Pédophilie, gestion de crise et hiérarchie catholique

Précisions importantes : 1. – cet article n’entend en rien relativiser l’extrême gravité de la pédophilie, crime abominable que le pape François a même comparé à un culte rendu à Satan. Il s’agit de chercher à comprendre quels sont, au-delà des responsabilités personnelles des individus coupables de ces agissements,  les fondements institutionnels de cette grave crise qui secoue l’Eglise catholique.  2. – Il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont l’Eglise catholique « pratique » les médias (non sans difficultés comme toutes les grandes institutions) ; j’ai volontairement mis de côté cet aspect du problème afin de ne pas allonger cet article et user la patience de mes lecteurs !

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L’émission Cash investigation relance le débat autours de la pédophilie dans l’Eglise – à charge si j’ai bien compris, ne l’ayant pas encore vue à l’heure où j’écris ; mais ayant lu avec attention les documents diffusés par les auteurs et les critiques déjà formulées par les autorités ecclésiales -. L’Eglise catholique en France a pris en compte cette terrible et difficile question, depuis les années 2000 et, en particulier en 2010, à la suite des demandes du pape Benoît XVI. Essentiellement sur un plan technique : dénonciation des prêtres ou des laïcs  – des écoles catholiques ou des mouvement de jeunesse – commettant ce genre de crimes, mise en place d’une cellule de veille, accueil des victimes, meilleur discernement pour les candidats au sacerdoce… Je ne veux pas entrer ici dans le débat des méthodes journalistiques utilisées – on en connaît le genre littéraire – mais je voudrais essayer de comprendre les fondements de cette crise que traverse l’Eglise.

La décadence générale des mœurs ne saurait justifier les carences du gouvernement ecclésial

Bien souvent, ce sont souvent d’anciennes affaires qui remontent à  la surface, parfois de plus récentes. Mais comment expliquer que ces personnes exercent toujours des responsabilités, soient encore en charge de paroisse, et même tout simplement prêtres ? Sans doute à cause d’une forme d’incurie de la part de certains évêques et de leurs conseils. Ne sous-estimons pas, cependant, les dégâts que le relativisme moral des années 1970 a provoqué, même au sein de l’Eglise. Faut-il rappeler que certains people, encore très en vue aujourd’hui, et jamais mis en cause dans les grands médias, ont soutenu ouvertement la pédophilie dans ces années-là ? Ce contexte ne justifie pas, bien sûr, le maintient de prêtres « non sûrs » dans des fonctions paroissiales. S’il l’explique en partie, il ne l’excuse pas. Par ailleurs, la longévité des « carrières » ecclésiales est à prendre en compte. Ainsi certains ont pu commettre des actes répréhensibles vers la trentaine et être toujours en possibilité de travailler au sein de l’Eglise plus de quarante ans après ! Les décisions prises sous Jean-Paul II par le cardinal Ratzinger – futur Benoît XVI – devraient interdire désormais l’accès au sacerdoce à des candidats ne présentant pas une affectivité et une sexualité matures. Quant aux cas déjà présents, ce qui est incompréhensible c’est que l’on ait laissé ces prêtres en position de commettre de nouveaux dégâts, pire, on les a parfois promus. C’est incompréhensible et il est normal qu’on nous en fasse le reproche. Le Vatican a mis en place, sous Benoît XVI, des procédures de réduction à l’état laïc pour les prêtres qui deviennent, par la gravité de leur inconduite, incapables de mener une vie sacerdotale. Il ne s’agit pas, comme je l’ai lu ici ou là, de les jeter tels des malpropres, mais dans un accompagnement, judiciaire et s’il y a lieu, médical et humain, de les décharger du sacerdoce qu’ils ne peuvent objectivement plus réaliser, et de les mener vers une nouvelle vie laïque.

