L’Église a-t-elle encore le droit à la parole ?

 

En plein Synode sur les jeunes, au moment où le suicide de deux jeunes prêtres alimente la confusion, dans la tourmente suscité par les affaires de mœurs qui la touchent, l’Église peut-elle oser encore une parole et, tout particulièrement ceux qui en sont les responsables, les évêques ?

 

Résultat de recherche d'images pour "synode des jeunes 2018"Le constat semble navrant. Le synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, réuni à Rome à la demande du Pape François ne tiendra sans doute pas ses promesses. Mais quelles étaient-elles d’ailleurs ? Le correspondant de La Croix à Rome va même jusqu’à intituler un article : « le synode en manque d’idée ». C’est, en attendant le document final, l’impression qui en ressort, jour après jour, malgré, par exemple, les efforts louables de Mgr Emmanuel Gobilliard qui se prête au jeu de « tintin reporter » ; malgré quelques fortes paroles de Mgr David Macaire ; malgré le peu subtil habillage de « com » de Vatican News, avec les coulisses du Synode, formule éculée d’un journalisme sans ambition. Un de mes correspondants à Rome m’écrit : « Cette assemblée ronronne et est refermée sur elle-même! C’est incroyable de le vivre « de l’intérieur » et de voir les difficultés d’en parler « à l’extérieur ».  Nous somme pris dans une logique de « fuite en avant  » dans la communication. Tout est devenu « com », c’est effrayant. On nous bombardent de vidéos sur les « coulisses » du synode… c’est pathétique, il n’y a aucune réflexion sur le fond… »

D’aucun l’avait pourtant prédit avant même son ouverture. Était-il raisonnable en pleine crise pédophile de maintenir ce synode et de reporter à février une décisive réunion sur la question ? Les modes mêmes de désignation des participants (pères synodaux, jeunes, experts) ne sont-ils pas obsolètes et presque aussi opaques que les nominations épiscopales ? Certains critiquent : le choix des thèmes à aborder ne marquait-il pas, par avance, les conclusions auxquelles le Vatican voulait voir parvenir le synode ? Bref, il semble bien que d’aucuns ont conseillé de maintenir ce synode, comme une vaste opération de communication, pour tenter de faire oublier les très graves dysfonctionnements d’organisation dans de multiples domaines, ou d’estomper – au moins en interne – les effets dévastateurs de la crise. Tous les experts de communications de crise sont pourtant du même avis : dans la crise on parle de la crise ; les efforts pour détourner l’attention sur d’autres sujets seront toujours vains. Sauf dans les régimes dictatoriaux qui maîtrisent l’ensemble des médias ! Ce n’est pas le cas de l’Église. Heureusement. Dans le fond, cet échec annoncé révèle une crise encore plus profonde sans doute : celle de la parole de l’Église dans un monde moderne où l’argument d’autorité est devenu le plus faible, voire inaudible.

Cette parole en interne, ad intra, continue à être portée essentiellement par le collège apostolique (les évêques, successeurs des apôtres et à leur tête le pape, successeur de saint Pierre). Même si, ici ou là, certains catholiques aimeraient en diminuer la portée, une saine ecclésiologie reconnaît la place importante et spécifique de cette parole. Encore faut-il, là aussi, savoir raison garder. Quand l’évêque Cauchon condamnait Jeanne d’Arc au bûcher, on n’imagine guère que ce puisse être en engageant le collège apostolique ! Bien des textes, des décisions de nos évêques relèvent du « politique », de ce qui peut apparaître comme la nécessité pastorale du moment, et n’ont pas plus, ni moins, de poids en ce domaine que la décision d’un chef d’entreprise ou d’un chef militaire. Il semblerait opportun que les évêques eux-mêmes éclairent d’une réflexion à frais nouveau le statut de leur parole (individuelle ou collégiale), sur la place faite en interne à la  disputatio avec les prêtres et les fidèles qui ne partagent pas toujours leurs avis, dans les domaines qui ne relèvent pas directement du dépôt de la foi ou des définitions magistérielles solennelles. Ad intra, nul ne saurait contester la nécessité, la spécificité et la légitimité de la parole épiscopale, en tant que celle-ci s’exprime prioritairement sur les questions de foi, de mœurs, pour conforter le troupeau, laissant de côté les discours sociologiques ennuyeux, politiques consensuels, ou pire encore moraux culpabilisants. Laissant surtout une place pour tout ce qui ressort du « discutable », en évitant qu’eux-mêmes ou des courtisans (parfois membres éminents des curies épiscopales, laïcs ou clercs), ne prennent pour attaques personnelles, déviance théologique, manquement à la communion ecclésiale, toute opinion contraire ou juste différente.

