Jacques Loew o.p.

L’obéissance au cœur de la sainteté

 

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La vie du père Jacques Loew est comme un condensé d’un parcours spirituel au XXe siècle. Jeune homme, il fait profession d’incroyance, comme tant de ses contemporains. La découverte du Christ, avec la lecture des Évangiles, l’entraîne jusqu’à la vocation. Au sein de l’ordre des frères prêcheurs, il sera dominicain. Une très solide formation intellectuelle, théologique et spirituelle, dont il rendra grâce toute sa vie, lui sera dispensée par ses maîtres à Saint-Maximin.

Ce qui le fera le plus connaître sera son engagement au sein du milieu ouvrier (en particulier avec les dockers) dans l’esprit de ce fameux appel du cardinal Suhard – alors archevêque de Paris – : « Un mur sépare l’Église du monde. Ce mur, il faut l’abattre à tout prix. » Un engagement généreux et dangereux dans cette expérience dite des « prêtres ouvriers ». Généreux, car mû par la volonté énergique de rejoindre les hommes sur leur lieu de travail pour leur annoncer Jésus-Christ, dans la crédibilité d’un travail rude partagé. Dangereux, car incompris en partie par les autorités ecclésiales et, par ailleurs, non sans ambiguïtés qui poussèrent nombre de ces nouveaux missionnaires à quitter le sacerdoce ou abandonner la foi, au profit du marxisme triomphant de ces années-là.

Quand les sanctions romaines tomberont sur ce mouvement, Jacques Loew fera montre de la plus belle obéissance qui soit. Il écrit, dès 1955, à l’un de ses frères dominicains : « A Rome, j’ai mieux senti cette nécessité de l’union absolue, de l’obéissance fidèle à l’Église, et comment Jésus continue à nous dire: « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Mais le moi actuel de Jésus, c’est l’Église, et dans l’Église, c’est la hiérarchie. Il faut donc essayer de vivre de plus en plus dans la logique de notre croyance en une Église surnaturelle, de qui nous tenons notre être de prêtres et de missionnaires. »

Seul un prêtre profondément ancré dans la prière et la foi pouvait réagir ainsi. Cherchons, nous-aussi, cette rude et exigeante fidélité au Christ en son Eglise. « La sainteté chrétienne, écrit toujours Jacques Loew, ne réside pas d’abord dans l’accumulation des œuvres, mais dans la disposition secrète, connu de Dieu seul, du cœur ».

 

Chronique parue dans Parole et Prière, octobre 2017

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La dimension spirituelle dans le métier des armes

Ce texte a été écrit pour le livre de Matthieu DEBAS, Du sabre à l’esprit, Arts martiaux et Art de la guerre,  éd. JPO, 2017.

20170722_153627La réduction du militaire à un simple « technicien de la chose armée » m’a toujours paru dangereuse, depuis vingt ans bientôt que je côtoie mes frères d’armes, en France et sur tous les théâtres d’opérations où notre Patrie a engagé ses armées[1]. Cette problématique a trouvé pour moi deux échos particuliers. Lors de mon passage comme aumônier aux écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, où,le risque que cette « philosophie » soit le soubassement à la formation des élèves officiers devait être conjuré par une solide formation éthique et la présence des aumôniers militaires.  Dans mes propres recherches, depuis 2006, en lien avec mon ami, médecin militaire, le docteur Gérard Chaput – recherches reprises ensuite à l’Ecole de Guerre avec mon frère aujourd’hui chef de corps d’un régiment de l’armée de terre – pour tenter de déterminer des chemins de préparation spécifique aux difficultés rencontrées aujourd’hui par les « guerriers » dans nos sociétés post-modernes[2]. Notre société occidentale, française en particulier, a évacué de son champ de vision la dimension transcendante. Quels que soient les domaines, elle nous a plongés dans une idéologie matérialiste, consumériste et athée, dont les générations plus jeunes – post 68 –  perçoivent désormais non seulement les limites, mais même les dangers. Elle fragilise ceux dont le métier est de côtoyer la mort, de la donner ou de la recevoir, dans une situation de « non sens » toujours périlleuse pour leur équilibre psychique et humain.