La faillite des « ressources humaines » dans l’Eglise de France à la base des difficultés de gestion de crise

Il existe aussi, sans doute depuis fort longtemps, dans l’épiscopat français un amateurisme quasi criminel en matière de gestion des ressources humaines. Ce qui est intéressant est de chercher à comprendre le pourquoi, alors que la plupart des personnes en charge sont plutôt intelligentes et compétentes par ailleurs. Nous héritons, des années 60-70, d’un système d’organisation ecclésiale en France d’ordre « marxiste » ! Avec une « langue de buis » effroyable, incompréhensible d’ailleurs d’une large partie de la population. Les prêtres et les évêques en responsabilité ont été formés – déformés trop souvent !- dans un cadre de pensée hégélien ou kantien, dans le diktat de la lutte des classes, souvent incompatible avec les réalités de la Foi et la recherche du réel. Ce n’est pas pour rien si, avec justesse et a contrario, l’Eglise continue de promouvoir la philosophie aristotélicienne et le thomisme, comme base de sa réflexion. Plus lointainement, l’histoire particulière de l’Eglise de France depuis le Concordat avec Bonaparte, l’adossement à la mentalité bourgeoise du XIXe siècle, la crise du ralliement à la République, a poussé l’Eglise dans des positions ultra « légitimistes ». Elle souffre d’une gestion de ses cadres où, bien souvent, seuls les gens sans odeur, sans couleur ni saveur peuvent parvenir au sommet, tant les autres font peur ! Bien sûr, je caricature en quelques lignes des éléments qui nécessiteraient bien des nuances ; mais au fond, il y a là une base qui explique humainement bien des dérives, bien des incapacités à réagir sainement face aux crises.

Au-delà de la pédophilie, c’est la crédibilité du discours moral de l’Eglise qui est en jeu

Au-delà de la question pédophile, la question qui se pose à l’Eglise catholique en France, c’est celle, plus générale, des prêtres ou des religieux dont le mode de vie n’est pas conforme aux exigences de leur état – prêtres concubinaires ou pratiquant une sexualité active hétéro ou homosexuelle. Or, sur ce point, dans de nombreux diocèses, fidèles et prêtres, constatent trop souvent, de véritables carences de gouvernement au sein de l’Eglise en France. On a l’impression dérangeante que l’autorité épiscopale ne veut pas, ne peut pas, s’exercer contre ces prêtres immoraux. Du coup, les prêtres pédophiles ont pu avoir le sentiment, en se mêlant aux autres cas, de pouvoir bénéficier de cette « largeur de vue » (sic). C’est destructeur à plus d’un titre. D’abord en externe, parce que l’Eglise est, dans une époque vouée au relativisme moral, l’une des dernières institutions à oser prêcher une « morale », des normes affectives et sexuelles. Or si l’on découvre qu’en son sein évoluent des prêtres, des religieux, des responsables laïcs qui ne respectent pas, de manière grave, ces fondements moraux et qu’ils semblent avoir bénéficier d’une connivence – au moins passive -, c’est une très grave crise de crédibilité de la parole de l’Eglise qui s’ouvre. Pour être très direct, on ne peut pas prendre de manière médiatique les positions que nous avons tenues sur le « mariage pour tous » et se montrer incapable de balayer devant notre porte ! Ensuite, en interne, c’est une injustice grave qui est faite à tous les prêtres – l’immense, l’écrasante majorité – qui se donnent à fond et avec sérieux dans la mission d’évangélisation. C’est ce qu’a d’ailleurs développé Mgr Centène, évêque de Vannes, dans un éditorial de sa revue diocésaine. (http://www.vannes.catholique.fr/9329-2/)

