Lettre à un ami évêque

Résultat de recherche d'images pour "bishops in rome"Mon ami évêque,

mon frère dans la Foi, mon père dans l’Église (Cf. S. Augustin : « avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque »), mais surtout j’insiste, mon ami ; te voilà rendu à Lourdes pour votre assemblée plénière de novembre, avec un temps d’automne mélancolique et tempétueux – et je ne parle pas que de la météo… Ces quelques mots voudraient t’encourager, au sens premier : te donner le courage, d’affronter, en vérité et en liberté, les difficultés rencontrées aujourd’hui par notre institution ecclésiale en France.

L’une d’elles me semble de nature à corrompre tout l’édifice, car elle tient aux rapports mêmes entre les évêques et les prêtres. Sans doute est-il temps de les rééquilibrer.  Cela veut dire déjà repenser le ministère de l’évêque dans l’humilité, après l’hubris qui a saisi ce corps épiscopal à la faveur d’un certain « hyper épiscopalisme », que l’on peut rencontrer dans les textes du concile Vatican II. La seule réception de l’épiscopat ne fait pas de vous des sur-hommes, et surtout des compétents en tout. Savoir accepter que de « simples » prêtres puissent être plus compétents en tel ou tel domaine n’entame en rien le ministère particulier de l’évêque. J’ai même le sentiment que cela rejoint le projet du Pape François quand il parle de la synodalité !  Sans doute faudrait-il aussi, pour vous aider, créer une véritable formation des évêques. On ne s’invente pas DRH, gestionnaire, chef, magistrat… du jour au lendemain. Il serait bien nécessaire enfin de repenser la place de la « parole épiscopale ».

voir aussi : L’Église  a-t-elle encore le droit à la parole ?

Mais cela veut dire aussi repenser la spécificité du prêtre diocésain comme collaborateur. Pas au sens où l’entendent les hommes politiques ou les « managers ». Le prêtre diocésain est, en quelque sorte, la présence « réelle » de l’évêque sur une portion de territoire donnée. Il est comme envoyé, donné, à tout un peuple, y compris les non baptisés d’un territoire. C’est de cette spécificité qu’il tire sa joie et plus encore son dynamisme missionnaire. Ce  peuple devient alors sa communauté naturelle (et non, ce n’est pas le presbyterium). Obliger les prêtres diocésains à vivre en communauté est une absurdité qui voudrait  reproduire le « système séminaire » (trop souvent un  système de pouvoirs et de violences), ou bien singer les véritable vies communautaires de nos frères religieux. Encore une fois : le prêtre diocésain trouve sa joie dans son intimité avec Jésus, dans la fraternité avec ses confrères, dans sa filiation avec son évêque… mais surtout dans ses liens profonds avec le peuple auquel il est envoyé et totalement donné.

voir aussi : Joie et spécificité du prêtre diocésain

Une réforme de la manière de vivre l’épiscopat nécessiterait aussi des formes de « contre  pouvoirs » qui n’existent plus, mais aussi belles et simples que pouvaient l’être les chapitres de chanoines. Dans le domaine du judiciaire, il y aurait urgence à recréer des juridictions indépendantes des évêques, tout particulièrement en matière de droit pénal. Contrairement à ce que semblent penser beaucoup d’évêques (qui voient là une diminution de leur pouvoir) cela les libérerait ! On ne peut pas, surtout en matière pénale, être à la fois celui qui condamne et celui qui accompagne la faiblesse d’un prêtre… Il n’est pas sain, même pour lui, que le simple fait d’être évêque donne tous les pouvoirs y compris dans le domaine des biens matériels qui ne sont évidemment pas sa propriété (ce que beaucoup de tes confrères évêques donnent l’impression de croire) mais celle d’une Église particulière dont ils sont serviteurs… temporaires.