Plus problématique encore est la parole de l’Église ad extra. Dirigée vers l’extérieur de l’Église (ces fameuses « périphéries », chères au pape François), cette parole est tributaire en grande part des médias de toute sorte. Rares sont ceux, en effets, qui ont le courage, ou la vertu, d’aller lire directement les « documents épiscopaux » ou l’Osservatore romano, ou les encycliques pontificales. Même chez les catholiques, nombreux sont ceux qui se contentent d’en lire quelques extraits, ou des relations, souvent orientées sur les réseaux sociaux, ou le peu qu’évoquent les grands médias. Or, en ce domaine, force est de constater qu’hélas la parole épiscopale est désormais inaudible et décrédibilisée. C’est ce que révèle tout particulièrement la crise pédophile. Comment les « chefs » d’une organisation qui auraient couvert de tels faits, qui ont mis tant de temps à se préoccuper des victimes, pourraient-ils conserver un droit légitime à la parole… et plus encore s’ils viennent parler de « morale » ! Voilà la réaction de la société civile. Aussitôt leur sont renvoyés en miroir l’incurie des décisions prises, les retards, la mauvaise volonté (réelle ou supposée) et, avouons-le, bien souvent une communication catastrophique. Le simple fait d’être évêque, ne fait pas d’un homme de Dieu un bon communicant, faut-il seulement le rappeler ? Beaucoup de fidèles et de prêtres souhaiteraient aujourd’hui, qu’après tant et tant d’années de discours perçus comme inodores et sans saveurs, au creux de la crise pédophile (qui n’est qu’un des aspect de la crise des mœurs relâchées d’une partie du clergé et souvent du laxisme des autorités religieuses en ce domaine), les évêques sachent ne pas intervenir systématiquement dans les médias, qu’ils parlent moins et agissent plus.

Mais alors qui, pour porter ad extra la parole de l’Église ? Peut-être reste-t-il quelques prêtres ou religieux, dont les parcours de vie apportent une crédibilité à leur parole. On peut penser ici aux exemples passés, donnés par  un abbé Pierre, une sœur Emmanuel, une mère Térésa. Selon l’adage : « dis-moi d’où tu parles », notre société n’est prête, bien souvent, à accepter le discours ecclésial que s’il vient d’un homme ou d’une femme ayant donné des preuves, reconnues ailleurs, de leur engagement. Mais il est temps aussi de mettre davantage en œuvre une des intuitions fondamentales du Concile Vatican II, sur la place des laïcs dans l’Église pour l’évangélisation d’un monde sécularisé (Gaudium et spes n°43). La place des laïcs pour porter la parole de l’Église dans le monde devrait sans doute devenir première, comme formulation aussi de leur participation active, pleine et entière à l’évangélisation. D’une manière toute spéciale, il revient en premier lieu aux journalistes catholiques, qu’ils travaillent ou non dans des médias chrétiens, de porter médiatiquement cette parole. Ils seront, et pour cause, plus professionnels, et bien souvent, sur des sujets aussi délicats que la pédophilie, plus crédibles pour un large public. Tout catholique devrait aussi, s’éloignant du respect humain, devenir un porte-parole de son Église, pas seulement dans un confortable entre-soi bourgeois, mais sur les lieux de travail et de sociabilité.

Bien entendu, il ne s’agit pas d’interdire de parole la hiérarchie ecclésiastique au profit seulement des laïcs. L’une et l’autre de ces paroles doivent se conforter. Il s’agit donc plutôt d’un changement de perspective, où les laïcs seraient en première ligne, dotés d’une vraie liberté de parole. A eux aussi de se former, de s’informer, de travailler tous ces sujets. Il paraît évident que la parole d’une femme catholique pour parler de l’avortement a plus de poids et de crédibilité que celle d’un clerc. Il semble tout aussi clair que, sans l’aide intellectuelle et spirituelle des clercs, cette parole aura du mal à surgir. Il s’agirait là d’une profonde et radicale réforme des structures institutionnelles ecclésiales. Un antidote au centralisme romain et épiscopal. Aurons-nous le courage de cette réflexion et de sa mise en œuvre ? C’est un des enjeux qui aurait pu être porté par ce synode.

