Alphonse de Liguori

Des talents pour Dieu

 

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Un jeune noble napolitain, doué, fortuné, et promis à un avenir mondain et brillant. Voilà la première image qui nous apparaît de saint Alphonse de Liguori. Une grande déception -le jeune avocat perd pour la première fois un procès, dans des conditions iniques- et voilà le moyen dont Dieu se sert pour amener Alphonse vers sa vraie vocation : la prêtrise. Non sans mal, puisque son père commencera par s’y opposer avec force. Oui, contrairement à une idée trop souvent développée, même chez les catholiques, on ne devient pas prêtre parce qu’on n’aurait pas été capable de faire autre chose, ou parce que l’on serait un médiocre autrement…

Dieu veut aussi les meilleurs à son service. Combien de vocations aujourd’hui contrariées, car des familles, même chrétiennes, estiment que cette « profession » n’est pas assez honorable – voire pire, rentable – ? Combien de parents ne formulent-ils pas, à l’image du père de notre saint, cette prière inavouée : que mon fils, qui réussit si bien ses études, ne devienne surtout pas prêtre ?

Il faudra à Alphonse de Liguori abandonner entre les mains de Dieu, les talents que le Créateur avait disposés en lui. Et quels talents !  Homme de littérature, de musique, d’art, moraliste, prédicateur, fondateur… Toute la palette du jeune napolitain se trouve ainsi au service de Dieu, de l’Eglise et des pauvres. Et parmi ces œuvres, notons en particulier dans une époque marquée par le jansénisme, son oeuvre morale, qui lui vaudra de devenir saint patron des confesseurs. Une pensée riche et profonde qui veut d’abord appliquer la miséricorde de Dieu aux âmes pécheresses, et sa bonté par un accompagnement plein de douceur et de charité.

Demandons par l’intercession de saint Alphonse des prêtres « brillants » et des confesseurs plein de zèle et de patience !

Chronique parue dans Parole et Prière, mars 2015

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Sainte Marie de l’Incarnation

Une vie de sainteté… pleine de suprises

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Alors qu’elle jouit d’une notoriété et d’un engouement grandissant au Canada, notre sainte du mois est peu connue en France. Peut-on, pourtant, faire plus français que Marie Guyart, née à Tours en 1599, dans une de ces familles catholiques, typiques de l’époque ? Malgré son désir d’entrer en religion (dès l’âge de 7 ans elle ressent l’appel de Dieu), elle accepte d’obéir à ses parents et se marie avec un soyeux dont elle aura un enfant et qui la laissera veuve à 19 ans. Elle revient chez ses parents et se lance, avec succès d’ailleurs, dans le commerce avec son beau-frère. Encore une vie de saint qui nous montre combien les chemins du Seigneur sont souvent incompréhensibles à vue humaine. Car ce n’est qu’à 32 ans finalement que Marie Guyart devient Marie de l’Incarnation, chez les sœurs Ursulines de Tours.

Comme il nous est parfois difficiles de comprendre par quelles voies Dieu fait passer nos vies pour nous conduire vers la sainteté. Pour certains l’appel de Dieu très tôt s’accomplit dans une fulgurance (une Thérèse de Lisieux par exemple), pour d’autres des « méandres », des attentes (un Charles de Foucauld) ! Mais les « surprises » ne s’arrêtent pas là pour Marie Guyart. Dans un songe elle se voit religieuse dans un rude pays couvert de neige et pris dans les brouillards et, pour venir confirmer ce nouvel appel (« Il faut que tu ailles me construire une église au Canada » lui dit Jésus), une veuve d’Alençon se présente à elle avec le même projet. Voilà comment Dieu vient souvent nous surprendre dans nos vies, mais apporte aussi les signes providentiels que ces appels nouveaux viennent bien de lui. C’est là-bas, bien loin de la douceur enviée des bords de Loire, dans de difficiles conditions de vie, que Marie de l’Incarnation, devient la « mère de l’Eglise du Canada » (Jean-Paul II) et l’immense sainte vénérée par ses compatriotes, aujourd’hui encore. Nous laisserons-nous conduire, comme elle, sur les chemins de la Providence, bien loin de nos pauvres petits plans humains ?