Une voie de sortie : le courage

 Comment pourrions-nous sortir de cette terrible crise de confiance ? Il ne faut pas avoir peur et prendre nos responsabilités. De toute évidence, il y a eu, il y a encore, des carences dans la gestion d’un nombre non négligeable de dossiers de prêtres pédophiles et/ou menant des vies non conformes à l’enseignement de l’Eglise. Osons le dire et surtout agissons, pour ne pas donner l’impression qu’au-delà des paroles, l’omerta se poursuit. Bien sûr, il ne s’agit pas de lancer des chasses aux sorcières dans tous les diocèses. Mais ici ou là, de vrais scandales durent parfois depuis de nombreuses années, plus ou moins camouflés : il est temps encore d’y mettre de l’ordre. Dire cela ce n’est pas s’attaquer à l’Eglise. Benoît XVI lui même a écrit : « Nous devons accueillir cette humiliation comme une exhortation à la vérité et un appel au renouvellement. Seule la vérité sauve. Nous devons nous interroger sur ce que nous pouvons faire pour réparer le plus possible l’injustice qui a eu lieu. Nous devons nous demander ce qui était erroné dans notre annonce, dans notre façon tout entière de configurer l’être chrétien, pour qu’une telle chose ait pu arriver. » Trop de catholiques, et ne parlons pas des autres, confondent encore la « structure » humaine et faillible de l’institution ecclésiale avec l’Eglise elle-même, une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Seule une véritable opération « mani pulite » serait à même de restaurer la confiance des chrétiens envers leur hiérarchie et au-delà, de la population française avec l’Eglise catholique. Oui avoir le courage, avec la mise en place par exemple d’une commission indépendante, d’une enquête approfondie sur tous les diocèses de France et dont les résultats, tous les résultats, seraient rendus publiques.

Chrétiens : la voie étroite face aux réfugiés

Le chrétien d’Occident n’a pas le choix : il doit prendre sa part au nécessaire accueil des réfugiés en Europe, jugent un aumônier militaire et un théologien.

Publié le 18/09/2015 à 06:09 | Le Point.fr

Accueillir les réfugiés n'empêche pas de demander des comptes au personnel politique actuel quant à son incurie face à ces crises, estiment l'abbé Venard et le frère Venard. 
Accueillir les réfugiés n’empêche pas de demander des comptes au personnel politique actuel quant à son incurie face à ces crises, estiment l’abbé Venard et le frère Venard.  © ROBERT ATANASOVSKI
 

Il est bien difficile de répondre, comme chrétien, aux multiples questions que pose la crise actuelle autour de l’afflux massif de « réfugiés », « clandestins », « migrants », venus du Moyen-Orient vers l’Europe. Certains prônent une mâle fermeté pour les rejeter au nom d’une éventuelle islamisation de l’Europe et de la défense de nos valeurs chrétiennes. D’autres revendiquent une charité sans borne au nom même du Christ pour une ouverture sans limites de nos paroisses et de nos foyers. Comme souvent en foi chrétienne, une juste réponse ne serait-elle pas dans un équilibre exigeant ?

L’urgence du partage des richesses

Dieu a confié sa création à l’être humain. L’Église est très claire : toute la richesse de la création est faite pour toutes les créatures. Il est donc scandaleux aujourd’hui que moins de 10 % de l’humanité consomment 90 % de la richesse commune ! Derrière le pape François, mais avant lui Benoît XVI ou Jean-Paul II, et depuis des décennies, les catholiques appellent donc, en urgence, au partage des richesses, en particulier entre le Nord et le Sud. Si les puissants de ce monde ne s’organisent pas pour promouvoir ce partage sur toute la planète, en établissant des conditions de prospérité minimale, de sécurité, de paix, il est normal que les petits se déplacent et s’efforcent de trouver subsistance, là où il y en a.

Vers un « mieux vivre »

Or, de toute évidence les pays « modernes » – développés – continuent le pillage systématique des richesses des pays en voie de développement – aux économies émergentes comme l’on dit pudiquement – au lieu d’organiser la coopération. Pire encore, ils les pillent en se cachant derrière le noble idéal de la démocratie – destruction de l’Irak, de la Libye, déstabilisation de la Syrie, ne parlons pas de certains conflits africains, etc. – le plus souvent pour de sordides intérêts financiers, énergétiques ou politiques. Dans cette injuste conjoncture, les « petits », les « faibles » émigrent en masse pour trouver refuge et conditions de vie décente. C’est logique, compréhensible et tout simplement normal. La mondialisation qui aurait dû leur apporter un « mieux vivre », leur permet au moins une plus grande facilité de déplacement – c’est un minimum paradoxal !

Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on puisse accueillir tout le monde, n’importe où et surtout n’importe comment. La politique est l’art du « possible ». Les principes chrétiens – humanistes ? – précédents étant un repère ferme, il lui faudrait étudier comment faire au mieux pour :

– rétablir paix et prospérité là où c’est nécessaire (et surtout pas en cherchant à exporter, à coup de bombes, des grands principes moralisateurs démocratiques occidentaux, mais en visant au moindre mal : un dictateur « laïque » vaut sans doute un peu mieux qu’une anarchie ou une tyrannie islamiste) ;

– dans l’urgence, voir comment assister les réfugiés dans leur migration actuelle, avec comme objectif de leur permettre un retour décent sur la terre de leurs aïeux, dans ces pays qui leur appartiennent et qui ont été forgés par leurs ancêtres ;

– aider enfin ces réfugiés à rentrer chez eux dans des conditions permettant, à terme, leur réinstallation et une équitable collaboration « Nord-Sud ».

L’accueil, une nécessité morale

Oui, l’accueil est une nécessité morale : le Christ est dans les pauvres. Le chrétien n’a pas le droit de ne pas y participer, dans la mesure de ses moyens et autant que possible. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait », dit Jésus. Nonobstant, il n’est pas interdit, même aux catholiques, d’être intelligent. Nos gouvernants occidentaux, dans leur immense majorité, sont composés d’hommes politiques irresponsables et inconséquents. Ils prônent l’accueil irréfléchi de la masse des réfugiés, sans prendre les moyens d’aider leurs pays d’origine. La France est à cet égard un véritable pompier-pyromane, en aidant des islamistes dits « modérés » sous prétexte de répandre la démocratie.

Accueillir, mais changer de politique étrangère

Le chrétien occidental n’a pas le choix. Il doit prendre sa part pour le nécessaire accueil des réfugiés en Europe. Mais il doit exiger politiquement que cet accueil s’accompagne d’une réforme complète de la politique étrangère européenne, plus réaliste et visant le bien concret des peuples et non l’expansion de nos idéologies républicaines inadaptées à ces pays – si tant est qu’elles le soient même chez nous ! Il lui reviendra aussi de demander des comptes au personnel politique actuel et à son incurie face à ces crises. Enfin, arme ultime dans toute démocratie qui se respecte, il se fera entendre par la voix des urnes. Et sa voix aura d’autant plus de poids qu’il aura su se faire « bon samaritain » pour ses frères les plus démunis et en déshérence.

Père Christian Venard, aumônier militaire, auteur de Un prêtre à la guerre, Tallandier, 2012

Frère Olivier-Thomas Venard, dominicain et théologien à Jérusalem, auteur de Terre de Dieu, terre des hommes, Artège, 2012

Pie XII

Le réformateur

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Pie XII… Trop souvent en France, le nom de ce grand pape semble associer à une prétendue collaboration avec le régime nazi en Allemagne, et, à tout le moins, suscite polémiques et disputes, même chez les catholiques, dont bon nombre pensent qu’il fut un pape rétrograde. Et pourtant ! Sait-on, par exemple, qu’après la Sainte Ecriture, ce sont les écrits du pape Pie XII qui sont le plus cités dans le concile Vatican II ? La pensée de Pie XII se révèle novatrice et prophétique dans au moins trois domaines essentiels de la foi catholique.

Il a été un pape réformateur de la liturgie avec l’encyclique Mediator Dei. Comme il le rappelle, « ceux qui entendent par liturgie uniquement la partie extérieure et visible du culte, ou un digne cérémonial, ignorent la vraie définition et le vrai sens de la sainte Liturgie « . Dans la continuité du mouvement liturgique de la fin du XIXe siècle, le pape s’attache à redonner à la liturgie sa dimension la plus profonde : don de Dieu et participation à l’éternelle liturgie de gloire qui s’offre à Dieu le Père, par le Fils et sous l’action de l’Esprit Saint. Pie XII réformera ainsi toute la semaine sainte.

