Une usine à fabriquer des saints !

 

Entretien sur le livre La sainteté de A à ZDopez votre spiritualité, avec Jean-Pierre Maugendre pour « TV-Libertés »

 

 

Liens :

https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/la-saintete-de-a-a-z-9791033607953

https://www.tvlibertes.com/

 

 

 

 

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L’Église dans la fosse à purin…

Tirer sur l’Église est un sport facile

 

Ma réaction au livre de Frédéric Martel, Sodoma

Propos recueillis par Jérôme Cordelier pour Le Point

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« Cette lecture m’a accablé. Je suis prêtre, j’ai donné ma vie au Christ et à l’Eglise, et voir cette Eglise déformée me rend profondément triste. Mais cet accablement est aussi celui de quelqu’un qui, depuis des années, sait qu’il existe une part de réalité dans ce que décrit Frédéric Martel. Qu’il y ait des clercs dont les mœurs sont dépravées n’est pas un phénomène nouveau : l’histoire de l’Eglise est émaillée de ce genre de scandales ; il suffit de se rappeler les horreurs de la cour des Borgias. Il y a trente ans déjà, quand j’étudiais à Rome, l’homosexualité de certains cérémoniaires au Vatican (chargés de la liturgie) était connue. On disait : « Attention à celui-là, il a la main baladeuse ». J’avais même évoqué le sujet dans mon livre,  Un prêtre à la guerre (Tallandier). Mais à cause de la crise pédophile, qui a commencé depuis vingt ans, on pouvait espérer que de l’ordre avait été mis dans l’institution. Las, ce livre montre qu’il n’en est rien.

Qu’un de mes confrères puissent avoir des tendances homophiles, en soi ne me dérange pas. Mais s’il passe à la pratique, alors sa conduite devient désordonnée par rapport à l’engagement du célibat consacré qu’il a pris et au message qu’il porte. L’auteur a raison de souligner les incohérences d’une institution qui lutte aujourd’hui, quasiment seule, pour tenir un discours moral ferme et à contre-courant et certains de ses cadres, jusqu’à haut niveau, qui ne s’appliquent pas ces préceptes à eux-mêmes.

Maintenant, je m’interroge sur l’opportunité de cet ouvrage. L’Eglise est prise dans une vaste tempête, et voilà encore un coup de massue qui s’abat sur nous ! On peut se demander si Frédéric Martel n’en fait pas trop : que le cardinal Burke se montre trop souvent dans des cérémonies liturgiques quasi felliniennes et entouré d’éphèbes n’est vraiment pas ma tasse de thé ; mais user d’un procédé narratif tendancieux pour le suspecter d’homosexualité me paraît exagéré. Tirer sur l’Église est devenu un sport relativement facile ! Cela dit, comme le clame Cyrano au comte de Guiche : « On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » !

De mon point de vue, il y a plus grave : je suis radicalement en désaccord avec l’auteur quand il assure que seuls quelques mystiques, à la marge, seraient en cohérence avec leur engagement de chasteté. C’est tout simplement faux. J’affirme que l’immense majorité des religieux, religieuses et prêtres vivent dans la fidélité à cet engagement. Cela, évidemment, ne se fait pas sans combats intérieurs. Le célibat volontaire au service de Dieu entraîne, bien entendu, au sens technique, une frustration. Selon Frédéric Martel, dont la pensée est moderne, une telle conduite est source de comportements déviants, en tout cas hypocrites. Pour moi, adepte d’une pensée classique, en référence aux travaux du célèbre père jésuite Albert Chapelle et en m’appuyant sur Freud et la psychanalyse, la frustration permet bien au contraire la construction de l’individu. On a trop vite oublié que quand Françoise Dolto disait « Il est interdit d’interdire », elle ajoutait aussitôt : « sans donner l’explication de l’interdit ». L’interdit sexuel pour un clerc n’a de sens que dans sa finalité : c’est parce qu’il a le désir de se donner totalement à Dieu qu’il accepte ce sacrifice, car c’est un sacrifice. Nous vivons dans un monde où la notion de sacrifice est largement déconsidéré, alors que pour l’Eglise elle reste une vertu majeure, positive, indispensable à la vie chrétienne.

