#Ploërmel, et après ?

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La statue de Jean-Paul II surmontée de la fameuse croix  ©Google Street

 

« Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie de Magdala » (Jn 19, 25). Voilà, en comptant le jeune saint Jean, cela fait juste quatre « like », quatre « j’aime », quatre pauvre petits « retweet », pour l’événement essentiel au salut du monde, pour la croix de Jésus. On est loin des déferlements de « like » et de « retweet » sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #MontreTaCroix ! Tout le monde – ou presque – s’y est mis : des politiques aux juristes, du « jeune patriote identitaire et / ou athée » au prêtre militant, chacun y est allé de sa croix : « Touche pas à mes racines chrétiennes » semblait hurler un pays qui culmine glorieusement (sic) avec un taux de pratique religieuse catholique à… 4,5 % !

L’instrument du salut

La croix du Christ ne saurait se résumer à un facteur identitaire et culturel ; moins encore à un symbole brandi face à la peur de l’islam ou du monde moderne. Elle est, pour nous chrétiens, d’abord l’instrument du salut par lequel, lors de notre baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection de Jésus. Elle est cet unique chemin que nous pouvons admirer sur la splendide mosaïque de l’arbre de vie dans l’abside de la basilique Saint-Clément de Rome. Elle est cette porte par laquelle, comme l’a rappelé Benoît XVI, il nous faut passer pour entrer dans la vie éternelle : « Car, sur cette croix, Jésus […] a porté les humiliations et les discriminations, les tortures subies en de nombreuses régions du monde par tant de nos frères et de nos sœurs par amour du Christ. » (1)

Brandir la croix dans un pays où le taux de la pratique catholique culmine à… 4,5 % ? Commençons par vivre la croix dans nos vies.

Soyons clairs : il est inutile pour les baptisés de brandir la croix – y compris avec de bonnes intentions – si nous ne sommes pas d’abord prêts à vivre la croix dans nos vies. Or cette vie avec la croix de Jésus fait très rarement bon ménage avec le succès du monde. La croix de Jésus dans nos vies, c’est l’acceptation de la souffrance, de l’incompréhension, de la maladie, des trahisons, de nos faiblesses, des faiblesses des autres, de la persécution parfois, de la contradiction sûrement, de l’apparente inutilité de nos combats intérieurs et extérieurs. La croix, c’est l’acceptation humble, sans tambour ni trompette, confiante et amoureuse, au nom même de l’Amour, de « tout ce qui ne va pas ».

Mais ce n’est pas la dés-espérance des « post-modernes ». C’est aussi la somme d’efforts que nous faisons, de persécutions que nous endurons, en ne nous résignant jamais, en repartant au « combat » (spirituel avant tout) chaque matin, avec la grâce qui nous est offerte, toute neuve, à chaque aurore.

En union avec le Christ

 « Le Christ Jésus […], devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, s’est abaissé Lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2, 7 et ss). On est bien loin des hashtags racoleurs, vengeurs et populistes. On est loin aussi et faut-il en perpétuer le regret au risque de rester visser sur le rétroviseur ? de la chrétienté médiévale, dans une Europe désormais en pleine apostasie.

Certes, d’une manière éminente, il nous revient, comme catholiques français, d’honorer et de défendre un héritage culturel ancré si profondément dans notre religion. Mais nous ne saurions le faire mieux qu’en vivant avec plus d’intensité notre union spirituelle et humaine à la croix du Sauveur.

 

 

 

Tribune libre parue dans Famille chrétienne, 11 novembre 2017

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Jean Rodhain

Une charité inventive

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« Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » Ce passage de la première lettre de l’apôtre saint Jean (4,21-22) semble être le résumé parfait de la vie et de l’apostolat de Jean Rhodain.

Dès son ordination en 1924, et sa nomination comme vicaire à Épinal, sa charité se fait inventive pour se mettre au service des pauvres, quitte à déplaire à son curé et à certains confrères. Tout au long de sa vie sacerdotale, Jean Rhodain sera à la pointe des besoins actualisés des pauvres dans l’Église : auprès du monde ouvrier dans les grandes années de la question ouvrière au sein de l’Eglise ; au services des prisonniers de guerre durant le second conflit mondial ; à la direction de l’aumônerie des armées à la fin de la guerre, auprès des pauvres des banlieues de l’après-guerre ; de la création du Secours Catholique à celle de la Caritas internationalis, élargissant son horizon de la France au monde entier.