Les évêques, réunis à Lourdes, poseraient un acte prophétique très fort en demandant pardon aux prêtres de la manière dont ils ont été traités par le pouvoir épiscopal, depuis la fin de Vatican II. Je pense, entre autres, aux innombrables prêtres qui ont été martyrisés par les curies  épiscopales, en particulier dans la mise en œuvre de « l’esprit du concile ». Il y a sur cette sombre page de l’histoire de l’Église de France une omerta. Seule la vérité rend libre. Demander pardon aussi pour n’avoir pas su gouverner convenablement le peuple de Dieu, n’avoir pas su écarter les brebis galeuses et donc faire porter aujourd’hui l’opprobre de la pédophilie sur tous les prêtres. Pardon des évêques car pas assez à l’écoute, ils alimentent sans le vouloir les soupçons. Cela veut dire aussi réfléchir sur le relâchement des mœurs du clergé (rien de nouveau sous le soleil) mais surtout la complaisance et le laxisme dont les curies épiscopales ont fait preuve en ce domaine. La crise pédophile n’est que l’arbre hideux qui cache (mal) la forêt des abus spirituels en tout genre et des mœurs relâchées d’une petite partie du clergé.

voir aussi : Église et pédophilie : les supérieurs aussi doivent rendre des comptes

Pédophilie, gestion de crise et hiérarchie catholique

II faut dès maintenant (et dans 10 ans encore plus) repenser notre territorialité. Sur les 15.000 prêtres que comptaient encore la France en 2010, plus de la moitié avaient plus de 75 ans. Ce qui veut dire (nous sommes en 2018) que dans 5-6 ans, sans vouloir les enterrer trop vite, nous serons 5.000. On ne peut plus avancer comme ça.  Les prêtres sont écartelés ! Sans doute faudra-t-il accepter que l’on  « abandonne » une partie du territoire pour revenir aux fondamentaux : les sacrements. Nul n’ignore que les prêtres font trop souvent tout, sauf exercer leur sacerdoce. Il y a des aumôniers laïcs en hôpitaux (donc pas de sacrement des malades ou presque) ; plus beaucoup de funérailles célébrées et de rencontre avec les périphéries (baptêmes et mariage délégués aux diacres permanents pour la célébration et aux laïcs pour la préparation ; catéchèse déconnectée des prêtres par manque de temps et par soupçon exagéré de pédophilie…). on déconnecte de plus en plus le prêtre de son sacerdoce. L’accompagnement spirituel est souvent délaissé par manque de temps ! Il est temps de sortir des années 70-80… C’est-à-dire de revenir aux fondamentaux : nous sommes faits pour porter le Christ aux autres et annoncer la vérité du Salut en Jésus. Prêcher sur le Salut éternel. Prêcher sur les vertus théologales. Enseigner la Foi. Dispenser les sacrements. Et comme prêtres diocésains, par la réception même du sacrement de l’ordre, être porteurs, en notre faible humanité, du Christ auprès de nos frères humains, chrétiens ou non.

voir aussi : Pédophilie dans l’Église : la désacralisation en cause

Mon ami évêque, vous semblez tous si paralysés par la peur ! Peur de vous mêmes,  peur de vos prêtres, peur du peuple, peur des journalistes… et sans doute peur de vous confronter au monde moderne. Avez-vous collectivement réalisé que 98% des Français vivent sans vous connaître, sans connaître l’Église et le Christ… à part pour ânonner l’amalgame médiatique terrible « pédophilie = prêtre » ? Il est temps de sortir de la peur. Sortir des schémas préconçus, sortir des petits cercles choisis, sortir du confort des assemblées filtrées par les soins des services de la CEF, sortir de « l’ecclésio-polico-culturellement correct » (ça s’appelle juste la langue de buis !), sortir de vos évêchés, de vos réunions, de l’entre-soi confortable. Aller à la rencontre du monde… prendre des coups, en donner, ouvrir le dialogue, savoir le fermer, ouvrir sa gueule, savoir aussi la fermer, bouffer et boire avec les gens (les 98% qui ne viennent pas…. pas seulement les 2% habituels, qu’on aime bien aussi pourtant). Bref, vivez ! Respirez la joie de vivre : faire un bon repas, raconter des blagues, éclater de rire, ne pas se prendre au sérieux, mais faire ce qui le mérite avec sérieux…

Mon ami évêque, les temps sont durs. Je te connais et je sais aussi tous les doutes qui t’assaillent. Ta détresse humaine ou spirituelle parfois. Ton amertume quand des prêtres, comme moi, te semblent trop exigeants, ingrats, enfants gâtés. Ces quelques mots, dont tu as bien compris qu’ils se voulaient volontairement provocants,  ne sont là que pour exprimer à quel point l’on compte sur vous, à quel point l’on vous aime bien malgré tout : parce que sans vous, le service du Christ, de son Église et du peuple ne serait tout simplement pas possible.