Avec 20 siècles d’histoire, l’Eglise a toujours été un élément de contradiction dans le monde. Dans le miroir grossissant que nous tend Frédéric Martel, je lis, y compris de sa part, que l’on attend mieux de l’Eglise. Mais soyons juste : qui soigne le plus de malades du sida dans tant et tant de pays pauvres ? C’est l’Eglise catholique. Qui fait tenir debout un minimum de structures sociales et médicales dans un certain nombre de pays ? L’Eglise ! Le Christ est venu nous apporter un message d’amour et de vérité, mais aussi de libération par rapport à nos pulsions, ce déterminisme qui nous pousserait à assumer tous nos penchants, nos fantasmes. L’être humain n’est pas esclave de ses pulsions. Voilà ce que nous dit le Christ. Voilà ce dont essaie de témoigner l’immense majorité des religieuses, religieux et prêtres.

 

 

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Pauline Jaricot

Aimer et servir

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En 1800, Pie VII est élu Pape. Les relations de la France bonapartiste avec Rome sont tendues et les activités de Propaganda Fide (l’organisme chargé de l’œuvre d’évangélisation) sont bloquées. Avec la largeur d’esprit si caractéristique des « Lumières » (sic), il devient impossible d’aller vers les pays de mission. C’est alors qu’un laïcat catholique prend forme. Il affirme sa foi d’un côté, par le rejet du gallicanisme ; de l’autre, par des œuvres de charité, en particulier envers les nouveaux pauvres nés des ruines de l’Empire napoléonien, et enfin par un engagement missionnaire dynamique empreint d’une grande audace.

Dans ce contexte, au sein de cette église de Lyon si foisonnante,  émerge la figure d’une jeune fille, Pauline Jaricot, dont les pas vont ouvrir des perspectives missionnaires insoupçonnées pour l’Église universelle. Pauline, se dévouera toute sa vie pour les missions, et fera preuve d’une charité inventive et ingénieuse de tous les instants. Malgré tout, elle mourra déconsidérée, spoliée de son œuvre. Quel destin !

L’Église de France vit aujourd’hui l’épreuve du manque de vocations, de la désaffection d’une bonne partie de la jeunesse, d’une certaine fatigue de ses communautés chrétiennes, et d’une déconsidération au sein de la société civile. Pour autant, coopérer à la mission universelle de l’Église serait pour elle une source de renouveau et de dynamisme. Plus on se montre généreux, plus le Seigneur nous comble de grâces. L’avenir de l’Église en France passe certainement par une ouverture toujours plus grande et généreuse à la «coopération missionnaire», plutôt que par le « pillage » des vocations des pays africains ou sud-américains.

Paul Claudel met sur les lèvres de l’aveugle une question qui doit nous interpeller fortement : «Vous qui voyez, que faites-vous de votre lumière ?». Nous qui avons reçu gratuitement la lumière de la foi, que faisons-nous de cette foi? Comme saint Jean-Paul II s’était écrié : « France qu’as-tu fait de ton baptême », nous pouvons demander : « Église de France, qu’as-tu fait de ta mission? » La figure et l’œuvre de Pauline Marie Jaricot sont un modèle de réponse simple, décisive et actuelle.

Chronique parue dans Parole et Prière de décembre 2018

Jean-Emile Anizan

De la dure vie en Eglise…

Fondateur, à la fin de sa vie, des Fils de la Charité et des Auxiliatrices de la Charité, le père Anizan est une figure emblématique de ce catholicisme français de la fin du XIXe siècle et des débuts du XXe, issu de la terrible crise anti catholique révolutionnaire, tourmenté par la question sociale en externe et la crise moderniste en interne, confronté à la violence laïcarde de la IIIe République.

 

Très tôt, son désir, comme prêtre, de se mettre au service des plus pauvres devient prééminent. Il doit, avec patience, attendre l’autorisation de son évêque à Orléans, pour entrer chez les frères de Saint-Vincent-de-Paul. Il y fait si bien, se dévouant corps et âme aux œuvres, qu’en 1907 il en sera élu supérieur général. Tout semblait lui réussir, quand la crise moderniste vient frapper sa congrégation et, après une enquête romaine, il est destitué pour « modernisme ». Beaucoup de ses frères demanderont alors à être relever de leurs vœux et quittent la congrégation. Ce sont eux qui, quelques années après formeront la base lors de la création des Fils de la Charité, fondation soutenue par le même Saint-Siège (mais on avait changé de pape) qui avait destitué le père Anizan !