Pie XII a aussi voulu faire évoluer en profondeur les études bibliques, avec l’encyclique Divino afflante Spiritu.  Il cherche à équilibrer le débat entre les tenants de l’historico-critique pure et dure et ceux des fermes condamnations de l’exégèse moderne. Il propose une vision renouvelée des études bibliques sur la base des « quatre sens » possibles et concomitants de la Bible pour une lecture spirituelle et littérale.

Enfin Pie XII est le pape du renouveau de l’ecclésiologie avec l’encyclique Divini mystici corporis. Avec cette encyclique, le pape insiste sur l’Eglise comme « Corps mystique du Christ ». Il cherche à lutter contre une vision purement juridique et hiérarchique de l’Eglise. Le pape tente un difficile équilibre entre la vision christocentrique et spirituelle de l’Eglise et sa nécessaire visibilité, d’origine divine car instituée par le Christ, de sa hiérarchie.

Certes il reviendra au saint pape Jean XXIII d’ouvrir le Concile Vatican II, mais l’on peut dire sans se tromper, que son véritable initiateur et inspirateur fut le pape Pie XII. Sachons lui en être reconnaissants.

Chronique parue dans Parole et prière mars 2017

Bx Alvaro del Portillo (1904+1994)

La sainteté dans l’ordinaire

 

 

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La vie de Mgr Alvaro del Portillo est tout entière dédiée au service de la sainte Eglise. Né dans une famille profondément catholique, après de solides études profanes, il se rapproche du fondateur de l’Opus Dei, saint Josemaria Escriva de Balaguer, dont il suit les enseignements. Devenu prêtre en 1944, il emménage en 1946 avec le fondateur à Rome. Là, il sera le plus proche collaborateur d’Escriva de Balaguer et deviendra en même temps consulteurs dans de nombreuses congrégations romaines à la demande des Papes. Voilà deux traits de sa vie que nous pourrions méditer pour notre édification. D’abord ce  choix d’un homme libre, de se mettre au service et à l’écoute d’un autre homme, pour le service de Dieu. Illustration parfaite d’un  titre d’un célèbre livre du Père Jérôme de Sept-Fons : L’art d’être disciple. Un prêtre irlandais dira de lui : « En percevant sa présence aimable et discrète aux côtés de la dynamique figure de Mgr Escriva, je pensais à la modestie de saint Joseph« . Il y a là, sans doute, une leçon pour nous tous : savoir trouver de bons maîtres pour nos vies chrétiennes et surtout avoir le courage de les suivre avec l’humilité du disciple.

C’est tout naturellement qu’à la mort du fondateur de l’Opus Dei, Alvaro del Portillo est élu à la tête de l’Œuvre, et il y restera jusqu’à sa mort. Il chercha toujours à travers une prédication active sur tous les continents à reprendre le thème essentiel du fondateur : inscrire pour chaque baptisé la sainteté dans l’ordinaire de sa vie quotidienne. Il y ajouta un profond amour du sacerdoce et de la formation sacerdotale. Il écrivait à égard ce rappel: « le sacerdoce n’est pas une carrière, mais un don généreux, total, sans calculs ni limites, pour être semeurs de paix et de joie dans le monde et pour ouvrir les portes du Ciel à ceux qui profitent de ce service et de ce ministère« . Comme lui, ayons le soucis du sacerdoce catholique, et prions pour que les prêtres restent bien fidèles à cette sublime vocation.

