Marcel Van

Les paradoxes de l’amour

 

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Malgré sa courte vie, Marcel Van nous donne de grandes leçons, à nous baptisés qui traversons une période bien cruelle de la vie de notre Église.

Dès son plus jeune âge, Marcel indique qu’il souhaite devenir prêtre. Placé chez un curé pour cela, il devra subir la méchanceté et les mauvais traitements de ce dernier, et même, thème ô combien trop actuel, la perversions d’un des catéchistes ! Pourtant son désir de se donner à Jésus reste intacte. Sur ce chemin vers la vie religieuse, il rencontre encore bien des difficultés. Pourtant sa persévérance, sa fidélité et sa confiance, lui permettront enfin d’accéder à la vie religieuse consacrée. Ses écrits sur le sacerdoce sont impressionnants.

Ainsi, dans la grande confusion créée par les scandales moraux révélés d’une frange odieuse du clergé, nous devons garder néanmoins un grand amour du sacerdoce catholique, immense don du Cœur du Christ à l’humanité. Comme me le disait un jeune étudiant en médecine, rencontré récemment dans un train : « je suis devenu plus méfiant vis-à-vis des prêtres, mais je reste confiant et reconnaissant pour le sacerdoce ». Retirons donc cette belle leçon d’amour du sacerdoce, de la vie et des écrits de Marcel Van.

Un autre aspect, en apparence tout aussi paradoxal, peut nous toucher dans la vie de Marcel. Alors qu’ il est vietnamien, dans son pays colonisé par le nôtre, il a développé un amour quasi charnel, pour la France. Cet amour de la patrie française transpire dans ses écrits jusqu’à cette si touchante prière pour la France. Sa fidélité à la France le conduira d’ailleurs à la mort. Comme nous devrions  aussi en tirer de bonnes résolutions pour savoir mieux aimer et servir notre patrie, prendre en considération dans nos vies cette réalité charnelle de notre existence et accepter que le service du bien commun vienne parfois bousculer notre individualisme de catholiques installés. Avec la figure lumineuse de Marcel Van restons fidèles aux fondamentaux de notre vie chrétienne, le regard fixé sur les beautés de la Foi et nos actions ancrées dans la réalité du service et de l’amour du prochain.

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Une usine à fabriquer des saints !

 

Entretien sur le livre La sainteté de A à ZDopez votre spiritualité, avec Jean-Pierre Maugendre pour « TV-Libertés »

 

 

Liens :

https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/la-saintete-de-a-a-z-9791033607953

https://www.tvlibertes.com/

 

 

 

 

Pauline Jaricot

Aimer et servir

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En 1800, Pie VII est élu Pape. Les relations de la France bonapartiste avec Rome sont tendues et les activités de Propaganda Fide (l’organisme chargé de l’œuvre d’évangélisation) sont bloquées. Avec la largeur d’esprit si caractéristique des « Lumières » (sic), il devient impossible d’aller vers les pays de mission. C’est alors qu’un laïcat catholique prend forme. Il affirme sa foi d’un côté, par le rejet du gallicanisme ; de l’autre, par des œuvres de charité, en particulier envers les nouveaux pauvres nés des ruines de l’Empire napoléonien, et enfin par un engagement missionnaire dynamique empreint d’une grande audace.

Dans ce contexte, au sein de cette église de Lyon si foisonnante,  émerge la figure d’une jeune fille, Pauline Jaricot, dont les pas vont ouvrir des perspectives missionnaires insoupçonnées pour l’Église universelle. Pauline, se dévouera toute sa vie pour les missions, et fera preuve d’une charité inventive et ingénieuse de tous les instants. Malgré tout, elle mourra déconsidérée, spoliée de son œuvre. Quel destin !

L’Église de France vit aujourd’hui l’épreuve du manque de vocations, de la désaffection d’une bonne partie de la jeunesse, d’une certaine fatigue de ses communautés chrétiennes, et d’une déconsidération au sein de la société civile. Pour autant, coopérer à la mission universelle de l’Église serait pour elle une source de renouveau et de dynamisme. Plus on se montre généreux, plus le Seigneur nous comble de grâces. L’avenir de l’Église en France passe certainement par une ouverture toujours plus grande et généreuse à la «coopération missionnaire», plutôt que par le « pillage » des vocations des pays africains ou sud-américains.