 

Cet épisode – qui révèle aussi la profonde spiritualité du père Anizan et son obéissance – nous invite à une saine vision de l’institution ecclésiale (ou du « système » clérical) dans l’Eglise. Même au plus haut niveau celle-ci n’est pas infaillible dans ses décisions disciplinaires. Nombre de saints ont été ainsi persécutés et condamnés dans un premier temps par des clercs en charge du pouvoir, avant d’être réhabilités par l’Eglise – de leur vivant ou non. Soyons donc des fils obéissants de l’Eglise – et cela passe par le respect en effet de sa hiérarchie – , mais non pas aveugles – par peur ou lâchetés – sur les déficiences, parfois énormes, qui entachent cette même hiérarchie.

 

Il y a là un difficile équilibre à trouver. Mais le Seigneur Jésus ne nous a jamais promis la facilité en ce monde !

L’Église a-t-elle encore le droit à la parole ?

 

En plein Synode sur les jeunes, au moment où le suicide de deux jeunes prêtres alimente la confusion, dans la tourmente suscité par les affaires de mœurs qui la touchent, l’Église peut-elle oser encore une parole et, tout particulièrement ceux qui en sont les responsables, les évêques ?

 

Résultat de recherche d'images pour "synode des jeunes 2018"Le constat semble navrant. Le synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, réuni à Rome à la demande du Pape François ne tiendra sans doute pas ses promesses. Mais quelles étaient-elles d’ailleurs ? Le correspondant de La Croix à Rome va même jusqu’à intituler un article : « le synode en manque d’idée ». C’est, en attendant le document final, l’impression qui en ressort, jour après jour, malgré, par exemple, les efforts louables de Mgr Emmanuel Gobilliard qui se prête au jeu de « tintin reporter » ; malgré quelques fortes paroles de Mgr David Macaire ; malgré le peu subtil habillage de « com » de Vatican News, avec les coulisses du Synode, formule éculée d’un journalisme sans ambition. Un de mes correspondants à Rome m’écrit : « Cette assemblée ronronne et est refermée sur elle-même! C’est incroyable de le vivre « de l’intérieur » et de voir les difficultés d’en parler « à l’extérieur ».  Nous somme pris dans une logique de « fuite en avant  » dans la communication. Tout est devenu « com », c’est effrayant. On nous bombardent de vidéos sur les « coulisses » du synode… c’est pathétique, il n’y a aucune réflexion sur le fond… »

D’aucun l’avait pourtant prédit avant même son ouverture. Était-il raisonnable en pleine crise pédophile de maintenir ce synode et de reporter à février une décisive réunion sur la question ? Les modes mêmes de désignation des participants (pères synodaux, jeunes, experts) ne sont-ils pas obsolètes et presque aussi opaques que les nominations épiscopales ? Certains critiquent : le choix des thèmes à aborder ne marquait-il pas, par avance, les conclusions auxquelles le Vatican voulait voir parvenir le synode ? Bref, il semble bien que d’aucuns ont conseillé de maintenir ce synode, comme une vaste opération de communication, pour tenter de faire oublier les très graves dysfonctionnements d’organisation dans de multiples domaines, ou d’estomper – au moins en interne – les effets dévastateurs de la crise. Tous les experts de communications de crise sont pourtant du même avis : dans la crise on parle de la crise ; les efforts pour détourner l’attention sur d’autres sujets seront toujours vains. Sauf dans les régimes dictatoriaux qui maîtrisent l’ensemble des médias ! Ce n’est pas le cas de l’Église. Heureusement. Dans le fond, cet échec annoncé révèle une crise encore plus profonde sans doute : celle de la parole de l’Église dans un monde moderne où l’argument d’autorité est devenu le plus faible, voire inaudible.