Chronique parue dans Parole et Prière, novembre 2016

Benoît XVI

Pape, prophète et père

 

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Benoît XVI est un pape prophète, et comme tout prophète il a rencontré une hostilité dans son propre peuple. Dès son élection, une frange « progressiste » de l’Eglise a voulu voir en lui un « conservateur » obscurantiste. Et ne parlons pas du monde médiatique qui l’a aussitôt qualifié d’ancien « panzer cardinal » ou même, en dépit de la vérité historique, essayé de l’amalgamer au régime hitlérien ! Prophète il l’a été dans son fameux discours de Ratisbone, ayant eu le courage d’aborder la question de la violence dans l’islam, alors que la planète entière s’enflammait contre lui. Or c’est bien un sujet central aujourd’hui dans nos relations avec le monde musulman. Prophète encore dans les relations ad intra avec le monde « traditionaliste ». Là aussi, que de levées de boucliers ! Mais aujourd’hui, à part quelques extrémistes des deux bords, on constate un apaisement autour des questions liturgiques. Prophète quand, dans le motu proprio rétablissant la liberté d’usage de la forme extraordinaire du rit romain, il redonne au curé de paroisse sa vraie charge de pasteur, gouvernant la portion du peuple de Dieu qui lui est confiée.

Benoît XVI restera une des grandes intelligences européennes du XXe siècle, mais surtout un intellectuel d’un  rare courage. C’est aussi un père. La jeunesse qui l’a accompagné lors des JMJ ne s’y est pas trompée. Un père qui reconnaît qu’il a pu se tromper dans sa propre jeunesse. Un père qui sait aussi se faire discret pour que les fils puissent prendre leur essor, puissent exister. Sa manière d’incarner le personnage public du pape a frappé par sa volonté d’effacer, en quelques sortes, sa propre personnalité devant ce qu’il représentait. Enfin, un père, humble, travailleur dans les vignes du Seigneur, qui prend la décision de se retirer dans la prière et l’attente de la mort. Sachons rendre grâce à Dieu de nous envoyer de tes Serviteurs des serviteurs de Dieu.

 

 