Paul Claudel met sur les lèvres de l’aveugle une question qui doit nous interpeller fortement : «Vous qui voyez, que faites-vous de votre lumière ?». Nous qui avons reçu gratuitement la lumière de la foi, que faisons-nous de cette foi? Comme saint Jean-Paul II s’était écrié : « France qu’as-tu fait de ton baptême », nous pouvons demander : « Église de France, qu’as-tu fait de ta mission? » La figure et l’œuvre de Pauline Marie Jaricot sont un modèle de réponse simple, décisive et actuelle.

Chronique parue dans Parole et Prière de décembre 2018

#Ploërmel, et après ?

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La statue de Jean-Paul II surmontée de la fameuse croix  ©Google Street

 

« Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie de Magdala » (Jn 19, 25). Voilà, en comptant le jeune saint Jean, cela fait juste quatre « like », quatre « j’aime », quatre pauvre petits « retweet », pour l’événement essentiel au salut du monde, pour la croix de Jésus. On est loin des déferlements de « like » et de « retweet » sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #MontreTaCroix ! Tout le monde – ou presque – s’y est mis : des politiques aux juristes, du « jeune patriote identitaire et / ou athée » au prêtre militant, chacun y est allé de sa croix : « Touche pas à mes racines chrétiennes » semblait hurler un pays qui culmine glorieusement (sic) avec un taux de pratique religieuse catholique à… 4,5 % !

L’instrument du salut

La croix du Christ ne saurait se résumer à un facteur identitaire et culturel ; moins encore à un symbole brandi face à la peur de l’islam ou du monde moderne. Elle est, pour nous chrétiens, d’abord l’instrument du salut par lequel, lors de notre baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection de Jésus. Elle est cet unique chemin que nous pouvons admirer sur la splendide mosaïque de l’arbre de vie dans l’abside de la basilique Saint-Clément de Rome. Elle est cette porte par laquelle, comme l’a rappelé Benoît XVI, il nous faut passer pour entrer dans la vie éternelle : « Car, sur cette croix, Jésus […] a porté les humiliations et les discriminations, les tortures subies en de nombreuses régions du monde par tant de nos frères et de nos sœurs par amour du Christ. » (1)

Brandir la croix dans un pays où le taux de la pratique catholique culmine à… 4,5 % ? Commençons par vivre la croix dans nos vies.

Soyons clairs : il est inutile pour les baptisés de brandir la croix – y compris avec de bonnes intentions – si nous ne sommes pas d’abord prêts à vivre la croix dans nos vies. Or cette vie avec la croix de Jésus fait très rarement bon ménage avec le succès du monde. La croix de Jésus dans nos vies, c’est l’acceptation de la souffrance, de l’incompréhension, de la maladie, des trahisons, de nos faiblesses, des faiblesses des autres, de la persécution parfois, de la contradiction sûrement, de l’apparente inutilité de nos combats intérieurs et extérieurs. La croix, c’est l’acceptation humble, sans tambour ni trompette, confiante et amoureuse, au nom même de l’Amour, de « tout ce qui ne va pas ».

Mais ce n’est pas la dés-espérance des « post-modernes ». C’est aussi la somme d’efforts que nous faisons, de persécutions que nous endurons, en ne nous résignant jamais, en repartant au « combat » (spirituel avant tout) chaque matin, avec la grâce qui nous est offerte, toute neuve, à chaque aurore.

En union avec le Christ

 « Le Christ Jésus […], devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, s’est abaissé Lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2, 7 et ss). On est bien loin des hashtags racoleurs, vengeurs et populistes. On est loin aussi et faut-il en perpétuer le regret au risque de rester visser sur le rétroviseur ? de la chrétienté médiévale, dans une Europe désormais en pleine apostasie.

Certes, d’une manière éminente, il nous revient, comme catholiques français, d’honorer et de défendre un héritage culturel ancré si profondément dans notre religion. Mais nous ne saurions le faire mieux qu’en vivant avec plus d’intensité notre union spirituelle et humaine à la croix du Sauveur.