Cette parole en interne, ad intra, continue à être portée essentiellement par le collège apostolique (les évêques, successeurs des apôtres et à leur tête le pape, successeur de saint Pierre). Même si, ici ou là, certains catholiques aimeraient en diminuer la portée, une saine ecclésiologie reconnaît la place importante et spécifique de cette parole. Encore faut-il, là aussi, savoir raison garder. Quand l’évêque Cauchon condamnait Jeanne d’Arc au bûcher, on n’imagine guère que ce puisse être en engageant le collège apostolique ! Bien des textes, des décisions de nos évêques relèvent du « politique », de ce qui peut apparaître comme la nécessité pastorale du moment, et n’ont pas plus, ni moins, de poids en ce domaine que la décision d’un chef d’entreprise ou d’un chef militaire. Il semblerait opportun que les évêques eux-mêmes éclairent d’une réflexion à frais nouveau le statut de leur parole (individuelle ou collégiale), sur la place faite en interne à la  disputatio avec les prêtres et les fidèles qui ne partagent pas toujours leurs avis, dans les domaines qui ne relèvent pas directement du dépôt de la foi ou des définitions magistérielles solennelles. Ad intra, nul ne saurait contester la nécessité, la spécificité et la légitimité de la parole épiscopale, en tant que celle-ci s’exprime prioritairement sur les questions de foi, de mœurs, pour conforter le troupeau, laissant de côté les discours sociologiques ennuyeux, politiques consensuels, ou pire encore moraux culpabilisants. Laissant surtout une place pour tout ce qui ressort du « discutable », en évitant qu’eux-mêmes ou des courtisans (parfois membres éminents des curies épiscopales, laïcs ou clercs), ne prennent pour attaques personnelles, déviance théologique, manquement à la communion ecclésiale, toute opinion contraire ou juste différente.

Plus problématique encore est la parole de l’Église ad extra. Dirigée vers l’extérieur de l’Église (ces fameuses « périphéries », chères au pape François), cette parole est tributaire en grande part des médias de toute sorte. Rares sont ceux, en effets, qui ont le courage, ou la vertu, d’aller lire directement les « documents épiscopaux » ou l’Osservatore romano, ou les encycliques pontificales. Même chez les catholiques, nombreux sont ceux qui se contentent d’en lire quelques extraits, ou des relations, souvent orientées sur les réseaux sociaux, ou le peu qu’évoquent les grands médias. Or, en ce domaine, force est de constater qu’hélas la parole épiscopale est désormais inaudible et décrédibilisée. C’est ce que révèle tout particulièrement la crise pédophile. Comment les « chefs » d’une organisation qui auraient couvert de tels faits, qui ont mis tant de temps à se préoccuper des victimes, pourraient-ils conserver un droit légitime à la parole… et plus encore s’ils viennent parler de « morale » ! Voilà la réaction de la société civile. Aussitôt leur sont renvoyés en miroir l’incurie des décisions prises, les retards, la mauvaise volonté (réelle ou supposée) et, avouons-le, bien souvent une communication catastrophique. Le simple fait d’être évêque, ne fait pas d’un homme de Dieu un bon communicant, faut-il seulement le rappeler ? Beaucoup de fidèles et de prêtres souhaiteraient aujourd’hui, qu’après tant et tant d’années de discours perçus comme inodores et sans saveurs, au creux de la crise pédophile (qui n’est qu’un des aspect de la crise des mœurs relâchées d’une partie du clergé et souvent du laxisme des autorités religieuses en ce domaine), les évêques sachent ne pas intervenir systématiquement dans les médias, qu’ils parlent moins et agissent plus.