Chronique parue dans Parole et Prière, avril 2016

Une belle recension

sur le blog « Milittéraire – une Plume pour l’Épée »

 

Source : « Un prêtre à la guerre », padre Christian Venard, aumônier, Ed. Taillandier

Saint Jean Marie Vianney

Modèle des prêtres

 
 
L’anecdote est réelle et se déroule dans les années 1980. Des fidèles scandalisés par les comportements de certains de leurs prêtres, s’en ouvrent à leur cardinal archevêque, et finissent leur discours en prenant l’exemple du saint curé d’Ars pour montrer à quel point leurs pasteurs s’en éloignaient. La réponse du cardinal fuse : « oh vous savez, le Curé d’Ars, c’était pour le XIXe siècle ! » 
 
Quelques jours seulement après, le Pape Jean Paul II publiait sa lettre du jeudi saint, toute centrée sur la figure du… Curé d’Ars, modèle toujours actuel pour les prêtres de notre temps ! « Nous avons plus que jamais besoin de son témoignage, de son intercession, pour affronter les situations de notre temps où, malgré un certain nombre de signes d’espérance, l’évangélisation est contrariée par une laïcisation croissante, où l’on néglige l’ascèse surnaturelle, où beaucoup perdent de vue les perspectives du Royaume de Dieu, où souvent, même dans la pastorale, on se préoccupe trop exclusivement de l’aspect social, des objectifs temporels. » (Jean-Paul II, Lettre aux prêtres, jeudi saint 1986). 
 
En méditant la vie de Jean-Marie Vianney, chaque prêtre peut trouver des raisons d’espérer et de progresser ; chaque fidèle des motifs pour s’émerveiller de la grandeur du sacerdoce catholique et pour prier en faveur de ceux qui en sont porteurs, ô combien fragiles dans leur humanité. « Saint Jean-Marie Vianney apporte une réponse éloquente à certaines remises en question de l’identité du prêtre (…) Le prêtre trouve toujours, et de façon immuable, la source de son identité dans le Christ Prêtre. Ce n’est pas le monde qui fixe son statut, au gré des besoins ou des conceptions des rôles sociaux. Le prêtre est marqué du sceau du sacerdoce du Christ, pour participer à sa fonction d’unique Médiateur et Rédempteur. Alors, à cause de ce lien fondamental, s’ouvre au prêtre le champ immense du service des âmes, pour leur salut dans le Christ et dans l’Église. » (op.cit.)

Thérèse d’Avila

Humour et bon sens

Un livre de Christian Bobin (L’éloignement du monde) contient, à mon sens, une des meilleures descriptions de notre sainte du mois, Thérèse d’Avila :  » Lorsqu’elle faisait à manger à ses sœurs [elle] veillait à la bonne cuisson d’un plat et concevait dans le même temps des pensées éblouissantes de Dieu. Elle exerçait alors cet art éblouissant qui est le plus grand art : jouir de l’éternel en prenant soin de l’éphémère. »
Trop souvent dans nos propres vies nous opposons un peu trop vite contemplation et action. Et même une lecture hâtive du passage de l’évangile « Marthe tu t’agites beaucoup, Marie a choisi la meilleure part », nous laisserait penser qu’avoir soucis du temps présent serait contradictoire avec une vie d’oraison et de contemplation. On voit ainsi certains prendre des airs inspirés et emplis de componction, et sous le fallacieux prétexte d’être tout à Dieu ne pas lever le petit doigt pour leurs frères humains, et éviter soigneusement de salir leurs blanches mains qui,  trop faite pour être jointes dans l’adoration, ne sauraient s’abaisser aux humbles tâches terrestres. A l’opposé, d’autres, iront affairés (parfois sans rien faire pour citer s. Paul !), toujours plongés dans un activisme exténuant mais surtout excuse pour ne pas consacrer au Seigneur le temps qui lui est dû, ou même fuite en avant pour ne jamais se poser de question de fond. La sainteté n’est jamais dans ces caricatures de piété ou de charité.
Sainte Thérèse d’Avila nous en montre le chemin. Réformatrice zélée, infatigable travailleuse dans les vignes du Seigneur, écrivain, épistolière, gestionnaire, et dans le même temps plongée en Dieu, allant de hauteur en hauteur dans la rencontre intime avec le Seigneur. Son secret : sans doute ce bon sens et cet humour qui lui faisait dire un jour à Dieu alors qu’elle traversait bien des épreuves :  » Si c’est comme cela que Vous traitez vos amis, il est normal que Vous en ayez si peu  » !
paru dans la revue Parole et Prière