Le temps de la mission

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Les dimanches « en vert » sont de retour ! En effet, après toutes les fêtes pascales, la Pentecôte, toutes ces belles solennités, nous voilà revenus, dans le calendrier liturgique, à ce fameux temps dit ordinaire, avec sa couleur liturgique verte. Pas si ordinaire pourtant, puisque le latin dit Tempus Ecclesiae : temps de l’Eglise ! C’est le temps de la mission, le temps confié par le Christ à son Eglise, pour répandre dans le temps et dans l’espace, la Bonne Nouvelle du Salut. Il est vrai pourtant, que ce temps nous confronte à une certaine quotidienneté de la vie chrétienne.

Toute notre existence ne peut se consumer en continuels « moments forts ». Le Christ et son Eglise nous invitent à vivre dans la persévérance et dans l’humilité du « jour-après-jour », notre foi, notre espérance, notre charité. Pour nombre d’entre nous, le mois de juillet marque le début des vacances ou, à tout le moins, de la période estivale. C’est le moment ou jamais, de vivre cette expérience de la présence, au quotidien, de Dieu et de son amour dans notre vie : prendre enfin du temps avec Lui, dans une vie moins trépidante, plus équilibrée.

Notre revue s’inspire plus spécialement de saint Bonaventure pour ce mois. Je ne retiendrai que son nom : Bonne Aventure ! Et si nous faisions de notre vie vie une aventure spirituelle, toute tendue vers l’union mystique de paix et d’amour avec Dieu – cf. s. Bonaventure dans L’itinéraire de l’âme vers Dieu – ? Cherchons sans relâche notre Amour, ce Jésus qui se découvre dans l’humilité de chaque jour, comme l’a écrit Christian Bobin dans L’éloignement du monde, « cet art éblouissant qui est le plus grand art : jouir de l’éternel en prenant soin de l’éphémère« .

 

Parue dans Parole et Prière, juillet 2011

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Les saints anges

Faire aimer Dieu

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Comme il est curieux de noter combien , ces dernières années, le monde s’est préoccupé des anges, pendant que chez nombre de catholiques, la foi en leur existence allait s’affaiblissant. Et que dire de la prière d’intercession envers eux ! Pourtant, en professant le credo, nous proclamons bien un Dieu « Créateur du monde visible et invisible ». En lisant la Bible, nous rencontrons les anges sans cesse. La liturgie de l’Eglise leur fait référence en permanence et leur dédie une fête spéciale pour les Anges Gardiens, et une pour les trois Archanges, Michel, Gabriel et Raphaël.

Le catéchisme de l’Eglise catholique nous rappelle qu’il s’agit d’une vérité de foi. Dieu a voulu ces êtres, purs esprits, pour peupler le monde invisible, pour Lui rendre gloire, pour chanter ses louanges et se réjouir de sa grandeur ; pour servir de messagers et de serviteurs entre le monde invisible et notre monde visible, comme le montre si bien l’art de la Contre-Réforme – voyez ces anges de pierre qui montent et descendent dans la basilique Saint-Pierre de Rome. A l’existence des anges, vient se joindre une deuxième vérité, c’est la chute, attestée par la Parole de Dieu, d’un grand nombre d’entre eux à la suite du premier de tous, Lucifer, dans une révolte infernale contre le Créateur. Soyons donc bien prudents quant aux esprits qui s’agitent dans les sphères étroites qui partage le visible de l’invisible. Saint Ignace de Loyola a donné l’une des meilleures méthodes de discernement, pour savoir si les inspirations que nous ressentons viennent de bons ou mauvais esprits.

Dans le courant de ce mois d’octobre, pourquoi n’en profiterions-nous pas  pour raviver en nous notre reconnaissance pour cet Ange Gardien que le Seigneur a placé près de nous, afin de nous guider vers son Royaume ? Nous pourrions songer à le prier quotidiennement. Il est pour nous un intercesseur majeur entre Ciel et terre – le saint pape Jean XXIII et tant d’autres saints ont témoigné des grâces reçues par l’intermédiaire de leur ange gardien. Dans ces temps de combats spirituels, où le monde occidental en particulier, semble être sous de bien sombres influences, renouvelons notre confiance envers le Prince de la Milice céleste, comme l’avait demandé Jean-Paul II, lors d’un angélus dominical, en reprenant la prière dite de Léon XIII : « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat […] et précipitez en enfer Satan et les esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes.« 

Chronique parue dans Parole et Prière, octobre 2010

Alphonse de Liguori

Des talents pour Dieu

 