« Duc in altum » !

 

+ Dimanche 4 novembre 2018

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Louis & Zélie Martin

La Croix au cœur du couple

 

 

 La vie d’un couple chrétien pourrait-elle être un « long fleuve tranquille », bénéficiant de la protection, quasi magique, du sacrement de mariage ?
Non. Et pourtant, parfois, en écoutant les couples qui se préparent au mariage chrétien, on a l’impression que c’est l’idée dominante. Il est vrai que les sirènes de notre société les y poussent.
Nous devrions tous « avoir droit » au bonheur, à une vie facile, qui ne serait remplie que de joies et de prospérité. C’est déjà se tromper lourdement et ne pas voir l’expérience accumulée par tant et tant de couples : la vie est difficile ; la vie à deux est compliquée ; la vie d’une famille est un chef-d’œuvre fragile qui réclame sans cesse des sacrifices.
Comme tout sacrement, le sacrement du mariage n’est pas un talisman protecteur ! Il est signe d’une alliance entre les mariés et Dieu, une alliance dont le sceau sacré est la Croix. C’est ce qu’ont vécu, au plus intime de leur vie de couple, Louis et Zélie Martin. Qu’on y regarde de près : humainement ce sont des vies dures qui furent les leurs. C’est que dans l’ordre mystérieux de la Grâce divine, dans les replis cachés où germent les semences du Royaume, les calculs et les espoirs trop humains n’ont pas de place. Le Seigneur ne nous invite pas à la souffrance pour la souffrance : Il demande au Père que sa Joie demeure en nous ; mais dans le même temps, Il nous marque de sa Croix et Il fait d’elle le principe même de la Vie nouvelle.
C’est au cœur du sacrement de mariage, au cœur de leur vie de couple et de famille, que les époux chrétiens découvriront l’Amour absolu dont le cachet d’authenticité est toujours la Croix. Mais les fruits qui seront portés dépasseront de loin toutes les imaginations, toutes les espérances. C’est à ce prix, fou aux yeux des hommes, sage à ceux de Dieu, qu’un Louis et une Zélie ont donné à l’Église toute entière une sainte, un docteur : Thérèse.
Paru dans Parole et Prière de janvier 2014

Le Carême et le dentiste

Aïe, ça fait mal !

Avouons-le, nous entrons bien souvent en Carême, comme nous entrons dans la salle d’attente du dentiste – pardon pour ceux d’entre eux qui me lisent ! Certes nous avons mal et nous savons que la délivrance viendra de la main experte du praticien ; mais nous ne sommes pas très heureux d’être là !

Avec le mercredi des Cendres, il en va de même. Dès le début du Carême, nous savons bien que nous souffrons de nos péchés, de notre attachement trop grand aux biens de ce monde, de toutes sortes de lèpres qui nous gangrènent. Et l’appel même du Carême fait – heureusement – resurgir ces souffrances : « Mon Dieu que je suis loin de la sainteté ! » C’est notre première démarche qui est déjà une grâce prévenante du Seigneur : que nous sentions le poids de misère qui est le nôtre. Le psalmiste le dit très bien : malheur au pécheur qui ne voit plus son péché.

Reconnaître son état de pécheur est le passage obligé pour la conversion  -« Je ne suis pas venu pour les bien-portants…« -. Alors avec toute l’Église acceptons de franchir la porte du « cabinet médical » en ce mercredi des Cendres. Et nous voilà dans la salle d’attente du Carême, attendant avec un peu de crainte, mais aussi avec espoir, que ces quarante jours nous apportent délivrance, persévérance, conversion, guérison et résurrection !

Nous le savons, les instruments du dentiste nous ferons un peu mal. Les moyens de conversion mis à notre disposition par notre Mère l’Église doivent aussi nous violenter quelque peu : aumône, partage, jeûne, prière et pénitence doivent nous coûter. C’est le prix de notre guérison intérieur. C’est bien ce cheminement ardu auquel nous invite l’Église durant quarante jours. Courage. En marche !

Chronique parue dans Parole et Prière de mars 2011