Chronique parue dans Parole et Prière, juillet 2015

Le monde est stone

 Les quelques lignes (http://fr.aleteia.org/2016/08/02/le-pape-francois-et-la-violence-catholique-stupefaction-reflexion-et-reverence/) que j’ai écrites pour donner à la fois mon sentiment et tenter de comprendre les paroles du Saint-Père, au sujet de la violence, de l’islam et du catholicisme, dans l’avion qui le ramenait de Cracovie vers Rome, m’ont valu d’abondants échanges. J’ai été frappé de la violence de certains, même si, acteur régulier des réseaux sociaux, je n’ignore pas combien d’internautes profitent du relatif anonymat que leur procure ce moyen de communication, pour déverser leur haine, leur colère ou leur souffrance parfois.
A ceux d’entre eux qui ne sont pas catholiques, je répondrai ceci. Vous avez un droit absolu de critiquer les positions du Pape François, voire même de les combattre ; nonobstant, me semble-t-il, la politesse et la déférence dues à un chef d’Etat (fût-il l’un des plus petits du monde) et au chef de plus d’un milliard et demi de croyants à travers la planète. Non seulement vous avez ce droit, mais, votre critique peut s’avérer constructive. J’ai noté, ici ou là, des réflexions intéressantes, de la part de personnes ayant une bonne connaissance du monde de l’islam, ou de la géopolitique.
A ceux qui sont catholiques, je veux dire, ma stupéfaction devant la brutalité et l’indigence de certains propos. Du #pasmonpape – absurde si l’on se dit catholique, ou bien changez de religion et il est alors inutile de le préciser ! – aux subtilités byzantines sur la portée ou non des paroles pontificales en dehors du magistère solennel –ex cathedra -, il y a là pour le moins un refus de l’autorité suprême du Souverain Pontife et de l’adhésion que nous lui devons, du fait même de l’immédiateté universelle de son pouvoir sur chaque fidèle baptisé. Certes, les propos « politiques » du Pape ne nous engagent pas de fide – et heureusement -, mais la manière dont nous les abordons, comme catholiques, ne peut se faire comme si nous discutions les thèses de tel ou tel politique français. L’amour et la révérence que nous devons porter au Saint-Père nous obligent à une lecture la plus positive possible – pia interpretatio – de l’ensemble de ses interventions. Si nous n’y parvenons pas, alors il nous est nécessaire de pratiquer avec humilité un acte de foi. Non pas forcément de foi quant au contenu même des propos – s’il ne s’agit pas d’un enseignement ex cathedra – mais un acte de foi en la personne du successeur de Pierre. Pour être provocant : je préfère me tromper en suivant le Pape – sauf si ma conscience me l’interdit… je renvoie là à saint Thomas d’Aquin – que d’avoir raison contre lui ! Ubi Petrus, ibi Ecclesia. Là où est Pierre, là est l’Eglise. Cette règle ne souffre pas d’arguties. Si ma petite intelligence me rend impossible une adhésion formelle et publique, alors il vaut mieux entrer dans le silence et la prière que donner le spectacle scandaleux de fils dénaturés critiquant publiquement leur père…
Enfin, un autre élément m’a frappé – ou plus exactement me frappe – dans nombre de controverses entre catholiques. L’art de la disputatio est un art éminemment catholique. Il n’est que d’observer la méthode d’un Thomas d’Aquin pour s’en convaincre ! Mais précisément, le même Thomas, après avoir montré la pluralité des opinions sur tel ou tel sujet, après avoir donné sa propre solution, cherche toujours à exposer comment les uns et les autres avaient perçu tel ou tel aspect de la vérité recherchée. C’est que la pensée catholique ne peut jamais se satisfaire de l’univocité ; car cette vérité qu’elle recherche est in fine une personne, et quelle personne ! Dieu lui-même fait homme en Jésus-Christ. Bien malin celui qui prétendrait, sur cette basse terre, en avoir fait le tour et la posséder tout entière ! Ainsi, en comparant le Pape François à Pie XII, je ne crois pas avoir dit que le Pape François était Pie XII. Et si je veux bien admettre que comparaison n’est pas raison, certains de mes contradicteurs, veulent-ils bien réaliser que le contexte géopolitique actuel est aussi radicalement différent de celui des années 1939-1945 ? La parole publique des Pontifes ne peut être exactement la même ! C’est aussi simple à comprendre que le changement de ton du Magistère romain au sujet des « droits de l’homme » entre la fin du XVIIIe siècle et la moitié du XXe siècle !
Aussi, pour m’appliquer ce principe, je reprends volontiers à mon compte, une autre hypothèse, suggérée par l’un de mes correspondants, pour essayer de saisir la portée des fameux propos du Pape François. Je suis, en fait, autant gêné que beaucoup, par ces propos ; surtout le déni des dangers de l’Islam. Mais c’est que le Pape a un point de vue radicalement différent du nôtre. Il vient d’Amérique du Sud. Je ne crois pas, comme certains, qu’il ignore les difficultés concrètes à cohabiter avec les musulmans dans les cités de nos villes ou au Moyen-Orient, mais son analyse géopolitique n’a pas les mêmes références que la nôtre. Ce qu’il veut, c’est nous inciter à nous placer, comme lui, du côté des pays pauvres de la planète, de ceux qui n’ont pas le pouvoir macro-économique ni militaire. Ce faisant, il se place aussi du côté des pays musulmans qui, excepté quelques puissances pétrolières – en réalité très tributaires aussi de nos économies occidentales -, sont les jouet des puissants. L’Amérique du sud ayant vécu cela, de révolutions en révolutions, d’attentats en attentats pour finalement faire toujours le jeu des marchés financiers, il lui est arrivé de dire que l’on devient terroriste surtout quand on pense n’avoir pas d’autre choix pour améliorer son sort. C’est peut-être une analyse simpliste, mais c’est la ligne habituelle du Saint-Père : nous inciter à entrer dans le point de vue des plus pauvres. La question qui suit immédiatement dans l’interview et la réponse viendraient appuyer cette analyse. Et si cette analyse me permet de rester proche du Pape et de sa pensée, je veux bien la faire mienne aussi !