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Un jeune noble napolitain, doué, fortuné, et promis à un avenir mondain et brillant. Voilà la première image qui nous apparaît de saint Alphonse de Liguori. Une grande déception -le jeune avocat perd pour la première fois un procès, dans des conditions iniques- et voilà le moyen dont Dieu se sert pour amener Alphonse vers sa vraie vocation : la prêtrise. Non sans mal, puisque son père commencera par s’y opposer avec force. Oui, contrairement à une idée trop souvent développée, même chez les catholiques, on ne devient pas prêtre parce qu’on n’aurait pas été capable de faire autre chose, ou parce que l’on serait un médiocre autrement…

Dieu veut aussi les meilleurs à son service. Combien de vocations aujourd’hui contrariées, car des familles, même chrétiennes, estiment que cette « profession » n’est pas assez honorable – voire pire, rentable – ? Combien de parents ne formulent-ils pas, à l’image du père de notre saint, cette prière inavouée : que mon fils, qui réussit si bien ses études, ne devienne surtout pas prêtre ?

Il faudra à Alphonse de Liguori abandonner entre les mains de Dieu, les talents que le Créateur avait disposés en lui. Et quels talents !  Homme de littérature, de musique, d’art, moraliste, prédicateur, fondateur… Toute la palette du jeune napolitain se trouve ainsi au service de Dieu, de l’Eglise et des pauvres. Et parmi ces œuvres, notons en particulier dans une époque marquée par le jansénisme, son oeuvre morale, qui lui vaudra de devenir saint patron des confesseurs. Une pensée riche et profonde qui veut d’abord appliquer la miséricorde de Dieu aux âmes pécheresses, et sa bonté par un accompagnement plein de douceur et de charité.

Demandons par l’intercession de saint Alphonse des prêtres « brillants » et des confesseurs plein de zèle et de patience !

Chronique parue dans Parole et Prière, mars 2015

Benoît XVI

Pape, prophète et père

 

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Benoît XVI est un pape prophète, et comme tout prophète il a rencontré une hostilité dans son propre peuple. Dès son élection, une frange « progressiste » de l’Eglise a voulu voir en lui un « conservateur » obscurantiste. Et ne parlons pas du monde médiatique qui l’a aussitôt qualifié d’ancien « panzer cardinal » ou même, en dépit de la vérité historique, essayé de l’amalgamer au régime hitlérien ! Prophète il l’a été dans son fameux discours de Ratisbone, ayant eu le courage d’aborder la question de la violence dans l’islam, alors que la planète entière s’enflammait contre lui. Or c’est bien un sujet central aujourd’hui dans nos relations avec le monde musulman. Prophète encore dans les relations ad intra avec le monde « traditionaliste ». Là aussi, que de levées de boucliers ! Mais aujourd’hui, à part quelques extrémistes des deux bords, on constate un apaisement autour des questions liturgiques. Prophète quand, dans le motu proprio rétablissant la liberté d’usage de la forme extraordinaire du rit romain, il redonne au curé de paroisse sa vraie charge de pasteur, gouvernant la portion du peuple de Dieu qui lui est confiée.

Benoît XVI restera une des grandes intelligences européennes du XXe siècle, mais surtout un intellectuel d’un  rare courage. C’est aussi un père. La jeunesse qui l’a accompagné lors des JMJ ne s’y est pas trompée. Un père qui reconnaît qu’il a pu se tromper dans sa propre jeunesse. Un père qui sait aussi se faire discret pour que les fils puissent prendre leur essor, puissent exister. Sa manière d’incarner le personnage public du pape a frappé par sa volonté d’effacer, en quelques sortes, sa propre personnalité devant ce qu’il représentait. Enfin, un père, humble, travailleur dans les vignes du Seigneur, qui prend la décision de se retirer dans la prière et l’attente de la mort. Sachons rendre grâce à Dieu de nous envoyer de tels Serviteurs des serviteurs de Dieu.

 

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2015

Se réarmer moralement

Source : La Nef N°276 de décembre 2015
Afficher l'image d'origineLa Nef – Le Président a reconnu que nous étions en guerre : mais de quel type de guerre s’agit-il et comment gagne-t-on de telles guerres ?
Non sans peine, nos hommes politiques et nos médias acceptent enfin de dire la vérité au peuple français : nous sommes entrés dans un état de guerre… depuis dix ans ! Certes il ne s’agit pas d’une guerre classique, mais de ce que les spécialistes appellent une guerre asymétrique, une guerre terroriste. La France y a déjà été confrontée, notamment en Indochine et en Algérie. Des militaires – comme le célèbre colonel Trinquier – ont même créé un corpus de doctrine sur ce type de guerre, repris d’ailleurs par les Américains. Ce type de guerre se gagne sur le terrain militaire et, surtout, sur le terrain doctrinal. C’est sur ce deuxième point que nous sommes aujourd’hui les plus vulnérables.

Qui dit guerre dit ennemi : pourquoi avons-nous une telle peur de nommer l’ennemi ? Et qui est-il dans ce type de guerre ? Un chrétien peut-il d’ailleurs avoir des ennemis ?