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Pédophilie dans l’Église : la désacralisation en cause

Article de l’abbé Henri Vallançon (diocèse de Coutance) pour La Manche libre

 

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Une nouvelle fois, l’Église est entachée par le scandale de nombreux prêtres à travers le monde ayant pratiqué des actes sexuels sur des mineurs.

Le même scénario se répète à chaque fois : des déclarations de honte et de repentance sont produites par les autorités catholiques, avec une note appuyée de compassion pour les victimes et des promesses de réforme pour l’avenir. Évidemment, l’efficacité de la réaction perd de sa force au fur et à mesure, car nous suivons, apeurés, un rythme qui nous est imposé : c’est seulement depuis que les victimes organisent leur riposte juridique que nous disons prendre conscience de la gravité de ces actes délictueux ! Il nous faut la pression des médias pour esquisser un commencement de réaction. Incapable de juger à temps les coupables et de leur appliquer les sanctions appropriées, l’institution ecclésiastique ne se détermine plus guère à partir d’un jugement objectif sur les fautes selon son droit canonique et sa doctrine théologique, mais elle se contente d’organiser avec des experts laïcs des communications de crise.

La ruine de l’autorité morale de l’Église qui en résulte la détruit de l’intérieur : elle n’existe que pour être le témoin crédible de la révélation divine. Prêtres qui vivons au contact des gens, nous sommes atteints au cœur : si nous avons perdu leur confiance, notre ministère est impossible.

Ce qui me frappe dans les réactions officielles, c’est leur impuissance à s’élever au-delà du registre émotionnel et à identifier les causes du mal. La pédophilie de ces prêtres viendrait de leur « cléricalisme » et de leur « séparation », de leur prise excessive de distance vis-à-vis des autres, etc. On se rapproche le plus possible des arguments qui conviennent aux médias, pour négocier leur indulgence.

Outre que tous les cas que je connais contredisent ces explications, la question de fond me semble la suivante : comment est-il possible que la conscience d’un prêtre soit si profondément obscurcie qu’il en vienne à poser des actes aussi graves ?

Depuis quelques décennies, un mouvement général de sécularisation du prêtre s’est emparé du clergé, un climat anti-juridique et anti-doctrinal s’est développé au profit de postures soi-disant pastorales, les signes distinctifs visibles ont été abandonnés dans l’habit et dans le comportement. Malaise autour des concepts de loi et de dogme, effacement des justes frontières dans les relations humaines… Comment, dans ces conditions, le prêtre peut-il garder vive la conscience qu’avec l’onction sacerdotale reçue au jour de son ordination, il est un être consacré, mis à part par le Christ pour être totalement dédié à Son service ? Peu à peu, tout se banalise. Si ce qui est le plus sacré se désacralise, le plus grave devient anodin.

Depuis quelques décennies, au catéchisme, dans les séminaires diocésains, dans les homélies se sont radicalement estompées de la formation de la conscience morale : une définition claire du péché originel, à cause duquel nul ne peut être sauvé sans la grâce de Dieu que confèrent les sacrements ; la possibilité du péché mortel, dont la conséquence est la damnation éternelle ; l’existence d’actes intrinsèquement pervers, indépendamment de l’intention de celui qui les pose ; la nécessité de l’ascèse et du sacrement de pénitence pour lutter contre le mal ; l’obéissance à la volonté de Dieu et l’acceptation de tous les sacrifices à consentir pour ne jamais la transgresser ; la place d’honneur faite à la vertu de chasteté, dans le mariage comme dans le célibat consacré ; la mise en garde vis-à-vis du monde et de ses sollicitations qui souillent la pureté de l’âme…

Tant que les hommes d’Église ne renoueront pas avec la prédication de ces vérités évangéliques, ils se laisseront eux-mêmes corrompre par le mal qu’ils ne combattent plus et entraîneront dans leur dérive ceux auxquels ils s’adressent.

 

La Manche Libre, du 04 octobre 2018

Femmes… je vous aime !

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« Nous devons […] à saint Paul une plus ample documentation sur la dignité et sur le rôle ecclésial de la femme. Il part du principe fondamental selon lequel pour les baptisés, non seulement « il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre », mais également « il n’y a ni homme ni femme ». La raison est que « tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28), c’est-à-dire que tous sont unis par la même dignité fondamentale, bien que chacun soit doté de fonctions spécifiques (cf. 1 Co 12, 27-30). » Ainsi s’exprimait le pape Benoît XVI, le 14 février 2007. Évoquer Georgette Blaquières, dont j’ai beaucoup utilisé le livre Oser vivre l’amour dans le cadre de préparations au mariage, permet une brève réflexion sur la place de la femme au sein de notre Église.