Aujourd’hui encore, tant et tant de pauvres frappent à notre porte et réclament de nous, catholiques, une charité qui se fasse inventive et concrète : pauvres issues des phénomènes migratoires, pauvres frappés par l’appétit de jouissance des plus riches et laissés-pour-compte de la mondialisation, pauvres embryons tués dès le sein de leurs mères, pauvres handicapés si peu acceptés dans nos sociétés, et tant et tant de pauvres « d’esprit » à qui l’on refuse l’héritage spirituel, moral, intellectuel de leur pays… Qu’à notre tour l’amour de Dieu nous pousse, chacun à notre niveau, le plus humble soit-il, à nous mettre au service de tous ces pauvres ; car comme l’écrit notre auteur : « J’ai trouvé la joie du jour où j’ai moins pensé à moi. Mes soucis sont mon huis-clos. Je tourne en rond dans la prison de mes ennuis personnels […] J’apprends le courage des autres. Ils ont ouvert des fenêtres dans mes mesquines murailles ; le soleil est entré ! »

 

Paru dans Parole et Prière, novembre 2017

Joseph Wresinski

Pauvreté, misère, dignité

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Rien n’est plus terrible que la pauvreté quand elle devient misère. Voilà ce qu’en dit Joseph Wresinski, qui a connu les deux, non seulement pour les avoir accompagnées toute sa vie de prêtre, mais pour les avoir vécues dans sa chair, dès son plus jeune âge. « La pauvreté, le dénuement matériel, l’oppression infligée par plus fort que soi, sont difficiles à supporter. Mais est proprement insoutenable le mépris, le rappel perpétuel d’être un inférieur et totalement inutile. Est intolérable d’être traité, même par ses proches, comme un homme sans dignité […] La différence entre la pauvreté et la misère est là. L’homme misérable est dans une situation insupportable, tenu pour quantité négligeable ou même pis : pour un être néfaste qui n’aurait jamais dû naître, alors qu’au plus profond de lui il sait qu’il est pourtant un homme. Vouloir la dignité, rêver d’être quelqu’un et se le voir refuser […] c’est cela la misère« .

Force est de constater, à la lumière de la sociologie, que le catholicisme français s’est « embourgeoisé », au cours des cinquante dernières années, et que les classes sociales économiquement les plus faibles, en ont quasiment disparu. Diverses raisons en sont la cause. Cela devrait pourtant nous poser de vraies questions. Certes, des mouvements catholiques ou chrétiens, dont ATD-Quart Monde fondé par le père Wresinski, ou le Secours catholique, et tant d’autres, œuvrent sur le terrain. Mais que faisons-nous tous pour tendre la main aux plus pauvres, aux miséreux ? Pour leur rendre cette dignité dont ils ont encore plus besoin que de notre aumône ? Sur ce chemin les intuitions du père Wresinski ne peuvent que nous aider. « Les plus pauvres que les hommes rejettent, dès qu’on leur fait confiance. Nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, que les plus pauvres sont le levain au cœur du monde ».

Laissons donc nos cœurs s’émouvoir.

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2017

Pier Giorgio Frassati

Catholique de combat

 

Afficher l'image d'origineDans ces temps où, du fait du calendrier électoral, nous sommes plongés en permanence dans le débat politique, la figure de Pier Giorgio Frassati est bienvenue.

Ce catholique convaincu aurait pu se contenter d’une vie facile, procurée par la réussite professionnelle de son père – fondateur du groupe de presse La Stampa, ambassadeur, etc. Or, très tôt, il conçoit que c’est au nom même de sa foi qu’il doit s’engager dans la société. Il vivra cet engagement à un double niveau : dans l’humilité et la discrétion en servant chaque jour les plus pauvres ; sous la lumière en participant au combat politique. L’ancrage dans une vraie vie de prière, le service des plus pauvres au quotidien, voilà ce qui légitime et crédibilise l’engagement plus politique, plus partisan. C’est déjà une grande leçon pour chacun de nous !

Sur ces fondations, c’est d’un vrai courage politique dont fait preuve Pier Giorgio, qui n’a pas peur de monter au front. Dès septembre 1921, il manifeste avec des amis de la Jeunesse catholique italienne ; il se fait arrêter par la Police et, quand on apprend qu’il est fils d’ambassadeur, refuse d’être libéré de ce fait même. L’année suivante, il est profondément choqué de constater que le Parti populaire italien du démocrate chrétien De Gaspari,  auquel il adhère, s’allie – pour peu de temps en fait – aux fascistes de Mussolini. Et quand le journal auquel il participe finit par adhérer aux idées fascistes, il n’hésite pas et en démissionne.

