurs débauchées. Il n’y a là rien de bien nouveau, même si c’est, quelle que soit l’époque, infiniment regrettable (ne serait-ce qu’en envisageant, avec tristesse et inquiétude, le salut éternel de ces âmes consacrées). Non ce qui est déroutant c’est l’apparente faiblesse de la hiérarchie ecclésiastique, voire, selon Martel, de sa corruption. Il faut distinguer les deux. La faiblesse est réelle malheureusement. Bien des prêtres ou des fidèles, à travers le monde, pourraient témoigner dans leurs diocèses ou dans leurs congrégations de l’injustice avec laquelle les supérieurs ont laissé de mauvais prêtres œuvrer, sans jamais les punir véritablement. Il est certain qu’aujourd’hui, même si beaucoup a été fait, pour retrouver confiance, nous avons besoin d’une évolution du droit pénal de l’Église pour obliger les supérieurs à plus de sérieux dans les affaires de mœurs du clergé et à devoir rendre des comptes. Quant à la corruption, cela est encore plus nocif. On peut noter, ici ou là, de véritable sphères d’influence, de protection, jusqu’aux plus hauts niveaux dans l’Église qui bénéficient à des prêtres aux mœurs dévoyées. Quand on le peut, on a le devoir de le dénoncer. Cela nous fait mal et discrédite terriblement le discours de l’Église, quel que soit le domaine, mais en particulier son discours moral. La Vierge Marie, les papes du XXe siècle, nous ont prévenus : c’est une forme d’apostasie du clergé qui persécute le plus l’Église, quand les pasteurs se transforment en prédateurs… Mais nous devons être courageux et confiants : le Christ a définitivement vaincu sur la Croix. À nous de le suivre en nous convertissant aussi chaque jour un peu plus, en offrant nos vies et nos petits sacrifices pour la sanctification de l’Église et de ses membres. Sainte Teresa de Calcutta, à qui l’on demandait ce qu’il fallait changer dans l’Église, répondait : « vous et moi » !

 

 

Encart pédophilie

Résultat de recherche d'images pour "la justice"On raconte beaucoup de stupidités sur ce sujet, sans doute car il remet en cause aujourd’hui beaucoup de comportements de la société tout entière, et pas seulement de l’Église. Je suis assez d’accord d’ailleurs pour que l’on opte désormais pour le mot « pédocriminalité ». Pour être précis nous sommes confrontés à trois définitions de ce mot :

– Pour le droit pénal français, il s’agit pour un adulte majeur d’avoir une relation sexuelle avec un enfant de moins de 14 ans. Tout citoyen au courant de tels agissements est dans l’obligation de les dénoncer.

– Pour la psychiatrie, la pédophilie est une attirance pour une relation sexuelle avec un enfant ne présentant pas de caractère sexuel (non pubère). En ce sens, un adolescent pubère de 15 ans pourrait être pédophile, s’il a une relation sexuelle avec un enfant non pubère.

– Pour le droit de l’Église (canonique), est considérée comme pédophilie tout acte à caractère sexuel (jusque par exemple un échange de photographies pornographiques) entre un adulte et un mineur de moins de 18 ans.

On le voit, ce différentes définitions rendent encore plus complexe cette question. Par ailleurs, dans la société en général, les actes pédophiles sont commis à plus de 90% dans les familles et en sont victimes des filles, abusées par des proches. Il s’agit donc d’hétérosexualité. Une étude a été menée dans le clergé américain qui montre, en revanche, que dans 80% des cas recensés, c’était l’attirance vers de jeunes garçons (donc de nature homosexuelle). En tout état de cause, la situation gravissime dans laquelle se trouve l’Église aujourd’hui du fait de cette crise, invite les pasteurs, les responsables de mouvements chrétiens, à la plus extrême prudence dans leurs activités avec les jeunes. Mais pour dire vrai, une vie spirituelle intense, du bon sens et un véritable professionnalisme dans le contact avec les jeunes, devraient être de bons remparts à toute dérive !

 

 

 

 

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Schizophrénie occidentale

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Depuis la désormais trop célèbre affaire « Harvey Weinstein », la dénonciation mondiale publique des harceleurs sexuels va bon train, sur les réseaux sociaux, dans les médias… Du #balancetonporc, aux interview d’actrices en passant par le #metoo, c’est une frénésie de réquisitoires qui a saisi toute la société occidentale.

Ce combat des femmes pour être respectées est indispensable, juste et nécessaire. Là n’est pas la question. La méthode utilisée en pose déjà plus. Mais surtout, tout ce tapage souligne la schizophrénie de notre société occidentale.

Comment peut-on prétendre en effet soutenir le respect dû aux femmes quand on expose dans l’espace publique un « plug anal » Place Vendôme, une statue zoophile devant Beaubourg, ou le « vagin de la Reine » dans le parc royal de Versailles ? Schizophrénie, quand, face aux viols perpétrés par des « migrants », à Cologne par exemple, on n’oppose – même chez les féministes- qu’un silence gêné. Schizophrénie, quand une littérature pour enfants, pseudo scientifique et pédagogique, prétendument chargée de leur éducation sexuelle, se charge de leur apprendre dès 3-6 ans les bienfaits de la masturbation. Schizophrénie d’une société qui, pour vendre le moindre pot de yaourt, déshabille la femme et la transforme en un unique objet de désir. Schizophrénie, quand on constate scientifiquement les ravages de la pornographie sur les mentalités des jeunes – et des moins jeunes- mais que jamais aucune mesure n’est prise par le politique, les institutions de la république et les médias pour éradiquer cette économie du sexe. Schizophrénie d’une idéologie libertaire, héritée de mai 68, qui pense avoir trouvé le nec plus ultra de la libération sexuelle, et de la liberté humaine, dans l’asservissement généralisé à la libido exubérante obligatoire et pourquoi pas gratuite !

Oui, en matière de schizophrénie, notre société occidentale n’a, in fine, rien à envier, à celle de la société islamique radicale… qu’elle prétend pourtant combattre. Une schizophrénie encore plus dangereuse.

 

25 octobre 2017

Mère Térésa

Un amour vrai doit faire mal

 

 

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 « La perte d’une  certaine pudeur comme la perte de la pureté sont les causes profondes de la décadence du monde », voilà une citation de Mère Térésa qui devrait bien résonner à nos oreilles en cette période estivale, où nombre d’entre nous fréquentera les plages ou les piscines, et où la très grande majorité tachera de profiter d’un peu de « farniente » pour refaire ses forces avant la reprise de septembre ! Chrétiens, nous sommes appelés à vivre « différemment » dans le monde.

Ce n’est pas toujours facile, et il est des renoncements, quand nous vivons a contrario des engagements de notre baptême, qui résonnent comme des trahisons. Trahison du Christ qui s’est livré pour nous. Trahison de nos frères à qui nous refusons, par la lâcheté de nos comportements mondains de pouvoir s’approcher de la vérité. A la suite de Mère Térésa, vivons ce mois d’août en vrais disciples du Christ, jusqu’au bout ! « Un amour vrai doit faire mal« , dit- elle, car il est à l’image de l’amour de Dieu. Et s’il est vrai que Dieu lui-même a souffert en aimant les hommes, car il a dû laisser son fils, Jésus-Christ, mourir sur une croix. En ce sens, la souffrance devient une expression de l’Amour de Dieu. C’est dans la contemplation quotidienne du Christ dans l’oraison que Mère Teresa puisait sa force.

C’est dans le temps consacré à Jésus pendant nos vacances que nous trouverons la force du témoignage chrétien pour tous nos frères rencontrés.

Publié dans Parole et Prière d’août 2011