La réponse est en partie dans votre question ! D’abord parce que reconnaître des « ennemis », c’était reconnaître de fait un état de guerre. Mais il y a une autre cause plus dangereuse. Notre ennemi est doctrinalement alimenté par l’islamisme, qui est une idéologie issue de l’islam. Notre société (et ses « élites » surtout) avait décrété la mort du religieux et l’avènement définitif de l’homme-moderne-athée-consommateur-festif ! Le retour effroyable du religieux par ces événements souligne la vacuité de l’idéologie consumériste athée. Quant à savoir si un chrétien peut avoir des ennemis, Jésus lui-même, dans une demande radicale, nous fournit la réponse : « mais moi je vous dis : aimez vos ennemis » (Mt 5, 44).

Les islamistes sont forts de leur « foi », sans états d’âme : qu’avons-nous à leur opposer, qu’avons-nous à défendre en termes de civilisation, nous qui baignons dans le relativisme, l’hédonisme, le matérialisme et ne cessons de nous culpabiliser et de faire repentance ?

Comme vous le dites il semble bien, à ce jour, que nous n’ayons guère de fondements idéologiques à leur opposer. Non seulement nous baignons dans cette atmosphère délétère, mais pire encore, celle-ci a été encouragée, depuis des décennies par les « élites » de notre pays. Politiques, médias, intellectuels, tous ou presque, ont chanté le multiculturalisme, la haine du catholicisme, le rejet des autorités traditionnelles, le refus de l’engagement militaire, la négation de l’honneur de servir le bien commun. À cet égard, les élites catholiques françaises portent aussi une lourde responsabilité : elles ont abandonné le combat intellectuel, dès les années 70-80, pour entrer dans la jouissance et le compromis.

Plus que de la haine de « l’Occident décadent », les islamistes n’ont-ils pas d’abord la haine du christianisme comme le laisse indiquer le communiqué de Daech après les attentats ?

Il me semble que pour la grande majorité des combattants de l’État islamique (EI), il y a une confusion complète entre Occident corrompu et christianisme. Cette confusion est entretenue volontairement par leurs dirigeants, plus cultivés et, il faut avoir le courage de le dire, par une partie des universités islamiques à travers le monde, qui ne s’intéressent que très peu, sur le plan universitaire, à connaître notre civilisation.

Dans ce contexte, comment analysez-vous la situation de l’islam, un tel drame peut-il aider les musulmans à faire évoluer leur religion par une interprétation renouvelée du Coran qui relativiserait les versets les plus violents sur lesquels s’appuient les islamistes ?

Je ne suis pas un spécialiste de l’islam. J’y compte des amis réels, y compris des imams parmi les aumôniers militaires musulmans. Je l’avais déjà écrit immédiatement après les attentats parisiens du 7 janvier : bien sûr, cette violence pose des questions fortes à nos compatriotes musulmans. L’idéologie du « padamalgame » ne saurait les y aider. Nous devons, avec charité et amitié, supplier nos concitoyens de culte musulman, de travailler à renouveler leur théologie sur les rapports islam/violence, islam/État, islam/société. Donc, si de tels drames les y poussent, tant mieux. C’est une question interne à l’islam en France (et dans le monde) qui avait été soulignée par le pape Benoît XVI, dans son fameux discours de Ratisbonne. On se souvient, avec tristesse, des réactions de l’intelligentsia occidentale et des populations musulmanes. Le champ de travail est plus que vaste !

Quelle doit être l’attitude des chrétiens face à une violence aussi barbare, quel rôle spécifique ont-ils à tenir ?

La première attitude est évidemment la prière. Prière pour les victimes, pour tous ceux qui, à tous les niveaux, œuvrent au service du bien commun et de la sécurité de notre pays. Cette prière doit se faire aussi insistante pour nous éviter d’entrer dans la spirale de la violence, et c’est pourquoi elle va jusqu’à l’exigeante demande évangélique de la prière pour les ennemis – pour leur conversion bien sûr. Cette prière n’est possible que si nous nous préservons des plages de silence. Le chrétien dans le monde ne peut se contenter de la prière – même si elle est le fondement de toute action. Il doit aussi agir. D’abord sur lui-même : à travers ces événements nous devons entendre un appel à notre propre conversion – dit autrement : avant de vouloir changer le monde, changeons-nous nous-mêmes ! Et puis, il y a le combat direct. Intellectuel d’abord : se réarmer moralement et doctrinalement exige un labeur quotidien. Enfin, chacun à sa place est invité à servir son pays et aider les forces de l’ordre.

Propos recueillis par Christophe Geffroy

Une belle recension

sur le blog « Milittéraire – une Plume pour l’Épée »

 

Source : « Un prêtre à la guerre », padre Christian Venard, aumônier, Ed. Taillandier