 

Résultat de recherche d'images pour "kosovo 3e rpima"1999. Nous venons avec le 3e RPIMa[3] d’entrer au Kosovo, dans un pays ravagé par la guerre et les violences ethniques. C’est l’été et, comme tous les dimanches, je me rends dans l’une des compagnies de combat. Je célèbre la messe, dehors, face à un paysage magnifique dessiné par les montagnes serbes. Seule une petite minorité de paras est venue y participer. A la fin, pendant que je range mon matériel liturgique de campagne, j’entends la conversation suivante, tenue par deux paras, adossés à un VLRA, et qui n’avaient pas assisté à l’office religieux :

– Tu as vu la tête de ceux qui sont allés à la messe ?

– Non ! Pourquoi ?

– Ben ils avaient l’air complètement calmes et heureux. C’est dingue. Le padre il met du LSD dans les hosties du crois ?

La même année. Même lieu. Un jeune para est très grièvement blessé par balle. Je rejoins sa section aussitôt et reste avec ses camarades. Son pronostic vital est en jeu, alors qu’il est évacué vers Mitrovica puis vers la France. Le lendemain, je propose à ceux qui le souhaitent que nous priions pour lui au cours de la messe. La section au grand complet – alors qu’il s’y trouvent une majorité d’incroyants et même des musulmans – vient assister à la messe.

Pour avoir accompagné dans la mort dix de mes camarades décédés en Afghanistan, annoncé leur décès à leurs proches, suivi leurs familles dans le douloureux processus de deuil, il m’est facile de témoigner que, quel que soit le niveau de croyance ou d’incroyance, ce sont des moments où la présence de l’homme de Dieu se révèle indispensable. Plongés dans l’horreur de la mort, camarades et proches, sentent confusément « qu’on ne peut pas en rester là », qu’il doit y avoir une espérance. Je me souviens si bien d’une épouse – non baptisée et incroyante – d’un de ceux-là, auprès de laquelle j’avais évoqué notre espérance chrétienne d’une vie au-delà de la mort, sans que cela semble la toucher vraiment. Et voilà… nous nous trouvons dans la grande cours d’honneur des Invalides, accueillant le corps de son mari qui arrivait d’Afghanistan. Elle se tient là, menue et courageuse, avec ses trois enfants orphelins désormais, encadrés par les plus hautes autorités militaires françaises. Soudain elle se retourne, les yeux brillants : « Padre, padre, il faut que je vous dise quelque chose ». Je me penche vers elle, et elle me souffle : « Vous aviez raison, il est là, il est vivant et je le sais ».

 

Résultat de recherche d'images pour "groupement commando parachutiste"Il me serait loisible d’évoquer ainsi un très grand nombre d’anecdotes, allant toutes dans le même sens. Qu’on me permette d’en citer une dernière. Il s’agit de la réaction d’un adjudant, au terme d’une belle carrière, presque exclusivement vécue comme commando-parachutiste. Nous sommes au terme d’une journée de formation sur la prévention du trauma psychique de guerre, organisée en pleine OPEX « Licorne », en Côte d’Ivoire, avec mon ami le docteur Chaput, au profit du GCP[4] . Et voici son témoignage : « Le sujet qui m’a le plus interpellé, et sur lequel bien des éléments de réponse ou même de réflexion me manquaient, concernait la mort. Bête noire de mes pensées, elle était le sujet tabou qui m’a souvent préoccupé l’esprit, voire même rendu insomniaque ! Il est bien dommage dans une carrière de soldat d’attendre si longtemps pour que nous soit offert une telle chance. Depuis ce jour, je m’endors plus facilement ; certaines de mes pensées qui me tourmentaient disparaissent de mon esprit presque aussi vite qu’elles arrivent ; certaines de mes réactions s’en trouvent apaisées, voire plus réfléchies […] Apprendre à mieux se connaître, donc à se définir, permet à un soldat digne de ce nom de mieux définir ces réalités et, pourquoi pas, le sens de sa vie.« 

 