En quelques mots il nous livre ce qui pourrait nous servir de programme pour nos propres engagements en cette période cruciale pour notre pays :  « Chaque jour, je comprends davantage quelle grande grâce c’est d’être catholique. Malheureux, oui malheureux, ceux qui n’ont pas la foi ! Vivre sans la foi, sans ce patrimoine à défendre, sans soutenir par une lutte de tous les instants la vérité, ce n’est pas vivre sa vie, c’est la gâcher. A nous, il n’est pas permis de vivoter. Nous devons vivre et nous souvenir que, même au milieu de toutes les désillusions de l’existence, nous sommes les seuls qui possédions la vérité. Nous avons une foi à défendre, une espérance, celle de la Patrie pour nous soutenir. Trêve donc à toute mélancolie […] En avant pour le triomphe du Christ dans la société !« 

Chronique parue dans Parole et Prière, janvier 2017

 

Karl Leisner

Vivre en chrétien dans un monde païen

 

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Avec Karl Laisner nous retrouvons un chrétien résistant, résistant au nom de son amour pour Jésus – le jeune Karl, pour se démarquer du « Heil Hitler« , écrira « Le Christ est ma passion, Heil !« . Alors que les voix officielles et médiatiques ne cessent de jeter l’opprobre sur notre Eglise catholique et sa prétendue collusion avec le pire du XXe siècle, le nazisme – ces mêmes voix oubliant bien  vite le communisme toujours actif -, nous rencontrons tant et tant de figures chrétiennes qui ont su, au risque de leur vie, combattre ces deux idéologies athées. Qu’elles nous servent de modèles !

Certes, nous ne sommes plus placés face au nazisme, mais comme l’a récemment rappelé le cardinal Francis George : « Le communisme a imposé un mode de vie global fondé sur la croyance que Dieu n’existe pas. Le laïcisme est le compagnon de lit le plus présentable du communisme… » C’est bien face à ce laïcisme militant que nous sommes confrontés. Ne nous laissons pas avoir par les bêlements faiblards des partisans permanents des compromis qui mènent souvent aux compromissions. A l’exemple de Karl, entrons en résistance, par amour de la Vérité, c’est-à-dire du Christ !

Ainsi, que sa persévérance, contre toute espérance, à devenir prêtre, nous édifie. Déjà, il a dû combattre contre lui-même – il était très attiré par le mariage avec un de ses camarades. Comme quoi, malgré l’idée souvent répandue, même dans mes milieux catholiques, on ne devient pas prêtre parce qu’on ne voudrait pas se marier ! -. Puis, malgré toutes les difficultés, c’est dans un camp de concentration nazi, par un évêque français lui aussi incarcéré, qu’il sera ordonné prêtre.

Sa courte vie sacerdotale – il meurt en 1945 alors qu’il avait été ordonné en décembre 44 – pourrait, à bien des yeux, paraître dénuée de sens. C’est un rappel pour nous, que les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres. A tout le moins, que tant de courage et de persévérance nous invitent à vive plus pleinement notre vie chrétienne, nos engagements comme témoins du Christ, dans un monde païen. Quoi qu’il puisse nous en coûter.

Que le bienheureux Karl nous y aide.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2013

Une foi noble et exigeante

JMJ de Madrid – enracinés dans la Foi

 

 

 

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Alors que certains d’entre nous profiteront d’un repos estival mérité – sans oublier le Bon Dieu, n’est-ce pas ?- , les plus jeunes, en nombre nous l’espérons, se retrouveront en Espagne, pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, autour du pape Benoît XVI.  Ne nous y trompons pas, le message adressé par le pape aux jeunes nous concerne tous, et de près : « A l’heure où l’Europe a un très grand besoin de retrouver ses racines chrétiennes, nous avons rendez-vous à Madrid, avec les thèmes Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la Foi (cf. Col 2,7) » -message pour les 26e JMJ-.

En allant marcher sur les routes d’Espagne, cette jeunesse nous entraîne à la suite des grands saints qui ont marqué cette terre et toute notre vieille Europe. D’Isidore de Séville à Ignace de Loyola, de Thérèse d’Avila aux martyrs de la guerre civile, en passant par Dominique de Guzman et Jean de la Croix, tous nous ont montré une foi exigeante et lumineuse. Cette terre d’Espagne qui a connu la soumission à l’islam autrefois et la Reconquista, ainsi que les terribles affrontements avec le communisme, nous invite à conserver espoir dans l’avenir du christianisme en Europe.

Le pape nous y invite aussi en nous proposant de nous plonger « aux racines ». C’est-à-dire à bien comprendre qu’à la source des « combats politiques et civils », et pour les préparer, doit se trouver le Christ lui-même : « la première image est celle de l’arbre, solidement planté au sol par ses racines, qui le stabilisent et le nourrissent. Sans racines, il serait emporté par le vent et mourrait. Quelles sont nos racines ? Il y a bien sûr nos parents, notre famille et la culture de notre pays, qui constituent un aspect très important de notre identité. La Bible en dévoile un autre. Le prophète Jérémie écrit : ‘ Béni l’homme qui se confie dans le Seigneur, dont le Seigneur est la foi. Il ressemble à un arbre planté au bord des eaux, qui tend ses racines vers le courant : il ne redoute rien quand arrive la chaleur, son feuillage reste vert ; dans une année de sécheresse, il est sans inquiétude et ne cesse de porter du fruit’ (Jr. 17, 7-8) » – Benoît XVI.

Et nous… où trouvons nous les racines de nos combats ?

Chronique parue dans Parole et Prièreaoût 2011