Tordons le cou à deux revendications « égalitaristes ». Il est du dépôt révélé que les femmes ne peuvent recevoir le sacrement de l’ordre : « Je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (…), que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église » écrivait saint Jean-Paul II en 1994. Quant à offrir plus de postes de gouvernement au Vatican à des femmes, c’est un sujet de vastes discussions. La stricte parité homme-femme dans les gouvernements occidentaux ne semble pas, en tant que telle, porteuse d’une efficacité plus grande. Si le pape François nomme quelques femmes à des postes clefs, c’est pour aider l’Église à poser un regard renouvelé sur notre monde, aux côtés des ministres ordonnés devant la gouverner avec lui.

Le rôle et l’importance des femmes dans l’Église ne peut se satisfaire de mesures « à la mode ». En contemplant la Vierge Marie, aucune misogynie ne saurait tenir. Bien au contraire, l’apport des femmes, en particulier dans la transmission de la foi, dans l’action caritative et dans le domaine de la réflexion théologique est indispensable. Leur intériorité, leur capacité affective, leur sens de la maternité, doivent sans cesse être mis plus à l’honneur. Enfin, sans l’intimité priante de tant et tant de femmes à travers le monde, disciples des heures sombres, fidèles au delà de toute fidélité, mères et sœurs courage pour tant et tant de prêtres et de fidèles, notre Église ne saurait survivre. Mais cela, seul un regard surnaturel permet de le comprendre et d’en rendre grâce au Seigneur.

 

Chronique parue dans Parole et Prière, février 2018

Les saints anges

Faire aimer Dieu

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Comme il est curieux de noter combien , ces dernières années, le monde s’est préoccupé des anges, pendant que chez nombre de catholiques, la foi en leur existence allait s’affaiblissant. Et que dire de la prière d’intercession envers eux ! Pourtant, en professant le credo, nous proclamons bien un Dieu « Créateur du monde visible et invisible ». En lisant la Bible, nous rencontrons les anges sans cesse. La liturgie de l’Eglise leur fait référence en permanence et leur dédie une fête spéciale pour les Anges Gardiens, et une pour les trois Archanges, Michel, Gabriel et Raphaël.

Le catéchisme de l’Eglise catholique nous rappelle qu’il s’agit d’une vérité de foi. Dieu a voulu ces êtres, purs esprits, pour peupler le monde invisible, pour Lui rendre gloire, pour chanter ses louanges et se réjouir de sa grandeur ; pour servir de messagers et de serviteurs entre le monde invisible et notre monde visible, comme le montre si bien l’art de la Contre-Réforme – voyez ces anges de pierre qui montent et descendent dans la basilique Saint-Pierre de Rome. A l’existence des anges, vient se joindre une deuxième vérité, c’est la chute, attestée par la Parole de Dieu, d’un grand nombre d’entre eux à la suite du premier de tous, Lucifer, dans une révolte infernale contre le Créateur. Soyons donc bien prudents quant aux esprits qui s’agitent dans les sphères étroites qui partage le visible de l’invisible. Saint Ignace de Loyola a donné l’une des meilleures méthodes de discernement, pour savoir si les inspirations que nous ressentons viennent de bons ou mauvais esprits.

Dans le courant de ce mois d’octobre, pourquoi n’en profiterions-nous pas  pour raviver en nous notre reconnaissance pour cet Ange Gardien que le Seigneur a placé près de nous, afin de nous guider vers son Royaume ? Nous pourrions songer à le prier quotidiennement. Il est pour nous un intercesseur majeur entre Ciel et terre – le saint pape Jean XXIII et tant d’autres saints ont témoigné des grâces reçues par l’intermédiaire de leur ange gardien. Dans ces temps de combats spirituels, où le monde occidental en particulier, semble être sous de bien sombres influences, renouvelons notre confiance envers le Prince de la Milice céleste, comme l’avait demandé Jean-Paul II, lors d’un angélus dominical, en reprenant la prière dite de Léon XIII : « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat […] et précipitez en enfer Satan et les esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes.« 

Chronique parue dans Parole et Prière, octobre 2010