De mon expérience d’aumônier militaire, au bout de vingt ans, je retiens que plus encore que les autres, les combattants ont besoin de mettre du sens dans leur action. Plus que les autres, car confrontés au mystère du mal et de la violence, ils requièrent une formation spécifique qui ne soit pas que technique, mais qui prenne en compte l’intégralité de la personne humaine :  corps-esprit-âme ou sarx, soma, psychè. Tout ce qui peut concourir à cette prise de conscience est de nature à renforcer les capacités de résistance du combattant. Ce qui est vrai pour lui, l’est bien sûr pour tous les individus de notre société touchée durablement par des antagonismes internes et l’horreur du terrorisme. Aujourd’hui, plus qu’hier, les risques de mourir existent, mais plus encore ceux de perdre son âme. Une vie spirituelle – au sens large – et/ou religieuse, ancrée dans le nécessaire silence intérieur, dans un dialogue des profondeurs avec la conscience ouverte, s’il se peut sur l’Absolu – qui est Dieu -, viendront forger des hommes et des femmes dignes et résistants. Le combattant devient ainsi, selon les grandes traditions des arts martiaux, mais aussi de la chevalerie et de la noblesse, un porteur de sens, un témoin éthique. Car c’est l’esprit qui permet de (con)vaincre l’ennemi plus que l’arme elle-même.

 

[1] Cf. le livre écrit en collaboration avec Guillaume ZELLER, Un prêtre à la guerre, Tallandier, 2013.

[2] Cf. le livre écrit en collaboration avec Gérard CHAPUT et Guillaume VENARD, La densification de l’être – se préparer aux situations difficiles, Prividef, 2014.

[3] 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine. Régiment créé par Bigeard et stationnant à Carcassonne.

[4] Groupement des Commandos Parachutistes

Louis Lochet

Sacerdos in aeternum

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Au moment même où je découvre, avec bonheur, la très belle figure de l’abbé Louis Lochet, deux affaires, concernant des prêtres, agitent le monde catholique : le départ avec une femme d’un médiatique curé de Lyon, et l’ouverture d’un procès canonique pénal pour un non moins médiatique prélat psychanalyste de Paris… Grand écart de la vie sacerdotale, grand écart au final de la vie de chaque baptisé, tiraillés entre les tentations de ce monde et l’idéal de la sainteté. Ce paradoxe chrétien prend une dimension particulière pour le prêtre, consacré à Dieu et à l’Eglise, par le sacrement de l’Ordre, et chargé, comme pasteur du troupeau de lui indiquer les chemin à suivre et de lui en conférer les moyens par la dispensation de la Parole de Dieu et des sacrements de vie.

Le prêtre est choisi, par Dieu, dans son peuple. C’est un choix gratuit, qui ne doit rien aux qualités propres de l’individu – rappelons que Judas lui-même fut choisi par Jésus et ordonné prêtre, comme les autres apôtres, le soir de la Cène ! Par ce choix, médiatisé au sein de l’Eglise par la reconnaissance épiscopale de la vocation, Dieu dépose de manière irrévocable, au jour de l’ordination, un trésor inestimable… dans un vase d’argile. Deux écueils marquent souvent la vision du monde et des catholiques du sacerdoce : le trop ou le pas assez ! Trop de déférence qui semble oublier que le prêtre est un homme – oui un homme !- et un pécheur, et qui voudrait en faire une espèce d’ange. Pas assez, qui tenterait de ne voir dans le prêtre qu’un animateur social, une espèce de psychologue engagé.

L’abbé Louis Lochet par sa vie montre l’exemple d’un prêtre hautement spirituel – il suffit pour s’en convaincre de voir l’ensemble de ses livres – et, dans le même temps, plongé dans les difficultés de son temps et dans les exigences concrètes de l’annonce de l’Evangile dans ce XXe siècle marqué par l’athéisme matérialiste.

Chronique parue dans Parole et Prière, mai 2017

Tuerie de Montauban : le père Christian Venard se souvient

© PASCAL PAVANI / AFP

Le 15 mars 2012, trois parachutistes du 17e RGP étaient la cible des balles de Mohamed Merah. L’aumônier était sur place.

Le 15 mars 2012, à Montauban, le père Christian Venard prend un café dans la cour de la caserne du 17e Régiment du génie parachutiste (RGP) dont il est l’aumônier. Des coups de feu retentissent à l’extérieur. Mohamed Merah vient de tirer sur trois paras : Abel Chennouf, Mohamed Legouad et Loïc Liber. Les deux premiers expirent entre les bras du Padre, accouru sur place. Le dernier survit, grièvement blessé.

Aleteia : Cinq ans après avoir recueilli vos camarades au sol, diriez-vous que cette tragédie a changé votre vie ? De quelle manière ?
Père Christian Venard : Oui, bien sûr. Comment voudriez-vous rester indifférent, quand, sur notre sol national, à 50 mètres du PC de votre régiment, vous recueillez le dernier souffle de deux de vos camarades parachutistes — Mohamed Legouad et Abel Chennouf —, abattus parce qu’ils appartenaient à un régiment engagé en Afghanistan ? Je reste marqué dans ma chair et dans mon âme. Trois sentiments pour l’essentiel : tristesse face à ceux qui sont partis, combativité pour honorer leur mémoire, colère face au traitement politique et médiatique de cette tragédie.