Mais alors qui, pour porter ad extra la parole de l’Église ? Peut-être reste-t-il quelques prêtres ou religieux, dont les parcours de vie apportent une crédibilité à leur parole. On peut penser ici aux exemples passés, donnés par  un abbé Pierre, une sœur Emmanuel, une mère Térésa. Selon l’adage : « dis-moi d’où tu parles », notre société n’est prête, bien souvent, à accepter le discours ecclésial que s’il vient d’un homme ou d’une femme ayant donné des preuves, reconnues ailleurs, de leur engagement. Mais il est temps aussi de mettre davantage en œuvre une des intuitions fondamentales du Concile Vatican II, sur la place des laïcs dans l’Église pour l’évangélisation d’un monde sécularisé (Gaudium et spes n°43). La place des laïcs pour porter la parole de l’Église dans le monde devrait sans doute devenir première, comme formulation aussi de leur participation active, pleine et entière à l’évangélisation. D’une manière toute spéciale, il revient en premier lieu aux journalistes catholiques, qu’ils travaillent ou non dans des médias chrétiens, de porter médiatiquement cette parole. Ils seront, et pour cause, plus professionnels, et bien souvent, sur des sujets aussi délicats que la pédophilie, plus crédibles pour un large public. Tout catholique devrait aussi, s’éloignant du respect humain, devenir un porte-parole de son Église, pas seulement dans un confortable entre-soi bourgeois, mais sur les lieux de travail et de sociabilité.

Bien entendu, il ne s’agit pas d’interdire de parole la hiérarchie ecclésiastique au profit seulement des laïcs. L’une et l’autre de ces paroles doivent se conforter. Il s’agit donc plutôt d’un changement de perspective, où les laïcs seraient en première ligne, dotés d’une vraie liberté de parole. A eux aussi de se former, de s’informer, de travailler tous ces sujets. Il paraît évident que la parole d’une femme catholique pour parler de l’avortement a plus de poids et de crédibilité que celle d’un clerc. Il semble tout aussi clair que, sans l’aide intellectuelle et spirituelle des clercs, cette parole aura du mal à surgir. Il s’agirait là d’une profonde et radicale réforme des structures institutionnelles ecclésiales. Un antidote au centralisme romain et épiscopal. Aurons-nous le courage de cette réflexion et de sa mise en œuvre ? C’est un des enjeux qui aurait pu être porté par ce synode.

Jacques Loew o.p.

L’obéissance au cœur de la sainteté

 

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La vie du père Jacques Loew est comme un condensé d’un parcours spirituel au XXe siècle. Jeune homme, il fait profession d’incroyance, comme tant de ses contemporains. La découverte du Christ, avec la lecture des Évangiles, l’entraîne jusqu’à la vocation. Au sein de l’ordre des frères prêcheurs, il sera dominicain. Une très solide formation intellectuelle, théologique et spirituelle, dont il rendra grâce toute sa vie, lui sera dispensée par ses maîtres à Saint-Maximin.

Ce qui le fera le plus connaître sera son engagement au sein du milieu ouvrier (en particulier avec les dockers) dans l’esprit de ce fameux appel du cardinal Suhard – alors archevêque de Paris – : « Un mur sépare l’Église du monde. Ce mur, il faut l’abattre à tout prix. » Un engagement généreux et dangereux dans cette expérience dite des « prêtres ouvriers ». Généreux, car mû par la volonté énergique de rejoindre les hommes sur leur lieu de travail pour leur annoncer Jésus-Christ, dans la crédibilité d’un travail rude partagé. Dangereux, car incompris en partie par les autorités ecclésiales et, par ailleurs, non sans ambiguïtés qui poussèrent nombre de ces nouveaux missionnaires à quitter le sacerdoce ou abandonner la foi, au profit du marxisme triomphant de ces années-là.

Quand les sanctions romaines tomberont sur ce mouvement, Jacques Loew fera montre de la plus belle obéissance qui soit. Il écrit, dès 1955, à l’un de ses frères dominicains : « A Rome, j’ai mieux senti cette nécessité de l’union absolue, de l’obéissance fidèle à l’Église, et comment Jésus continue à nous dire: « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Mais le moi actuel de Jésus, c’est l’Église, et dans l’Église, c’est la hiérarchie. Il faut donc essayer de vivre de plus en plus dans la logique de notre croyance en une Église surnaturelle, de qui nous tenons notre être de prêtres et de missionnaires. »

Seul un prêtre profondément ancré dans la prière et la foi pouvait réagir ainsi. Cherchons, nous-aussi, cette rude et exigeante fidélité au Christ en son Eglise. « La sainteté chrétienne, écrit toujours Jacques Loew, ne réside pas d’abord dans l’accumulation des œuvres, mais dans la disposition secrète, connu de Dieu seul, du cœur ».

 

Chronique parue dans Parole et Prière, octobre 2017