 

 

 

Tribune libre parue dans Famille chrétienne, 11 novembre 2017

Jean Rodhain

Une charité inventive

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« Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » Ce passage de la première lettre de l’apôtre saint Jean (4,21-22) semble être le résumé parfait de la vie et de l’apostolat de Jean Rhodain.

Dès son ordination en 1924, et sa nomination comme vicaire à Épinal, sa charité se fait inventive pour se mettre au service des pauvres, quitte à déplaire à son curé et à certains confrères. Tout au long de sa vie sacerdotale, Jean Rhodain sera à la pointe des besoins actualisés des pauvres dans l’Église : auprès du monde ouvrier dans les grandes années de la question ouvrière au sein de l’Eglise ; au services des prisonniers de guerre durant le second conflit mondial ; à la direction de l’aumônerie des armées à la fin de la guerre, auprès des pauvres des banlieues de l’après-guerre ; de la création du Secours Catholique à celle de la Caritas internationalis, élargissant son horizon de la France au monde entier.

Aujourd’hui encore, tant et tant de pauvres frappent à notre porte et réclament de nous, catholiques, une charité qui se fasse inventive et concrète : pauvres issues des phénomènes migratoires, pauvres frappés par l’appétit de jouissance des plus riches et laissés-pour-compte de la mondialisation, pauvres embryons tués dès le sein de leurs mères, pauvres handicapés si peu acceptés dans nos sociétés, et tant et tant de pauvres « d’esprit » à qui l’on refuse l’héritage spirituel, moral, intellectuel de leur pays… Qu’à notre tour l’amour de Dieu nous pousse, chacun à notre niveau, le plus humble soit-il, à nous mettre au service de tous ces pauvres ; car comme l’écrit notre auteur : « J’ai trouvé la joie du jour où j’ai moins pensé à moi. Mes soucis sont mon huis-clos. Je tourne en rond dans la prison de mes ennuis personnels […] J’apprends le courage des autres. Ils ont ouvert des fenêtres dans mes mesquines murailles ; le soleil est entré ! »

 

Paru dans Parole et Prière, novembre 2017

Joseph Wresinski

Pauvreté, misère, dignité

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Rien n’est plus terrible que la pauvreté quand elle devient misère. Voilà ce qu’en dit Joseph Wresinski, qui a connu les deux, non seulement pour les avoir accompagnées toute sa vie de prêtre, mais pour les avoir vécues dans sa chair, dès son plus jeune âge. « La pauvreté, le dénuement matériel, l’oppression infligée par plus fort que soi, sont difficiles à supporter. Mais est proprement insoutenable le mépris, le rappel perpétuel d’être un inférieur et totalement inutile. Est intolérable d’être traité, même par ses proches, comme un homme sans dignité […] La différence entre la pauvreté et la misère est là. L’homme misérable est dans une situation insupportable, tenu pour quantité négligeable ou même pis : pour un être néfaste qui n’aurait jamais dû naître, alors qu’au plus profond de lui il sait qu’il est pourtant un homme. Vouloir la dignité, rêver d’être quelqu’un et se le voir refuser […] c’est cela la misère« .

Force est de constater, à la lumière de la sociologie, que le catholicisme français s’est « embourgeoisé », au cours des cinquante dernières années, et que les classes sociales économiquement les plus faibles, en ont quasiment disparu. Diverses raisons en sont la cause. Cela devrait pourtant nous poser de vraies questions. Certes, des mouvements catholiques ou chrétiens, dont ATD-Quart Monde fondé par le père Wresinski, ou le Secours catholique, et tant d’autres, œuvrent sur le terrain. Mais que faisons-nous tous pour tendre la main aux plus pauvres, aux miséreux ? Pour leur rendre cette dignité dont ils ont encore plus besoin que de notre aumône ? Sur ce chemin les intuitions du père Wresinski ne peuvent que nous aider. « Les plus pauvres que les hommes rejettent, dès qu’on leur fait confiance. Nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, que les plus pauvres sont le levain au cœur du monde ».

Laissons donc nos cœurs s’émouvoir.

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2017