Les militaires ont-ils gardé des séquelles ? Ont-ils su se reconstruire ?
Le 17e RGP a magnifiquement réagi, même si, cela a rendu la vie des paras de culte musulman plus délicate. Un certain nombre, comme moi, ont voulu aussi tourner la page et continuer de servir dans les armées, en s’éloignant de Montauban. Le régiment reste très proche et soudé auprès du seul rescapé, Loïc Liber, qui se bat courageusement, jour après jour, frappé par un très lourd handicap depuis cinq ans.

Le père Christian Venard

Pensez-vous que cet épisode marque une rupture profonde à l’échelle de la Nation ? La population et les pouvoirs publics en ont-ils pris la mesure ?
L’affaire Merah marque, bien sûr, un tournant décisif et l’entrée en guerre contre l’islamisme. La veulerie, l’idéologie des politiques et des médias empêchent d’en rendre un compte exact et surtout d’en tirer les vraies conclusions. La différence de traitement par exemple entre « Charlie » et « Merah » est significative d’une caste repliée sur elle-même et assez indifférente au sort de ceux qui pourtant veillent sur elle : les militaires et les forces de l’ordre.

En ce jour anniversaire, quelle prière cette tragédie peut-elle inspirer au croyant ?
Prier pour demander le courage de résister malgré tout, comme l’inspire la prière du parachutiste. Prier pour la consolation des familles — je songe aussi aux familles juives de Toulouse, à la famille Ibn Ziaten. Prier pour les morts et les blessés. Prier pour notre patrie engagée dans une guerre sans merci contre l’islamisme. Et enfin, si l’on y arrive, avec la grâce de Dieu, arriver à prier même pour ceux qui nous persécutent.

Henri Caffarel

Des vertus familiales

 

 

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Le 2 août 1903, Henri Caffarel était baptisé par l’un de ses oncles, l’abbé Louis Venard ; un de mes arrière-grands-oncles ! Lors du colloque qui lui a été consacré – en décembre 2010 aux Bernardins à Paris – l’importance de son milieu familial a été souligné avec netteté, devant plusieurs de ses petits neveux, devenus prêtres à leur tour !

C’est la richesse chrétienne de la vie familiale lyonnaise qui a fortement influencé la pensée d’Henri Caffarel, et son engagement, dès les années 1940, dans la pastorale des couples chrétiens – d’où surgira la fondation des Equipes Notre-Dame. Une famille enracinée dans les devoirs que constitue un riche héritage chrétien – plusieurs ancêtres, prêtres ou non, tués an haine de la Foi, sous la révolution française -. Une famille marquée aussi par l’accueil de la vie et la joie de voir grandir de nombreux enfants en son sein.Une famille où la foi chrétienne est reçue comme le lait maternel, où l’éducation de l’intelligence et de la sensibilité se réalise dans la lumière de l’Eglise, où l’on n’aime guère se payer de mot – jusqu’à manquer parfois, en apparence, de savoir montrer sa tendresse – , mais plutôt de l’exemple des vertus humaines et spirituelles vécues au quotidien. Une famille où l’amour de la Vierge Marie et du Pape reste le fil conducteur, évitant ainsi les écueils du jansénisme, du gallicanisme ou du modernisme. Une famille profondément catholique, avec ses qualités réelles, mais aussi ses parts de difficultés, d’ombres, d’amertumes, de croix, mais toujours relevée par la vertu d’espérance, ancrée, chevillée au corps.

Dans cette période où nous fêtons le Prince de la Paix, venu en notre chair, dans une famille humaine, prions pour que toutes nos familles s’enracinent dans la joie de Noël et témoignent devant toute la société du bonheur profond et durable de vivre en baptisés, selon la loi du Christ.

Chronique parue dans Parole et Prière, décembre 2011

Noël, un moment difficile pour les militaires

 

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Quelques mots d’entretien pour la radio chrétienne RCF, à retrouver ici :

 

https://rcf.fr/actualite/actualite-religieuse/pere-christian-venard-noel-est-un-moment-difficile-pour-les-militaire